Qui a encore peur de la politique italienne ?

C’est reparti pour un tour ? La quasi-certitude de l’arrivée d’une coalition populiste au pouvoir en Italie a l’issue des élections de ce dimanche aurait pu, comme en 2018, faire vaciller les marchés, décoller les spreads et, ce faisant, créer les conditions d’une nouvelle crise souveraine en zone euro. Au lieu de cela, l’image policée que s’est offerte G. Melloni et son parti, Fratelli d’Italia, en tête des intentions de vote, semble rassurer. L’euroscepticisme ne fait plus recette et le programme économique de la coalition sera relativement consensuel pour ses voisins européens, très conservateur mais épuré de ses racines extrémistes. Si l’Italie est menacée d’être prise en étau par la crise énergétique et une inflation hors norme, cela ne fait pas de son cas une exception. Noyée dans la masse d’une Europe en crise, elle semble perdre son statut particulier, ce qui pourrait expliquer la relative passivité des marchés à l’approche des élections.  Ceci ne retire rien aux risques structurels auxquels le pays pourrait être confronté à terme, notamment dans un environnement d’envolée des taux d’intérêt. Mais là encore, sous réserve de la protection rapprochée de la BCE, l’Italie se distingue beaucoup moins de ses partenaires régionaux qu’il y a quelques années.  La tentation est grande, dès lors, de relativiser l’enjeu de ces élections, jusqu’à risquer d’oublier que l’Europe n’est pas qu’une union économique et monétaire mais, avant tout, un projet politique, né en réaction aux idées dont s’inspire précisément Fratelli d’Italia aujourd’hui.

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‘More than two but less than 5’ Ça devrait faire 4 hausses, non ?

La BCE a décidé de relever ses trois taux directeurs de ¾ de points, de 0,5 % à 1,25 % pour son taux de refinancement, et laisse clairement entendre que ce mouvement n’est pas le dernier. La question qui vient immédiatement à l’esprit est alors : mais de jusqu’où ? Malgré la ‘pudeur’ affichée par Mme Lagarde, sa réponse est on ne peut plus claire -à se demander si la question n’était pas programmée pour permettre de préciser les choses- : « Ce sera plus de deux, mais moins de cinq » dit autrement minimum 3, maximum 4 ! Potentiellement donc 200 à 225 points de base d’ici décembre (3 fois 75pb ou 2 fois 75 et 1 fois 50) et 50 pb au premier trimestre. L’ensemble aboutit à 3 %, niveau à partir duquel, l’économie de la région suffisamment affaiblie et l’inflation en net repli, elle lèverait le pied. Notre propre estimation parvient au même résultat, avec cependant deux grandes interrogations : que fait la FED pendant ce temps et où vont les taux longs ?

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Les arguments en faveur d’un changement de cap radical de la BCE ne se comptent plus

La BCE nous a prévenus le 21 juillet : elle ajustera ses taux d’intérêt en fonction des tendances observées et dispose, avec le TPI, d’un instrument qui l’aidera à remplir son mandat de stabilité des prix. Depuis, l’inflation n’a montré que bien peu de signes d’abattement. Dans la première économie de l’UEM, la fin des baisses transitoires de tarifs menace, en pleine crise énergétique, de la faire grimper davantage dès septembre, tandis qu’interviendra le 1er octobre, la deuxième jambe de hausse du salaire minimum de 14,8 % promise par la coalition Scholz. Dans le reste de la zone euro, dix pays enregistrent une hausse des prix de plus de 10 % l’an. Malgré tout, la croissance a résisté : 0,6 % au deuxième trimestre, bien au-delà de ce qui était envisagé, ce qui pourrait conduire la BCE réviser à la hausse son scénario 2022 ! De fait, les dispositifs anti-crise des gouvernements portent leurs fruits ; une bonne nouvelle pour l’économie, pas forcément du meilleur goût pour la banque centrale qui, comme les autres, commence à considérer qu’une récession sera nécessaire pour garantir une maîtrise de l’inflation. Depuis le 21 juillet, enfin, les anticipations de relèvement des taux de la FED et de la BoE ne sont pas retombées mais tout l’inverse. Malgré le coup de collier de la BCE en juillet, l’euro en paye les conséquences et ne semble plus être retenu par le fait de s’éloigner de plus en plus de la parité contre dollar… Face à ces développements, la vraie surprise serait que la BCE ne procède pas à ¾ de points de hausse de ses taux jeudi.

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L’inflation dépasse 10% dans 10 pays de la zone euro, la BCE prépare le sauvetage ?

Que restera-t-il de la consommation une fois le rattrapage lié à la normalisation des conditions sanitaires effectué si l’inflation poursuit sa course, éventuellement aggravée par le renchérissement à venir du gaz et de l’électricité ? Les données de ce matin nous donnent quelques pistes… L’inflation en zone euro a encore gagné 0,2 point en août, à 9,1 %, avec une progression à deux chiffres dans 10 pays. Par ailleurs, les données de consommation de biens en France sont sans appel, avec une chute de 0,8 % des achats réels en juillet et un plus bas depuis 2013 pour l’alimentaire, dont les prix ne cessent d’accélérer. Encore l’Hexagone est-il plutôt protégé avec une inflation harmonisée de 6,5 %, en légère baisse par rapport à juillet, et surtout la plus basse de l’union monétaire, et un soutien assez massif de l’État. Les sacrifices semblent pourtant avoir été de taille (pour sauver les vacances ?) et la situation ne s’arrangera pas si les prix énergétiques s’emballent à nouveau d’ici la fin de l’année. La BCE ne manquera probablement pas l’occasion de pointer les risques induits de l’envolée des prix pour justifier le durcissement de sa posture la semaine prochaine. Voilà que les risques de récession pourraient donc l’encourager à relever un peu plus ses taux…

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Italie, la crise de trop

Les risques s’amoncellent dans l’union monétaire, cette fois-ci avec une nouvelle crise politique en Italie. Malgré la fragilité de la conjoncture, l’inflation à plus de 8 % en mai en zone euro a poussé la BCE à durcir le ton, annonçant une remontée d’un quart de point de ses taux directeurs dès juillet et une possible accélération du resserrement monétaire en septembre, fonction des perspectives d’inflation d’ici là. Moins d’une semaine après, les tensions sur les marchés souverains, italiens en tout premier lieu, l’ont forcée à convoquer une réunion d’urgence dont est sortie l’idée d’un instrument anti-fragmentation destiné à préserver des conditions de financements acceptables pour les pays les plus endettés dans un contexte de resserrement monétaire. C’est sur ce dispositif, des plus complexes à imaginer, que repose aujourd’hui l’essentiel des attentes relatives à la prochaine prestation de Mme Lagarde devant la presse, ce jeudi. Jusqu’ici, néanmoins, le contexte politique ne posait pas de problème, M. Draghi à la tête de l’Italie garantissait la stabilité de l’union politique et monétaire, au moins à court terme. Sa démission jeudi dernier, bien que refusée par le président de la République, S. Mattarella, change la donne.

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La BCE, l’inflation, le gaz russe, la chute de l’euro, la FED et M. Draghi…

La Banque centrale européenne n’est pas la seule à faire face à un arbitrage complexe entre inflation et croissance. C’est le cas dans la plupart des pays développés où la détérioration rapide des perspectives économiques remet de jour en jour davantage en cause la capacité des politiques monétaires à aller au bout du cycle de normalisation. La tâche de la BCE est néanmoins plus complexe encore, aggravée par les conséquences de la guerre sur la conjoncture locale, les menaces grandissantes de coupure des approvisionnements de gaz russe, les distorsions souveraines et le risque que fait encourir la crise politique en Italie et la chute de l’euro.

Quoi qu’elle propose en matière d’outil anti-fragmentation, la cause semble entendue : Mme Lagarde a les mains liées et n’a guère les moyens de mener à bien la normalisation des conditions monétaires qu’appellerait, toute chose égale par ailleurs, l’inflation tout en protégeant les États les plus fragiles et sans accélérer la chute de l’activité donc, probablement, celle de l’euro… Difficile d’envisager une quelconque issue satisfaisante qui ne l’expose à plus de critiques ou de défiance.

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L’euro perd son statut de monnaie forte et c’est un sujet

Très tôt après sa création, l’euro a profité d’un statut de monnaie refuge et, au grand dam de la plupart des industriels régionaux, de celui de monnaie forte qui allait avec. Malgré les crises existentielles récurrentes, la confiance dans la monnaie unique a réussi à être préservée pour deux bonnes raisons :

  • une banque centrale européenne bâtie sur le modèle de l’allemande Bundesbank, temple de la rigueur monétaire censé garantir une protection infaillible contre l’inflation, unique objet de sa responsabilité ;
  • des excédents courants structurellement élèves, fruits de la puissance industrielle de l’Allemagne, que le vieillissement démographique dont l’effet premier est de peser sur la demande domestique, semblait en mesure de pérenniser, a l’instar du Japon ou de la Suisse.

Deux années de crise sanitaire et l’invasion russe de l’Ukraine ont fait voler en éclat ces deux piliers de stabilité et il n’en a pas fallu davantage pour faire décrocher la monnaie unique, en particulier vis-à-vis du dollar américain contre lequel elle a perdu plus de 10 % depuis le début de l’année.

Après avoir pendant longtemps espéré une dépréciation de la monnaie unique pour contrer le dépérissement de l’industrie locale et mettre fin aux politiques compétitives endogènes éminemment déflationnistes, la chute de l’euro devrait réjouir. Tel est pourtant loin d’être le cas.

Non seulement sa baisse arrive au pire moment, celui où la région n’a jamais été aussi dépendante de ses approvisionnements étrangers en produits de première nécessité, l’énergie notamment, mais elle révèle avec fracas ses fragilités économiques fondamentales, en tout premier lieu celles de l’Allemagne, en même temps que l’effacement de l’Europe de la scène mondiale ; des sujets assurément préoccupants pour l’avenir qui supplantent largement les faibles avantages conjoncturels que l’on peut escompter de la dépréciation de l’euro dans un contexte d’inflation et de déprime probablement durable de la demande internationale.

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Le vent de panique sur la dette italienne est-il justifié ?

La menace d’un arrêt des achats d’actifs et de remontées des taux d’intérêt de la BCE est finalement passée à exécution cette semaine avec une communication de Mme Lagarde nettement plus agressive que jusqu’alors sur ses intentions en matière de lutte contre l’inflation. La hausse des taux ne s’arrêterait pas à zéro pourcent mais pourrait aller nettement plus haut et plus vite qu’anticipé, dès septembre si les perspectives d’inflation continuent à se détériorer, ce qui est à peu près certain d’ici là.

Au-delà de l’impact immédiat de ce changement de braquet sur les taux futurs allemands, c’est par le creusement des écarts de taux entre les pays dits « périphériques » et l’Allemagne que les marchés y ont répondu. La dette italienne en ligne de mire depuis plusieurs semaines déjà a, ainsi ,vu son rendement à 10 ans s’envoler jusqu’à 3,75 %, plus de 230 points de base au-dessus de celui du Bund de même échéance, à deux doigts de la région des 250 pb généralement considérés comme seuil de crise. Réminiscence d’un passé pas si lointain, le taux de change de l’euro s’est également effrité contrairement à ce qu’il aurait dû faire vu de la remontée des taux allemands.

Les marchés semblent donc bel et bien avoir commencé à se positionner dans la perspective d’une nouvelle crise qui aurait comme point de départ le caractère insoutenable de la remontée des taux pour les pays les plus endettés de la région. Il y a pourtant une différence de taille avec le passé qui tient, précisément, au retour de l’inflation…

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