L’impact de la crise sanitaire sur le PIB, maintenant gommé, qu’attendre de plus ?

La croissance du troisième trimestre n’a pas fini de faire parler en Europe. Comme le disait Mme Lagarde à l’occasion de sa conférence de presse de jeudi, l’économie de la zone euro a continué de croître fortement au troisième trimestre. Difficile de contredire ce diagnostic avec la plus forte progression trimestrielle du PIB français depuis l’été 1968 -en dehors de l’été 2020 marqué par le déconfinement-, une seconde hausse de 2,6 % du PIB italien, également rarissime, et des augmentations de 2 % du PIB espagnol, voire, de 1,8 % de l’allemand, en dépit des multiples alarmes agitées ces derniers temps sur ce dernier cas. Avec un écart au PIB de la fin 2019 maintenant réduit à moins de 0,5 % pour la zone euro, les effets de la crise sanitaire semblent quasiment gommés et la récupération n’est plus qu’à un cheveu de celle des Etats-Unis (2 %) malgré des efforts budgétaires autrement plus spectaculaires outre-Atlantique que de ce côté-ci. Satisfécit, donc, bien compréhensible des gouvernements et de la banque centrale. Il semble pourtant que l’essentiel reste à faire pour retrouver le chemin d’une croissance équilibrée et des perspectives véritablement encourageantes…

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Un terrain miné pour Mme Lagarde, en attendant la revue de décembre

Marchés et analystes sont en attente de précisions sur la posture de la BCE dans un contexte de dérapage beaucoup plus marqué de l’inflation et de remontée rapide des taux d’intérêt futurs, lesquels intègrent maintenant une première hausse des taux directeurs d’ici la fin 2022. Sans doute faudra-t-il néanmoins qu’ils patientent jusqu’au comité du mois de décembre pour avoir tous les éléments en main. C’est du moins ce qu’a laissé entendre Mme Lagarde a l’occasion de sa dernière conférence de presse du 9 septembre, lorsqu’elle était notamment interrogée sur la manière dont pourraient être utilisés les différents outils à sa disposition une fois le programme PEPP éteint, à partir de mars 2022. Attendons-nous néanmoins à quelques pistes sur un certain nombre de sujets à partir desquels le ton employé par la présidente de la BCE pourrait avoir valeur d’annonce de plus ou moins grande importance face à des marchés impatients à quelques minutes de la publication de l’inflation allemande pour le mois d’octobre. Les taux à deux ans qui, au contraire des échéances plus longues, n’ont que très peu évolué ces dernières semaines pourraient être réceptifs au même titre que l’euro.

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En Europe, les planètes s’organisent dans le sens d’une remontée durable des taux d’intérêt

Entre la démission du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, l’arrivée d’une nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne, qui porte notamment dans son programme la remontée du salaire minimum horaire de 9,60€ à 12€, et la redéfinition du pacte de stabilité, difficile de dire quel est le changement le plus emblématique et celui qui marquera le plus l’avenir de l’union monétaire. Une chose semble claire, cependant : les pièces du puzzle européen se réorganisent dans un sens favorable à une élévation du niveau d’équilibre de long terme des taux d’intérêt. Nos prévisions, qui envisagent une remontée des taux à 10 ans allemands dans une fourchette de 0 % à 0,3 %, ainsi qu’une première hausse du taux de dépôt de la BCE à horizon de septembre 2022, se révèleront-elles, in fine, trop conservatrices ? La réponse reste conditionnée à bien des aléas mais pourrait se poser avec plus d’acuité d’ici peu.

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Les marchés rattrapés par les données chinoises… sauf les matières premières

Ça ne s’arrange pas du côté de l’Empire du milieu : la croissance est ressortie en ligne avec les indicateurs très médiocres de l’été et n’a pas excédé 0,2 % au troisième trimestre, après 1,2 % et 0,2 % respectivement au deuxième et premier. Certes, une bonne part de ce ralentissement provient d’une concentration des difficultés en août, sur fond de regain de l’épidémie de Covid, de contraintes environnementales, de fermetures d’usines et de ports, mais les données de septembre ne montrent guère d’amélioration. Les effets de base très porteurs du printemps maintenant dépassés, la croissance en glissement annuel n’excède pas 4,9 %, un plus bas jamais observé, en dehors de l’épisode du premier semestre 2020, depuis le début des publications trimestrielles, en 1992. L’économie chinoise devrait faire un peu mieux dans les trimestres à venir, grâce notamment à ses exportations, mais il faudrait un mini-miracle pour qu’elle renoue avec sa croissance d’avant la crise en 2022. L’illusion d’une locomotive chinoise de retour après la crise du covid est décidément de moins en moins crédible. Les bourses s’en chagrinent mais les marchés des matières premières sont parfaitement insensibles à ces nouvelles et la hausse des cours a repris de plus belle ce matin. Cette rupture de la courroie de transmission inquiète plus que les données chinoises elles-mêmes.

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Manquerait plus que les banques centrales durcissent les conditions monétaires !

Après un rapport sur l’emploi, sous tous les angles médiocre, la FED doit-elle réagir à l’accélération des salaires et à la nouvelle baisse du taux de chômage du mois de septembre en procédant à une réduction de ses achats d’actifs ? Quel qu’en soit l’ampleur et la cadence, un tapering constituerait un resserrement des conditions monétaires, vraisemblablement aggravé au niveau mondial par le suivisme de la BCE et de nombreuses autres banques centrales. Est-ce le moment dans un contexte économique des plus perturbés dans lequel les pénuries croissantes jouent déjà un rôle restrictif de premier ordre sur les perspectives de croissance ? La question se pose indiscutablement et, sauf à avoir pour objectif de contrer la spéculation que leur action a provoquée, on voit mal en quoi une telle évolution des pratiques monétaires pourrait en quoi que ce soit être la bonne solution aux difficultés en présence.

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L’industrie allemande décroche, le scénario de croissance 2021 ne résistera pas

La chute de presque 8 % des commandes annoncée hier nous avait mis sur la voie, même si des écarts au mois le mois entre les deux séries peuvent parfois être importants. Toujours est-il que le rapport sur la production industrielle allemande est calamiteux avec une contraction de 4 % de l’activité dans son ensemble et de 4,6 % pour la seule partie manufacturière en août. L’acquis pour le troisième trimestre se contracte en conséquence de 2,5 %, un signal de bien mauvais augure pour la croissance du PIB. A des lustres de ce que laissait anticiper l’amélioration du contexte sanitaire, ces résultats mettent de plus en plus à mal les perspectives du consensus et plus encore celles du gouvernement sur la croissance allemande pour cette année. Il faut donc s’attendre à de fortes révisions à la baisse dans les semaines à venir et celles-ci ne laisseront vraisemblablement pas le scénario 2022 indemne.

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Normalisation des commandes allemandes en août

Les commandes à l’industrie allemande ont baissé de 7,7 % en août, après une hausse de 4,9 % en juillet et de 4,6 % en juin. Un tel recul n’est pas surprenant. Les deux mois précédents avaient été soutenus par des secteurs bien peu représentatifs du noyau dur de l’activité, tels que la pharmacie ou la navigation. Le rapport de ce matin est, de fait, plus en phase avec la réalité industrielle, dont la production est en perte de 2 % depuis le début de l’année.

 

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Scénario trimestriel – De conjectures en conjoncture

Derrière l’écran de fumée d’un scénario de croissance mondiale toujours exceptionnellement dopé par les acquis du rattrapage de la fin de l’année dernière, la situation économique se révèle de plus en plus complexe et les perspectives de plus en plus incertaines. Non seulement, la croissance mondiale n’a cessé de décélérer depuis l’été 2020 jusqu’à s’annuler au deuxième trimestre 2021, selon nos estimations, mais la conjoncture s’est singulièrement détériorée depuis. D’une pause, après leur ascension souvent inédite du premier semestre, les indicateurs avancés ont amorcé une correction marquée, sur fond de difficultés d’approvisionnement grandissantes, à l’origine de tensions exceptionnelles sur les prix. Perçues dans un premier temps comme des arguments en faveur du scénario de reflation plébiscité par les marchés, ces tendances sont progressivement apparues sous un jour nettement moins favorable, à même non seulement de remettre en cause les perspectives de croissance mais de pousser les banques centrales à un resserrement précoce des conditions monétaires susceptible de grandement fragiliser l’environnement de marché.

Le contexte économique et financier s’est, au total, considérablement complexifié ces dernières semaines et les perspectives semblent conditionnées à un nombre croissant de variables, toutes aussi incertaines les unes que les autres. Parmi celles-ci nous identifions six points-clés pour l’avenir : l’évolution des relations sino-américaine, celle du marché des matières premières, de l’issue des promesses de relance aux Etats-Unis et des risques entourant les perspectives d’investissement mondial, d’une part. De l’autre, l’évolution des politiques monétaires et des risques financiers qui les entourent. Cela fait incontestablement beaucoup et laisse entrevoir une instabilité durable sur les marchés, ballotés entre les espoirs de reflation qui ont prévalu depuis l’élection de J. Biden et les craintes d’un scénario de stagflation de plus en plus prégnantes.

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