Perspectives 2020 : le grand pari

S’il existait une échelle du degré d’incertitude assorti aux prévisions économiques, nous serions sans aucun doute très haut sur celle-ci aujourd’hui, en l’occurrence probablement à un niveau jamais atteint depuis fin de la seconde guerre mondiale. Il y a trois bonnes raisons à cette situation :

1- La première vient des effets mal connus de l’hyper financiarisation de l’économie mondiale sur les équilibres économiques, le comportement des agents, la perception des risques et les réponses préventives apportées par les responsables de politique économique.
2- La deuxième est liée à la fragilité de l’expertise sur la réalité et la profondeur des changements systémiques que semblent à même de provoquer les ruptures démographiques, technologiques, scientifiques, climatiques et sociétales en cours, dont les conséquences, jusqu’alors considérées avec distance, s’accélèrent, sans que l’on sache estimer avec précision leur influence réelle sur les rouages économiques, y compris conjoncturels.
3- La troisième provient des interrogations et incertitudes que suggère le constat de la disparition de l’inflation et, semble-t-il, avec elle, du principal déterminant des cycles tels qu’ils ont rythmé l’activité économique du monde développé depuis la seconde guerre mondiale. Phénomène passager ou durable, plus sociétal ou systémique qu’économique, issu de quel changement et avec quelles conséquences à long terme ?
Face à ces enjeux l’économiste tâtonne, les modèles déraillent et les décisions des agents et les prévisions s’en ressentent. Jamais l’exercice prévisionnel n’est apparu aussi fragile, voire à la limite de l’inconsistance tellement le sentiment est vif de risquer de passer à côté de l’essentiel de ce qui fera le monde de demain, c’est-à-dire peut-être déjà celui des prochains trimestres. Face à ces questionnements trop nombreux, le réflexe de conservatisme est souvent de mise. C’est un risque dont nous sommes bien conscients qui vaut tout à la fois à la hausse comme à la baisse sur nos estimations.

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Après le point bas, scénario en ‘L’, ‘V’ ou ‘W’ ? La réponse n’est pas dans les PMI

La confirmation d’un point bas de la conjoncture industrielle mondiale offerte par les PMI manufacturiers du mois de novembre a redonné confiance à la communauté des économistes ces derniers jours. Particulièrement suivies, ces enquêtes ont également une influence décisive sur les marchés financiers et sont capables de faire la pluie et le beau-temps sur les indices boursiers et, bien que de manière moins systématique, sur les marchés de taux d’intérêt. L’interprétation de ces enquêtes est, malgré tout, souvent discutable ou remise en cause par la réalité des tendances économiques qu’elles sont censées préfigurer et les erreurs ou excès d’interprétation ne sont pas rares. Où en est-on aujourd’hui et que pouvons-nous déduire de l’amélioration de ces indicateurs ?

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Le prêche de l’économiste face à la bulle

Ah qu’il est inconfortable le rôle de l’économiste dans un contexte de bulle, déchiré entre son devoir d’impartialité face à des fondamentaux qui ne lui permettent pas de justifier ce qu’il observe du comportement des marchés et le risque de s’obstiner face à une réalité qui pourrait lui échapper.

Après trois bulles en moins de vingt ans, il devrait pourtant être blindé mais tel n’est jamais le cas car domine toujours l’espoir qu’il se trompe et la préférence collective pour l’illusion. À quoi peut-il dès lors servir sinon à continuer de faire ce qu’il est supposé savoir faire : peser, soupeser, veiller à faire abstraction de ce qui pourrait biaiser son diagnostic pour s’assurer de comprendre l’équilibre qui anime les marchés et être en mesure d’anticiper ce qui pourrait rompre la dynamique en place pour prévenir de ce qui, fondamentalement, le préoccupe le plus, l’après-bulle !

 

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Cycliques européennes, vraiment ?

On aime dire qu’on apprend de ses erreurs, encore faut-il les expliquer. Quelle a été la nôtre ? Partant de la situation économique internationale et de ce qu’elle suggérait pour les résultats des entreprises, de l’usure des politiques monétaires et des valorisations en place, notre analyse n’incitait guère à anticiper le rallye des marchés de ces dernières semaines. En quoi avons-nous eu tort ? Les tendances passablement déprimées de l’économie mondiale sont plutôt fidèles à notre diagnostic ; la communication des entreprises à ce stade de leurs publications de résultats ne jure pas non plus avec ce dernier ; quant à l’usure des politiques monétaires, la crise au sein de la BCE en est une expression et la FED pourrait bientôt ne rien avoir à lui envier tant, là aussi, les dissensions sont vives. Reste la psychologie. Les spécialistes nous avaient prévenus, le moral des investisseurs mesuré par le put/call ratio était déjà trop bas pour envisager un décrochage à même d’entrainer les indices. Force est de reconnaitre qu’ils avaient bien vu : face au spectre d’une crise majeure, les étincelles d’espoir ont produit des feux de joie, notamment sur les bourses européennes. Reste à savoir ce qu’il en restera dans quelques temps.

 

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Difficile de trouver des justifications solides à la remontée récente des taux longs

Dans la foulée du consensus et de l’OCDE, le FMI a annoncé cette semaine une nouvelle révision à la baisse de ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale. Depuis le début du printemps, les perspectives internationales n’ont de cesse d’être revues à la baisse et ce ne sont pas les dernières tendances en provenance d’Europe, des États-Unis ou de la Chine qui viendront contredire ce mouvement. De leur côté, les perspectives d’inflation s’écrasent sous les effets combinés de la fragilité de la demande, des tensions concurrentielles qu’alimente la guerre commerciale et du regain de faiblesse des cours du pétrole. Conséquence de cet environnement, les anticipations de baisse des Fed Funds sont encore montées d’un cran après les mauvaises nouvelles de cette semaine. La période d’assouplissement monétaire semble, de fait, bien partie pour durer avec à la clé de nouveaux programmes d’achats d’actifs de la part de la BCE et maintenant de la FED (60 mds/mois d’achats de bons du Trésor pour apaiser les tensions du marché interbancaire américain). Malgré tout, les taux d’intérêt futurs se tendent ces derniers temps. Comment interpréter ce mouvement et quels sont les risques qu’il se développe ?

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Crises asiatiques : à quel point l’avenir de la région risque-t-il d’être compromis ?

Guerre commerciale, ralentissement chinois, vieillissement démographique, multiplication des crises politiques et géopolitiques : à quel point l’avenir économique de l’Asie est-il menacé par les bouleversements en cours ? L’essor asiatique depuis le décollage de la Chine a fait de la région le point d’orgue des anticipations de croissance de moyen et long terme de l’économie mondiale, la branche à laquelle ces dernières ont pu se rattraper face aux perspectives structurellement affaiblies du monde développé. Riches des progrès réalisés depuis le milieu des années deux mille, les pays émergents d’Asie sont perçus comme des pôles de prospérité inéluctablement voués à dominer la croissance planétaire des prochaines décennies et conditionnent les stratégies de développement de la plupart des secteurs de la vie économique. Si les déboires de ces dernières années ont régulièrement écorné les espoirs conjoncturels, ils n’ont pas provoqué jusqu’alors de remise en cause fondamentale de ce diagnostic. Les développements de ces derniers temps obligent, pourtant, à considérer la possibilité d’un avenir beaucoup moins radieux pour la prochaine décennie asiatique.

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Perspectives 2019 : sous le signe de l’endurance

À quoi ressemblera l’année 2019 ? Le moins que l’on puisse dire est que le point de départ n’est pas brillant, que ce soit sur le front économique, politique et géopolitique, ou financier. Alors que l’année dernière avait débuté sous le signe de l’euphorie et de l’espoir d’un nouveau départ de la croissance mondiale, 2019 s’amorce dans un contexte d’une rare complexité où s’entremêlent les stigmates d’une fin de cycle conjoncturel aux États-Unis, ceux d’une Europe déchirée qui, faute d’ambition collective, semble vouée à l’enlisement et ceux, enfin, d’un monde en développement privé de l’aile protectrice de la Chine, laquelle, passée au stade de l’offensive géostratégique et des prouesses qui vont avec, n’a, cependant, plus les moyens d’entretenir la dynamique économique du reste du monde.

Les sous-jacents de la croissance ne sont pas fondamentalement préoccupants dans un environnement de très bas niveau persistant des taux d’intérêt et de baisse des cours du pétrole mais les résultats escomptés sont trop faibles pour envisager qu’ils apportent l’huile qui serait nécessaire pour réduire les sources de risques, financiers et politiques notamment. Sauvées par les effets bénéfiques escomptés de la chute des cours du pétrole sur l’activité du premier semestre, nos perspectives sur la croissance mondiale sont, cependant, plombées par le retour d’une inflation trop basse pour assurer une croissance décente des résultats des entreprises. À 4,7 %, la croissance nominale de notre échantillon mondial a subi le contrecoup de nouvelles révisions à la baisse pour l’Europe et serait la plus faible depuis le début des années soixante.

Dans un tel contexte, une vigilance exceptionnelle des politiques monétaires et budgétaires sera requise. L’aurons-nous ? L’économiste n’a pas d’autre choix que de considérer que les bonnes réponses apportées permettront de temporiser l’ajustement à la baisse des prix des actifs et d’en limiter les conséquences économiques.

Dans de telles conditions, le cycle ne semble pas devoir s’éteindre mais les prolongations prennent déjà l’allure d’une course de fond trop longue, au fil de laquelle se multiplient les embuches et les risques, dont le degré apparaît significativement plus élevé que la norme.

Nous présentons cette semaine les principales conclusions de notre scénario macro-économique qui seront complétées vendredi prochain de nos perspectives de marchés.

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Le non accord de Doha, un moindre mal

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Si la chute du cours du pétrole a souvent été désignée comme responsable de la mauvaise tenue des marchés financiers et de la persistance du risque déflationniste   à l’échelle mondiale, la perspective d’une éventuelle remontée des cours à la suite d’un accord des pays de l’OPEP posait bien d’autres questions, en particulier celle des effets de la confiscation des gains de pouvoir d’achat sur la conjoncture du monde développé et celle d’une réduction des marges de manœuvre des banques centrales dans un contexte de remontée mécanique des taux d’inflation. Vu sous cet angle, le non aboutissement des rencontres de Doha est donc plutôt bienvenu.