Perspectives de prix toujours plus élevées en zone euro

Les enquêtes de la Commission européenne ont réservé quelques surprises par rapport à celles publiées par l’INSEE, l’IFO ou Markit (PMI). La situation en Allemagne apparaît, en particulier, nettement plus favorable, tandis que celle de la France semble, à l’inverse, beaucoup plus fragile. Pour autant ce type de distorsions est assez fréquent à l’occasion des phases de retournement conjoncturel et le plus souvent lié à un certain retard de la Commission. S’il est un point néanmoins où les résultats convergent c’est sur celui des prix, au sujet desquels, pour le coup, les enquêtes pointent toutes vers de fortes hausses encore à venir. Ces tensions persistantes représentent, de loin, le principal danger pour la zone euro que ce soit pour la croissance ou la politique monétaire à venir. On se souvient que la BCE avait, dans un contexte similaire, jugé bon de relever ses taux directeurs en juillet 2008 ! Une telle réponse n’est naturellement pas envisageable aujourd’hui. On peut néanmoins légitimement supposer que Mme Lagarde ait de plus en plus de mal à contenir les faucons de la BCE ce qui pourrait se solder par une réduction plus marquée que généralement anticipée de ses achats d’actifs ou de nouvelles annonces à venir en ce sens, quand, par ailleurs, les anticipations d’inflation ne cessent de se tendre en zone euro alors qu’elles se stabilisent aux Etats-Unis.

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Des ventes de détail américaines, insipides en août

En août, les ventes de détail américaines ont progressé de 0,7 % selon l’estimation préliminaire ; un résultat meilleur que prévu, toutefois terni par la forte révision à la baisse des données du mois de juillet (finalement en repli de 1,8 % au lieu  de -1,1 % initialement publié) et le caractère assez insipide du détail du rapport. L’influence du variant Delta sur les achats des ménages est palpable (net repli des dépenses de loisirs et faibles ventes des services alimentaires, de l’habillement et d’essence à opposer à un rebond significatif des ventes à distance). La crise du secteur automobile, quant à elle, se prolonge, avec une nouvelle chute significative des ventes en août qui porte à 10 % les pertes du secteur au cours des trois derniers mois. L’ensemble sur fond d’inflation soutenue, probablement à l’origine de distorsions significatives qui rendent la lecture des données à prix courants plus incertaine.

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L’inertie des matières premières aux données chinoises, argument de tapering ?

Les principales données d’août sur l’économie chinoise ont été publiées ce matin et, sans surprise, sont mauvaises. La croissance annuelle de la valeur ajoutée industrielle ressort à 5,3 %, à comparer à des prix à la production en hausse de plus de 9 % l’an ; ce qui correspond vraisemblablement à une contraction à vive allure. La croissance des ventes de détail s’écrase, l’estimation officielle en volume n’étant plus que de 0,9 % l’an. Le taux de croissance des immobilisations d’actifs fixes (investissement) s’étiole un peu plus, tandis que la décélération persistante des prix immobiliers semble corroborer un regain de difficulté de ce secteur, en pleine crise d’Evergrande. Le plus ennuyeux est, néanmoins, que les marchés des matières premières qui, ces dernières années s’étaient montrés particulièrement sensibles à la conjoncture chinoise, ne font aujourd’hui guère cas de cette situation : le pétrole approche 75$ le baril ce matin et le nickel, le zinc, le cuivre, l’aluminium ou le palladium, lui emboîtent le pas. Les données d’importations chinoises réfutent pourtant bel et bien la thèse d’une demande exceptionnelle de la part de l’Empire du milieu. La spéculation est-elle à ce point débridée ? Et dans ce cas, le mieux qu’auraient à faire les banques centrales ne serait-il pas de casser cette dynamique néfaste, par un tapering ?

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Repentification de la courbe des taux avec le ralentissement de l’inflation américaine

À force de persistance, l’envolée des prix a fini par devenir la principale source d’inquiétude conjoncturelle aux Etats-Unis, comme dans bon nombre d’économies ces dernières semaines. Le ralentissement de l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation en août est, en ce sens, une bonne nouvelle qui se traduit simultanément par un repli des taux à deux ans (reflet de l’atténuation des contraintes de resserrement de la politique monétaire) et une légère remontée des taux à 10 et 30 ans (reflet de l’atténuation des craintes sur la croissance). Il s’agit d’une petite bouffée d’oxygène pour les marchés qui, depuis la publication, vendredi, de prix à la production encore en accélération sensible (8,3% en glissement annuel) redoutaient des résultats équivalents pour le CPI. De fait, la hausse mensuelle des prix à la consommation du mois d’août est la plus faible depuis janvier, les secteurs qui, ces derniers mois, avaient le plus participé à l’envolée de l’inflation, corrigent ou se normalisent (véhicules d’occasion et tarifs aériens notamment) et l’inflation annuelle marque, enfin, le pas, à 5,3 % après 5,4 %, ce qui s’accompagne d’un repli nettement plus marqué pour la partie sous-jacente, à 4 % après 4,3 %. Voilà qui devrait permettre de mieux apprécier la réalité de la situation ; en l’occurrence celle d’une économie encore largement marquée par de très faibles hausses des prix, notamment dans la partie la plus importante de l’économie, celle des services.

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Recalibrage du PEPP, sans plus ; la BCE, opère tout en douceur

Comme envisagé dans notre Preview d’hier, la BCE avalise le ralentissement de ses achats dans le cadre du PEPP « par rapport à ce qu’elle a fait aux deuxième et troisième trimestres » de cette année. Rien de plus, en revanche. Un peu comme J. Powell, Mme Lagarde fait, donc, le minimum syndical ce qui justifie le reflux des taux d’intérêt futurs en réaction à ses propos, dans le sillage de la réaction des marchés américains au Beige book de la FED d’hier soir, ainsi que des spreads intra-UEM. L’euro s’inscrit en très léger repli par rapport à ce matin, réaction a première vue plus épidermique que fondamentale.

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Moins d’emplois, plus de salaires : le mauvais mixte du rapport sur l’emploi US

C’était le scénario redouté, d’un accès de faiblesse des créations d’emplois accompagné d’une accélération des salaires susceptible de mettre la FED dans l’embarras. En août, les créations d’emplois n’ont pas excédé 235 K. Il s’agit d’une sérieuse déception que les fortes révisions à la hausse apportés sur les mois précédents ne suffiront vraisemblablement pas à digérer. De fait, la plupart des postes censés concentrer les effets positifs de la réouverture de l’économie ne sont pas au rendez-vous, à l’image des loisirs et de l’hôtellerie qui n’ont tout bonnement pas créé d’emploi en août. Les marchés auraient peut-être salué cette mauvaise nouvelle économique, comme ils l’ont fait régulièrement ces derniers jours à chaque publication détestable mais synonyme d’une prolongation du QE. Sauf que ce rapport s’accompagne d’une nette accélération des salaires, qui évoque une autre partie ; en l’occurrence celle d’une FED potentiellement de plus en plus nerveuse au sujet du risque de dérapage inflationniste.

 

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3 % d’inflation en zone euro : les taux d’intérêt font mine d’y croire …

Lorsque l’objectif d’inflation affiché par la banque centrale est de 2 %, le dépasser d’un point peut paraitre lourd de conséquences, notamment après l’embardée des prix observée aux Etats-Unis ces derniers mois. À 3 %, l’inflation en zone euro a atteint un plus haut de près de 10 ans. Bien que largement attendu, ce résultat a fait rebondir le niveau des taux européens ce matin. Rien, pourtant, dans l’analyse détaillée de ce résultat ne suggère de risque d’une inflation durable. Effets de base, baisse passée de la TVA en Allemagne et envolée des prix de l’énergie sont, comme prévu, les seuls véritables sources de cette accélération. À l’exception de quelques rares secteurs, la réouverture de l’économie n’a pas provoqué, pour l’heure, d’accélération notable des prix. L’inflation sous-jacente n’excède pas, 1,6 % d’ailleurs !

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