Frénésie financière : une roulette russe sur la tempe de l’économie mondiale

Buy the rumor, buy the fact ! Malgré le scepticisme exprimé de toutes parts, la signature de la phase I de l’accord commercial sino-américain se révèle un nouveau prétexte pour une flambée des actifs mondiaux. La frénésie des marchés financiers semble totalement incontrôlée et incontrôlable et, au rythme où vont les choses, il est difficile de faire l’autruche et d’échapper à la question : comment tout ceci se termine ? Nul n’a le pouvoir de le prédire, que ce soit dans la forme ou dans le temps. C’est le propre des bulles, en effet, que de dépasser l’entendement et de piéger les agents en défiant toujours plus les fondamentaux. Mais on ne pourra pas dire que les économistes n’auront pas prévenu : les phénomènes spéculatifs atteignent des proportions inédites qui agissent aujourd’hui comme des menaces de premier plan, sans commune mesure avec les risques économiques, sur les perspectives mondiales. Piégés, les responsables de politiques économiques n’ont d’autre choix que de brosser la bête dans le sens du poil, ce qui revient à accroître plus encore les risques futurs. Mais leur capacité à repousser l’échéance aura forcément une fin. D’où pourrait-elle venir ?

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Ventes de détail américaines : le juste ton

Ventes de détail américaines : le juste ton

En décembre, les ventes de détail américaines on progressé de 0,3 %, conformément aux attentes et comme elles l’avaient fait le mois précédent, le chiffre initial de 0,2 % ayant subi une légère révision haussière. La progression est donc modeste, d’autant plus qu’elle est exprimée à prix courants. L’estimation de ces mêmes ventes corrigées de la hausse des prix par le Census Bureau ne ressort plus qu’à zéro pour-cent. Pas de quoi fouetter un chat, donc, en dépit de la satisfaction provoquée par ces données. Origine de la confusion : les données publiées par le Census sont en valeur, diffusées en variation mensuelle et annuelle, cette dernière mesure étant ressortie en forte accélération, de 3,3 % en novembre à 5,8 % en décembre. Deux éléments expliquent ce résultat :

  • l’accélération de la mesure des prix de ces mêmes ventes, dont le glissement annuel est passé de 1,9 % en novembre à 2,4 % en décembre ;
  • les effets de base annuels liés au fait que décembre de l’année précédente (2018) était un mauvais mois au cours duquel le breakdown de l’Administration avait occasionné un reflux de 2,3 % des ventes mensuelles.

Autrement dit, des effets d’optiques qui ne disent rien quant à la tendance des ventes effectives de ces derniers mois lesquelles sont, en l’occurrence, littéralement atones en volume depuis septembre, soit légèrement inférieures à leur niveau du mois d’août dernier, comme illustré ci-dessous.

Si le rapport n’est pas foncièrement mauvais, la consommation étant également alimentée par les dépenses de services dont la majeure partie ne figure pas dans ce rapport, il ne justifie aucunement l’optimisme des réactions qu’il a provoquées dans un contexte où le marché ne voit que ce qu’il veut face à la surenchère provoquée par la signature de la phase I de l’accord commercial sino-américain.

On rappellera, comme illustré par le graphique ci-dessus, que le volume des ventes n’a pas progressé de plus de 3,2 % en deux ans ; un résultat à peu près équitablement réparti entre 2018 et 2019 si l’on fait abstraction du contrecoup du shutdown, décembre 2019 terminant à un niveau à peine supérieur de 1,5 % à celui de novembre 2018. Les ventes automobiles, pour leur part, lesquelles représentent avec les accessoires 20 % du total des achats, poursuivent leur tendance graduelle au repli comme c’est le cas depuis au moins deux ans.

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L’or remonte après l’accord USA-Chine…

Dubitatifs, est sans aucun doute le qualificatif le plus approprié à la réaction des marchés à la signature de la phase I de l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine. Si les indices boursiers américains donnent le sentiment de continuer à « acheter » la bonne nouvelle supposée, les marchés de taux et de matières premières semblent avoir fait plus de cas des faibles chiffres des prix à la production américains qu’à cette nouvelle du jour. Contrairement au scénario de reflation privilégié il y a quelques semaines à la perspective de cette trêve entre les deux premières économies mondiales, c’est un repli des taux futurs et des cours du pétrole qui ont simultanément marqué la séance de ce mercredi, qui plus est, couronnée par une remontée des cours de l’or de 0,8 %, à 1556,6 USD, à deux doigts de ses plus hauts récents de la semaine dernière.

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Tour d’horizon de la conjoncture mondiale début 2020. Vous avez dit reprise ?

Trois mois après le début du rallye boursier en cours, une envolée de plus de 11 % de l’indice MSCI mondial et de plus de 12 % de ses seules composantes cycliques, où en est l’économie mondiale ? À en juger par les commentaires de ces premiers jours de l’année, la cause est entendue : l’industrie serait sur la voie de la reprise, en témoigne le regain de confiance exprimé par les PMI manufacturiers mondiaux, le ZEW et l’IFO allemands qui, en la matière, sont traditionnellement considérés comme des valeurs fiables. La récession industrielle ayant été la principale source de dégradation de la conjoncture en 2019, ce diagnostic dégagerait l’horizon en faveur d’une embellie généralisée des perspectives économiques qui justifierait l’optimisme des bourses mondiales. L’analyse des indicateurs les plus récents apporte pour l’instant peu d’éléments véritablement convaincants d’une telle lecture.

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La FED bientôt à la rescousse de l’emploi américain ?

Le rapport sur l’emploi américain du mois de décembre déçoit, avec 145 K créations de postes au lieu de 164K généralement attendus et des révisions en baisse de 14 K des deux mois précédents. Les pertes d’emplois manufacturiers, miniers et, dans une moindre mesure, des transports et du stockage ont participé à ce résultat. Mais c’est surtout du côté des services professionnels que proviennent les mauvaises surprises, avec 10 K créations de postes seulement contre 36 K en moyenne au cours des six mois précédents. A l’inverse le rebond de plus de 40 K emplois dans le commerce de détail est une bonne nouvelle de taille que l’on est tenté d’attribuer aux effets positifs de l’ajournement de hausses de tarifs prévues pour le 15 décembre. Voilà bien longtemps, en l’occurrence quasiment trois ans, que le secteur n’avait pas enregistré une telle amélioration.

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Le bug des commandes allemandes

Le regain d’optimisme qui a suivi le redressement des indicateurs du climat des affaires de ces derniers mois tiendra-t-il la route ? La nouvelle contraction des commandes allemandes en novembre pose assurément la question. Avec un recul de 1,3 % en novembre, ces dernières renouent avec une tendance franchement baissière, assurément peu en phase avec les attentes telles qu’exprimées par les marchés ces dernières semaines.

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Perspectives 2020 : le grand pari

S’il existait une échelle du degré d’incertitude assorti aux prévisions économiques, nous serions sans aucun doute très haut sur celle-ci aujourd’hui, en l’occurrence probablement à un niveau jamais atteint depuis fin de la seconde guerre mondiale. Il y a trois bonnes raisons à cette situation :

1- La première vient des effets mal connus de l’hyper financiarisation de l’économie mondiale sur les équilibres économiques, le comportement des agents, la perception des risques et les réponses préventives apportées par les responsables de politique économique.
2- La deuxième est liée à la fragilité de l’expertise sur la réalité et la profondeur des changements systémiques que semblent à même de provoquer les ruptures démographiques, technologiques, scientifiques, climatiques et sociétales en cours, dont les conséquences, jusqu’alors considérées avec distance, s’accélèrent, sans que l’on sache estimer avec précision leur influence réelle sur les rouages économiques, y compris conjoncturels.
3- La troisième provient des interrogations et incertitudes que suggère le constat de la disparition de l’inflation et, semble-t-il, avec elle, du principal déterminant des cycles tels qu’ils ont rythmé l’activité économique du monde développé depuis la seconde guerre mondiale. Phénomène passager ou durable, plus sociétal ou systémique qu’économique, issu de quel changement et avec quelles conséquences à long terme ?
Face à ces enjeux l’économiste tâtonne, les modèles déraillent et les décisions des agents et les prévisions s’en ressentent. Jamais l’exercice prévisionnel n’est apparu aussi fragile, voire à la limite de l’inconsistance tellement le sentiment est vif de risquer de passer à côté de l’essentiel de ce qui fera le monde de demain, c’est-à-dire peut-être déjà celui des prochains trimestres. Face à ces questionnements trop nombreux, le réflexe de conservatisme est souvent de mise. C’est un risque dont nous sommes bien conscients qui vaut tout à la fois à la hausse comme à la baisse sur nos estimations.

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Large majorité confirmée des Conservateurs britanniques, le Brexit se rapproche, la livre s’envole

Les résultats sortie des urnes confirment une large majorité des Conservateurs aux élections britanniques, laquelle ouvre grand la porte à une validation du deal de B. Johnson avec l’UE par le Parlement britannique avec, à la clé, une potentielle sortie effective du Royaume-Uni de l’UE dès la fin janvier… Laquelle sera suivie d’une longue période de négociations de l’accord commercial qui fixera les futures relations avec l’UE. Les péripéties sont loin d’être terminées; en fait, l’épopée du Brexit ne fait que commencer, trois ans après le référendum de juin 2016.
Les marchés saluent le regain de visibilité par une envolée de la livre dont n’a franchement pas besoin l’économie britannique, avec un déficit courant de 5% de son PIB….
Ci-dessous les scénarii envisagés à la veille de ce scrutin dont les probabilités du cas de figure d’une victoire des Conservateurs seront d’autant plus importantes si les résultats préliminaires sont effectivement confirmés. On voit mal en effet que B. Johnson ne parvienne pas à faire voter son deal par le Parlement britannique et que le Parlement européen ne saisisse pas cette occasion de se libérer de ce dossier envahissant.
Les marchés qui préfèrent la certitude à l’incertitude devraient saluer la nouvelle des deux côtés de la Manche avec un vraisemblable impact positif sur l’euro-dollar et un rebond des taux d’intérêt futurs européens avant d’envisager plus sereinement la suite, incontestablement compliquée pour l’économie britannique.