Enjeux de souveraineté et rebond industriel en Allemagne et en France

Après la bonne surprise française d’une production industrielle en nette amélioration en mars, l’envolée des commandes allemandes vient compléter le tableau : en hausse de 5 % en un mois, ces dernières envoient un message définitivement encourageant, qui cette fois-ci n’est pas lié à des ordres exceptionnels dont on ne sait jamais trop avec quel délai ils profitent à l’industrie. Contexte oblige, l’industrie de l’armement tourne à plein régime outre Rhin et draine un nombre croissant de secteurs. En mars, les commandes d’instruments d’optique et photographiques qui incluent les lentilles, jumelles, microscopes, télescopes, capteurs, lasers et équipements photographiques, très utiles pour les usages militaires et de souveraineté technologique, ont bondi de 67 %, entrainant dans leur sillage une envolée de 14,4 % de la branche « ordinateurs, électronique et optique » qui a le plus fortement contribué à la hausse des commandes totales.

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Bol d’air pour l’industrie française : aéronautique et désépargne

Avec une progression de 1,2 %, la production manufacturière française a signé en mars sa meilleure performance mensuelle depuis le mois de juin de l’année dernière. Principalement portée par un rebond de 3,8 % de l’industrie aéronautique et la bonne tenue renouvelée de la filière électronique, l’activité manufacturière a aussi profité d’une embellie généralisée, électroménager, pharmacie et équipement de transport en tête, chacun en progression de plus de 2 % en mars et le plus souvent de plus de 5 % au cours des trois premiers mois de l’année. Voilà qui tranche avec les données préliminaires trimestrielles du produit intérieur brut, qui avaient fait ressortir une croissance zéro pour l’ensemble de l’économie et de moins de 0,2 % pour la seule valeur ajoutée industrielle, et pourrait accroître les chances d’une révision à la hausse de cette première estimation du PIB français.

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BMG avril 2026 – Une histoire de Capex

Conçu pour appréhender les signaux faibles sur la direction de l’économie mondiale, notre BMG est, en revanche un peu moins enclin à capter immédiatement les variations brutales issues, par exemple, d’une décision politique telle que la guerre en Iran. Ses composantes sur l’investissement ou le commerce mondial affichent un certain retard et les évolutions du tertiaires sont moins bien représentées. La bonne tenue de notre baromètre en mars-avril mérite, donc, d’être relativisée.

Malgré tout, notre baromètre confirme deux intuitions :

– La situation dans le Golfe n’altère pas la dynamique des Capex à l’échelle internationale, ce qui permet à notre indicateur de repasser en territoire légèrement positif ce mois-ci, malgré une situation détériorée sur le front de la consommation.

– L’inflation s’installe, avec un momentum en territoire positif pour le troisième mois consécutif, en moyenne à son plus haut niveau depuis le premier semestre 2022 au cours des trois derniers mois.

=> Un tel contexte n’est pas favorable à un statu quo prolongé des politiques monétaires.

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Amplifications des tensions sur les taux futurs : ça va vite !

Les statistiques d’inflation du mois d’avril publiées aujourd’hui dans plusieurs pays de l’union monétaire, Allemagne notamment, semblaient en mesure de rassurer les investisseurs avec des évolutions plutôt inférieures aux attentes, en faible augmentation, voire inchangées, par rapport au mois dernier. Les marchés de taux en Europe, n’y ont pourtant guère porté attention. Il faut dire qu’entre-temps, les résultats d’enquête de la Commission ont délivré des messages plutôt contrariants. Non seulement, les anticipations d’inflation des ménages se sont envolées mais les perspectives de prix des industriels ont poursuivi leur ascension particulièrement vite, tandis que celles des professionnels des services ont également enregistré une première augmentation. Voilà qui est bien rapide en comparaison du temps habituellement observé entre le rebond des prix industriels et ceux des services, ce qui pourrait suggérer une inertie bien temporaire de l’inflation sous-jacente.

Ces résultats auraient sans doute eu peu d’incidence sur les marchés de taux si les données américaines ne s’en étaient pas mêlées. Mais tel n’est pas le cas, les informations en provenance de l’économie américaine continuent, en effet, à prendre le contrepied des attentes en matière de politique monétaire et la conséquence, cette fois, ne se fait plus attendre.

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Les banques centrales encore en stand-by mais pour combien de temps ?

Le bal des réunions de banques centrales débute ce mardi avec la BoJ et se terminera jeudi avec la BCE et, entre temps, les comités de politique monétaire au Canada, Brésil, Etats-Unis et Royaume-Uni. Autant dire que le programme est chargé, potentiellement source de rebondissements dans un contexte d’extrême incertitude quant aux développements du conflit en Iran et de ses retombées sur l’activité et l’inflation mondiales. Néanmoins, comme la plupart des observateurs, les banquiers centraux sont encore dans l’expectative, sans raison particulière de se précipiter à changer de posture. Si l’inflation énergétique s’est, partout, sensiblement accélérée en mars, les données sous-jacentes ont, le plus souvent, poursuivi leur détente. Les anticipations d’inflation ont, par ailleurs, peu évolué. En forte hausse à horizon proche, elles sont restées relativement stables à plus long terme. Pas de panique, donc, et probablement pas de décision intempestive de remontée des taux directeurs. C’est dans leur communication sur la perception des risques que pourrait résider l’essentiel du message des banques centrales cette semaine. Mais, là encore, le manque d’informations à ce stade disponibles plaide plutôt en faveur de postures très réservées, exception, peut-être de la BOJ et de la BoE. Viendra pourtant un moment où cette prudence pourrait jouer contre elles. C’est de la partie longue de la courbe que pourrait venir l’avertissement…

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C. Lagarde gagne du temps mais les messages subliminaux sont au RDV

La communication de la BCE inquiétait depuis les commentaires de son chef économiste il y a quelques jours. Irait-elle trop vite en besogne au risque d’accentuer la pression sur des marchés déjà bien malmenés ? Tel n’a pas été le cas. Visiblement Mme Lagarde a exigé un travail approfondi sur les conséquences du conflit et des chiffrages précis dans plusieurs cas de figure. Son scénario central prend en compte la situation arrêtée au 11 mars et se solde par une révision à la hausse de sept dixièmes des perspectives d’inflation 2026, de 1,9 % envisagé en décembre, à 2,6 %. Les perspectives de croissance du PIB seraient amputées de 0,3 point, à 0,9 % au lieu de 1,2 %. A un ou deux dixièmes près l’impact du choc du conflit serait résorbé en 2027, quand bien même le maintien d’une inflation à 2,1 % en 2028 suggère la prise en considération d’un élément d’incertitude sur l’évolution du contexte de prix.
A cette projection centrale, la BCE a ajouté deux scénarios de risques, assis sur l’hypothèse de chocs plus marqués des cours du pétrole, dans un cas avec un retour rapide à leur niveau d’avant crise, dans le second avec un retour plus progressif. Le premier imposerait une hausse significative de l’inflation, à 3,5 % cette année, mais une baisse à un niveau très inférieur à son objectif en 2028, 1,6 %. Le second alimenter une inflation plus forte et durable, de 4,4 % cette année et de 4,8 % l’an prochain. Il suppose des effets de second tour importants qui fermeraient la porte à un retour de l’inflation vers l’objectif officiel à horizon 2028.

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Le juste prix du rattrapage du CAC 40 dépasserait allègrement les 9000 points

2025, année de surperformance quasi-inédite des valeurs européennes par rapport aux américaines, s’est aussi caractérisée par une dispersion hors norme des plus grands indices de la zone euro, de deux à trois fois supérieure à celle observée en moyenne au cours du quart de siècle écoulé.

La surperformance exceptionnelle de l’indice espagnol comparée aux indices français et néerlandais explique en grande partie ce résultat. En 2025, l’IBEX s’est adjugé une envolée de 49 %, deuxième plus forte hausse après le Kospi sud-coréen des principaux indices mondiaux. Le MIB italien a, quant à lui, terminé l’année dernière sur une progression de 32 %, très loin devant les 8 % et 10 % de hausses respectives de l’AEX néerlandais et du CAC 40, voire des 20 % du Dax. La structure très concentrée de l’AEX sur des segments peu porteurs l’an dernier et la crise politique française expliquent dans une très large mesure ces écarts avec les pays du sud de l’Europe portés par l’écrasement des spreads de taux d’intérêt avec l’Allemagne et, dans le cas espagnol, des résultats économiques très supérieurs au reste de l’UEM.

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En Allemagne, les stigmates d’une reprise privée de ses poids lourds industriels

C’est une des caractéristiques que nous avons soulignée hier, les secteurs traditionnellement moteur de l’industrie allemande ne sont pas les mieux lotis aujourd’hui. C’est, notamment, le cas de l’automobile qui a de nouveau subi un lourd contrecoup en décembre, avec une chute de quasiment 9 % de sa production mensuelle. Avec, toujours, près de 17 % du socle industriel du pays, les difficultés du secteur constituent une chape sur l’ensemble de l’activité manufacturière. En décembre, la production des machines et équipements hors transports, électricité et électronique, là encore, un secteur-clé qui concentre 15 % du total de l’industrie, a également reculé de près de 7 %. Ce sont au total 2,5 points de croissance qui ont été confisqués par ces deux seuls domaines de l’activité en décembre que l’amélioration des résultats observée par ailleurs -autres matériels de transport, électronique et métallurgie, notamment – n’ont pu compenser.

On comprend mieux, la prudence qu’inspirent les bonnes nouvelles que délivrent, par ailleurs, les données allemandes, dont le rebond des commandes, avant tout domestiques, commenté dans notre publication d’hier. Sans ses deux moteurs traditionnels, toute reprise risque fort, en effet, d’être durablement poussive. Cela ne signifie pas que la reprise attendue ne sera pas au rendez-vous mais écarte, à ce stade, toute probabilité de trop bonnes surprises.