L’accord de libre échange asiatique : pas vraiment un changement de donne

Comment interpréter l’accord commercial asiatique de cette semaine, le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) au-delà du pied de nez à l’ex-président américain et aux tentations protectionnistes naissantes en Europe à l’égard de la Chine ?

La région, dont le commerce est régi de longue date par l’ASEAN avec laquelle les cinq nouveaux membres (Chine, Japon, Corée, Australie et Nouvelle Zélande) avaient des accords de libre-échange bilatéraux, est déjà très intégrée commercialement. Il serait dès lors probablement illusoire d’imaginer que ce nouveau partenariat régional (RCEP) ait un effet très significatif sur l’intensité des échanges entre les pays signataires. Par ailleurs, si l’harmonisation des règles d’origine, à laquelle le RCEP consacre une bonne part, représente une avancée pour les entreprises de la région, l’absence d’unification des normes et l’exclusion des services du champ de négociation risquent d’en limiter les bénéfices.

L’ensemble n’a, au total, guère l’allure que les signataires voudraient lui donner. Quand bien même cet accord figure comme le plus important à l’échelle planétaire -ses quinze signataires représentent 30 % du PIB mondial et 27 % des échanges internationaux-, il ne semble guère en mesure de permettre à l’Asie d’aller à contre-courant du mouvement de démondialisation enclenché ces dernières années.

La région aurait pourtant pu trouver dans un tel partenariat, un véritable avantage structurel mais il aurait fallu pour cela qu’elle soigne un peu plus ses relations avec l’Inde, seul pays au profil démographique véritablement capable d’offrir à l’ensemble de la région l’occasion d’un rajeunissement nécessaire au renforcement de sa position de leader industriel mondial. L’Inde a néanmoins abandonné les négociations l’an dernier et son absence réduit incontestablement la portée de l’aboutissement de ces huit années de concertation.

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La chute de la mobilité s’accélère en Europe et l’acquis du PIB 2021 s’effondre

L’épidémie de Covid-19 continue à faire des ravages en Europe et les perspectives économiques trinquent. France et Belgique qui étaient il y a peu des exceptions sont quasiment devenues la norme en Europe de l’ouest ces derniers jours, Royaume-Uni inclus. En début de semaine, l’indicateur Google de mobilité est tombé à -48 % en Allemagne, un niveau proche de celui observé au pire de la crise au printemps (-52 % en avril) et converge partout ailleurs vers ceux de la France et de la Belgique.

Malgré les tentatives des gouvernements pour réduire l’impact économique des mesures de distanciation, leurs effets sur les consommateurs sont donc considérables. Le quatrième trimestre en paiera les conséquences avec de nouvelles baisses importantes de l’activité. Un retour graduel à une situation moins pénalisante en décembre pourrait atténuer ce choc mais ne permettra pas de combler les pertes en cours. Dans de telles conditions, la chute du PIB du quatrième trimestre pourrait avoisiner 7 % en zone euro ; de quoi aggraver le bilan de l’année 2020 et, plus encore, l’acquis de croissance pour 2021 dont la base, jusque-là prévue positive, deviendrait fortement négative.

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Les bénéfices européens d’une élection de Biden : entre rêves et réalité

Rebond des bourses, envolée de l’euro, écrasement des taux souverains… Les marchés européens se réjouissent de la perspective d’une élection de J. Biden à la tête des Etats-Unis, au point d’avoir fait de la zone euro la principale bénéficiaire du sursaut de confiance des bourses mondiales au cours de la semaine écoulée. Il y a certainement de bonnes raisons d’imaginer qu’une accession de J. Biden à la présidence américaine soit plus favorable que celle de son rival pour l’économie mondiale. Le cas de figure où l’Europe tirerait un bénéfice particulier d’une victoire du démocrate est également assez défendable, ceci néanmoins sous certaines conditions, parmi lesquelles :

  • La capacité de J. Biden à appliquer les points-clés de son programme, ce qui dépendra pour beaucoup du confort de la majorité démocrate au Congrès.
  • La capacité de l’Europe à suivre la voie du nouveau cap de la politique économique américaine, en matière d’investissement notamment.

En d’autres termes, les bonnes nouvelles ne tomberont pas du ciel et briser le plafond de verre qui plafonne au-dessus des indices européens depuis le mois de juin pourrait se révéler plus difficile que suggéré ces derniers jours.

 

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L’immense pari Biden

Les chances de connaître le vainqueur de l’élection présidentielle américaine dès aujourd’hui sont faibles compte-tenu :

1- De l’importance du vote par correspondance. On rappellera que l’Etat le plus susceptible de faire basculer la Maison Blanche dans le camp démocrate ou de la maintenir dans le giron des républicains est la Pennsylvanie qui a étendu le comptage des votes par correspondance aux enveloppes postées le jour du scrutin, et donc reçues jusqu’à trois jours après.

2- Des risques de contestation des résultats d’ores et déjà formulés par D. Trump en cas de victoire de J. Biden.

Mercredi matin, il n’est donc pas impossible qu’aucun des candidats n’ait officiellement obtenu 270 grands électeurs.

Quelles seraient les conséquences d’une telle situation ?

Cela peut aller d’un simple délai à de nouvelles batailles juridiques, des recomptages, chaque camp proclamant son vainqueur : les possibilités sont nombreuses. En 2000, c’est, au bout d’un mois de controverses, la cour suprême qui avait déclaré G.W. Bush vainqueur. Cette année-là, entre le 7 novembre et le 4 décembre, le S&P 500 avait dévissé de 7 %.

Plusieurs hypothèses peuvent se présenter. Nous les avons résumé dans le schéma suivant. Celui-ci souligne la faible probabilité d’un résultat suffisamment tranché dans les tout prochains jours malgré les estimations de Predictit.

De ces différents cas de figure, il ressort néanmoins clairement que celui d’une vague bleue serait le plus favorable, de fait jamais une élection américaine n’a semblé représenter un enjeu aussi important que l’actuel pour l’économie américaine, comme pour le reste du monde.

La capacité du prochain président à être celui du redressement structurel de l’économie américaine est de très loin l’enjeu n°1 de ce scrutin, duquel découleront tout à la fois :

Les doubles perspectives de croissance et d’inflation américaines de long terme
Celles de la soutenabilité de la dette et le risque-dollar qui lui est associé
La possibilité d’une transition accélérée vers un modèle de croissance bas carbone, source de rénovation de l’investissement et de l’emploi nécessaires pour combattre les inégalités devenues insurmontables
Mais aussi, dans une large mesure, les chances de survie, à terme, de la zone euro
Une victoire de J. Biden ne garantirait pas de remporter chacun de ces succès mais une réélection de D. Trump écarterait définitivement cette chance.

Vous trouverez en pièce jointe un pack de 11 slides sur les conditions de réussite du programme de J. Biden

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Non, l’été n’a pas été une période de forte croissance ! Tout ou presque s’est fait avant…

L’analyse qui sera faite des comptes nationaux du troisième trimestre a tout lieu d’être très influente sur l’interprétation des impacts de la crise sanitaire, l’appréciation de notre capacité à en surmonter les effets ou à faire face au regain d’épidémie. L’exercice n’est cependant pas des plus faciles et les pièges sont nombreux. Les premières estimations de PIB publiées ce matin ont systématiquement dépassé les attentes. Entre le deuxième et le troisième trimestre, la croissance se serait élevée à 18,2 % en France, 8,2 % en Allemagne, 16,1 % et 16,7 % respectivement en Italie et en Espagne. La première réaction à la lecture de ces données est, naturellement, que la saison estivale a été très dynamique, constat plutôt rassurant sur l’état de la conjoncture et, le cas échéant, notre capacité à aborder une nouvelle période difficile. C’est pourtant une toute autre histoire que suggère l’analyse détaillée des données de la période estivale, en particulier de leurs sous-jacents mensuels. Ces derniers décrivent pour la plupart un été particulièrement pauvre en croissance, après des phénomènes de rattrapage concentrés entre mai et juin dont l’effet est de rendre le troisième trimestre bien trompeur.

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Les marchés voient la reflation, le Covid répand la déflation et les défensives sont chères…

Le contraste entre les sous-jacents des marchés et la réalité sanitaire s’est singulièrement accentué ces dernières semaines. A la veille de l’annonce supposée d’un accord entre républicains et démocrates américains, la tentation reflationniste s’accroît sur les premiers et les valeurs cycliques seraient dans les starting blocks selon certains. De son côté l’épidémie connaît un nouvel élan et menace de jour en jour d’imposer plus de limitations à la vie économique mondiale. Malgré l’embellie de ces derniers mois, les entreprises n’ont guère trouvé de quoi restaurer leur pricing power, bien au contraire à en juger par les enquêtes les plus récentes. Or, la persistance de la crise sanitaire ne plaide guère en faveur d’une amélioration rapide sur ce front.

Le plan de soutien américain peut-il contrer ces tendances à lui seul ? Le pari n’est pas gagné et les déconvenues du côté des cycliques pourraient ne pas tarder. Reste que les défensives ne sont pas bon marché et que leur médiocre performance récente interroge sur leur capacité à prendre le relais…

 

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J. Biden, nouvelle donne ? Et sinon ?

Jamais élection américaine ne s’est déroulée dans un climat aussi incertain. Outre une crise sanitaire inédite, l’expression de fractures sociétales sans précédent et les menaces de D. Trump de ne pas se plier au verdict des urnes, réside un grand flou autour de ce donnerait une victoire démocrate. J. Biden a un programme de 7 000 milliards de dollars (33 % du PIB américain) sur dix ans, aux forts accents rooseveltiens, en nette rupture avec l’orientation de ces dernières décennies. Mais personne n’y croit. Même avec une majorité démocrate au Sénat, l’obstruction des républicains bloquerait la mise en place de ses mesures les plus emblématiques. Résultat, l’action du futur président pourrait être réduite de moitié ; de quoi, sans doute, rassurer les marchés à brève échéance mais probablement pas bouleverser l’ordre des choses ni promettre, à terme, une croissance économique structurelle plus solide qui sera pourtant nécessaire pour rembourser les dettes additionnelles. Alors que fleurissent les scénarii sur l’impact de l’issue de ce scrutin sur les marchés, peut-être n’est-il pas inutile de considérer le cas de figure où, à l’instar du précédent, il ne changerait pas grand-chose, tout au moins pas pour le meilleur….

 

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Pentification de la courbe des taux 10-30 ans US : inflation ou solvabilité ?

Liquidités à foison, dérapage des comptes publics, ténacité de la pandémie, risques sociaux, politiques, protectionnistes… La liste est longue des questionnements sur les conséquences de long terme de la crise sanitaire. Certains y voient un cocktail inflationniste qui finira forcément par faire remonter les taux d’intérêt dans un avenir plus ou moins lointain ; d’autres, la multiplication des risques de défaut, aux conséquences in fine comparables sur le coût du capital, sur fond néanmoins d’importantes distorsions selon les agents, les pays, les périodes. Quelques-uns, enfin, voient dans cette crise une source d’amplification des déviations sociétales d’économies comme jamais financiarisées, tenues à bout de bras par une inépuisable inventivité des banques centrales dont les pratiques aboutissent à une économie de rente, susceptible d’étouffer tout risque d’inflation pendant bien longtemps encore.

Face à ces incertitudes, le réflexe est souvent d’aller chercher des pistes de réponses sur ce que nous renvoient les anticipations des marchés financiers, en particulier les actifs les plus longs, moins soumis à l’interventionnisme monétaire et réputés plus efficients. Or, il se passe des choses sur ces derniers.

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