J. Powell au board de la Fed… pour préserver l’indépendance de l’institution !

Plus que le communiqué et les précisions qu’il y a apportées durant sa conférence, le message le plus important livré par J. Powell au terme du FOMC tient dans sa décision de rester membre du board après son remplacement par K. Warsh à la tête de la Fed, le 15 mai. À la réponse à la première question d’un journaliste sur les raisons qui justifient ce choix et la durée de son maintien au poste de gouverneur, J. Powell n’a pas mâché ses mots, d’une manière des plus cinglantes à l’égard de l’exécutif, qui en dit long sur le climat de suspicion qui règne au sein de l’institution aujourd’hui. J. Powell fera « profil bas » selon ses propres termes, en tant que gouverneur, avec pour unique objectif d’être le garant de l’indépendance de Fed, tant qu’il le pourra et qu’il le faudra, sans préciser combien de temps mais en rappelant qu’il lui en restait.
Par cette décision, J. Powell souhaite occuper la place qui est sienne et faire barrage au risque d’une politisation de la première institution monétaire au monde. L’occasion se présentera, peut-être, dès le prochain comité en s’opposant aux baisses de taux que pourrait souhaiter un FOMC sous influence politique ou pour aider à éliminer des projections du mois de juin, les baisses de taux jusqu’alors envisagées pour cette année et l’an prochain. Par son maintien, J. Powell élimine ainsi l’éventualité d’une baisse « électoraliste » des Fed Funds d’ici aux Midterms… Il s’agit d’une quasi-promesse de guerre au sein de la Fed, entre les partisans d’une baisse des taux, de nouveau soutenue par S. Miran ce mois-ci, et ses opposants. Parmi ces derniers, trois ont voté contre le maintien du biais en faveur d’un assouplissement, implicitement suggéré par la mention du communiqué selon laquelle « le comité serait prêt à ajuster l’orientation de la politique monétaire de manière appropriée si des risques qui pourraient entraver la réalisation de ses objectifs apparaissaient ».
Plusieurs conclusions peuvent être retirées de ces observations.

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Les banques centrales encore en stand-by mais pour combien de temps ?

Le bal des réunions de banques centrales débute ce mardi avec la BoJ et se terminera jeudi avec la BCE et, entre temps, les comités de politique monétaire au Canada, Brésil, Etats-Unis et Royaume-Uni. Autant dire que le programme est chargé, potentiellement source de rebondissements dans un contexte d’extrême incertitude quant aux développements du conflit en Iran et de ses retombées sur l’activité et l’inflation mondiales. Néanmoins, comme la plupart des observateurs, les banquiers centraux sont encore dans l’expectative, sans raison particulière de se précipiter à changer de posture. Si l’inflation énergétique s’est, partout, sensiblement accélérée en mars, les données sous-jacentes ont, le plus souvent, poursuivi leur détente. Les anticipations d’inflation ont, par ailleurs, peu évolué. En forte hausse à horizon proche, elles sont restées relativement stables à plus long terme. Pas de panique, donc, et probablement pas de décision intempestive de remontée des taux directeurs. C’est dans leur communication sur la perception des risques que pourrait résider l’essentiel du message des banques centrales cette semaine. Mais, là encore, le manque d’informations à ce stade disponibles plaide plutôt en faveur de postures très réservées, exception, peut-être de la BOJ et de la BoE. Viendra pourtant un moment où cette prudence pourrait jouer contre elles. C’est de la partie longue de la courbe que pourrait venir l’avertissement…

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C. Lagarde gagne du temps mais les messages subliminaux sont au RDV

La communication de la BCE inquiétait depuis les commentaires de son chef économiste il y a quelques jours. Irait-elle trop vite en besogne au risque d’accentuer la pression sur des marchés déjà bien malmenés ? Tel n’a pas été le cas. Visiblement Mme Lagarde a exigé un travail approfondi sur les conséquences du conflit et des chiffrages précis dans plusieurs cas de figure. Son scénario central prend en compte la situation arrêtée au 11 mars et se solde par une révision à la hausse de sept dixièmes des perspectives d’inflation 2026, de 1,9 % envisagé en décembre, à 2,6 %. Les perspectives de croissance du PIB seraient amputées de 0,3 point, à 0,9 % au lieu de 1,2 %. A un ou deux dixièmes près l’impact du choc du conflit serait résorbé en 2027, quand bien même le maintien d’une inflation à 2,1 % en 2028 suggère la prise en considération d’un élément d’incertitude sur l’évolution du contexte de prix.
A cette projection centrale, la BCE a ajouté deux scénarios de risques, assis sur l’hypothèse de chocs plus marqués des cours du pétrole, dans un cas avec un retour rapide à leur niveau d’avant crise, dans le second avec un retour plus progressif. Le premier imposerait une hausse significative de l’inflation, à 3,5 % cette année, mais une baisse à un niveau très inférieur à son objectif en 2028, 1,6 %. Le second alimenter une inflation plus forte et durable, de 4,4 % cette année et de 4,8 % l’an prochain. Il suppose des effets de second tour importants qui fermeraient la porte à un retour de l’inflation vers l’objectif officiel à horizon 2028.

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11 contre 1 : les rangs se resserrent à la Fed, autour d’une confiance renforcée…

Onze des douze membres que comptent le Board de la Fed ont soutenu la décision de laisser les taux des Fed Funds inchangés ce mois-ci. Rien de bien surprenant dans l’environnement actuel et après la publication des PPI du mois de février plus tôt dans la journée mais un message potentiellement important pour la suite, celle que prendra en l’occurrence K. Warsh, normalement, dans quelques semaines.
Le communiqué du FOMC n’est pas, non plus, des plus surprenants. Dans un contexte international des plus incertains, aux conséquences inconnues à ce stade pour l’économie américaine, la Fed s’abstient de prendre position, quand bien même rien n’indique dans ses commentaires succincts une quelconque ouverture à de possibles baisses de ses taux. Les projections de croissance et d’inflation ont été revues en légère hausse pour cette année et l’an prochain, ce qui ne plaide pas, a priori, en faveur de plus grandes chances d’un assouplissement qu’en décembre (un quart de point cette année). Les membres du FOMC ont revu à la hausse leurs prévisions de taux de chômage mais dans des proportions insuffisantes pour invalider ce point. Signe des difficultés à anticiper les répercussions du conflit en présence sur l’inflation, la fourchette des prévisions sur cette dernière s’est notablement écartée par rapport au mois de décembre. L’inflation 2026 est estimée entre 2,3 % et 3,3 % ce mois-ci, contre des projections comprises entre 2,2 % et 2,7 % lors du précédent exercice. Idem s’agissant de l’inflation core, envisagée entre 2,2 % et 3 % cette année, au lieu de 2,2 %-2,7 % en décembre. On notera en revanche que tel n’et pas le cas pour ce qui concerne les prévisions de PIB, pour lesquelles la fourchette des prévisions 2027 s’est, même, légèrement rétrécie à la faveur d’une projection plus élevée (de 2 %-2,7 % contre 1,8 %-2,6 %), comme pour 2026. Les membres de la Fed témoignent, donc, plutôt d’une confiance renforcée sur l’avenir économique des Etats-Unis.

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Concert « Sotto Voce » des banques centrales cette semaine, à la BCE près ?

Australie, Canada, Suisse, Suède, Brésil, tiendront leur comité de politique monétaire cette semaine, en plus de la FED, la BCE, la BoE et la BoJ ! Voilà de quoi avoir un bel aperçu des analyses et réactions à plus de deux semaines de guerre en Iran et autant de blocage du détroit d’Ormuz. Aucune n’aura, à ce stade, de données pour étayer sa perception et d’éventuelles décisions. La plupart devraient donc conserver leur biais existant, ce qui pourrait se résumer par une nouvelle hausse d’un quart de point des taux directeurs de la BCA australienne, de 3,85 % à 4,10 % après une première hausse début février. Sauf cette dernière, en effet, le statu quo l’emportera vraisemblablement, accompagné de communications plus ou moins parlantes pour la suite, sur lesquelles se focaliseront les analyses et les réactions de marchés.

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Baisses politiques ou justifiées des taux de la Fed ? L’histoire n’est pas du tout la même

La multiplication de données économiques décevantes sur la conjoncture américaine, le changement de régime inflationniste de ces derniers mois et la mise en concurrence sévère des grandes entreprises technologiques américaines par leurs rivaux chinois, semblent sur le point de changer la donne des marchés mondiaux. Point central de ce revirement : le scénario d’une mise sous tutelle, au moins partielle, de la Fed par rapport à l’exécutif américain, qui ouvrirait la porte à des anticipations de baisses des taux plus politiques que réellement justifiées par la conjoncture économique et financière, perd progressivement en intensité. La nomination de K. Warsh à la tête de la Federal Reserve n’est pas la première cause de ce changement. Ce dernier trouve, en effet, son origine dans l’évolution récente du pouls de la conjoncture américaine, qui, malgré une croissance du PIB toujours estimée aux alentours de 4 % l’an fin 2025, montre de plus en plus de signes de fragilités que reflète, aussi, les derniers chiffres d’inflation. Conséquence : la Fed aurait de bonnes raisons d’envisager une relâche de la contrainte monétaire en procédant à des baisses, justifiées, de ses taux directeurs. Un tel scénario n’a plus grand chose à voir avec celui d’un assouplissement monétaire « gratuit » guidé par des considérations dogmatiques plutôt que conjoncturelles. Sur les marchés financiers, ce scénario de bascule aurait des conséquences majeures, s’il se concrétisait, qu’il s’agisse des marchés des changes, de ceux des matières premières, précieux avant tout, ou des actions, dans un contexte de courbe des taux potentiellement éminemment différent. Est-ce ce qui se joue ces derniers jours ? C’est la réponse que chercheront à trouver les investisseurs à travers les données économiques de toutes prochaines semaines et à partir de celle-ci que se joueront ou non les ruptures des stratégies d’investissement.

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La Banque d’Angleterre parviendra-t-elle, vraiment, à baisser davantage ses taux ?

La Banque d’Angleterre a maintenu ses taux directeurs inchangés au terme de son comité des deux derniers jours, à 3,75 %. Aucune surprise dans cette décision après la baisse d’un quart de point décidée en décembre, au regard du rythme graduel qu’elle suit, à raison d’un ajustement tous les deux comités jusqu’en septembre, étendu à trois comités entre septembre et décembre. D’autant que ni les données d’inflation ni celles de la croissance n’incitent à penser que la BoE ait beaucoup de marges de manœuvre. Sauf sa prévision d’un retour de l’inflation à 2 % en avril, du fait des effets de base énergétiques d’un an sur l’autre, les tendances de prix ne sont pas des plus conformes à un retour durable de l’inflation dans la région de 2 %. Les hausses de salaires, bien que progressivement plus contenues, évoluaient encore entre 4,2 %, hors bonus et 4,8 % ces derniers compris au mois de novembre.

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N’attendons rien de la BCE!

« We are in a good place » ! Les mots de décembre de Madame Lagarde ont eu le mérite d’être clairs et efficaces pour stopper la spéculation autour des possibles décisions à venir de la BCE. Les taux directeurs resteraient donc à 2 %, un niveau pleinement intégré par les marchés comme celui qu’ils conserveront jusqu’à la fin de l’année. De fait, rien ne laisse envisager de changement à l’occasion du prochain comité de politique monétaire de la BCE de jeudi prochain et, si allusion, il y a à une possible évolution de l’appréciation de ses membres, elle sera, selon toute vraisemblance, des plus subtiles, n’engageant aucunement l’institution pour le mois de mars. Les occasions ne manquent, pourtant, pas de s’interroger sur cette perspective. 2 % est-il aussi approprié que ne le laisse entendre la BCE au vu de la situation et des risques en présence, en particulier celui d’une appréciation de l’euro que laissent planer les développements de l’autre côté de l’Atlantique ?

La réponse varie grandement selon l’approche privilégiée, mais renvoie invariablement au statut de la BCE et aux limites d’une politique monétaire unique qui ne peut, par définition, être considérée comme optimale que pour l’ensemble des pays qu’elle gouverne et non pour chacune des économies prise individuellement. Ce compromis implique, par nature, des perdants et des gagnants et ne peut être tenable dans le temps qu’à deux conditions : 1- que les premiers et les seconds ne soient pas systématiquement les mêmes 2- que les avantages apportés par les mécanismes de l’union monétaire excèdent leurs coûts. C’est aujourd’hui le cas…

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