La FED, le dollar et le reste du monde. Pas de Plaza en perspective…

La FED tiendra son FOMC la semaine prochaine et décidera selon toutes vraisemblance d’une nouvelle forte hausse de ses taux directeurs assortie d’une communication toujours aussi déterminée. Il semble de plus en plus vain, en effet, d’envisager que la FED stoppe la hausse de ses taux avant que l’économie ne soit effectivement en récession.

Paradoxalement, néanmoins, ce n’est pas aux Etats-Unis que la politique américaine pourrait faire le plus de ravages à court terme. Alors que chaque nouvelle hausse des taux de la FED pousse plus haut le cours du dollar, la situation s’est considérablement tendue sur les marchés des changes ces derniers temps, condamnant les banques centrales d’un nombre croissant d’autres pays à la suivre pour prévenir le risque d’un effondrement de leur devise, quelle que soit leur propre situation domestique. Le sujet a, sans nul doute, conditionné les décisions de la BCE la semaine passée. Elle est loin d’être isolée. La menace d’un effondrement du yen place la Banque du Japon dans une situation de moins en moins tenable, malgré une inflation de 2,6 % seulement. La Banque d’Angleterre qui pourrait, éventuellement, avoir moins d’inquiétudes sur l’inflation dès lors que la première ministre a annoncé le gel des prix de l’énergie, ne prendra probablement pas le risque de déclencher une hémorragie de la livre, dont le niveau flirte déjà avec ses plus bas de 1985 contre le billet vert. En Chine, la chute du RNB renchérit ses importations dans des proportions insupportables pour une économie victime d’une crise de surendettement, par essence déflationniste, face à laquelle la Banque populaire aspire à assouplir sa politique plutôt que l’inverse. Il lui reste dès lors peu d’options à l’exception d’un contrôle renforcé des flux de capitaux pour tenter de limiter la chute du yuan.

Chacune de ces banques centrales et quelques autres tiendront leur comité de politique monétaire la semaine prochaine et la question de leur taux de change occupera la plupart, peut-être même la BCB malgré la bonne tenue du real permise par l’avance qu’elle a prise l’an dernier, qui néanmoins surveille comme le lait sur le feu la hausse des anticipations d’inflation… De fait, jamais la réplique du secrétaire d’État américain au Trésor de Nixon n’a autant résonné qu’aujourd’hui : l’Amérique plébiscite un dollar fort aujourd’hui et c’est un problème grandissant pour le plus grand nombre.

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Il ne se passe rien aux Etats-Unis mais c’est encore trop pour la FED !

Tant que perdure l’inflation et que les données d’activité sont peu ou prou satisfaisantes, il n’y a pas vraiment de question à se poser sur l’orientation à venir de la FED : elle restera restrictive. C’est probablement la principale conclusion à retirer des données publiées aujourd’hui. Les ventes de détail nominales ont progressé de 0,3 % en août, soit de deux dixièmes de plus que l’inflation totale mais ont été révisées à la baisse de quatre dixièmes le mois précédent, à -0,4 %. La production industrielle baisse de 0,2 % en raison du recul des utilities mais sa composante manufacturière ne fait pas grand-chose, avec un gain marginal, de 0,1 %. Reste le recul de l’indicateur sur les conditions courantes du Philly Fed qui retombe à ses niveaux de juillet mais qui est nuancé par le léger rebond des perspectives et la remontée de l’indicateur new-yorkais, l’« Empire State »… L’ensemble n’a rien de particulièrement palpitant mais assez largement insuffisant pour inquiéter la FED.

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La fin de la parenthèse d’un « Bear-Market Rallye » d’exception ?

Après un premier semestre calamiteux, au cours duquel de nombreux actifs ont enregistré leurs pires performances historiques, la récupération de cet été a souvent été spectaculaire sur les marchés. Il y a principalement trois explications à ce rallye.

  • Une conjoncture plus résistante que prévu, notamment portée par le rebond des activités tertiaires consécutif à la levée des contraintes sanitaires.
  • Une relative résilience concomitante des résultats des entreprises, également enflés par l’évolution des prix de vente au 2ème
  • L’anticipation, surtout, d’un pic d’inflation imminent supposé inciter les banques centrales à temporiser le resserrement monétaire en cours, qui, sur fond de liquidités toujours surabondantes, a conduit à transformer toute mauvaise nouvelle – elles n’ont pas manqué !- en un repli porteur des anticipations de hausse des taux directeurs et des taux d’intérêt à long terme.

Anticipée dans notre allocation tactique du mois de juin, la mécanique a fonctionné à merveille sur la plupart des actifs à risque. Elle n’était cependant pas censée se prolonger, les tendances fondamentales étant amenées à reprendre le dessus dès lors qu’il deviendrait évident que les banques centrales, sauf risque majeur de récession, ne lâcheraient pas l’affaire avant d’avoir gain de cause sur l’inflation.

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J. Powell sans état d’âme, persiste et signe

 

Deuxième hausse de ¾ de points de Fed Funds en six semaines, à 2,25 %-2,50 % aujourd’hui. La FED est en mode cavalerie contre l’inflation et n’envisage pas de s’arrêter en si bon chemin. Si le niveau des taux atteint à présent son objectif de neutralité de long terme, J. Powell nous dit sans mollir que ce ne sera pas suffisant : les membres du FOMC jugent nécessaire de passer en mode restrictif avec pour objectif de ralentir la croissance de la demande face aux contraintes persistantes sur le front de l’offre. Il réitère ainsi la possibilité que Fed Funds atteignent 3,5 % d’ici décembre. Le discours, un brin dans le déni sur les risques de récession, ne surprend pas tant que la réaction des marchés.

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Changement de cap radical de la BCE, « not a step but a journey »…Welcome on board !

La BCE n’a pas molli et confirme, non seulement, l’arrêt de ses achats d’actifs fin juin mais également son intention de relever le niveau de ses taux directeurs d’un quart de point en juillet et de procéder à une hausse en septembre dont l’ampleur sera définie en fonction de l’évolution du contexte inflationniste à ce moment-là, précisant que si les perspectives de moyen terme se détériorent davantage, il sera approprié de procéder à une hausse plus importante qu’un quart de point. Au-delà, compte-tenu de son scénario, la BCE considère que des hausses régulières de ses taux directeurs  seront nécessaires pour ramener l’inflation à son objectif de 2 %. Le changement de cap est donc bel et bien acté et comme le précise Mme Lagarde lors de sa conférence de presse : il ne s’agit pas seulement d’une marche franchie mais d’un voyage au long court durant lequel la BCE relèvera ses taux autant qu’il faudra pour ramener l’inflation là où son mandat la contraint. Les réponses des marchés ne se sont naturellement pas faites attendre, avec pour effet immédiat l’amplification des anticipations de hausses des taux qui se traduit par une réaction brutale des marchés de la dette en même temps qu’un rebond de l’euro.

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Ni l’IFO, l’INSEE ou les PMI ne sont en mesure de gêner la BCE

Dans le contexte particulièrement instable en présence, les indicateurs avancés de ce mois-ci apportent quelques nouvelles réconfortantes sur la zone euro. L’activité résiste mieux que prévu à en juger par les retours des enquêtes mensuelles de l’INSEE, de l’IFO et, plus généralement, des PMI. Synthèse de ces bonnes nouvelles, les indicateurs de retournement ont quitté la zone de récession dans laquelle ils étaient tombés en mars pour s’établir en zone neutre. Malgré des doutes persistants sur l’avenir, les retours des chefs d’entreprises sur la situation courante ou l’activité récente, sont portés par un net rattrapage de l’activité dans les services.

Sans être totalement évacués, les risques de récession sont donc franchement tempérés ; un diagnostic particulièrement sensible alors même que la BCE s’apprête à concrétiser son changement de cap monétaire. La voie se dégage clairement pour les remontées de taux directeurs que Mme Lagarde nous annonce pour l’été.

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Bonnes nouvelles économiques : regain de tensions sur les taux

Après avoir marqué une pause la semaine passée, les anticipations de hausses de taux repartent de plus belle dans la foulée des données successivement publiées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis aujourd’hui. Ce matin, la nouvelle baisse du taux de chômage britannique et l’accélération des salaires ont déjà fait leur effet, quand bien même ces chiffres ne concernent que le mois de mars. Les taux à 2 ans du Gilt se sont envolés de plus de 18 points. Aux Etats-Unis les hausses de 0,9% des ventes de détail et celle de 1,1 % de la production industrielle sont venues en renfort. Les taux à 2 ans américains se reprennent de 10 points de base et ne sont plus qu’à une grosse dizaine de points de leur plus haut de début mai (2,80 %). En zone euro, les tendances suivent ; il est de plus en plus évident que la BCE ne pourra faire bande à part très longtemps si FED et BoE ne sont pas freinées dans leur élan… L’euro en profite pour regagner un peu de terrain. Si les points hauts récents sur les taux d’intérêt futurs ne sont pas encore dépassés, les chances de les revoir sont accrues.

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L’inde entre dans la danse: la RBI procède à une première hausse de ses taux directeurs

La Banque centrale indienne a repoussé le plus longtemps possible l’échéance mais vient aujourd’hui de passer à l’acte, de manière impromptue, entre deux réunions de son comité de politique monétaire. La RBI a, en effet, annoncé une remontée de 40 points de base de ses taux directeurs, la première depuis 2018, à 4,4 %, ainsi qu’une hausse du taux de réserves obligatoires d’un demi-point à 4,5 %. Après avoir mené une politique particulièrement accommodante depuis le début de l’épidémie de Covid, la Reserve Bank of India prend acte des menaces inflationnistes grandissantes consécutives à l’envolée des prix des matières premières énergétiques et alimentaires. L’inflation, déjà de 7% en mars, est attendue en hausse en avril et les risques qu’elle poursuivre sa tendance haussière dans un avenir proche sont indiscutablement élevés ; une menace importante qui contraint le gouverneur de la BRI, Shaktikanta Das, à agir dans le but de « consolider les perspectives de croissance économique à moyen terme ».

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