Philip Lane, bon ou mauvais parti pour l’euro ?

Après s’être subitement affaibli à l’annonce d’une forte révision à la baisse des perspectives économiques de la Commission européenne en début de mois, l’euro semble avoir subi un contrecoup supplémentaire avec la nomination de Philip Lane au poste d’économiste en chef de la BCE par l’Eurogroupe en début de semaine. Pour de nombreux observateurs, l’actuel gouverneur de la banque centrale d’Irlande, faisant plutôt partie du clan des « colombes », favoriserait la perspective d’un euro faible, sur lequel le manque d’attractivité de la conjoncture économique et politique en présence pèserait d’autant plus.

Proche d’importants supports techniques, l’euro-dollar pourrait dès lors être aspiré vers des niveaux nettement inférieurs à ceux d’aujourd’hui, sous les 1,10 USD, voire, potentiellement, vers ses plus bas de 2016. Les anticipations de fort repli de l’euro ne sont pas nouvelles, cependant, et force est de constater, qu’elles ont régulièrement été prises à défaut. L’arrivée promise de P. Lane change-t-elle fondamentalement la donne ?

 
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En Europe, le super « put » de Jérome Powell contré par les bancaires et, maintenant, par la CE

Intéressante conférence annuelle de Macrobond à Stockholm ce jeudi, de laquelle nous retenons quelques observations .

Un rare contraste entre la table-ronde des économistes et celle des stratégistes. Les premiers, secoués par l’extrême détérioration des conditions en présence, partageaient les mêmes appréhensions, se rattrapant aux fragiles branches à partir desquelles ils ont sauvé leur scénario de croissance, sur fond d’inquiétudes mal dissimulées quant aux risques de sous-estimer une réalité plus préoccupante. Les seconds, revigorés par le rebond des marchés de ce début d’année, sont apparus bien peu soucieux du constat économique et étonnamment confiants, exprimant, tout au moins pour les plus prolixes, un fort appétit pour le risque. Aux quelques questions qui leur ont été adressées à propos de cette vision de marché, voici les réponses apportées plus ou moins directement.

  • Que pensez-vous des valeurs bancaires européennes ? Réponse d’un des plus prompts à recommander l’exposition au risque : nous n’investissons pas sur les valeurs financières.
  • Quel serait l’argumentaire pour continuer à surpondérer les actions après le rallye de début d’année, européennes notamment ?

1- la stratégie a très bien fonctionné ;

2- le risque financier est trop grand pour que les banques centrales ne fassent pas tout ce qui est en leur pouvoir pour le contrer ; la FED, c’est entendu, ne représente plus un danger pour les marchés ;

3- les valorisations européennes sont encore éloignées de leurs fondamentaux et doivent pouvoir rattraper ce retard ;

4- les mesures de relance adoptées par le gouvernement chinois finiront par porter leurs fruits.

Il est intéressant de revenir sur chacun de ces arguments.

 
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Quand l’emploi américain va, est-ce que tout va aussi bien ?

Les entreprises américaines continuent à créer des emplois à tour de bras, défiant tout à la fois les conséquences du plus long shutdown de l’histoire américaine, celles du contrecoup financier de la fin de l’année dernière et la dégradation de leurs résultats. Or, pour les marchés financiers internationaux, un peu comme le vieux dicton français le disait à propos du bâtiment : « quand l’emploi américain va, tout va », surtout quand la FED promet de n’y pas interférer ! Le relevé des compteurs conjoncturels du reste du monde illustre, pourtant, une toute autre histoire. En l’occurrence, celle d’une conjoncture mondiale en bien mauvaise passe, aspirée par une économie chinoise de plus en plus mal en point qui, de fil en aiguille, semble paralyser le reste de l’Asie et progressivement l’Europe. La stratégie d’isolement de D. Trump semble donc porter ses fruits, avec, dorénavant, la FED en grand renfort. Les indices boursiers américains apprécient, ceux du reste du monde sont tentés de suivre, avec cependant de moins en moins de bonnes raisons de le faire. Jusqu’où peuvent aller ces distorsions ?

 
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Perspectives 2019 : sous le signe de l’endurance

À quoi ressemblera l’année 2019 ? Le moins que l’on puisse dire est que le point de départ n’est pas brillant, que ce soit sur le front économique, politique et géopolitique, ou financier. Alors que l’année dernière avait débuté sous le signe de l’euphorie et de l’espoir d’un nouveau départ de la croissance mondiale, 2019 s’amorce dans un contexte d’une rare complexité où s’entremêlent les stigmates d’une fin de cycle conjoncturel aux États-Unis, ceux d’une Europe déchirée qui, faute d’ambition collective, semble vouée à l’enlisement et ceux, enfin, d’un monde en développement privé de l’aile protectrice de la Chine, laquelle, passée au stade de l’offensive géostratégique et des prouesses qui vont avec, n’a, cependant, plus les moyens d’entretenir la dynamique économique du reste du monde.

Les sous-jacents de la croissance ne sont pas fondamentalement préoccupants dans un environnement de très bas niveau persistant des taux d’intérêt et de baisse des cours du pétrole mais les résultats escomptés sont trop faibles pour envisager qu’ils apportent l’huile qui serait nécessaire pour réduire les sources de risques, financiers et politiques notamment. Sauvées par les effets bénéfiques escomptés de la chute des cours du pétrole sur l’activité du premier semestre, nos perspectives sur la croissance mondiale sont, cependant, plombées par le retour d’une inflation trop basse pour assurer une croissance décente des résultats des entreprises. À 4,7 %, la croissance nominale de notre échantillon mondial a subi le contrecoup de nouvelles révisions à la baisse pour l’Europe et serait la plus faible depuis le début des années soixante.

Dans un tel contexte, une vigilance exceptionnelle des politiques monétaires et budgétaires sera requise. L’aurons-nous ? L’économiste n’a pas d’autre choix que de considérer que les bonnes réponses apportées permettront de temporiser l’ajustement à la baisse des prix des actifs et d’en limiter les conséquences économiques.

Dans de telles conditions, le cycle ne semble pas devoir s’éteindre mais les prolongations prennent déjà l’allure d’une course de fond trop longue, au fil de laquelle se multiplient les embuches et les risques, dont le degré apparaît significativement plus élevé que la norme.

Nous présentons cette semaine les principales conclusions de notre scénario macro-économique qui seront complétées vendredi prochain de nos perspectives de marchés.

 
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L’énigme du cours de l’euro-dollar

L’Europe, cette prison de moins en moins dorée dont seule la devise continue à tirer les bénéfices 

Tétanisé a l’idée de lâcher le navire européen sans un accord susceptible de rendre supportable le coût de ce divorce, le Royaume-Uni semble en passe de rester amarré à l’UE. Par ailleurs, gouvernement italien et Commission européenne ont camouflé leurs désaccords, parvenant à maquiller des comptes qui, s’ils ne trompent personne, confirment un objectif partagé d’éviter une nouvelle crise aux conséquences improbables. Décidément se défaire de l’euro ou de l’Europe n’est pas aussi simple que les politiques le suggèrent ! D’ailleurs, selon le dernier baromètre sur le sujet, plus de deux européens de la zone euro sur trois plébisciteraient la monnaie unique.

Le risque existentiel d’un euro mal-aimé a donc finalement cédé du terrain ces dernières semaines, au grand dam de la conjoncture de la zone euro qui, à un cheveu d’une nouvelle récession, risque en outre de subir les affres d’une devise ragaillardie. Alors, si, même sur ce point, l’euro dysfonctionne, une chose est sure, la monnaie unique a la vie dure et tant, qu’il en sera ainsi, bénéficiera de cette malencontreuse vertu de valeur refuge !

 
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Marché de l’emploi américain en plein boom : le guet-apens

Avec 312 000 nouveaux emplois salariés créés en décembre, l’économie américaine a bougrement surpris. Les prévisions tablaient sur 175 000 nouveaux postes, soit un chiffre conforme aux résultats moyens de ces trois derniers mois ; la publication est quasiment deux fois plus forte ! Bonne nouvelle s’il en est pour les Américains, cette surprise pourrait ne pas avoir la même saveur pour les marchés financiers en pleine déconfiture depuis trois mois. Alors que les signes de ralentissement de l’activité n’ont cessé de se multiplier ces dernières semaines, ce rapport n’est pas de meilleur augure quant à l’évolution de la productivité et, par là-même, des marges des entreprises, surtout si, comme cela semble se confirmer, l’accélération des salaires se généralise. Ces résultats devraient, toutes choses égales par ailleurs, rendre les membres de la FED beaucoup plus réticents quant à l’éventualité d’une pause dans le resserrement de leur politique monétaire (notre scénario). Manque de chance, c’est précisément aujourd’hui que Jay Powell avait prévu d’infléchir le ton sur sa politique monétaire ! Alors, si, comme nous le susurre avec insistance D. Trump ces derniers jours, Chine et États-Unis s’apprêtent à signer un accord commercial en début de semaine prochaine, c’est un sérieux retour de bâton que pourrait signifier l’ensemble de ces développements pour les marchés de taux et les cours du pétrole. Les actions y résisteraient-elles ?

 
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Un Noël en or

À défaut d’avoir autorisé un rallye des marchés, l’action du président de la Fed a, au moins, réussi une prouesse : rallumer les feux des cours de l’or ! Certes, les banques centrales n’ont pas pour mission de soutenir les marchés d’actions et, l’économie américaine étant aussi bien portante, il n’y a fondamentalement aucune raison de ne pas poursuivre l’exercice de normalisation monétaire. Mais nous savons à quel point les phénomènes de correction de marché sont difficiles à appréhender et à quel point toute erreur de diagnostic peut entrainer un risque disproportionné dans un contexte de survalorisation fondamentale des actifs et de haut degré de financiarisation de nos économies.

 
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