De la mathématique budgétaire à la possibilité d’un budget de réconciliation

La préparation du budget 2027 promet une nouvelle situation de crise politique et de paralysie économique dont on ne peut que redouter les coûts une économie française déjà lourdement pénalisée par la crise de l’an dernier, l’envolée des prix de l’énergie et la remontée des taux d’intérêt. Si le niveau d’endettement de la France est surmontable, comparable à celui de bien d’autres pays, il impose, néanmoins, le respect d’un certain nombre de conditions pour que les investisseurs continuent à le voir comme tel et n’exigent pas des primes de risques plus confiscatoires dans un environnement de remontée généralisée des taux d’intérêt. Ces conditions sont connues, elles se résument en deux formulations successives :
1- le maintien des taux de financement à un niveau inférieur au taux de croissance du PIB nominal.
2- La capacité à compenser un éventuel écart entre ces deux variables par un excédent primaire équivalent, pour éviter une hausse du taux d’endettement.
La France ne remplit, en l’état, aucune de ces conditions. Sa croissance économique ne devrait pas excéder 0,5 % en moyenne cette année et la terminera, au mieux, à peine au-dessus de zéro par rapport à la fin 2025. Si la hausse des prix du PIB peut sauver une partie de la mise, elle ne permettra probablement pas une croissance nominale de plus de 1,5 % l’an en fin d’année, soit un niveau nettement inférieur à celui des taux d’intérêt auxquels se finance l’État français, de quelque échéance que ce soit. La moyenne des taux à 2 et 5 ans, qui permet d’approcher au mieux le coût de la charge effective de la dette de ces deux dernières années, est aujourd’hui de 3,64 %. Dans l’hypothèse où la BCE relèverait ses taux directeurs une nouvelle fois d’ici décembre, cette moyenne s’élèverait d’autant et l’écart des taux à la croissance nominale du PIB enflerait alors dans la région de 2,40 %. Corrigé du biais de 0,6 point de nos estimations avec le taux apparent effectif de la charge d’intérêts, l’effort à consentir pour stabiliser la dette serait encore de 1,8 %, l’équivalent de 54 à 55 mds du dernier PIB courant connu… On connaît ce chiffre, c’est le montant des économies recherchées par Matignon, non pas pour revenir à un excédent primaire mais juste pour éviter d’en creuser le déficit, proche de 3 % cette année. L’objectif du Premier ministre n’est donc pas sorti du chapeau et l’on comprend comment cette approche conduit à chercher les solutions du seul côté des économies.

Reste que cette approche omet une composante essentielle de l’équation budgétaire : celle de la croissance, qui conditionne, à bien des égards, les marges de manœuvre et les chances de réussite des politiques d’ajustement budgétaire. C’est de ce côté qu’une réflexion sur une meilleure utilisation de la manne nucléaire française semble particulièrement intéressante.

Une croissance de 0,6 % en trompe l’œil en UEM et des données allemandes décevantes

La bonne nouvelle d’une croissance de 0,6 % au deuxième trimestre en zone euro, plus soutenue qu’escompté, est retombée comme un soufflet à la vue du détail des données, une nouvelle fois dopées par les résultats extravagants de l’Irlande. Avec moins de 4 % du produit intérieur brut de l’ensemble de l’union monétaire, ce petit pays a en effet réussi la prouesse d’apporter la moitié de sa croissance du deuxième trimestre, grâce à une envolée de ses exportations. L’histoire est coutumière, dans un sens ou dans l’autre, et oblige à considérer les données hors Irlande pour s’assurer de la juste lecture, laquelle fait ressortir une croissance de 0,3 % seulement. Consolation malgré tout, sur l’année écoulée, la hausse est de 1,2 % pour chacune des mesures, soit son meilleur résultat hors Irlande depuis le début de l’année 2023.

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Contrairement à la Fed, les chances d’un statu quo de la BCE en septembre s’amenuisent

Pas besoin de passer par la case Jackson Hole s’agissant de la BCE, le dernier rapport sur l’inflation du mois de juillet a terminé le travail déjà amorcé par les données des principaux pays de la zone euro la semaine dernière, parmi lesquelles l’accélération de l’inflation allemande de 2,3 % à 2,8 % entre juin et juillet ou celle de l’Espagne, de 3,6 % à 3,9 %.
Sans surprise, l’inflation de l’UEM a regagné un peu de terrain en juillet, à 2,9 % après 2,8 % en juin et 2,5 % après 2,4 % pour sa partie sous-jacente. Rien de bien méchant mais un résultat, vraisemblablement suffisant pour convaincre la BCE de poursuivre la voie ouverte au mois de juin en faveur d’une normalisation de sa politique monétaire, qu’elle pourrait acter par une nouvelle remontée de ses taux directeurs dès le 9 septembre. Il y a au moins trois raisons à cette conclusion.

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La BCE face au risque d’incompréhension

C’est quasiment acquis, après douze mois de statu quo, la BCE procèdera à un premier relèvement de ses taux directeurs d’un quart de point ce jeudi. Cette décision, décriée avant d’avoir été prise, interroge nombre d’observateurs et se révèle a bien des titres criticable. Dans un contexte économique déjà considérablement affaibli par le contrecoup de la guerre en Iran, susceptible d’avoir déjà fait basculer la zone euro en récession, comment justifier de procéder à un durcissement monétaire dont l’objectif ne peut être que celui de peser plus encore sur la croissance de la demande ? La réponse, on le sait, se trouve dans son mandat quasi exclusif, qui est celui de la stabilité des prix, aujourd’hui remise en cause par la crise iranienne.
Sauf révision de ce dernier, la BCE n’a pas le loisir de prendre ses distances par rapport à cette responsabilité et si l’inflation accélère au point de remettre en cause la perspective d’un retour vers l’objectif de 2 % à horizon prévisible, sa responsabilité est de faire ce qui est en son pouvoir pour réduire ce risque. A minima, cette discipline suggérerait de ramener les taux réels en territoire sinon positif, du moins neutre, afin de ne pas être accusée de manquement à ses responsabilités. Avec une inflation de 3,2 % en mai, la perspective d’une remontée du taux repo vers à ce même niveau, au lieu de 2,15% aujourd’hui, pourrait justifier à une communication plus « hawkish » qu’attendu de la part de Mme Lagarde ce jeudi. C’est, notamment, par ce biais que la BCE pourrait espérer contrer la montée des tensions sur la partie longue de la courbe des taux.

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Enquêtes INSEE et IFO, une amélioration en trompe l’œil

Si la première réaction aux publications des enquêtes de l’INSEE et de l’IFO sur le climat des affaires a été celle d’un soulagement, après les PMI d’hier, leur analyse détaillée jette un sérieux coup de froid.
• Les bons résultats apparents en provenance de l’industrie manufacturière sont biaisés par la bonne tenue d’un nombre particulièrement limité de secteurs. Les commandes à l’industrie du transport hors automobile qui regroupe l’aéronautique et le naval, seule à réellement tirer son épingle du jeu de la conjoncture actuelle en France comme en Allemagne, grâce notamment à l’effort de réarmement. En cela rien de bien nouveau, ni par rapport aux trois derniers mois ni par rapport aux trois années écoulées, quand bien même la France se distingue quelque peu dans le secteur technologique, sans, non plus, produire des étincelles. Dans un tel contexte, les perspectives de production, mieux orientées, peinent à convaincre.
• Comme pour les PMI, les retours en provenance des services sont de piètre qualité, très négativement impactés en France par la chute du climat des affaires du tourisme, de l’immobilier et des services administratifs. Quand les activités de transport et de logistique concentrent outre-Rhin les effets les plus négatifs du ralentissement de l’activité économique, suivies par les activités administratives et, également, l’hôtellerie-restauration.

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Récession à l’horizon après les PMI

Les résultats préliminaires des enquêtes auprès des directeurs d’achat publiés ce matin n’augurent rien de rassurant :
– l’activité manufacturière trébuche sous le coup d’une chute de la demande et des tensions sur les coûts que les entreprises ne parviennent à répercuter intégralement dans leurs prix de vente. Après avoir rassuré par leur relative résilience à la crise du Golfe le mois dernier, le PMI manufacturier français accuse une perte de près de quatre points ce mois-ci, de 52,8 à 48,9, et l’allemand baisse de 1,5 points, de 51,4 à 49,9. De manière surprenante l’estimation de l’indicateur pour l’ensemble de la zone euro ressort à 51,4, un niveau nettement supérieur à la moyenne des deux principales économies de la région, possiblement soumis à révision à l’occasion de l’estimation définitive, une fois les données des autres pays, Italie et Espagne notamment, connues.

– C’est des services que proviennent, néanmoins, les plus mauvaises nouvelles, en particulier dans le cas français pour lequel l’indice PMI tombe d’un niveau déjà affaibli de 46,5 en avril à 42,9 en mai, un plus bas depuis 66 mois. L’Allemagne s’en sort mieux avec un indice en légère récupération après sa chute du mois d’avril, à 47,8 après 46,9.

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L’inflation en Europe, une histoire au cas par cas

La publication des données définitives d’inflation du mois d’avril par Eurostat permet d’affiner l’analyse des tendances de prix et d’établir des comparaisons entre les principaux pays de la zone euro et de l’EU, que nous avons complétées pour l’occasion avec celles du Royaume-Uni.
Cette approche permet de faire ressortir les grandes lignes des tendances de prix et de mettre en évidence les disparités ou spécificités des principaux pays européens. Elle permet également de se faire une première idée du degré d’exposition au risque de propagation du choc énergétique en présence, dont nous passons en revue les points-clés.
1- L’inflation n’est déjà plus seulement énergétique en zone euro
L’envolée des prix de l’énergie, que relatent les postes « transport » et « énergie domestique » des données harmonisées, est loin de constituer la seule source de tensions sur les prix en zone euro. L’inflation des services reste soutenue, en effet, en particulier pour ce qui concerne les services de restauration et d’hébergement ou d’éducation, avec des hausses annuelles de prix de quasiment 4 % l’an en avril, très proches de leur niveau de 2025. Sauf très net ralentissement de la demande, il s’agit a priori d’un point de départ favorable à une diffusion rapide du choc énergétique, dont le secteur de la restauration et de l’hébergement pourrait notamment profiter en cas de surcroit de demande pour le tourisme régional provoqué par l’instabilité géopolitique en présence.

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