Taux d’intérêt : l’énigme s’épaissit

Ces deux dernières semaines, les banques centrales de nombreux pays ont procédé à des relèvements de leurs taux directeurs : Canada, Colombie, Chili, Pérou, Australie, Nouvelle Zélande, Corée, Philippines, zone euro, Danemark, Pologne, Hongrie, Roumanie, Afrique du Sud, Israël… le plus souvent dans des proportions supérieures aux attentes ou aux pratiques habituelles, parfois de 200 points de base quand, comme en Hongrie, les devises font les frais de pressions trop intenses. La semaine prochaine, la Fed prendra le relai avec une probable nouvelle hausse de ¾ de points des Fed Funds, histoire de couper l’herbe sous le pied de l’inflation, et d’autres lui emboiteront le pas.

Quoi qu’il en soit, néanmoins, les taux d’intérêt resteront à des lustres d’où, toutes choses égales par ailleurs, ils devraient être, c’est-à-dire aux environs de la croissance nominale du produit intérieur brut pour les taux longs, comme les deux variables finissent toujours par converger avec plus ou moins de délai. Or, cette situation ne semble pas sur le point de se normaliser.

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La FED ne trouvera pas dans le rapport sur l’emploi de quoi faire dans la dentelle

Bien peu de choses dans le rapport sur l’emploi américain du mois de juin pour retenir la FED d’aller dans le sens souhaité en matière de resserrement monétaire. L’économie américaine aurait créé 372 K postes le mois dernier dont 381 K dans le seul secteur privé, davantage qu’en mai quand les créations de postes privés avaient atteint 330 K. Voilà de quoi conforter la lecture de J. Powell sur la vigueur de l’économie américaine et prendre largement à revers la révision à la baisse des anticipations de hausse des taux des marchés de ces dernières semaines. La FED a tout en main pour poursuivre le chemin vers un durcissement accéléré de ses conditions monétaires, tel que souligné dans les minutes du dernier FOMC publiées plus tôt cette semaine qui, au vu des chiffres du jour, sont loin d’être dépassées. Du moins n’ira-t-elle pas rechercher les informations qui pourraient la dévier de sa course en juillet, tels le ralentissement du taux de salaires ou le déficit persistant d’un demi millions de postes par rapport à février 2020 : la probabilité d’une hausse de ¾ de points des Fed Funds en fin de mois est indiscutablement augmentée.

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2023, 2025, 2030… Et si l’inflation faisait le job?

L’inflation en présence est le résultat d’une multitude de facteurs, pour la plupart assortis d’une grande incertitude quant à leur développement futur. Le choc immédiat est, bien sûr, lié à la guerre en Ukraine et à ses effets sur les prix des matières premières ainsi qu’aux conséquences aggravantes de l’épidémie de Covid en Chine, sur les difficultés d’approvisionnement industriel notamment. Ces éléments, aussi importants soient-ils, ne sont pas les seules explications au changement particulièrement abrupt de contexte inflationniste et des anticipations de moyen terme: politiques monétaires et budgétaires, changements climatiques, relocalisation industrielle, immobilier, salaires…font également partie de l’équation à des degrés divers.

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Données du jour : le rebond du PMI chinois n’évacue pas les craintes de récession

Les anticipations de croissance ont de plus en plus de plomb dans l’aile et les données économiques du jour n’ont pas rassuré malgré des nouvelles plutôt réconfortantes en provenance de Chine ce matin. Au Japon, la chute de 7 % de la production industrielle en mai a refroidi tandis que les données de consommation en Europe restent médiocres. Aux Etats-Unis, la consommation de ménages est ressortie en baisse de 0,4 % en mai, les deux mois précédents ayant été revu en nette baisse. Selon la FED d’Atlanta, l’ensemble devrait finalement conduire à une contraction de 1 % du PIB au deuxième trimestre… Après un regain de tensions en début de semaine, les marchés de taux se reprennent : aux Etats-Unis, le rendement des T-Notes retombe à 3 % et celui du Bund de même échéance chute à moins de 1,35 % après avoir dépassé les 1,8 % en milieu de mois. Sur le marché pétrolier, les cours ont du mal à se maintenir au-dessus de 110$ le baril de Brent…

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Les ménages broient du noir, les entreprises devraient suivre sous peu

Les indicateurs de confiance des ménages n’en finissent pas de baisser. En France, celui de l’INSEE perd trois points en juin, à 82, tandis qu’en Allemagne, le GfK recule d’un peu plus d’un point, à -27,4. Dans les deux cas, il s’agit de niveaux inférieurs à ceux constatés durant la première vague de covid, qui avait pourtant paralysé l’économie. Après le Michigan américain, au plus bas depuis sa création, les données européennes s’ajoutent à une longue liste d’indicateurs profondément déprimés qui accréditent de plus en plus le risque d’une contraction de l’activité économique dans les pays industrialisés.

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Le détricotage des certitudes s’accélère : le « bear market » entre parenthèses ?

La correction des anticipations de marché a pris une nouvelle tournure depuis la publication de notre Humeur du Vendredi de la semaine dernière. Après avoir subitement décroché vendredi dernier, les cours du pétrole ont poursuivi leur décrue ainsi que de nombreuses matières premières, y compris agricoles. Sans être en mesure d’éliminer les risques d’un possible rebond inhérents à un contexte international encore éminemment incertain, ce mouvement corrobore ce qui était le scénario le plus probable face au double choc de pouvoir d’achat et de resserrement des conditions monétaires internationales. Il est donc plutôt convaincant et assorti d’une probabilité significative de se poursuivre.

De ce constat découlent des effets en chaîne qui pourraient considérablement changer la donne du contexte financier, avec un détricotage rapide du scénario qui a prévalu depuis la fin mars, à savoir : inflation et hausse des anticipations de cette dernière, tensions sur les taux d’intérêt, accroissement du risque de crédit, refuge vers l’or et autres valeurs de rendement ou décotées. De quoi mettre la déprime du marché entre parenthèses ?

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Leçons de la semaine écoulée : la récession au coin de la rue, les taux ne monteront pas au ciel

Cette semaine était un peu celle de tous les dangers et le pronostic n’a, pour le coup, pas été démenti. Dans un contexte des plus instables, quelques traits se dégagent, parmi lesquels :

  • Le durcissement des conditions monétaires internationales s’accélère. Depuis le début du mois, pas moins de 16 des 35 principales banques centrales ont procédé à des hausses de leurs taux directeurs, après 24 le mois dernier.
  • Malgré tout, force est de constater que les effets de ces actions tardent à se faire sentir. En dépit d’une détérioration rapide des perspectives, les prix des matières premières caracolent toujours à deux doigts de leurs plus hauts récents.
  • Il faut dire que les liquidités mondiales ont continué à affluer jusqu’au début du mois et que la seule amorce du resserrement quantitatif de la FED en juin ne sera pas suffisante pour inverser cette tendance avant quelques mois. Prises au piège qu’elles se sont elles-mêmes tendues ces dernières années, les banques centrales sont contraintes d’aller d’autant plus loin pour que leur politique anti-inflationniste porte, éventuellement, ses fruits.

  • Les dégâts occasionnés par cet ajustement commencent néanmoins à se faire sentir : dislocation financière et dégradation des perspectives économiques vont bon train et le scénario de récession gagne subitement du terrain, notamment là où le consensus l’attendait le moins, aux Etats-Unis. Les perspectives globales s’en trouvent de facto exposées et l’hypothèse d’une récession mondiale est de moins en moins fantaisiste.
  • Succès ou non sur le front de l’inflation, il est peu probable que les responsables monétaires puissent faire fi de cette réalité et les marchés, comme les banques centrales bien que de manière plus ou moins déguisée, commencent à l’intégrer. A partir de là, le temps est compté:
  • Soit les banques centrales font écho aux rappels à l’ordre du stress financier et de la détérioration des indicateurs économiques avancés et mettent sans tarder un peu d’eau dans leur vin. Elles pourront le cas échéant renouer avec un resserrement monétaire encore nécessaire et possible plus tardivement, aux alentours du second semestre 2023.
  • Soit elles se cabrent encore quelques semaines et, après un dernier coup de collier, elles devront gérer les crises et, possiblement, faire marche arrière.

Nous avons développé ces deux scénarios mi-mai et malgré une probabilité mouvante entre ces deux hypothèses, l’une de nos principales conclusions reste de mise : si ni l’économie ni les marchés ne peuvent supporter l’ajustement en cours sur le front des taux d’intérêt, ces derniers cèderont même s’il est bien difficile de dire aujourd’hui de combien ni pendant combien de temps.

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La BoE à pas de velours pour contrer une inflation prévue à 11%

Cinquième hausse d’un quart de point de ses taux directeurs, qui atteignent 1,25 % : la Banque d’Angleterre, risque conjoncturel oblige, joue la gradualité, au contraire de la Fed, et espère que la mauvaise conjoncture fera le reste pour contrer l’inflation. Le processus risque d’être long, selon ses propres projections. A brève échéance c’est en effet un taux d’inflation de 11% qu’elle promet. Pas de quoi lever le pied sous peu malgré la probable contraction du PIB au deuxième trimestre. La banque d’Angleterre, sans modifier son scénario précédent, prend acte de deux évolutions : 1)Les risques pour la croissance se sont rapprochés, de sorte que le scénario pour le PIB du deuxième trimestre est maintenant de -0,3 %, contre une relative stabilité envisagée le mois dernier. 2)Les pressions inflationnistes sont plus importantes, puisque la hausse annuelle des prix à la consommation pourrait maintenant atteindre 11 % en octobre, contre 10 % au dernier trimestre dans sa projection de mai. Dans le dilemme inflation/croissance, qui s’aggrave et auquel sont confrontées les banques centrales, c’est encore la lutte contre la première qui l’emporte puisque la BoE affirme « vouloir agir avec force » en cas de persistance inflationniste.

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