Le rattrapage domestique chinois en question

Première à avoir publié ses comptes trimestriels pour ce début d’année, la Chine a plutôt fait bonne figure. À 4,8 %, la croissance annuelle de la deuxième économie mondiale a dépassé les espoirs. Comme dans plusieurs pays, les exportations ont brièvement sauvé la donne avant que n’éclate la guerre en Ukraine. La production manufacturière s’est ressaisie et l’activité minière a fait le reste dans un contexte de remontée fulgurante des prix mondiaux de l’énergie et de progrès vers un nouveau mixte énergétique. Pour autant, Omicron et la stratégie zéro-Covid du gouvernement constituent une menace grandissante. En mars, les ventes de détail sont ressorties en baisse de 3,5 % l’an. Au cours du même mois, la croissance cumulée de la production de services n’était plus que de 2,5 % par rapport à la même période de 2021, au lieu de 13 % en janvier ; des données qui confirment une vraisemblable récession, comme signalé par la plupart des enquêtes.

Manifestement, le consommateur chinois n’est pas à la fête. Sauf que cette situation, qui dure depuis au moins deux ans, finit par questionner. A y regarder de plus près, c’est à se demander si la stratégie de recentrage mise en place par le gouvernement après la crise de 2008 a encore les moyens de porter ses fruits, malgré le retard toujours considérable au regard des standards des pays de son rang.

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Stigmates de la crise et freins structurels en Chine

Le PIB chinois a progressé de 8,1 % en moyenne en 2021, en phase avec les attentes. Acquis 2020, révisions à la hausse du passé et accélération de la croissance en fin d’année ont permis cette prouesse, en dépit de difficultés toujours très importantes. Si l’activité industrielle s’est ressaisie au quatrième trimestre, grâce principalement au rebond des secteurs automobile et minier, l’économie chinoise continue d’interroger sur l’ampleur du ralentissement structurel en cours. Les stigmates de la crise sanitaire marquent encore profondément l’environnement des particuliers qui ont vu la croissance de leurs revenus décélérer considérablement par rapport à l’avant crise. L’activité industrielle semble continuer à s’appauvrir tandis qu’il ne se passe pas grand-chose sur le front de l’investissement privé. De son côté la crise immobilière continue à sévir et à imprégner les perspectives immédiates. Dans un tel contexte et face aux pressions à la hausse de la devise, la Banque Populaire de Chine continue d’aller à contre-courant du mouvement mondial en abaissant pour la première fois depuis avril 2020 le taux des facilités de prêts à 1 an. De fait, la situation chinoise évoque toujours plus de signes déflationnistes que l’inverse.

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Les marchés rattrapés par les données chinoises… sauf les matières premières

Ça ne s’arrange pas du côté de l’Empire du milieu : la croissance est ressortie en ligne avec les indicateurs très médiocres de l’été et n’a pas excédé 0,2 % au troisième trimestre, après 1,2 % et 0,2 % respectivement au deuxième et premier. Certes, une bonne part de ce ralentissement provient d’une concentration des difficultés en août, sur fond de regain de l’épidémie de Covid, de contraintes environnementales, de fermetures d’usines et de ports, mais les données de septembre ne montrent guère d’amélioration. Les effets de base très porteurs du printemps maintenant dépassés, la croissance en glissement annuel n’excède pas 4,9 %, un plus bas jamais observé, en dehors de l’épisode du premier semestre 2020, depuis le début des publications trimestrielles, en 1992. L’économie chinoise devrait faire un peu mieux dans les trimestres à venir, grâce notamment à ses exportations, mais il faudrait un mini-miracle pour qu’elle renoue avec sa croissance d’avant la crise en 2022. L’illusion d’une locomotive chinoise de retour après la crise du covid est décidément de moins en moins crédible. Les bourses s’en chagrinent mais les marchés des matières premières sont parfaitement insensibles à ces nouvelles et la hausse des cours a repris de plus belle ce matin. Cette rupture de la courroie de transmission inquiète plus que les données chinoises elles-mêmes.

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À 0,6 % au T1, la croissance chinoise est la plus faible hors Covid depuis 1999

On pouvait s’en douter, les données chinoises du jour donneraient le tournis tant elles seraient distordues par les effets statistiques résultant de la comparaison avec une période de quasi-paralysie de l’activité à l’occasion de la première vague de Covid en Chine. Nous n’avions pas osé imaginer que même les médias de référence tomberaient dans le panneau -ou feraient semblant ?- en titrant par exemple ce matin sur « une activité industrielle frénétique à l’origine d’une croissance historique de 18,3 % au premier trimestre ». D’un trimestre sur l’autre, la croissance du PIB chinois n’a été en effet que de 0,6 %, la plus faible jamais enregistrée depuis le premier trimestre 1999 selon les données historiques officielles. En 2019, avant la crise sanitaire, l’économie chinoise progressait à un rythme moyen de 1,4 % par trimestre, l’année dernière cette même moyenne s’est élevée à 1,8 % grâce au phénomène de rattrapage post crise du début d’année. On comprend alors la retenue qu’inspire un tel rapport en dépit d’un certain nombre de résultats progressivement plus convaincants d’une récupération de l’économie chinoise publiés cette nuit.

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Preview PIB chinois : ne soyons pas dupes !

Le PIB chinois du premier trimestre sera publié demain, en même temps qu’un certain nombre d’indicateurs mensuels particulièrement suivis, et les estimations vont bon train : 18 %, voire 19 % pour la PIB annuel, des chiffres inédits qui peuvent donner le tournis, en l’occurrence sans aucune raison. Le PIB chinois a reculé de près de 10 % au premier trimestre 2020, avant de rebondir franchement ; les effets de base poussent donc mécaniquement la croissance calculée en glissement annuel sur des sommets.
– Ainsi, une croissance nulle au premier trimestre par rapport au précédent serait synonyme d’une progression de 17,5 % sur un an.
– Une progression trimestrielle de 0,5 %, l’une des plus faibles jamais enregistrées hors première vague de Covid, équivaudrait à une croissance de annuelle de 18 %.
– Dans ce contexte, le 19 % serait en l’occurrence un minimum juste décent, l’équivalent d’une progression trimestrielle d’environ 1,5 %, comparable à celle observée en moyenne en 2019…

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PIB chinois : au royaume des aveugles les borgnes ne sont-ils pas, toujours, rois ?

Le PIB chinois est ressorti en hausse de 2,6 % au quatrième trimestre, ce qui correspond à une progression de 6,5 % par rapport à la fin 2019. En moyenne sur l’année, la croissance aura finalement été de 2,3 % ; une exception dans un monde frappé par les conséquences beaucoup plus sévères de l’épidémie de coronavirus dont la Chine a su s’extirper plus efficacement. Certains voient dans ces résultats l’évidence du succès de l’Empire du Milieu et l’annonce d’une économie dont la prospérité ne fait aucun doute. Il y a bien des raisons d’être plus circonspects face à une économie en transition cumulant moultes déséquilibres et incapable de redevenir la locomotive qu’elle fut pour la croissance mondiale il y a quelques années. Mais le cap est donné. Avec un acquis de croissance de 6 % pour 2021, une évolution même réduite du PIB trimestriel de 1 % seulement au cours des quatre trimestres à venir assurerait un bond de près de 9 % du revenu du pays, de loin très supérieur à ce que même le plan Biden permet d’envisager pour les Etats-Unis. Dit autrement, la bataille pour la première place mondiale entre dans sa dernière ligne droite et promet d’être rude.

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L’envers du décor de la reprise chinoise

Les images des Chinois en vacances durant la « Golden week » se propagent sur la toile en renfort de données économiques réconfortantes publiées la nuit dernière selon lesquelles la croissance annuelle du PIB du pays est ressortie à 4,9 % au troisième trimestre, après 3,2 % au printemps, celle de la production industrielle à 6,9 % en septembre, après 5,6 %, ou encore celle des ventes de détail à 3,3 % après 0,5 %. L’économie chinoise serait donc sortie de l’auberge, à deux doigts d’avoir effacé les plaies de la crise sanitaire. Que la Chine s’en sorte mieux que le reste du monde dans lequel sévit de nouveau l’épidémie est indiscutable. L’enthousiasme des commentaires a néanmoins quelque chose de gênant au regard du détail des données. Ces derniers mois nous ont appris à ne pas surestimer les messages renvoyés par les seules variations annuelles. Ces dernières passent sous silence le plus dur de la crise de la première moitié de l’année que les données en moyennes annuelles ne pourront camoufler et qui conditionneront, bel et bien, les perspectives 2021.

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