Vieillissement démographique de l’Asie : la fin d’un régime d’offre à l’échelle mondiale

La nouvelle a défrayé la chronique ces dernières semaines : la Chine devait annoncer une baisse inédite de sa population après son recensement de 2020. Le sujet est tellement sensible que l’annonce, initialement prévue en avril, avait été repoussée à une date ultérieure, « le temps nécessaire pour parvenir à un consensus sur ces résultats et leurs implications »… Le verdict est finalement tombé cette semaine : au contraire des attentes, c’est une nouvelle augmentation de sa population qu’annonce le pays le plus peuplé au monde, à 1,41 milliards de personnes en 2020, contre 1,4 Mds en 2019. Le pic n’est donc pas encore passé et il faudra un peu plus de temps à l’Inde pour voler sa première place à l’Empire du Milieu !

On aurait tort, pourtant, de refermer ce dossier. Le déclin démographique de la Chine est annoncé de longue date et ses prémisses sont d’ores et déjà suffisants pour éliminer le doute : montée de âge médian, chute du taux de natalité, baisse de la population en âge de travailler depuis déjà plusieurs années. Si la ritournelle d’un changement de politique de natalité refait surface à l’occasion de ce nouveau recensement, aucun spécialiste ne peut décemment envisager que l’Empire du Milieu ait les moyens d’échapper à la baisse programmée de sa population, vouée à un rétrécissement de près d’un tiers au cours des trois ou quatre décennies suivant son point culminant. On comprend l’enjeu autour de la communication de ce moment pour un régime dont l’ambition stratégique de long terme est celle que l’on connait.

Sans savoir dire avec précision quelles seront les conséquences de cette rupture démographique, elle porte en elle les ferments d’une remise en cause fondamentale de ce qu’ont été les principales caractéristiques du modèle chinois du demi-siècle écoulé et de son influence sur la scène économique internationale, d’autant que la Chine ne fait pas exception. Bien qu’à des degrés divers, la plupart des pays d’Asie dont la démographie florissante a façonné le monde ces dernières décennies devraient être soumis aux mêmes tendances d’un vieillissement par trop rapide de leur population, aux conséquences régionales et globales inestimables.

 

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Preview PIB chinois : ne soyons pas dupes !

Le PIB chinois du premier trimestre sera publié demain, en même temps qu’un certain nombre d’indicateurs mensuels particulièrement suivis, et les estimations vont bon train : 18 %, voire 19 % pour la PIB annuel, des chiffres inédits qui peuvent donner le tournis, en l’occurrence sans aucune raison. Le PIB chinois a reculé de près de 10 % au premier trimestre 2020, avant de rebondir franchement ; les effets de base poussent donc mécaniquement la croissance calculée en glissement annuel sur des sommets.
– Ainsi, une croissance nulle au premier trimestre par rapport au précédent serait synonyme d’une progression de 17,5 % sur un an.
– Une progression trimestrielle de 0,5 %, l’une des plus faibles jamais enregistrées hors première vague de Covid, équivaudrait à une croissance de annuelle de 18 %.
– Dans ce contexte, le 19 % serait en l’occurrence un minimum juste décent, l’équivalent d’une progression trimestrielle d’environ 1,5 %, comparable à celle observée en moyenne en 2019…

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Le « formidable » rebond de la Chine oublie ses consommateurs sur le bas-côté

Pas facile d’y voir clair dans les données chinoises de ce début d’année, lesquelles, outre les difficultés habituelles liées au mode de publication le plus souvent en variations annuelles, se comparent à la période particulièrement chahutée de 2020. Les progressions, quelles qu’elles soient, sont spectaculaires comparées à la quasi paralysie de février de l’an passé. Dans l’automobile, les ventes ressortent en hausse de plus de 400 %, ce qui pour le non averti peut être particulièrement trompeur. Leur niveau, même non désaisonnalisé, est sans aucun doute un meilleur indicateur de la réalité, comme le sont les évolutions sur 24 mois. Sauter à pied joint au-dessus des données de 2020, lorsque les données officielles nous le permettent, donne une autre lecture de la situation chinoise. De celle-ci il ressort que, si l’industrie s’en sort bon an mal an, principalement soutenue par la production de masques et autre matériel médical ainsi par les produits électroniques, les consommateurs, eux, ont beaucoup plus de mal. La hausse du taux de chômage de 5,2 % en décembre à 5,5 % en février ne nous dit pas autre chose, d’ailleurs.

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PIB chinois : au royaume des aveugles les borgnes ne sont-ils pas, toujours, rois ?

Le PIB chinois est ressorti en hausse de 2,6 % au quatrième trimestre, ce qui correspond à une progression de 6,5 % par rapport à la fin 2019. En moyenne sur l’année, la croissance aura finalement été de 2,3 % ; une exception dans un monde frappé par les conséquences beaucoup plus sévères de l’épidémie de coronavirus dont la Chine a su s’extirper plus efficacement. Certains voient dans ces résultats l’évidence du succès de l’Empire du Milieu et l’annonce d’une économie dont la prospérité ne fait aucun doute. Il y a bien des raisons d’être plus circonspects face à une économie en transition cumulant moultes déséquilibres et incapable de redevenir la locomotive qu’elle fut pour la croissance mondiale il y a quelques années. Mais le cap est donné. Avec un acquis de croissance de 6 % pour 2021, une évolution même réduite du PIB trimestriel de 1 % seulement au cours des quatre trimestres à venir assurerait un bond de près de 9 % du revenu du pays, de loin très supérieur à ce que même le plan Biden permet d’envisager pour les Etats-Unis. Dit autrement, la bataille pour la première place mondiale entre dans sa dernière ligne droite et promet d’être rude.

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Le grand bluff chinois

« La reprise est spectaculaire en Chine » entend-on régulièrement. Le pays, qui a su éradiquer l’épidémie de coronavirus, serait le grand bénéficiaire de cette épidémie et également un exemple de ce qui attend le reste du monde une fois les campagnes de vaccination suffisamment avancées, a priori au tournant de l’hiver ou courant du printemps. Sauf que la manière de lire les résultats de l’économie chinoise, n’est pas tout à fait la bonne, tout du moins est-elle contestable. Parmi les données les plus suivies, celles du commerce extérieur témoigneraient non seulement du succès chinois, avec des exportations en progression de 13 % par rapport à l’année dernière en novembre, mais également de la résistance de la demande internationale. L’illustration ci-dessous est une autre représentation de cette exceptionnelle reprise… en l’occurrence, celle du niveau des exportations depuis le début de l’année, enfin, depuis février puisque l’activité était tellement ralentie en janvier que les données ne sont même pas publiées par l’office de statistiques. Vu sous cet angle, c’est, un déficit de ventes de 30 % à 40 % qui ressort de la performance à l’exportation par rapport à 2019, quel que soit le secteur et sans prise en compte, donc, des données de janvier… Problème, ce type de biais se retrouve dans bien des domaines du déchiffrage de la conjoncture chinoise…

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L’accord de libre échange asiatique : pas vraiment un changement de donne

Comment interpréter l’accord commercial asiatique de cette semaine, le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) au-delà du pied de nez à l’ex-président américain et aux tentations protectionnistes naissantes en Europe à l’égard de la Chine ?

La région, dont le commerce est régi de longue date par l’ASEAN avec laquelle les cinq nouveaux membres (Chine, Japon, Corée, Australie et Nouvelle Zélande) avaient des accords de libre-échange bilatéraux, est déjà très intégrée commercialement. Il serait dès lors probablement illusoire d’imaginer que ce nouveau partenariat régional (RCEP) ait un effet très significatif sur l’intensité des échanges entre les pays signataires. Par ailleurs, si l’harmonisation des règles d’origine, à laquelle le RCEP consacre une bonne part, représente une avancée pour les entreprises de la région, l’absence d’unification des normes et l’exclusion des services du champ de négociation risquent d’en limiter les bénéfices.

L’ensemble n’a, au total, guère l’allure que les signataires voudraient lui donner. Quand bien même cet accord figure comme le plus important à l’échelle planétaire -ses quinze signataires représentent 30 % du PIB mondial et 27 % des échanges internationaux-, il ne semble guère en mesure de permettre à l’Asie d’aller à contre-courant du mouvement de démondialisation enclenché ces dernières années.

La région aurait pourtant pu trouver dans un tel partenariat, un véritable avantage structurel mais il aurait fallu pour cela qu’elle soigne un peu plus ses relations avec l’Inde, seul pays au profil démographique véritablement capable d’offrir à l’ensemble de la région l’occasion d’un rajeunissement nécessaire au renforcement de sa position de leader industriel mondial. L’Inde a néanmoins abandonné les négociations l’an dernier et son absence réduit incontestablement la portée de l’aboutissement de ces huit années de concertation.

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Pas grand-chose de nouveau du côté de la conjoncture chinoise

Encore une fois, les indicateurs chinois du mois d’octobre créent leur effet sur les marchés internationaux depuis ce matin, qui, ajouté à celui de la nouvelle de la signature d’un accord de partenariat régional de 15 pays d’Asie ce week-end, se transforme en vague d’optimisme sur les bourses. Que ce dernier soit effectivement une bonne nouvelle pour les perspectives régionales de moyen terme est indiscutable, en tout cas pour le rayonnement de la Chine. Reste que l’accord n’aura pas d’effets immédiats sur la croissance de la région et que ses ambitions par rapport aux pactes déjà existants sont relativement limitées. Quant à ses conséquences pour l’Europe, on est en droit de s’interroger…

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Xi Jinping est-il en train d’ouvrir une nouvelle page pour la Chine ?

Augmentation des réserves stratégiques de matières premières, neutralité carbone à horizon 2060, appréciation du yuan vis-à-vis du billet vert… Il se passe des choses en Chine qui, a priori, n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre et dont on peine à apprécier l’importance dans le climat actuel de tensions géostratégiques, sur fond de guerre commerciale de plus en plus intense avec les Etats-Unis à la veille de la présidentielle. Entre les déclarations d’intention sur l’environnement, loin d’être suffisamment précises pour convaincre de la véracité d’un changement de cap de la politique climatique chinoise, et une annonce de stockage de matières premières que l’on pourrait interpréter comme une simple réplique aux mesures protectionnistes de D. Trump, difficile, en effet, d’apprécier l’importance de ces changements. À y regarder de plus près, pourtant, ces évolutions semblent très cohérentes, en particulier par la pertinence des réponses qu’elles apportent aux limites constatées du modèle chinois ces dernières années. Elles deviennent ainsi nettement plus convaincantes et suggèrent bel et bien de profonds changements possibles et, à vrai dire, indispensables pour l’Empire du Milieu…

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