L’acquis d’inflation américaine 2022 bat déjà celle de 2021, la récession guette

Nouvelle hausse de l’inflation américaine, de 7,5 % en janvier à 7,9 % en février, avec sur le mois une augmentation de 0,8 %, cvs, de l’indice des prix. Sa composante sous-jacente accélère à 6,4 % contre 6 % malgré un léger ralentissement mensuel, à +0,5 % contre +0,6 % en janvier, notamment permis par une baisse des prix des véhicules d’occasion et des biens d’éducation. En février, les prix de l’énergie se sont accrus de 3,8 %, d’ores et déjà beaucoup plus nettement qu’au cours des deux mois précédents, et ceux de l’alimentation de 1 % ; deux postes amenés à enfler davantage l’inflation américaine à brève échéance. Quoiqu’il se passe dans les mois à venir, l’inflation de 2022 marquera un nouveau record. Si les prix se stabilisaient totalement (hors effets saisonniers) entre mars et décembre, l’inflation de 2022 atteindrait, en effet, 4,8 %, un dixième de point au-dessus de celle de 2021 et un plus haut depuis 40 ans, avant même les conséquences du conflit ukrainien…

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Avec la crise russe, c’est l’ordre établi après la 2nde Guerre Mondiale qui bascule

L’ordre du monde élaboré par les alliés aux lendemains de la 2nde guerre mondiale s’est bâti sur l’organisation d’une coopération internationale dont les principes peuvent être grossièrement résumés par les deux points suivants : (1)Les pays ont intérêt au commerce, qui les enrichit. (2)Ils n’ont pas intérêt à la guerre, qui les appauvrit. On consacre, par là même, le primat de l’économie et du commerce sur le militaire et le politique, tout en épargnant des vies humaines et en permettant l’enrichissement des individus. Pour qui veut aller plus loin, cet enrichissement conduit à une démocratisation des régimes. Si, contrairement à ces préceptes, la notion de protectionnisme a déjà refait surface ces dernières années, celle d’expansionnisme territorial reste quasi-unanimement combattue. La réponse occidentale à l’invasion de l’Ukraine par la Russie de V. Poutine s’inscrit dans ce schéma : la Russie est, économiquement, un « petit » pays qui va payer très cher son non-respect des règles internationales. Là où le bât blesse, c’est que la différence de régime et de conception entre les démocraties libérales occidentales et la Russie risque de faire échouer cette approche comme cela a déjà été le cas après 2014. Mais, surtout, le retour de la guerre, « irrationnelle » d’un point de vue économique, marque, pour le meilleur ou pour le pire, celui du politique au premier plan de la compétition internationale.

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ISM manufacturier vs PIB d’Atlanta, deux versions de la conjoncture américaine

L’ISM manufacturier américain a regagné un point en février, à 58,8 ; une bonne nouvelle a priori si ce n’est que le haut niveau de l’indicateur n’a guère fait preuve de fiabilité en matière de croissance effective de l’économie américaine ces derniers temps. Entre novembre et janvier, la production manufacturière n’a quasiment pas évolué malgré des ISM plus élevés qu’aujourd’hui. Une fois encore, ces enquêtes semblent être victimes d’effets de base trompeurs : en février 2021 la production manufacturière avait, en effet, chuté de plus de 3 %…

L’estimation de la FED d’Atlanta pour la croissance du premier trimestre donne un autre son de cloche. Son dernier chiffrage dévisse un peu plus pour ne ressortir qu’à 0,04 %, une bien médiocre performance par rapport aux attentes du consensus qui, bien que modestes, oscillent encore entre 1 % et 3 % r.a., en dépit des effets supposés positifs de l’amélioration de la situation sanitaire et tandis que les effets du conflit avec la Russie sont encore à venir. A la fin de la semaine dernière, le prix du gallon d’essence avait déjà rejoint ses quasi-records historiques de 2014. Le WTI n’était alors qu’aux environs de 95 $ le baril, il est aujourd’hui à plus de 106 $… Au contraire du message des ISM, c’est le risque d’une récession qui pointe à l’horizon.

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En Europe, l’activité l’emporte sur les hausses de prix, selon les PMI de février

A l’exception du Japon, où les PMI chutent, les enquêtes de Markit, qui concernent pour l’heure principalement l’Europe, font état d’une forte hausse des climats des affaires. Ils atteignent ainsi des niveaux parmi les plus hauts depuis la reprise de la mi-2021, malgré un contexte de prix toujours tendu. Les résultats de ces enquêtes doivent, comme d’habitude, être relativisés : effets de base ou optimisme post restrictions, elles n’ont pas forcément été d’une grande aide pour prédire l’activité de ces deux dernières années. Toujours est-il qu’en tant que données avancées, les PMI fournissent quelques précieuses indications sur l’état de la conjoncture mondiale. En l’occurrence, bien que le contexte inflationniste européen continue de se détériorer, l’activité semble tenir bon et ne pas en subir, pour l’heure, les conséquences.

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Minutes de la FED, ventes de détail et production américaines

Réduction de son bilan à un rythme accéléré par rapport à 2017-2019 et hausse de ses taux plus rapide qu’à partir de 2015, ainsi se résument les principales précisions apportées par les minutes du dernier FOMC de la FED. Sur ces deux points ses prises de positions sont fermes et relativement « hawkish ». Toutefois la FED se garde de toute précision et soumet ses décisions à venir aux résultats économiques, qu’elle juge encore incertains, et aux développements des marchés financiers. Ces dernières nuances ont suffi pour rassurer. Quant aux données publiées plus tôt dans la journée, elles semblent montrer que la conjoncture s’est quelque peu redressée en janvier, au vu des premiers chiffres disponibles et malgré les conséquences de la crise sanitaire sur la mobilité, qui avaient notamment fait dévisser les climats des affaires.

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Mme Lagarde passera le cap en mars, c’est quasiment fait…

Extrait de notre preview: « Il suffira de peu de choses, quelques ouvertures plus ou moins appuyées dans le communiqué ou à l’occasion de la conférence de presse de Mme Lagarde, pour que s’enclenchent les ajustements qui devraient accompagner la perspective d’une convergence, même très graduelle, de sa politique vers celle de ses homologues ». Ces ouvertures ont été livrées sous plusieurs formes et ont produit les effets escomptés.

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La posture de la BCE revêt une forme d’arrogance difficilement tenable

Quelle différence la BCE peut-elle encore mettre en avant pour justifier l’originalité de sa position face à la FED et à la Banque d’Angleterre, dès lors que l’inflation dépasse 5 % en zone euro, soit peu ou prou le même niveau qu’au Royaume-Uni, in fine, peu éloigné de celui enregistré aux Etats-Unis en décembre ? Depuis la création de la monnaie unique, l’inflation de ces trois économies n’a connu que de brèves périodes de différenciation et a essentiellement évolué de concert ces dix dernières années. La FED et la BoE feraient elles fausse route ? En campant sur sa position, c’est, en tout cas, le message que renverrait implicitement la BCE à ses homologues, alors que les origines de l’inflation ont rarement été aussi communes. Quand bien même, la posture de Mme Lagarde est peut-être la bonne, elle est donc difficilement tenable et de plus en plus risquée. Les chances que l’orientation de la politique monétaire de la BCE converge vers celle de la FeD et de la BoE semblent, de fait, nettement plus élevées que l’inverse, quand bien même Mme Lagarde peut encore tenter de jouer la montre en attendant la mise à jour de ses prévisions en mars avant de passer ce cap.

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Nouvelle accélération de l’inflation, la position de Mme Lagarde devient intenable

Autant dire que ce chiffre tombe mal, à la veille du Comité de politique monétaire de la BCE. Alors que le retournement des effets de base était censé autoriser un repli de l’inflation dès janvier en zone euro, celle-ci a de nouveau gagné du terrain : à 5,1 %, soit deux dixièmes de plus qu’en décembre en dépit du ralentissement même marginal des résultats publiés en Allemagne, en France et en Espagne ces derniers jours. Ce mauvais chiffre provient d’ailleurs, en l’occurrence de presque tous les autres pays, dont ceux d’Europe de l’est, dans lesquels le regain des prix de l’énergie a eu une incidence plus importante.

À l’évidence, ces tendances vont à l’encontre de la position privilégiée par la BCE, en particulier par sa présidente, jusqu’alors. Il fait peu de doutes que face à de tels résultats, Mme Lagarde ne sera plus en position de force pour faire prévaloir son diagnostic. Les nuances auxquelles on pouvait s’attendre dans son communiqué de demain pourraient, dès lors, prendre un tour nettement plus restrictif. La BCE ira-t-elle jusqu’à valider les anticipations d’une remontée des taux dès avant la fin de l’année ? L’hypothèse, déjà discrètement insinuée dans le dernier communiqué, semble aujourd’hui de moins en moins exclue.

 

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