Author Archives: Véronique Riches-Flores
La consommation américaine, l’arbre qui cache -mal- la forêt
Comme on pouvait le présager après les données de ventes de détail, la consommation des ménages américains a progressé de 0,5 % en octobre, sa plus forte hausse en termes réels depuis janvier. Avec un acquis de déjà 0,8 % pour le dernier trimestre, voilà qui est en phase avec une croissance tirée par les dépenses des ménages. Par ailleurs, l’inflation PCE, bien que toujours élevée, confirme son ralentissement. Jusque-là tout roule, donc… Croissance préservée et pivot possible de la FED comme rappelé hier par J. Powell. Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là. L’ISM s’est à nouveau replié en novembre, au point de retomber en zone de contraction, à 49 dans l’industrie manufacturière. La reprise de la consommation, pourtant, portée par les achats d’automobiles (+8,9%) ne laissait pas attendre cela ! Quant au rapport de l’ADP hier, il valide bel et bien le ralentissement du marché de l’emploi, suggéré ces dernières semaines par les inscriptions hebdomadaires au chômage. Alors l’économie américaine est-elle aussi résiliente ? Contrairement aux Français ou aux Allemands, les Américains ont largement rogné sur leur épargne pour financer leurs achats récents. Leur taux d’épargne est ainsi retombé à 2,3 % de leur revenu, un plus bas depuis 2005. Une situation tenable tant que le recours au crédit est possible, ce qui pourrait être de plus en plus compromis avec une détérioration des perspectives que suggèrent tout à la fois la chute de l’ISM, le premier recul des profits trimestriels des sociétés publié hier, le retournement immobilier et le ralentissement effectif des créations d’emplois selon l’ADP…

Les bourses européennes surfent sur la dissipation des craintes extrêmes ; cela peut-il durer ?
A quelques jours de la fin novembre, les indices européens semblent bien partis pour enregistrer une nouvelle progression mensuelle exceptionnelle après, déjà, la pochette surprise du mois d’octobre. Les pertes, qui s’étalaient à la fin septembre entre 15 % et 25 % depuis le début de l’année été considérablement réduites et 2022 ne sera donc pas l’annus horribilis redoutée il y a peu, mais juste un cru médiocre comme il en a été de nombreux dans la région ces dernières années.
Plus encore, les indices régionaux semblent bien partis pour faire mieux que les américains, lesquels bien que mieux orientés ces dernières semaines, sont sanctionnés par les déconvenues des valeurs technologiques et, plus généralement, les cycliques.
Alors, les marchés européens pourraient-il se montrer plus résistants que généralement envisagé ? Un certain nombre d’indices incitent à le penser, parmi lesquels la résilience de la croissance économique aux vents contraires de ces derniers mois et, plus récemment, la dissipation des craintes sur le front énergétique dont, semble-t-il, les indicateurs économiques avancés commencent à profiter… Quels seraient alors les raisons de la retenue ?

Rien de neuf du côté des minutes à part le ralentissement des hausses de taux
Déjà annoncé par J. Powell à l’occasion de sa conférence de presse post-FOMC, les minutes précisent qu’une « majorité substantielle » de membres du FOMC soutient l’idée d’un ralentissement du rythme de hausse des taux directeurs. Sauf cette précision, le compte-rendu du dernier FOMC n’apporte aucune nouvelle. Comme l’avait fait le président de la FED, il souligne la détermination sans faille de la FED à revenir à son objectif de 2 % d’inflation, revient à maintes reprises sur l’absence de progrès patents en la matière et sur la probabilité que le cycle de hausse des taux dure plus longtemps qu’envisagé en septembre à la faveur d’un point haut des Fed Funds également plus élevé. Si les marchés semblent se satisfaire de ces maigres précisions, c’est sans doute parce que les données économiques de ces derniers jours sont très mitigées. La chute de deux points du PMI composite de novembre, à 46,3, publié plus tôt dans la journée, n’est naturellement pas des plus rassurantes pour la croissance à venir. A l’inverse, le rebond des ventes de détail et celui des ventes de logements neufs n’incitent pas à être alarmiste, quand les estimations de la FED d’Atlanta sur la croissance du 4ème trimestre sont encore de 4,25 %. À ce stade, acceptons l’évidence, ni la FED ni les marchés n’ont les moyens de prévoir combien de temps le cycle de hausse des taux se poursuivra ni s’il permettra de venir, effectivement, à bout de l’inflation, ce qui promet encore beaucoup d’instabilité sur les perspective de taux pour, au moins, le premier semestre 2023.

Une résilience des profits des entreprises difficilement compatible avec les objectifs d’inflation
Rien dans la crise que nous traversons ne ressemble à ce que nous avons connu par le passé. Parmi les anomalies de 2022, la résilience des profits des entreprises n’est pas le moindre des paradoxes. Depuis le début de l’année, chaque saison de publications des résultats ne cesse de surprendre à la hausse, que ce soit aux Etats-Unis ou, même, en zone euro. Difficile de trouver les origines à ce phénomène tant il contrarie tout à la fois les tendances d’une croissance anémique, bien peu généreuse en gains de productivité, et ce que l’on attendrait de l’envolée des coûts des entreprises et des taux d’intérêt, même si les spécificités de la reprise post-covid de l’activité apportent quelques bribes d’explications plausibles.
À la fin du deuxième trimestre, l’acquis de croissance des profits des entreprises américaines était de 6,5 % en moyenne pour cette année. Que ce chiffre n’ait rien de mirobolant, surtout si on lui défalque un acquis d’inflation de quasiment 8 %, n’en retire rien à son caractère exceptionnel dans le contexte en présence, plus encore, après une année 2021 record depuis 2010, qui avait profité d’une progression de 23 %. Certes, les données du troisième trimestre attendues le 30 novembre pourraient être un peu moins bonnes. Au vu des informations disponibles, rien ne laisse cependant envisager un résultat particulièrement mauvais.
Alors, est-ce à dire que de risque de récession est surestimé par les économistes qui surréagiraient à la hausse des taux d’intérêt en appliquant une loi de cause à effet qui n’a pas lieu d’être, du type : durcissement monétaire, égale récession ? La question se pose manifestement car on ne recense aucune récession de génération spontanée par le passé, c’est-à-dire qui n’ait, effectivement, été précédée d’un retournement des profits. Et si tel est le cas, alors le diagnostic sur l’arrêt à venir de la hausse des taux pourrait-il être tout aussi erroné ?

Encore un peu de boulot pour casser la frénésie de crédit, M. Powell !
Dans la jungle des indicateurs économiques, les choix qu’aura à faire la FED dans les prochains mois seront, de toute évidence, bien délicats et les risques de ne pas prendre les bonnes décisions au bon moment proportionnellement élevés. Les données du jour donnent un aperçu des dilemmes auxquels elle risque de se confronter.

L’apaisement des tensions sur les prix à la production se confirme à l’échelle mondiale
Manquaient les données américaines pour valider les tendances observées dans plusieurs pays ces dernières semaines, c’est chose faite avec la publication des prix à la production du mois d’octobre et le résultat est peu discutable : les tensions sur les prix en amont de l’appareil productif se détendent. Aux Etats-Unis, le PPI n’a augmenté que de 0,2 % en octobre, comme en septembre selon les données révisées (contre 0,4 % initialement), tandis que l’indice hors énergie et alimentation ressort inchangé, après un mouvement également révisé à la baisse, à 0,2 % en septembre. Sur un an, la décélération du PPI reprend donc, à 8 % après 8,4 % en septembre et 6,7 % pour la partie sous-jacente, contre 7,1 %. Bonne nouvelle également ce matin en provenance d’Allemagne avec un repli des prix de gros de 0,6 % en octobre à l’origine d’une décélération annuelle de 19,9 % en septembre à 17,4 %. Les prix à la production étant généralement en avance sur ceux à la consommation, ces tendances sont de bon augure pour l’inflation future et redonnent un peu de crédibilité aux prévisions du consensus et des banques centrales d’un net apaisement des tensions inflationnistes en 2023.

La Chine relâche sa politique zéro Covid, le pétrole s’envole, les marchés suivent…
Après un nouveau rallye en octobre, les marchés résistent, faisant feu de tout bois pour tirer les indices en dehors des zones de risque. La FED promet de prolonger son cycle de hausse de taux ? Qu’à cela ne tienne, les regards se tournent sur la Chine, où le gouvernement semble reconsidérer sa politique « zéro-covid dynamique », et l’appétit pour le risque revient : pétrole à 98$ le baril de Brent, métaux industriels en hausse de 3 % à plus de 6 % en une séance et bourses enflées de 2,5 % en Europe et de plus de 1 % aux Etats-Unis.
La croissance serait sauvée par la Chine, l’inflation capée par le retour de son offre et les menaces d’une FED trop restrictive réduites par la remontée du taux de chômage à 3,7 % en octobre, niveau où il était pourtant déjà en août…
On marche, bien sûr, sur la tête mais comment écarter l’éventualité que les marchés continuent à avoir gain de cause encore un temps et parviennent à convaincre un public d’investisseurs impatients de mettre à profit les signaux de valorisations soi-disant attractives, tels les multiples prétendument sur des plus bas, pour ceux qui n’observent l’histoire que par le petit bout de la lorgnette des trente dernières années de désinflation.
