Navigation dans un futur lointain à Jackson Hole, le grand exercice de diversion de la FED

Curieuse préoccupation des autorités monétaires américaines que de se concentrer sur la manière dont la FED devra gérer le retour du taux de chômage à son niveau de plein emploi quand ce dernier a bondi à plus de 10 % depuis mars, potentiellement deux fois plus si l’on considère les emplois maintenus à flot par les aides publiques et plus encore si l’on réintègre les salariés disparus des statistiques que révèle la chute du taux de participation de la population en âge de travailler. Contrairement à ce que toute personne censée imaginerait, ce n’est donc pas la menace d’un chômage de masse susceptible de toucher près d’un actif sur quatre aux Etats-Unis qui préoccupe les autorités monétaires mais la manière dont elles devront aborder la situation lorsque le taux de chômage sera retombé si bas qu’il pourrait menacer de faire remonter l’inflation, aujourd’hui d’à peine 1 % ! Cette posture inspire plusieurs réflexions, pas toujours des plus flatteuses pour la FED mais tellement révélatrices du fossé grandissant entre les acteurs financiers, auxquels elle s’adresse, et la vie économique réelle.

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Plafonds de verre

Les tentatives de franchissement des résistances à la hausse des indices mondiaux ont échoué depuis le début de l’été. Sauf le S&P500, porté par les valeurs technologiques de plus en plus influentes sur la performance indicielle, les bourses du monde développé ont essentiellement fait du sur place après leur rallye avorté de début juin. Les indices émergents, qui ont profité d’un dollar affaibli et de ses effets d’entrainement sur les cours des matières premières, n’ont pas davantage réussi à ouvrir la voie à une hausse durable et le scénario de reflation, sans cesse réarmé par la spéculation, n’est pas non plus parvenu à s’imposer, au grand dam des bancaires. En somme, hors les valeurs technologiques, les marchés d’actions n’ont pas fait grand-chose durant la période estivale.

Il faut dire que les nouvelles n’aident guère.

  • Sur le front sanitaire, la persistance de l’épidémie a fini par avoir raison des espoirs d’une reprise en V. Le scénario en « UL » que nous privilégions, plus joliment dénommé en « aile d’oiseau » par le gouverneur de la Banque de France, menace déjà de flancher avant même d’avoir pris son élan, comme le confirment, après plusieurs signaux avant-coureurs, les premiers PMI du mois d’août.
  • Sur le front commercial, le conflit sino-américain a repris de plus belle tandis que D. Trump remet au goût du jour ses fétiches les plus populistes en préparation d’une présidentielle sous haute tension menaçant d’improbables surprises.
  • Les uns après les autres, les dossiers chauds de ces dernières années reviennent sur le devant de la scène. L’Europe politique, de plus en plus contrainte d’exister sur le front intérieur et international, peine à se définir, la renaissance du couple franco-allemand approchant vite ses limites quand il s’agit de géostratégie. L’épopée britannique promet, quant à elle, de nouveaux rebondissements, quand bien même, pour le coup, possiblement apaisants, tant B. Johnson est dans l’impasse.

La rentrée s’ouvre décidément sous le signe d’une incertitude sans égale. Entre traumas économique, sanitaire et climatique et banques centrales de plus en plus convaincues de l’insuffisance de leur action, les plafonds de verre semblent de jour en jour plus épais.

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Petit ou grand élan pour l’euro ?

Les initiatives européennes n’ont pas tardé à payer : l’euro, menacé de craquer au début de l’épidémie de coronavirus, s’est adjugé une remontée de plus de 8 % face au dollar depuis son point bas du 20 mars. Alors que l’accord européen de ce mardi lui a donné l’occasion de franchir d’importantes résistances, la monnaie unique dispose, à l’évidence, d’un potentiel d’appréciation additionnel vis-à-vis du billet vert. Reste à savoir de combien.

Le pronostic n’est pas si simple. D’un côté les facteurs de faiblesse du dollar se multiplient , de l’autre, les risques de déception sur la conjoncture européenne restent entiers. La dilution sur trois années du plan de relance, 2021 à 2023, risque fort de ne pas le rendre aussi opérationnel que nécessaire au cours de la période la plus dépressive des tout prochains mois. L’ensemble pourrait finalement requérir plus de temps pour faire valoir sa juste valorisation à la monnaie unique face au billet vert, ceci d’autant plus que le taux de change effectif de l’euro risque de buter sur ses records historiques, à peine supérieurs à 3,5 % au niveau présent…

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L’espoir européen semble à portée de main. N’est-il vraiment pas permis?

A l’occasion d’un échange avec une journaliste sur les perspectives de rebond conjoncturel des différentes régions du monde, je me suis surprise à formuler l’idée que l’Europe puisse constituer l’un des meilleurs partis. Il y a tellement longtemps qu’une telle perspective ne s’était offerte qu’elle surprend même son auteure. Comment la justifier ?

Le raisonnement tenait en deux points.

1-  La maitrise de la maladie conditionnerait le calendrier de sortie de crise ; l’Europe s’en sortait plutôt bien à ce stade. L’Asie du sud, encore mieux, mais cette dernière retrouverait difficilement une situation assainie tant que l’épidémie sévissait dans trop de pays dont son activité dépend.

2-  Les initiatives contracycliques pendant la crise et les mesures de relance pour préparer la suite donneraient plus ou moins de chance de transformer la sortie de crise en reprise pérenne. Or, là encore, force est de constater, que les mesures anti-crise européennes ont été d’une inédite efficacité, au point parfois de faire oublier la réalité du choc subi. Manquait toutefois l’assurance de politiques aussi enhardies au sortir de l’épidémie. Les mesures de sauvegarde ont tellement aggravé la situation financière des entreprises et des États que le risque que l’économie européenne s’englue à l’avenir dans une déflation chronique ponctuée de crises à répétition était encore largement dominant. Restait cependant l’espoir que la prise de conscience de la gravité de la situation dont témoignait l’initiative de relance franco-allemande l’emporte et fasse bouger les lignes de la solidarité européenne.

Cet espoir qui semblait à portée de main en début de semaine s’évapore peu à peu à l’approche du sommet européen. Or, s’il est interdit d’espérer, à quoi bon croire en l’Europe ?

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Ah, qu’il est laborieux le passage en force des résistances sur les indices boursiers !…

Jamais crise économique n’aura donné réactions aussi contrariantes des marchés financiers, sur lesquels de nombreux actifs auront connu leurs plus beaux jours depuis le point bas des bourses mondiales du 23 mars. À partir de cette date, la mise sous cloche par les FED, puis par la plupart des autres banques centrales, des poches de risques financiers ont permis une récupération exceptionnelle des actifs. 53 % à 55 % de hausse ont été enregistrés par le MSCI Brésilien, le Nasdaq, le Kospi, ou le Brent ; peu derrière, le DAX, le MSCI indien, le S&P500 ou du Nikkei ont gagné de 35 % à 45  %. Ne manquaient plus pour compléter ce tableau que les indices chinois. Cela a été fait cette semaine, avec une envolée de 9,5 % du composite de Shanghai suivi, comme il se doit, d’un élan de 3,5 % de l’indice CRB des métaux industriels. Il faut dire que l’enjeu est de taille, illustré par l’indice chinois mieux que tout autre : il s’agit de s’affranchir de la résistance, qui saute même aux yeux du béotien, de janvier 2018, pour ouvrir grande la voie à une remontada. La configuration est à peu près la même sur tous les marchés mais ces résistances sont solides et pourraient se durcir davantage. Alors, passera, passera pas ?

 

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L’énigme immobilière : entre surenchère, taux bas, solvabilité, mobilité, CO2

Quel sera in fine l’impact du coronavirus sur les marchés immobiliers ? La réponse à la question fait encore largement débat. Entre les plus optimistes qui voient dans les perspectives du maintien durable de très bas niveaux des taux d’intérêt l’assurance d’un effet favorable et les plus pessimistes pour lesquels la détérioration de la solvabilité constitue un facteur de risque pour des biens trop souvent surévalués, le diagnostic est incertain. Les critères qui, en définitive, emporteront la mise se sont incontestablement complexifiés avec la crise du coronavirus et, avant de conclure à un impact positif ou négatif selon l’issue économique de la crise, ce sont surtout d’importantes distorsions qui semblent se profiler : entre l’immobilier professionnel et celui du logement, entre les cœurs de villes et les régions, entre l’ancien et le neuf, entre les pays, selon la dépendance plus ou moins grande à la clientèle et aux investisseurs étrangers et les contraintes environnementales…

 

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Omnipotence des banques centrales, capitalisme financier et capital productif

A l’heure où le pire de la crise provoquée par la pandémie de coronavirus semble dépassé, les incertitudes sur « l’Après » restent considérables. L’onde de choc provoquée par les mesures de prévention sanitaire a créé des dégâts majeurs et rendu plus menaçantes les faiblesses préalablement existantes de l’économie mondiale. Pour parer aux risques extrêmes, gouvernements et banques centrales ont usé de moyens exceptionnels dans des proportions souvent inédites, avec un effet incontestablement salvateur à court terme. Cependant, ces réactions ne suffiront vraisemblablement pas à remettre en bon ordre de marche la situation économique mondiale, comme le soulignent d’ailleurs, les projections des grandes institutions internationales et des banques centrales. Face à l’envolée de la dette des États et des entreprises consécutive à cette nouvelle crise, un point fait néanmoins consensus : les banques centrales poursuivront, pour longtemps encore, leurs politiques quantitatives.

Cette évidence justifie à bien des égards le retour de l’optimisme sur les places financières.

Les conséquences de ces pratiques monétaires sont, toutefois, assez largement inconnues sur le long terme. Censées faciliter le financement des économies et, idéalement donc, l’investissement productif qui serait nécessaire à l’amélioration du socle structurel de la croissance, elles ont échoué jusqu’alors et l’explosion des liquidités qui se profile ne semble pas avoir beaucoup plus de chances de succès en la matière. Plus encore, leur effet stimulant sur les prix des actifs finit par détourner le capital de la sphère économique au lieu de l’enrichir, ce qui alimente un puissant mécanisme de montée des inégalités.

Rompre cette mécanique ne pourra venir des banques centrales mais d’initiatives politiques de très grande envergure. Malgré le moyens exceptionnels déployés ces dernières semaines, nous n’y sommes pas encore.

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Le grand mirage des bourses émergentes

Les bourses du monde émergent caracolent depuis leur point bas du 23 mars, jour où le président de la FED a annoncé le déploiement de l’artillerie lourde pour faire face aux méfaits du coronavirus. En monnaie locale comme en dollar, l’indice MSCI émergent s’est adjugé une progression de 30 %, identique à celle du STOXX 600 européen et inférieure d’à peine 10 % au S&P500. Alors que l’épidémie de Covid-19 fait des ravages et continue à se propager à vive allure dans la plupart des régions en développement, les pays les plus durement frappés sont précisément les plus performants en matière boursière. En Argentine, Brésil, Afrique du Sud, Inde ou Chili, les indices de référence ont progressé beaucoup plus nettement que dans les pays du sud de l’Asie, aux situations économiques plus saines et souvent beaucoup moins impactés par la pandémie. Comme sur le reste du marché, l’appétit des investisseurs pour le risque émergent semble bien outrancier au regard des perspectives qui sont celles de ces économies aujourd’hui ; la situation ne devrait pas pouvoir s’éterniser.

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