Marché de taux : « Conendrum 2.0 »

L’effondrement accéléré des courbes de taux d’intérêt après la communication des banques centrales de la semaine dernière sème la zizanie sur les marchés. Puissant signal de récession, rarement démenti, surtout avec une telle ampleur, comment cette configuration peut-elle être compatible avec le regain, à certains égards, fulgurant d’appétit pour le risque simultanément observé sur les marchés ces derniers jours ? Les banques centrales ont manifestement raté quelque chose dans leur communication pour provoquer de telles distorsions. En effet, les pans les plus à risques des marchés semblent n’avoir retenu que leur relative confiance dans la perspective d’une maitrise de l’inflation et d’une réduction simultanée des risques sur l’activité. A l’inverse, les marchés de taux « sans risque » semblent n’avoir retenu que leurs propos sur la poursuite nécessaire d’un resserrement monétaire inachevé et le maintien de conditions monétaires durablement restrictives dont le résultat serait forcément récessif. Résultat, les bourses et les marchés du crédit flambent tandis que les courbes de taux d’intérêt sonnent le glas de la croissance. Cela rappelle, de loin, la période 2004-2005, lorsque le président de la FED de l’époque A. Greenspan pointait du doigt l’énigme (Conendrum) d’une inertie anormale des taux longs à la remontée des taux directeurs qu’il orchestrait. Le fait est que l’efficacité du resserrement monétaire en était largement diluée et que la FED a dû aller beaucoup plus loin dans ses hausses de taux pour contrer une inflation jugée menaçante, à 4,5 % à son plus haut de septembre 2005… On connaît la suite, et, quand bien même, l’environnement de l’époque n’avait pas grand-chose de comparable avec l’actuel, on est tenté d’y voir quelques similitudes… Alors, que penser ?

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Branle-le-bas de combat sectoriel en bourse après les banques centrales

Cela ressemble au bon vieux temps, celui d’un appétit -apparemment sans limite- pour le risque qui entraîne dans son sillage les cycliques, les valeurs technologiques et, plus encore, les cryptomonnaies. Preuve s’il en est que les banques centrales n’ont pas fait le job de normalisation des conditions monétaires dont elles ont la charge, le mouvement semble bel et bien parti pour durer quelques semaines. Car si ces dernières reconnaissent collectivement qu’elles n’ont pas fini le travail, elles brouillent suffisamment les cartes pour laisser penser qu’elles pourraient lâcher leur établi sous peu.

La crainte d’être mises en défaut par une baisse accélérée de l’inflation alors que les perspectives de résultats refluent partout rapidement explique, peut-être, ce retournement. Un tel changement de posture ne laisse, assurément, pas de questionner pour la suite. Mais la suite, c’est après et, pour l’instant, les marchés répondent d’autant plus vite au son du canon que beaucoup ont été trop timorés pour monter dans le train du mois de décembre. FOMO revient au galop. Cela ne devrait durer qu’un temps mais pourrait être d’autant plus spectaculaire que les excès de liquidités sont aveuglants.

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Une semaine particulièrement chargée, possiblement décisive pour la suite

Non, la semaine à venir ne sera pas seulement celle des réunions de la FED, de la Banque d’Angleterre et de la BCE. Elle sera aussi celle des premiers indicateurs du climat des affaires du mois de janvier, en Chine et aux Etats-Unis, notamment ; celle des PIB européens et derniers indicateurs de la zone euro du mois de décembre, ainsi que de l’inflation de janvier et, pour clore le tout, du premier rapport sur l’emploi de l’année aux Etats-Unis ! De quoi, peut-être, améliorer la lisibilité de la situation en présence et des perspectives mais, sans aucun doute, aussi, alimenter d’intenses turbulences ou spéculations. En ressortira-t-il des points d’ancrage pour 2023, tout au moins, a minima, le premier trimestre ?

Au-delà des décisions et de la communication des banques centrales, les regards se porteront sur un certain nombre de points sensibles susceptibles d’emporter les convictions du consensus.

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Neutralité des taux réels : de quoi parle-t-on et pourquoi le travail n’est pas encore achevé ?

Il règne une grande confusion ces derniers mois à propos de l’objectif de neutralité des taux d’intérêt réels associé aux politiques anti-inflationnistes des banques centrales. Nombreux commentateurs suggèrent que cette neutralité serait d’ores et déjà effective, tandis que d’autres pointent l’anomalie persistante de taux réels toujours négatifs. Les uns et les autres ne parlent, naturellement, pas de la même chose. Les premiers font référence à l’écart entre les taux d’intérêt et l’inflation qu’anticipent implicitement les marchés à terme (ex-ante) ; les seconds, à l’écart entre les taux d’intérêt et l’inflation effectivement constatée (ex-post).

Les deux approches sont assez largement distinctes et ne sont guère interchangeables. Les taux implicites réels renseignent, au mieux, sur le degré de confiance des marchés à l’égard de la capacité des banques centrales à maîtriser l’inflation, à terme, en même temps qu’ils constituent un outil d’arbitrage financier d’influence indiscutable. Ils sont, néanmoins, bien peu utiles aux ménages et entreprises, pour apprécier l’opportunité d’emprunter et, de ce fait, assez éloignés des objectifs des banques centrales lorsque ces dernières visent à réfréner la croissance de la demande pour éteindre une inflation jugée excessive.

La confusion entre ces deux approches est à même de créer des distorsions importantes dans l’appréciation que se font les marchés et les banques centrales sur le degré d’avancement de la normalisation monétaire en cours. Sous influence des premiers, les secondes cèderont-elles à leurs sirènes ou poursuivront-elles la voie qui devrait être la leur ? De la réponse à cette question dépend en très large part le scénario de croissance et d’inflation de cette année et, vraisemblablement, des suivantes.

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Perspectives- Les pièces du puzzle 2023

Après avoir broyé du noir comme rarement, l’appétit pour le risque est revenu en force sur les marchés financiers dans l’espoir d’un pivot des banques centrales, récemment renforcé par l’amélioration des perspectives chinoises et le repli effectif de l’inflation. L’année boursière commence en fanfare, les indices européens en tête de peloton depuis le mois de novembre, maintenant rejoints par la plupart des indices mondiaux. Illusion collective ou tendance fondamentalement justifiée ?

Dans notre présentation intermédiaire du 6 décembre, « Le scoop d’une possible reprise » nous avions mis en lumière les éléments susceptibles de créer un regain d’optimisme face à la dissipation des craintes extrêmes. Ces tendances ont, effectivement, pris plus d’ampleur depuis le début de l’année au point, peut-être, de donner lieu aujourd’hui à cette embellie un caractère excessif. Qu’en penser ?

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2023, année de bascule de l’immobilier

C’était le crédo du printemps dernier : l’immobilier serait parmi les meilleures protections contre l’inflation. Les arguments étaient tellement aiguisés qu’il valait mieux laisser au temps celui de produire ses effets plutôt que de tenter de convaincre du scénario inverse. Il n’a, de fait, pas fallu attendre longtemps avant que les signaux d’alarme clignotent, aux Etats-Unis, en premier lieu, puis sans tarder au Royaume-Uni, dans les pays scandinaves, en France, voire en Allemagne, sans parler du reste du monde. Après un premier semestre de hausses des prix portées par l’effondrement des taux d’intérêt réels, les signes de craquement ont commencé à se multiplier et le bilan en ce début d’année 2023 ne laisse guère de place au doute : le cycle immobilier est en bout de course et le renchérissement du crédit sur fond de dégradation des indicateurs de solvabilité pèsera sur le marché. La question à ce stade est celle de l’ampleur du choc qui pourrait en découler en termes d’activité d’une part, d’effets richesse et de risques financiers, de l’autre, après vingt ans d’effervescence.

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2023 et la Chine 

Parmi les nombreuses incertitudes qui entourent les perspectives 2023, le sujet chinois n’est pas des moindres. Il se résume en une question, dont découlent deux réponses possibles, aux conséquences singulièrement différentes pour le diagnostic mondial : la Chine connaîtra-t-elle un rebond conjoncturel avec la levée de la politique zéro-covid et, si tel est le cas, ce rattrapage serait-il plutôt inflationniste, susceptible d’exacerber les tensions sur les marchés des matières premières ou, à l’inverse, désinflationniste grâce à la dissipation des tensions sur les chaînes de production qu’un retour à la normale de l’activité industrielle chinoise suggérerait ?

La réponse apportée conditionne à bien des égards la manière d’anticiper l’année prochaine, que ce soit en matière de croissance mais, plus encore, d’inflation et, donc, de taux d’intérêt. Ni J. Powell ni Mme Lagarde n’ont, d’ailleurs, pu éviter la question cette semaine et les deux ont dû reconnaître qu’il s’agissait là d’un sujet d’extrême incertitude.

Les crises immobilière et sanitaire ont accéléré la prise de conscience des freins structurels à la croissance chinoise, ce qui était nécessaire et correspond à une réalité que peu étaient prêts à entendre ces dernières années. Reste, maintenant, à ne pas sous-estimer les effets d’un éventuel rebond conjoncturel qui pourrait changer sensiblement la donne à brève échéance, notamment pour des banques centrales dont l’action se veut éminemment « data-dependent »…

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Possible « put » de la FED, susceptible de corriger les anomalies de marché ?

Les contradictions ne manquent pas sur les marchés ces dernières semaines, parmi lesquelles les messages éminemment divergents entre le regain de confiance des marchés d’actions et l’inversion des courbes de taux focalisent l’attention. Il se passe également des choses inhabituelles sur les marchés des matières premières avec, d’un côté, les signaux positifs renvoyés par le les métaux industriels et, de l’autre, l’accélération à la baisse des cours du pétrole. Les premiers, plutôt en phase avec les bourses, semblent prendre pour argent comptant les espoirs de reprise qu’inspire l’assouplissement de la politique sanitaire chinoise ; les seconds paraissent plus sensibles à la montée du risque de récession aux Etats-Unis.

Dire aujourd’hui lesquelles de ces tendances sont les plus justifiées relève du pari tant est incertaine la trajectoire de la conjoncture internationale. Peut-être aurons-nous, d’ailleurs, les deux histoires en une, in fine, en 2023.

Ce qui est presque certain, en revanche, c’est que des divergences de telle ampleur ne sont pas amenées à durer et que la posture de la FED pourrait être décisive dans leur dénouement. Au-delà de pivoter, c’est sur son analyse de fond que le FOMC enverra les signaux susceptibles de remettre un peu de cohérence entre les différents pans de marchés : les projections de moyen terme du FOMC, les ‘Dot plots’, et l’interprétation qu’en fera J. Powell lors de sa conférence de presse.

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