Stand-by des marchés : le point à mi parcours

Une semaine après l’attaque d’Israël par l’Iran et moins de vingt-quatre heures après la réplique des Israéliens, les incidences de la montée des tensions géopolitiques restent particulièrement ténues sur les marchés financiers, quand ces derniers n’évoluent pas dans des directions radicalement opposées à celles généralement anticipées dans de telles circonstances. S’ils tétanisent les investisseurs, les développements au Moyen-Orient ne paraissent pas avoir été suivis de changements radicaux de stratégies d’investissement, par ailleurs, malmenées par ce qui reste la principale source d’incertitude, à savoir l’évolution des taux d’intérêt.

L’ensemble aboutit à un curieux sentiment, de marchés en suspens, prêts à renouer, à chaque occasion, avec les tendances qui prévalaient avant l’attaque du régime de Téhéran sur Israël ou, même, avant la publication, à certains égards, fatale, du CPI américain du mois de mars…
Au total :
– le repli vers les valeurs refuge est à peine perceptible.
– L’appétit pour le risque et pour les valeurs cycliques semble prompt à reprendre le dessus à la moindre dissipation des éléments contrariants.
– Les bruits de botte n’ont pas supplanté les nouvelles en provenance de l’Empire du Milieu, qui, bien qu’assez médiocres sur le fond, ont renforcé le sentiment d’une amélioration des perspectives des marchés locaux et, dans la foulée, celle des métaux industriels, les deux actifs les plus performants de la semaine écoulée.
– Seule évidence, les valeurs les plus exubérantes du début d’année n’ont plus le vent en poupe, c’est en particulier le cas du côté des « 7 magnifiques » américaines qui avaient porté l’indice Nasdaq et le S&P500 sur leurs sommets récents. Difficile d’y voir une conséquence du conflit irano-israélien, cependant.
– Tel ne semble pas être encore le cas, en revanche s’agissant du BTC, lequel, malgré son fort repli et son aveu de faiblesse par rapport à l’or pour faire face à des situations extrêmes, ne donne pas de signes évidents de capitulation.
Quelles leçons tirer de ces évolutions ?

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Non, abandonner la perspective de baisses de taux de la Fed ne coule pas de source

Le rapport sur l’inflation américaine du mois de mars a fini par avoir raison des anticipations d’une première baisse des Fed Funds en juin, voire en juillet, ce qui ne laisserait plus à la Fed que trois occasions, maximum, d’abaisser le niveau de ses taux directeurs d’ici la fin de l’année compte-tenu de l’agenda des FOMC, à savoir : septembre, novembre et décembre. Le pronostic 2024 en est profondément modifié par rapport à ce qu’il était encore début février, quand les anticipations tablaient sur 125 à 150 pb de baisses des Fed Funds, dont il ne reste plus que 50 à 75 pb aujourd’hui.

De là à ce que ces révisions se poursuivent jusqu’à potentiellement gommer toute anticipation de baisse des taux, il semble n’y avoir qu’un pas. Ce dernier n’est, pourtant, pas aussi évident à franchir, ceci pour au moins trois raisons :
• La première vient du fait que la Fed continuera, in fine, à vanter les mérites de sa stratégie et de sa capacité à dompter l’inflation ; il en va de sa crédibilité. Ceci devrait l’inciter à conserver l’hypothèse d’une normalisation des taux réels, quand bien même plus tard qu’elle ne l’avait prévu et, sans doute, avec moins de précipitation que jusqu’alors…
• La seconde vient du fait que les succès de l’économie américaine restent très relatifs, éminemment dépendants de la gestion Biden et de la résilience apparente de l’immobilier ; deux domaines, mal relayés par les autres segments de l’économie américaine et pour lesquels la corde pourrait s’user d’autant plus rapidement que les taux resteront plus durablement élevés.
• Si tel est le cas, risques de récession et fragilités des marchés pourraient sans tarder revenir dans le radar, en particulier du côté des entreprises et de leurs conditions de financement.
Chacune de ces raisons justifie le biais persistant des perspectives de taux d’intérêt dans lesquelles les baisses des Fed Funds semblent gravées dans le marbre, quand bien même, constamment repoussées dans le temps, aujourd’hui à la faveur d’anticipations à moins de 4,0 % à horizon du printemps 2025. A l’heure où les incertitudes sur la trajectoire monétaire sont à leur paroxysme, sans doute n’est-il pas superflu de conserver ces éléments en tête et, avec eux, les risques qui y sont associés.

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Couacs chinois – Ou, l’indésirable retour de la Chine

Si l’espoir d’un retour de la Chine sur la scène économique internationale a longtemps nourri celui des entreprises et des marchés jusqu’à l’année dernière, ni le moment ni la manière dont celui-ci s’effectue ne semblent, finalement, les bienvenus.

· Alors que les tensions se multiplient sur les marchés de matières premières dans la perspective d’une détente monétaire et sur fond de crispations géopolitiques de plus en plus menaçantes, la bonne surprise qu’aurait pu constituer un rebond du PMI chinois il y a quelques mois, n’a guère été du goût des marchés cette semaine. La nouvelle a illico renchéri les cours des matières premières et, partant, le niveau des taux d’intérêt futurs, mettant un peu plus en porte-à-faux les perspectives de baisse des taux.

· Par ailleurs, si l’activité manufacturière et exportatrice chinoise donne des signes de récupération, il semble de plus en plus illusoire d’en espérer un appel d’air pour le reste du monde développé. La demande domestique, dont pourraient éventuellement profiter les entreprises occidentales, reste plombée, et le marché de plus en plus accaparé par les producteurs locaux. En l’occurrence, si l’activité industrielle chinoise tire son épingle du jeu, c’est avant, tout grâce à la percée agressive qu’elle effectue sur les marchés internationaux de l’automobile électrique et des biens d’équipement, deux secteurs privilégiés autour desquels gravitaient jusqu’alors les espoirs de réindustrialisation du monde occidental.

L’industrie allemande, à ce stade, principale perdante de cette nouvelle concurrence, pourrait bientôt ne plus être la seule à en subir les conséquences. Ni la France de l’automobile et de l’aéronautique, ni les Etats-Unis ne sont à l’abri de cette déferlante, dont on voit mal comment elle pourrait ne pas provoquer une nouvelle vague de répliques protectionnistes, avant même le retour éventuel de D. Trump à la tête des Etats-Unis.

Il s’agit manifestement d’enjeux de taille, qui, si la FED n’avait pas promis d’être « data dependent » vaudrait sans doute plus qu’un rapport sur l’emploi mensuel américain pour ce qu’ils nous disent sur les développements et risques en présence.

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Perspectives trimestrielles – Le CAC sur la lancée, les 9.000 points en vue.

La perspective d’une ascension de l’indice français, susceptible de le conduire jusqu’à 9.000 points, s’impose comme une probabilité suffisamment importante pour faire la Une de notre synthèse trimestrielle. Est-ce à dire que nous sommes subitement devenus très optimistes sur les perspectives de l’économie française ? A l’évidence, non ; en l’occurrence presque l’inverse. Mais, dans l’environnement en présence, dans lequel se confrontent la surabondance de liquidités et de moindres réceptacles d’investissements, les petites ou plus grandes histoires font facilement le buzz et, in fine, le marché.

La seule perspective de baisse des taux de la BCE n’aurait pas suffi à aboutir à cette conclusion dans le contexte en présence que caractérisent la frilosité des consommateurs et le désespoir industriel, sur fond, qui plus est, de durcissement des politiques budgétaires. C’est ailleurs, en l’occurrence, du côté du goût subit des dirigeants européens pour l’industrie de la défense, que se profile l’histoire du moment.

Après plusieurs décennies de désarmement, l’effort de guerre qu’engendre la dégradation accélérée de l’environnement géopolitique international, est sans précédent depuis la seconde guerre mondiale. Assurément loin de la croissance verte censée servir de socle à la réindustrialisation, les perspectives sont plus proches du réveil d’une économie brune. Le mouvement paraît en bonne place pour relayer la thématique de l’IA, dont profitent peu les indices européens beaucoup plus exposés à l’industrie traditionnelle. Les chances que ces évolutions propulsent les indices de la zone euro sur de nouveaux records sont incontestablement élevées, malgré les risques de développements contrariants, susceptibles de créer les conditions d’un environnement de marché nettement plus incertain, dès l’été.

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La FED, trop conciliante, risque-t-elle de préparer la prochaine crise alimentaire mondiale ?

C’est la question qu’incitent à poser les vives réactions des cours de l’or et de la plupart des matières premières à la communication de la FED de cette semaine, même si l’envolée des transactions immobilières publiées depuis aux Etats-Unis a quelque peu atténué cette première réponse. La hausse de 9,5 % des ventes de logements existants en février, à leur plus haut niveau depuis près d’un an après leur rebond de 3,1 % en janvier, est assez largement contrariante, en effet, pour ceux qui avaient déduit des propos de J. Powell qu’ils réouvraient la porte à une probable baisse des Fed Funds en juin.
Si, conformément à sa responsabilité, la FED nous explique avec moultes précisions les risques assortis au timing du changement de sa politique monétaire pour l’économie et l’inflation américaines, c’est peut-être surtout au-delà des frontières des Etats-Unis que l’impact d’un mauvais dosage de son action pourrait avoir les plus graves conséquences, en l’occurrence du côté des prix mondiaux des matières premières.
En dépit de leur déclin depuis la première moitié de 2022, les cours mondiaux des matières premières se sont stabilisés à des niveaux encore très élevés, par rapport à ce qu’ils étaient avant l’épidémie de covid. S’il y a bien des raisons géopolitiques et climatiques à cet état de fait, les excès de liquidités que les banques centrales n’ont pas su éponger ces deux dernières années semblent avoir une responsabilité de premier rang dans cette situation. Il fait, dès lors, peu de doutes qu’un assouplissement trop précoce de la politique de la FED, de par son influence sur l’environnement monétaire international et les perspectives de demande, ne tarderait pas à créer les conditions d’une possible embardée des cours mondiaux, susceptible, non seulement, de dégénérer en une nouvelle vague d’inflation, mais, également, en une remontée des prix agricoles que la précarité alimentaire en présence rendrait sans délai insupportable pour de nombreuses populations, du monde émergent notamment.

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Mieux vaudrait que la FED ne déçoive pas. Le peut-elle, le doit-elle ?

Après avoir superbement ignoré les avertissements successifs de ce début d’année, les marchés sont subitement devenus plus nerveux à l’approche du FOMC de la semaine prochaine. Il est vrai que les dernières publications américaines n’offrent pas la meilleure combinaison. Compensée par l’amélioration des perspectives de croissance, l’idée d’une absence de baisse imminente des taux de la FED avait fini par faire son chemin sans fracas. A tout choisir, mieux vaut, en effet, un environnement de taux stables, quand bien même relativement élevés, et la persistance de bonnes perspectives de croissance, qu’une trop grande dépendance de ces dernières à l’évolution de la politique monétaire : 3 % à 3,5 % d’inflation, c’est autant de hausse des chiffres d’affaires qui s’ajoutent à celles de la croissance de l’activité et de la productivité, qu’un environnement d’abondantes liquidités sait, en général, mettre à profit sur les marchés, comme rappelé dernièrement.

Sauf, que les derniers retours en provenance de la demande domestique américaine ne sont, précisément, plus du même tonneau. Pas outre mesure préoccupants mais, manifestement, plus fragiles. Les déceptions en matière d’inflation prennent, dès lors, une tout autre dimension, surtout si elles signent l’apparition de tensions sur les coûts énergétiques ou sur ceux du travail, qui pourraient rapidement transformer la satisfaction de créations d’emplois soutenues en source de questionnement pour les profits futurs.
Il sera manifestement difficile à la Fed de ne pas prendre acte de ces développements dans sa communication de mercredi, d’autant que s’y ajoutent bien des arguments à l’encontre du biais accommodant qu’elle a adopté ces derniers mois, notamment en provenance des marchés financiers.

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L’approche d’une possible baisse des taux de la BCE réduira-t-elle les distorsions boursières ?

La hausse des indices européens s’est accompagnée de rares dispersions des performances sectorielles et d’écarts souvent exceptionnels entre les valeurs d’un même secteur depuis le début de l’année. Malgré le retour de la confiance des investisseurs, ce contexte a souvent créé un sentiment d’incertitude dans l’exercice des stratégies d’investissement, limitant, de facto, l’appétit pour le risque.

Plusieurs éléments sont susceptibles de justifier cette particularité dans un environnement économique et géopolitique, non seulement, des plus instables mais en profonde mutation. L’incertitude autour des anticipations d’inflation, des politiques monétaires et de taux d’intérêt a, néanmoins, sans conteste, joué un rôle de premier plan dans l’entretien de distorsions hors normes. Le changement de posture de la BCE de cette semaine, la révision en forte baisse de ses prévisions d’inflation et la perspective confortée d’une possible première baisse de ses taux directeurs en juin, sont-ils, dès lors, en mesure de changer cet état de fait et de rendre le marché à la fois plus harmonieux et plus lisible ?
Si l’on est, a priori, tenté de le penser, force est de reconnaître que la seule perspective d’un pivot de la BCE semble à ce stade un contrepoids insuffisant aux facteurs apparemment à l’œuvre derrière les anomalies en présence.

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Le grand retour de la Pologne dans l’UE, une nouvelle page européenne.

L’annonce a été plus rapide que prévu. Moins de trois mois après son retour à la tête de la Pologne en décembre dernier, l’ex-président du Conseil européen, Donald Tusk a obtenu l’accord de déblocage des fonds européens à destination de son pays : soit 137 milliards d’euros, équivalents à quasiment 20 % du PIB polonais de 2023. Le pécule est considérable pour une économie déjà sur la lancée d’un rattrapage accéléré depuis son adhésion à l’UE en 2004.

Il se décompose en 76,5 milliards de fonds de cohésion, la plus grosse dotation du budget 2021-2027 de l’UE, jusqu’alors gelée faute d’avancée sur le rétablissement de l’Etat de droit que les réformes du Pis avaient remis en cause ; auxquels s’ajoutent près de 60 milliards du plan de relance post-Covid. L’ensemble étant susceptible d’être mobilisé avant la fin du budget courant jusqu’en 2027, il pourrait s’agir de près de 5 % du PIB national pour chacune des quatre prochaines années, sans aucun doute, la plus forte contribution européenne à un pays membre depuis sa création.
Les conséquences pour la Pologne ont tout lieu d’être considérables. Sixième économie de l’UE, elle pourrait envisager de gravir la cinquième marche du podium à la place des Pays-Bas sous peu, quand bien même celle-ci est encore un peu haute. Avec une population de 38 millions de personnes, la cinquième de l’UE, il s’agirait toutefois d’un juste positionnement, à même de modifier en profondeur le jeu des équilibres en place.
Derrière cette accélération du temps, c’est la géopolitique, jusqu’alors, essentiellement absente du projet européen, qui semble pourtant prendre ses marques. La guerre en Ukraine, les menaces grandissantes de la Russie et la perspective d’une réélection de D. Trump, modifient peu à peu la donne et cette dernière peut difficilement se passer du rôle stratégique de la Pologne. Avec le retour de D. Tusk s’ouvre une nouvelle page européenne dont nul ne sait encore dire comment elle se remplira mais dont on semble en mesure d’affirmer qu’elle n’aura plus grand-chose de commun avec la précédente.

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