L’économie chinoise traine la patte

L’économie chinoise est toujours à la peine à en juger par les dernières informations du jour. Si la croissance annuelle de la production industrielle progresse de 4,8 % en juillet à 5,6 % en août, la hausse des huit premiers mois de l’année n’est que de 0,4 % par rapport à l’an dernier, résultat principalement permis par le secteur des nouvelles technologies et de la communication.

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Géopolitique : la limite de l’exercice de la prévision macroéconomique

La parenthèse chinoise se referme. Non pas à cause du Coronavirus, le mouvement a été enclenché il y a bien plus longtemps, après que la Chine a, elle-même, dû mettre un terme à sa frénésie de crédit des années 2009 à 2012. Depuis, l’économie mondiale vit au ralenti. Les pays les plus dépendants de leurs débouchés sur le vaste marché chinois ont vu leurs ressources à l’exportation confisquées du jour au lendemain. Dès lors, fini le rattrapage de l’économie brésilienne et de sa classe moyenne des années fastes au cours desquelles le pays déversait en Chine d’abondantes quantités de produits de base. Fini celui de la plupart des producteurs de matières premières, victimes tout à la fois de l’inertie des volumes exportés et des pressions baissières sur les prix. Finis les succès des grands pourvoyeurs de biens ; l’Allemagne, le Japon et feu-tigres et dragons d’Asie du sud. Non seulement la croissance de leurs débouchés chinois a été cassée mais celle des pays dont la santé dépendait crucialement de l’appétit de l’Empire du Milieu a subi le même sort.

On aurait tort de voir en D. Trump le principal responsable des ruptures commerciales aujourd’hui à l’œuvre mais celui-ci est arrivé à point pour donner un coup d’accélérateur à ce que l’on ne peut plus nier : la démondialisation, en d’autres termes, la fin de l’impulsion asiatique puis chinoise à la croissance mondiale et le retour de la tentation protectionniste.

Car si l’ouverture des frontières n’est plus une source de croissance à laquelle il faut impérativement se raccrocher, comme elle le fût entre 1990 et 2012, à quoi bon se plier à ses règles et contraintes ? Le protectionnisme prôné par le président américain n’a, de fait, guère de mal à séduire au-delà des Etats-Unis et la Chine, que le reste du monde a portée là où elle est tant qu’elle incarnait des espoirs démesurés, à devenir l’ennemi public numéro 1. De là à une dislocation accélérée des relations internationales, il ne fallait qu’une étincelle, en comparaison de laquelle l’épidémie de Covid-19 est comparable à un feu de forêt.

Qu’à cela ne tienne diront certains : le système est à bout de souffle et les contraintes environnementales n’autorisent plus la frénésie de croissance et d’échanges mondiaux des trente dernières années. Dont acte. Les grands pays industrialisés commencent à intégrer l’idée d’un rapprochement nécessaire de la production des consommateurs et d’une croissance plus endogène. Les partisans de la décroissance, de leur côté, ne voient pas d’un mauvais œil ces développements qu’ils ont de longue date appelés de leurs vœux, sans doute à juste titre d’ailleurs. Reste néanmoins les laissés pour compte et l’insupportable perspective de la confiscation de l’espoir que « demain sera meilleur ». C’est à partir de là que la chose économique change de nature et devient éminemment sociale, politique et, de facto, géostratégique. C’est là que s’impose au prévisionniste la dimension de l’incertitude politique et géopolitique et des risques qui vont avec. C’est là que l’économiste perd pied et que sa capacité à anticiper l’avenir s’en ressent. Au fait, comment ces risques sont-ils pris en compte et comment pourraient-ils se manifester dans le scénario 2021 et 2022 ?

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L’inflation américaine, pas de panique !

L’indice désaisonnalisé des prix à la consommation américain a gagné 0,4 % en août après 0,6 % en juillet, ce qui porte l’inflation annuelle à 1,3 % au lieu de 1 % en juillet. L’accélération de l’inflation est donc notable depuis son point bas de mai, à 0,1 %, lorsque la chute des prix de l’énergie avait créé d’importantes distorsions. Hors énergie et alimentation, la hausse de l’inflation annuelle se limite à un dixième, de 1,6 % en juillet à 1,7 %, en dépit d’une variation mensuelle identique à l’indice total. De fait, la plupart des composantes de l’inflation enregistrent de légères hausses. On note cependant une contribution particulièrement dominante des prix des voitures d’occasion, de 5,4 % en août après 2,3 % déjà en juillet, un mouvement vraisemblablement lié au report d’une partie de la demande sur des véhicules de seconde main dans une période conjoncturelle difficile. Hors ce phénomène, il faut chercher pour trouver de quelconques signes de tensions sur les prix.

 

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La France reprend-elle l’avantage industriel qu’elle avait sur l’Allemagne en 2019 ?

La production industrielle française a progressé de 3,8 % en juillet et de 4,5 % pour la seule industrie manufacturière. C’est nettement moins que le mois dernier et, ce sens, une nouvelle mitigée. Pour autant, la France ne s’en tire pas si mal en comparaison de ses partenaires immédiats. Au mois le mois, la progression de l’activité est plus soutenue qu’en Allemagne (2,8 %) et l’allure des deux courbes de production comparées est plutôt à l’avantage de la France depuis deux mois. Ce constat peut, certes, se justifier par un besoin de rattrapage plus important dans l’hexagone qu’outre-Rhin, après une chute plus marquée en avril/mai ; à moins qu’il ne signale le retour à la situation qui prévalait en 2019, à savoir une surperformance inhabituelle mais néanmoins persistante de l’activité française par rapport à l’allemande. Il semble que nous n’en soyons pas loin…

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Inflation ? On cherche, on ne trouve pas ; sauf des questions de long terme

Août a été marqué par une très nette remontée des anticipations d’inflation sur les marchés financiers qui, aux Etats-Unis comme en zone euro, ont renoué avec leurs niveaux de janvier-février, supérieures d’un demi-point environ à ceux de mai. L’amélioration des résultats économiques après la paralysie du deuxième trimestre, la perspective de politiques monétaires durablement accommodantes sur fond de relance budgétaire généralisée et la remontée des cours des matières premières ont simultanément eu raison des perspectives très faibles du printemps. Difficile, toutefois, de trouver dans les données récentes la validation de ce changement d’anticipations. Si quelques frictions haussières ont été observées sur certains prix post-confinement, elles ne semblent pas en mesure de résister aux tendances plus lourdes de l’inflation cyclique fondamentalement tirée à la baisse. Les marchés semblent donc s’être emballés ces dernières semaines ce qui suggère une correction de leurs excès.

Reste que les ruptures structurelles aujourd’hui pressenties interrogent de plus en plus sur leur impact en matière d’inflation : insécurité de l’offre face aux tensions commerciales et géopolitiques croissantes, modification du mixte de demande de matières premières induit par l’émergence de l’industrie bas carbone, déformation de la structure de consommation, forment un ensemble susceptible de créer plus de volatilité des anticipations de long terme d’inflation.

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Emploi américain, gare à la myopie des marchés obligataires

Après juillet, août marque une nouvelle forte progression de l’emploi américain, avec 1,37 millions de créations de postes ; une bonne nouvelle après les données très décevantes de l’ADP de mercredi et la recrudescence de l’épidémie de Covid qui sévit depuis le début de l’été. Tous les secteurs ont en l’occurrence profité d’une reprise, quand bien même les emplois publics ont gonflé les données totales de près de 345 K. Reste qu’avec 141 millions d’emplois, au total en août, contre 152,5 en février, le chemin vers le retour au niveau d’avant crise n’est qu’à moitié parcouru, par rapport au point bas d’avril. À l’évidence, le rythme de créations d’emplois devra réaccélérer pour correspondre aux attentes du consensus.

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Dans la jungle des plans de relance, la France se disperse quand l’Allemagne s’organise

Les dispositifs anti-crise se succèdent et finissent par donner le tournis. Revenons sur les réflexions qu’évoquent les annonces du gouvernement français. Cent milliards, l’équivalent de 4 % du PIB français de la fin de l’année dernière, voilà qui est effectivement imposant, en plus des dispositifs de sauvetage mis en place ces derniers mois. Sauf que le rouleau compresseur du Covid-19 a détruit 382 milliards de création de richesse depuis le début de l’année et que les conséquences d’un tel choc, sans parler des ruptures économiques et sociétales que l’épidémie risque de provoquer, ont tout lieu d’être considérables et, sur de nombreux points, durables. Face à une telle situation, deux stratégies s’opposent. La première vise à tenter d’adresser l’urgence, c’est la stratégie allemande mise en place dès le début de l’été. La seconde tente de traiter la plupart des maux, immédiats, structurels ou stratégiques, au risque d’atténuer la force de frappe, d’un manque de visibilité et d’efficacité de la relance ; c’est le choix du gouvernement français. S’il est manifestement trop tôt pour tirer des conclusions hâtives sur ces stratégies différenciées, ces écarts ne manquent pas d’interpeller, tant en ce qui concerne leurs chances de réussite que leur manque de cohérence.

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Une autre façon de lire les PMI

Des PMI définitifs publiés ce matin en zone euro on retire plusieurs observations :

  • Les retours en provenance du secteur manufacturier tiennent à peu près, grâce à l’Allemagne et à l’Italie. France et Espagne se replient en revanche fortement, le regain de croissance des deux derniers mois marque une pause chez ces deux derniers.
  • Les résultats sont en revanche sans appel dans les services pour lesquels l’indicateur de Markit rebaisse partout fortement avec un repli de plus de quatre points pour l’ensemble de la zone euro, à 50,5 contre 54,7 en juillet, reflet d’une contraction de 5,8 points en France, à 51,5 ; de plus de trois points en Allemagne, à 52,5 ; et de baisses de plus de quatre points en Italie et en Espagne à l’origine où l’indice rechute nettement sous le seuil de 50 points, respectivement 47,7 et 47,1 points.

Au total, l’amélioration de la situation conjoncturelle est loin d’être linéaire ni garantie. On rappellera à ce titre que les PMI ne nous renseignent que sur la dynamique de croissance, que leur écart à 50 est censé illustrer. Après des pertes considérables au printemps, il faudrait donc que ces indicateurs reviennent très au-dessus de 50 pour espérer retrouver la situation d’avant crise. Nous en sommes très loin si l’on en juge à ce que nous indique la somme de ces écarts depuis le début de l’année.

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