Un été européen sur les marchés boursiers ?

Notre présentation trimestrielle du 23 juin a conclu à trois recommandations stratégiques-clés en matière boursière (voir annexes) :
1- La réduction de l’exposition aux indices américains, trop colonisés par un secteur technologique hypertrophié, de plus en plus incertain et risqué.
2- Une moindre exposition aux marchés émergents, face à la double perspective de temps plus difficiles pour les valeurs technologiques et d’un resserrement de la politique monétaire américaine.
3- Un regain d’intérêt pour les indices européens, tout à la fois, plus diversifiés, mieux placés pour répondre à la recherche de qualité des investisseurs et en mesure de profiter d’un potentiel de rattrapage avec la retombée des tensions énergétiques post-conflit en Iran.

Les dix jours qui viennent de s’écouler confortent dans nos choix. L’indice Stoxx européen a maintenu un cap honorable face au S&P500. MIB, AEX et IBEX, toujours en tête de peloton, le CAC 40 a, de son côté, repris des couleurs, aujourd’hui à deux doigts de son record du 26 février, de 8621 points. Plus en retrait jusqu’alors, le DAX a également enregistré ce jeudi une progression de plus de 2 % qui constitue un signal plus prometteur.
Ces évolutions sont l’occasion de revenir un peu plus en détail sur les arguments qui justifiaient nos recommandations, dans un contexte économique toujours difficile où les motifs d’attraction sont loin de d’imposer naturellement.

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Des promesses de l’IA au K-Shape tentaculaire

La question n’est pas si l’IA créera de la richesse mais comment cette dernière sera distribuée. De sa réponse dépendra la soutenabilité économique et financière de l’essor fulgurant de l’IA et de ce qui l’entoure. À ce stade, le modèle ne tourne pas et les chances qu’il plie se multiplient.
Telle est la conclusion de notre présentation trimestrielle, qui conditionne notre stratégie d’investissement.
Jamais depuis la seconde guerre mondiale les promesses n’ont égalé celles aujourd’hui suggérées par l’essor technologique autour de l’IA et de ses applications possibles. Malgré tout, bien qu’il soit tentant de comparer les transformations à venir aux progrès issus, en leur temps, de la découverte du moteur électrique ou, avant lui, de la machine à vapeur, les questionnements sur la soutenabilité des évolutions en cours sont considérables. Si l’IA promet des gains de productivité déjà mesurables et à bien des égards inégalables, à même d’alimenter une société de l’abondance dans laquelle, « d’ici 10 à 20 ans, le travail pourrait devenir optionnel », dixit E. Musk, les déséquilibres qu’elle entraîne simultanément rebondissent en retour sur sa capacité même de développement dans les conditions en présence. Après l’euphorie des marchés boursiers de ces derniers mois et l’apothéose qu’a constitué l’introduction de SpaceX au milieu de ce mois, c’est peut-être, déjà, ces questions que se posent aujourd’hui les investisseurs.

Sommaire

Dans le tournis des promesses de l’I.A.

Des promesses de productivité à l’insoutenable régime du K-Shaped

La promesse désinflationniste en question

Vers un repricing des marchés

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Banques centrales, Big Tech, États : qui tient qui ? La réponse semble avoir changé…

Le marché avait construit son scénario avant même que K. Warsh ne s’exprime. Nommé par D. Trump dans l’espoir explicite d’obtenir des baisses de taux plus rapides et plus prononcées qu’avec J. Powell, K. Warsh portait, de facto, par construction politique, l’étiquette d’un président « colombe », à même de servir la cause d’une administration des plus dépensières que l’Amérique n’a jamais connue et celle de la Tech américaine en lui garantissant un bas coût du capital dont elle a tant besoin pour se développer.
Le premier FOMC de K. Warsh a produit l’exact inverse : non seulement les baisses de taux antérieurement prévues ont été remplacées par la perspective d’une hausse d’ici la fin de l’année mais, contrairement aux propos de D. Trump qui s’était fait remarquer quelques jours plus tôt en qualifiant l’inflation de « la chose qu’il adore », K. Warsh s’est présenté comme l’un des présidents de la Fed les plus virulents contre la persistance d’une inflation depuis trop longtemps supérieure à l’objectif officiel, avec, à première vue, la ferme intention de la ramener à 2 %.
Paradoxalement, celui qu’on envisageait être le défaiseur de l’indépendance de la Fed l’a, au contraire, réaffirmée, avec une approche plus convaincante, même, que son prédécesseur. Finalement, la Fed de K. Warsh semble bel et bien reprendre la main, que ce soit à l’égard de l’exécutif et, par là même, les marges de manœuvre de la politique économique du gouvernement, ou à l’égard de l’IA, que des taux d’intérêt plus élevés pourraient plus que jamais réfréner dans son parcours boursier et dans sa capacité à financer les besoins nécessaires à la poursuite de son essor dans les temps prévus.

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Dans l’ivresse de MAGA, « Happy Birthday Mr Président »!

IPO historique, coupe du Monde, indépendance des Etats-Unis et tant d’autres manifestations d’une semaine de célébrations, durant laquelle les Etats-Unis se préparent à être la vitrine du monde. Ne manquait plus que l’accord avec l’Iran pour offrir au président américain l’apothéose pour ses 80 bougies, lequel paraît avoir été conclu ce dimanche soir, avec cérémonie officielle prévue le 19 juin. Les marchés s’y étaient préparés depuis jeudi, enchaînant : chute des cours du pétrole, baisse des taux d’intérêt, rebond des bourses, tech en tête avant la première semaine de cotation de SpaceX sur le Nasdaq. Le narratif de marché se confond avec l’idéologie MAGA qui trouve dans son expression financière une nouvelle dimension que rien ne semble plus pouvoir enrayer, comme pour mieux exprimer sa gratitude à celui qui l’incarne. Happy Birthday Mr Président !
Mieux vaudrait que K. Warsh ne vienne pas gâcher la fête mercredi, en s’aventurant, le cas échéant, sur les pas de Mme Lagarde… Y parviendra-t-il ? Le rapport de force au sein du FOMC ne lui facilitera pas la tâche. C’est le maillon faible de la stratégie présidentielle, tant, du moins, que la Fed parvient à préserver son indépendance.

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Un rapport sur l’emploi contrariant

Avec 172 K nouveaux postes créés en mai après 179 K en avril, l’économie américaine a retrouvé le chemin des créations d’emploi, conformément à ce qu’avaient déjà signalé les données de l’ADP mercredi. Les créations du seul secteur privé non-agricole ont été révisées en hausse de 123 K à 177 K en avril et progressent moins vigoureusement en mai, 120 K en première lecture, mais sur une base beaucoup mieux répartie qu’au cours des derniers mois. Sauf les services financiers et, dans une moindre mesure, l’information, le commerce et les transports, tous les secteurs économiques ont participé à l’amélioration des résultats du mois de mai, activités de loisirs/restauration et emplois publics, sinon fédéraux, en tête, suivis par la santé, la construction et l’industrie manufacturière.

Fort heureusement pour K. Warsh, le taux de chômage ne baisse pas, à 4,3 %, et le taux de salaire annuel décélère encore de deux dixièmes, à 3,4 %. À y regarder de plus près, néanmoins, il se pourrait bien que ces deux éléments de sauvetage, pour un président de la Fed partisan de baisses des taux directeurs, ne soient plus au RDV d’ici peu. D. Trump pourrait se féliciter de ces bons résultats mais telle n’est pas sa préoccupation première aujourd’hui, qui vise avant tout à contenir le coût d’une dette fédérale incontrôlée et de plus en plus onéreuse.
Manifestement, le nouveau président de la Fed aura du mal à satisfaire à cette urgence. Les taux futurs se sont de nouveau tendus à la publication de ce rapport et, sur les marchés, les anticipations de remontées des taux directeurs risquent décidément de conserver un vent de poupe dans les prochaines semaines.

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L’IA source de fragmentation de plus en plus profonde des marchés

La fulgurance des développements de l’intelligence artificielle prend au dépourvu la plupart des observateurs. Si nul ne peut nier son essor universel dans quasiment toutes les strates économiques, prédire ses conséquences reste un exercice hautement incertain, soumis à de nombreuses questions et débats, tant économiques que sociétaux : jusqu’où ira le phénomène, combien de temps avant qu’il entraine, éventuellement, dans son sillage un sursaut généralisé de la productivité, pour quels bénéfices, à quels coûts ou risques, vit-on une révolution au sens schumpétérien, et sinon ?…
Les interrogations, à juste titre, foisonnent. Les marchés s’encombrent rarement, néanmoins, de ces questions. L’histoire de l’IA est devenue celle des semi-conducteurs dont les ventes mondiales se démultiplient au gré de la propagation de ses applications qu’aucun autre secteur économique ne peut égaler, ce qui en fait un incontournable pour les investisseurs.

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Les banques centrales face à l’envolée des taux longs

Les tensions renouvelées sur les taux de financement de ces dernières semaines ont remis la question au cœur des préoccupations de marché. Après une année 2025 de relatif apaisement, les rendements à dix ans des obligations d’État ont renoué avec la tendance haussière qui était la leur entre 2021 et 2024, comme le laissait pressentir l’ascension sans répit de leurs équivalents à très long terme, à 30 ans notamment. Les taux longs ont, ainsi, retrouvé dans le courant du mois de mai des niveaux qu’ils n’avaient plus connus depuis presque un quart de siècle. Jusqu’où peut aller ce mouvement est incertain mais une chose est sûre, les arguments en faveur de leur renchérissement persistant ne manquent pas, à court terme, ainsi que détaillé dans notre HDV du 8 mai, comme à plus long terme, dans un monde aux ressources saturées, confronté à des ruptures démographiques qui exacerbent les déséquilibres entre capacités et besoins de financement.

Comment les banques centrales appréhendent-elles ce changement d’environnement ?
Ces dernières ne sont pas des plus prolixes sur le sujet mais on peut légitimement penser qu’elles observent de très près ces développements. Or, il existe de nombreuses façons d’appréhender ce nouvel environnement, avec des incidences potentiellement majeures sur la gestion des politiques monétaires et des conséquences concrètes sur les perspectives économiques et financières, qui valent largement qu’on y prête attention.

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L’inflation tourne au rouge vif, la volatilité des changes suit : où sont les risques ?

Dans le sillage des publications récentes, nous reprenons cette semaine le moniteur de l’inflation que nous avions construit en 2020. Laissé pour compte depuis 2023, ce tableau de bord des principaux déterminants de l’inflation aux États-Unis et en zone euro apporte une vision synthétique des tendances en cours qui complète utilement les conclusions de notre Baromètre Macroéconomique Global (BMG). Ce dernier s’est notablement redressé depuis deux mois et préfigure selon toute vraisemblance une accélération de l’inflation des pays de l’OCDE d’ici l’été, à un rythme qui n’a, d’ores et déjà, plus grand-chose à envier à celui connu en 2021.

Centré sur les Etats-Unis et la zone euro, notre moniteur permet d’affiner l’analyse, avec un spectre plus large de données, couvrant tout à la fois les prix constatés et les principaux déterminants de l’inflation. Les résultats de cette mise à jour sont on ne peut plus clairs. Aux Etats-Unis comme en zone euro, les indicateurs sont au rouge, la plupart rouge vif à une exception près : les salaires. Ces derniers ne tarderont vraisemblablement pas à suivre, ne serait-ce que par les mécanismes d’indexation encore existants, relayés par l’effet inflationniste des pénuries d’emplois qualifiés dans de nombreux secteurs et pays. Dit autrement, la mécanique inflationniste est enclenchée et mettra, même dans le meilleur des cas, du temps à s’inverser.

De telles perspectives ont de nombreuses implications, parmi lesquelles des ajustements d’ampleur des politiques monétaires à venir qui s’accompagneront inévitablement de turbulences sur les marchés des changes. Quelles devises sont les plus à risques et réciproquement ?

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