Value-growth, ou, quand le retour de l’inflation fait croire à une grande bouffée d’oxygène

Allez, reconnaissons-le, après une décennie sous le spectre de la déflation, on se prend à envisager les vertus du possible retour d’une inflation plus soutenue et de l’illusion monétaire qui irait avec ; ceci d’autant plus facilement que l’accumulation d’épargne-Covid et les politiques économiques œuvrent encore à contre-courant des stabilisateurs automatiques sur la demande.

Sur les marchés, le marqueur le plus flagrant de ce changement de perception se retrouve dans le regain de performance des valeurs boursières les moins bien cotées depuis le début du mois. Si le mouvement ressemble à celui observé en début d’année dernière, il a ceci de particulier qu’il est aujourd’hui présenté comme le meilleur parti pour faire face à un contexte durablement plus inflationniste. L’inflation aurait la qualité de venir au secours des secteurs les moins chers, dont l’élasticité de la demande aux prix est souvent plus faible que la moyenne, au détriment des secteurs de croissance, aux rendements moins attractifs en période de hausse des taux d’intérêt. Une validation de ce mouvement constituerait, à l’évidence, un profond changement par rapport à la décennie écoulée. Qu’en penser ?

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

Vers une possible chute du dollar et comment un tel scénario rebattrait les cartes

À la fin de l’année dernière, la direction semblait ne faire aucun doute : doublement avantagé par une reprise économique vigoureuse et un durcissement de la politique de la FED, le dollar s’apprécierait en 2022. Cette prédiction était plutôt réconfortante pour le reste du monde, censé profiter d’une impulsion compétitive quand bien même elle suggérait de possibles complications pour les pays émergents les plus fragiles, exposés à un risque d’inflation et de resserrement monétaire d’autant plus élevé que leurs devises semblaient vouées à s’affaiblir contre la devise américaine. Tel n’est pourtant pas la direction récente prise par les marchés des changes. Plutôt que de soutenir le dollar, les minutes du dernier FOMC puis les données d’inflation de décembre l’ont affaibli, jusqu’à casser sa dynamique haussière. A priori surprenant, ce mouvement ne l’est pas tant que cela pour qui a une lecture un peu moins idyllique de l’économie américaine que celle du consensus de marché et voit dans ce retournement les prémices d’un possible reflux du dollar susceptible de rebattre les cartes du jeu mondial, avec de potentiels perdants mais aussi des gagnants, selon les pays et les secteurs.

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

Après le rapport sur l’emploi, on efface tout et on recommence, ou on persiste, M. Powell ?

199 K créations de postes en décembre, après 249 K en novembre : c’est moins que ce que l’on attendrait d’un cycle normal aux Etats-Unis alors que le déficit d’emplois est encore de 3,6 millions par rapport à la situation d’avant crise, soit de presque 3 %. L’économie américaine n’est assurément pas en aussi bonne forme que ne le suggère la FED et sa capacité à faire face à un resserrement des conditions monétaires est sans doute bien plus faible. Powell réécrira-t-il pour autant l’histoire qu’il a posée sur le papier ces derniers temps, à la faveur d’un diagnostic plus  nuancé qui supposerait une moindre réaction à l’accélération récente des prix ? Pas sûr, à en juger par les indicateurs qui semblent présider à sa stratégie : la peur d’une accélération incontrôlée des salaires est susceptible d’avoir monté d’un cran avec la nouvelle baisse du taux de chômage de 4,2 % à 3,9 %, son plus bas niveau depuis février 2020… C’est en tout cas en ce sens que les marchés semblent interpréter cette statistique, avec une nouvelle remontée des taux futurs. Une éventualité qui ne convainc guère, toutefois, ni les marchés des changes, avec un repli du dollar, ni celui de l’or, qui en profite pour remonter… Impasse

 

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

And the Winner is… L’euro-dollar !

A la veille des comités de politique monétaire de cette semaine, le schéma semblait simple : l’écart de posture entre la FED et la BCE donnerait un coup d’accélérateur à l’appréciation du dollar au détriment, en tout premier lieu, de l’euro. Au lendemain de ces réunions qu’en est-il ? La FED a, effectivement, durci le ton à l’égard de l’inflation ; ses membres envisagent trois hausses d’un quart de point des Fed Funds en 2022, la première possiblement dès mars prochain. La BCE, à l’inverse, campe sur ses positions. Elle rallonge son programme d’achats d’actifs (APP) pour atténuer l’impact de l’arrivée à terme du plan d’urgence pandémie (PEPP) et prolonge la période de réinvestissement de ce dernier jusqu’à la fin 2024, au moins. Si elle entrouvre, pour la première fois depuis longtemps, la porte à une hypothétique hausse de ses taux directeurs à partir d’octobre 2022, les apports programmés de liquidités en réduisent la probabilité par rapport aux anticipations des marchés de ces dernières semaines. Au total, si la FED court derrière l’inflation et se révèle un cran plus agressive qu’escompté, la BCE prend son temps et se montre un brin plus accommodante qu’attendu. Tout est donc bien en place, a priori, pour que le dollar profite de la situation, à ceci près que l’inverse se produit depuis mercredi soir et, plus encore, depuis la conférence de presse de Mme Lagarde. Comment l’expliquer et qu’en déduire pour la suite ?

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

Perspectives 2022. Les banques centrales peuvent-elles se réinventer ?

Rattrapages, acquis et effets de base ont fait l’essentiel de la croissance record de 2021 de nombreuses de régions et pays mais dont on ne retire que très peu d’éléments structurants sur les tendances économiques mondiales de plus long terme. En cette fin d’année, le Covid rôde toujours et, si sa dernière variante, Omicron, pourrait être l’ultime, l’hypothèse est encore bien incertaine. Les changements de comportement induits par deux années de crise sanitaire se cristallisent et préfigurent un monde de plus en plus fermé dans lequel la réduction de la mobilité semble devenir la norme, sur fond de contraintes climatiques de plus en plus prégnantes et de crispations géopolitiques toujours plus intenses. Comment ces tendances se traduiront sur l’investissement et l’emploi reste incertain, quand le diagnostic sur la temporalité de l’inflation 2021 ne peut faire abstraction de ces questions et, plus généralement, de nouveaux déséquilibres offre-demande qui dicteront, in fine, les tendances des prix mondiaux.

Si le rattrapage inachevé des pertes liées à l’épidémie permet d’envisager des taux de croissance encore raisonnablement soutenus en 2022, un scénario de reprise auto-alimentée dans lequel les économies pourraient se passer du soutien des politiques publiques et de celui des banques centrales, semble inaccessible. Sauf que le retour de l’inflation, change la donne. Aux Etats-Unis, la règle de Taylor suggère un niveau des Fed Funds approprié à la situation actuelle de 10 %, alors que l’accumulation des dettes et les valorisations excessives des marchés ne permettent pas d’envisager une remontée de 1 % des taux d’intérêt sans risque majeur de crise financière… Les banques centrales, au centre du jeu, ont-elles encore des réserves pour adresser une telle situation ?

 

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

La Vème vague du Covid sera-t-elle déflationniste ou inflationniste ?

Raréfaction de l’offre ou excès de demande, l’origine de l’accélération récente de l’inflation est loin d’être aussi claire. Alors que l’effervescence de la demande a, souvent, été présentée comme le principal facteur à l’origine des tensions sur les prix mondiaux, l’apparition de la nouvelle vague de Covid suscite de nombreux commentaires sur les risques d’intensification de l’inflation que des difficultés d’approvisionnement accrues par de nouvelles contraintes sanitaires pourraient provoquer. Témoin de ces craintes, les prix mondiaux du transport maritime se tendent à nouveau depuis la mi-novembre.

Au-delà d’inverser la hiérarchie des explications sur l’origine de l’inflation, il y a plusieurs suggestions implicites dans cette dernière affirmation :

  • La première est que le regain d’épidémie n’aurait que peu ou pas d’effet sur les perspectives de demande.
  • La seconde est que les problèmes d’offre ont bel et bien une responsabilité importante, du moins non négligeable, dans le regain de l’inflation.
  • La troisième est que les politiques monétaires n’auraient, a priori, que peu d’influence sur les développements à venir de l’inflation, ce qui pose la question de leur capitulation éventuelle face à un phénomène qu’elles ne peuvent prétendre juguler ou, au contraire, d’un durcissement d’autant plus fort que ce celui qui se prépare risque d’être doublé par les effets de cette nouvelle vague d’épidémie…

Nous tentons d’apporter quelques éclairages sur ces différents aspects.

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

Le comportement des ménages réagit-il, déjà, à l’envolée des anticipations d’inflation ?

Les manuels d’économie expliquent que la perspective d’une accélération de l’inflation incite les consommateurs à devancer leurs dépenses, pour ne pas avoir à payer plus cher demain des biens qu’ils peuvent acquérir aujourd’hui. Ce comportement, plutôt rationnel, est assimilé à la perversité d’une montée des anticipations d’inflation qui tend, par le surcroît de demande qu’elle occasionne, à accroître leur caractère autoréalisateur. C’est en partie pour cette raison que les banques centrales ont, traditionnellement, attaché une grande importance à l’évolution des perspectives d’inflation des agents. De fait, celles-ci se sont fortement accrues ces derniers mois, aux Etats-Unis dès le printemps puis en Europe à l’automne. Concomitamment, les dépenses de consommation ont plutôt donné lieu à d’agréables surprises. La première observation peut-elle expliquer la seconde ? La question se pose et de sa réponse pourraient dépendre bien des aspects des prévisions macro-économiques. Aux incertitudes près du degré de durcissement des contraintes sanitaires à venir, une telle éventualité pourrait balayer les craintes de stagflation au profit d’un scénario d’inflation plus durable, aux conséquences bien éloignées de celles, jusque-là, privilégiées par le consensus et les marchés financiers.

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner

Flambée des matières premières et hausse du dollar, un très mauvais mixte pour les changes

Les périodes d’appréciation du billet vert ont en général été plutôt bienvenues ces deux dernières décennies. Les écarts de taux d’intérêt qui les accompagnaient illustraient, le plus souvent, une conjoncture américaine porteuse que la remontée du dollar assurait de diffuser au reste du monde. En outre, au cours de cette période, la relation entre la monnaie américaine et le marché des matières premières est apparue relativement stable : le second s’ajustait à la baisse lorsque la première s’appréciait, ce qui avait pour effet d’amortir le choc inflationniste des dépréciations des devises vis-à-vis du dollar et, ainsi, de contenir les écarts d’inflation et, par-delà, ceux des politiques monétaires. Il en est résulté une plus grande stabilité des taux de changes. Ces mécanismes stabilisateurs ont été balayés à partir du moment où matières premières et dollar ont commencé à s’apprécier de concert en début d’année…

Vous devez vous connecter pour voir le contenu.SVP . Pas encore abonné ? Vous abonner