Le pic d’inflation est en voie d’avoir été dépassé en mars aux Etats-Unis

L’inflation était attendue en repli en avril, ce qu’elle a fait en décélérant légèrement, de 8,5 % en mars à 8,3 %. Comme prévu, les prix de l’énergie ont enregistré une baisse sur le mois, la première depuis avril 2021. De même, les prix des véhicules d’occasion ont poursuivi leur déclin de sorte que le rythme de hausse de l’ensemble des biens industriels a décéléré de deux points, de 11,7 % l’an à 9,7 %. C’est sur la partie sous-jacente non industrielle que résidaient les plus grandes incertitudes, notamment les loyers et les services. Les premiers augmentent de 0,5 %, comme en février et mars, soit de 5,1 % l’an ; c’est élevé mais quatre fois moins rapide que l’envolée des prix immobiliers. Les autres composantes sous-jacentes évoluent à des rythmes peu différents de ceux des mois récents et plutôt moins rapidement, ce qui se traduit dans notre tableau par la réapparition de cases bleues et rouge pâle. Une exception à ces tendances plutôt encourageantes : l’envolée des tarifs aériens de 18,5 % en un mois, de très loin la plus forte hausse de l’indice, sans lesquels la hausse mensuelle de l’indice sous-jacent aurait été de 0,4 %, au lieu des 0,6 % que les marchés ont vu d’un mauvais œil par rapport à l’espoir d’une possible détente des tensions sur les taux. Pourtant, au vu de ce qui précède, ce rapport accroît indiscutablement les chances que le pic d’inflation américaine soit derrière nous.

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La FED n’en fait pas trop ; les taux et le dollar fléchissent, les bourses et les MP respirent

Fait inhabituel, J. Powell a débuté sa conférence de presse en s’adressant aux Américains pour les rassurer sur le fait que la FED a les moyens de lutter contre l’inflation et de restaurer la stabilité des prix. Elle justifie ainsi la remontée de son l’objectif des Fed funds d’un demi-point, pour la première fois en 22 ans, et envisage de faire de même à l’occasion des deux prochaines réunions. Pour autant, la FED ne considère pas devoir aller plus vite ; il n’en fallait pas davantage pour rassurer sur le fait qu’elle ne partait pas bille en tête dans une stratégie trop agressive ainsi que certains propos ou indicateurs récents avaient pu le laisser craindre.

La réduction de son bilan, est, par ailleurs, confirmée et débutera en juin, selon les termes déjà précisés dans les minutes du dernier comité, à raison de 95 milliards de dollars par mois, pour une durée envisagée de 3 ans, soit une baisse de 3 000 milliards de dollars qui abaisserait son stock d’actifs d’un tiers, si elle parvient à son terme.

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L’envolée des coûts salariaux ne devrait pas inciter la FED à mettre de l’eau dans son vin

Après la déception du PIB, les données mensuelles de consommation de mars ne changent pas fondamentalement la donne : la hausse de 0,2 % des dépenses réelles corrobore celle de 2,7 % r.a. du trimestre. Plus intéressantes sont les informations sur les prix payés par les consommateurs (PCE) que privilégie habituellement la FED par rapport au CPI. Les prix PCE ont augmenté de 0,9 % en mars, ce qui correspond à leur plus forte variation mensuelle depuis septembre 2005 et porte à 6,6 % leur hausse annuelle. L’énergie et, dans une moindre mesure, l’alimentation expliquent ce résultat tandis que l’inflation « core » se stabilise sur le mois et décélère très légèrement sur un an, de 5,3 % à 5,2 % par rapport au mois de février. Cette bonne nouvelle relative n’aura probablement que peu d’effet sur la perception de la FED. Les niveaux observés restent considérablement élevés, en effet. Surtout, les informations par ailleurs délivrées sur les coûts salariaux ont tout lieu de la conforter dans sa posture restrictive. Les rémunérations se sont accélérées à un rythme inédit depuis plus de 30 ans au premier trimestre…

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Le PIB américain se contracte de 1,4 % et ce n’est pas seulement la faute des stocks

La première estimation du PIB américain du premier trimestre fait ressortir une contraction de 1,4 % en rythme annualisé (r.a.) par rapport à la fin de l’année dernière. Si le creusement de quasiment un cinquième du déficit commercial en mars avait préparé les esprits à une croissance très ralentie, la déception n’en est pas moins significative au vu des attentes du consensus (1 %). L’industrie, responsable d’une baisse de 3,4 % du PIB automobile comprise, accuse la contribution la plus négative depuis le quatrième trimestre 2008, hors première vague de Covid. Fort heureusement, la dissipation des contraintes sanitaires a permis aux services d’éponger une partie de ces pertes mais, avec une hausse de 7 % r.a. des prix au cours de la période, le consommateur ne pouvait pas faire de miracle : la croissance de ses dépenses s’est limitée à 2,7 % r.a. Suffisant diront certains qui ne manqueront pas de mettre en avant la baisse des stocks et l’envolée des importations pour suggérer une très bonne tenue de la demande domestique, comme le fera sans doute la FED pour pouvoir rassurer sur la capacité de l’économie américaine a affronter le durcissement des conditions monétaires…

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Aux Etats-Unis, la résilience des mises en chantier fait flamber les taux

Il s’agit du secteur supposé le plus sensible à l’envolée des taux d’intérêt qui concentre, aux yeux de nombreux économistes, y compris les nôtres, le plus grand risque pour la conjoncture américaine dans un contexte de resserrement monétaire. La semaine dernière, le taux moyen de financement hypothécaire à 30 ans a atteint 5 %, soit quasiment 200 points de base de plus qu’à la fin de l’année dernière et un niveau record depuis 2011. Avec des prix moyens d’acquisition  plus de deux fois supérieurs qu’à cette époque et la chute de pouvoir d’achat qu’entraine la flambée de l’inflation, l’immobilier semblait devoir être le premier témoin de la limite de l’action de la FED. Las, les mises en chantier ont, non seulement, résisté mais ont continué de progresser en mars, effaçant de facto la perspective d’un possible frein à l’action de la FED, qui semble avoir comme l’un de ses objectifs privilégiés, la surchauffe du marché immobilier.

 

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Ventes peu lisibles mais confiance en hausse aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les ventes de détail à prix courants progressent, en mars, pour le deuxième mois consécutif, de 0,5 % après 0,8 %, et retrouvent la tendance haussière initiée à la mi 2021, uniquement contrariée par la forte baisse de janvier. Cette satisfaction passée, on rappellera que ces données ne sont pas corrigées de la hausse des prix et révèlent surtout l’accélération de ces derniers. La consommation des ménages à prix constant n’a été que de 0,2 % en février et la hausse des prix de 1,2 % en mars risque bien d’avoir absorbé , encore une fois, tout ou partie de celle des achats nominaux.

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Chômage, salaires et PMI risquent de pousser la FED dans ses retranchements

Les membres de la FED, dans les starting blocks, menacent de déraper dans leurs choix de politique monétaire, faisant redouter une accélération du resserrement monétaire à brève échéance avec de possibles hausses des Fed Funds d’un demi-point voire davantage au cours des prochains FOMC, voire entre deux de ces réunions. Dans de telles conditions, tout élément additionnel susceptible d’alimenter la phobie inflationniste du moyen risque fort de servir de levier à une action d’envergure, au détriment des risques financiers et économiques qui y seraient liés.

Le rapport sur l’emploi du mois de mars représente un de ces risques. Avec des créations d’emplois suffisantes pour ne pas inquiéter plus que cela sur la situation conjoncturelle, c’est vraisemblablement la nouvelle baisse du taux de chômage et l’accélération de la croissance annuelle des salaires que retiendra la FED: deux éléments qu’elle n’hésitera pas à mettre en avant pour souligner la très bonne santé de l’économie américaine… Donc des marges de manœuvre pour relever le loyer de l’argent.

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Powell-Lagarde, même discours, même combat… ça promet !

Confiance, en apparence, sans limite dans les perspectives de croissance et crise ukrainienne, de facto, avant tout perçue comme un facteur d’inflation additionnel. Le message de la FED, comme celui de J. Powell, a rarement été aussi clair : le temps est venu de durcir les conditions de politique monétaire, ce qui assurera de ramener l’inflation dans les clous dès l’année prochaine, à 2,3 % en fin d’année pour les prix à la consommation hors énergie et alimentation.

Pour arriver à cette fin, la FED programme de relever ses taux directeurs jusqu’à 1,9 % d’ici décembre au lieu de 0,9 % envisagé il y a trois mois, soit quatre hausses de taux d’un quart de point supplémentaires qui portent à sept le nombre total de hausses cette année, une à chaque FOMC, le rythme étant susceptible d’être accéléré si la FED le juge opportun. Est-ce pour ne pas être accusée d’être derrière la courbe qu’elle se cale sur les anticipations des marchés ? C’est vraisemblable au moment où s’emballent à nouveau les anticipations de long terme. Comme le dit J. Powell, pas d’inquiétude à avoir, puisque les marchés anticipent déjà ce qu’elle annonce ce soir !

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