Scénario trimestriel : renouveau industriel contre digitalisation des services : quel modèle?

L’environnement économique mondial demeure profondément incertain. Si le scénario de reflation privilégié par les marchés est largement poussé par la perspective de la fin de l’épidémie, les mesures de relance et les politiques de verdissement potentiellement très favorables à l’industrie, la digitalisation accélérée post-Covid inquiète. Les pertes d’emplois structurelles qu’elle laisse entrevoir ne font assurément pas bon ménage avec l’optimisme en présence sur le renouveau industriel et la remontée des anticipations d’inflation qui l’accompagne. Le chemin de la croissance verte est loin d’être tout tracé. Un épais brouillard plane toujours sur les perspectives de croissance structurelles malgré des prévisions de fort rebond, dopées aux effets de base historiques provoqués par une crise inédite. Le risque d’erreur d’interprétation et de faux pas des marchés et des banques centrales est assurément élevé.

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La reflation sans hausse des taux, « ça n’existe pas »… dirait la comptine

Les marchés pris à leur propre piège ? Après avoir poussé comme ils l’ont fait le bouchon de la reflation depuis la fin de l’année dernière, les voilà inquiets de voir le niveau des taux d’intérêt prendre le chemin de la normalisation malgré les conditions hyper-accommodantes des banques centrales. Il fallait avoir bien peu d’égards sur la perspicacité des marchés de taux pour penser qu’il puisse en être différemment. Jusqu’à présent absents du jeu de la politique économique, les gouvernements s’en mêlent aujourd’hui et, leur action combinée à celle des banques centrales, ça finit par faire beaucoup.

Promesses de politiques keynésiennes à vocation de verdissement schumpétérien sur tombereaux de liquidités des banques centrales, le cocktail s’est révélé détonnant sur les marchés de matières premières et de facto sur les anticipations d’inflation. L’ensemble, à première vue, vertueux après dix années de déflation latente, l’est beaucoup moins au regard du risque que représente une remontée des taux d’intérêt face au surendettement généralisé des agents et à des valorisations d’actifs financiers et immobiliers gonflées aux politiques quantitatives et de taux zéro depuis près de dix ans. Le réveil a pris un certain temps à se faire mais commence à se manifester sur les bourses, parmi lesquelles les valeurs technologiques dont la politique quantitative a fait l’essentiel de la surperformance de ces dix dernières années mais sans laquelle les lendemains boursiers pourraient être nettement plus incertains… Face à ce changement deux questions prédominent.

La première concerne la réalité du risque inflationniste, or force est de constater que celle-ci est encore très incertaine.

La seconde est relative à la menace que constituerait un changement des politiques des banques centrales sur les marchés financiers. Celle-ci semble particulièrement élevée.

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BCE et gouvernement allemand de nouveau à la rescousse. Sinon, tout va bien…

Nouvelle salve d’annonces pour sauver une situation économique que la BCE et les gouvernements observent sous un jour apparemment plus préoccupé que ne le font les marchés. La première augmente de 600 milliards l’enveloppe consacrée à son programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) dont le montant initial était de 750 milliards. L’Allemagne de son côté rajoute 130 milliards d’euros aux 250 mds déjà mis sur la table, sans compter les 1 000 mds de prêts garantis, les 250 de reports de taxes, ni les 50 en cours de négociation. On y perd son latin mais, si nos calculs sont bons, les dispositifs totalisent 46 % du PIB allemand dont 12 % hors report de taxes et financements. Alors, plutôt que de voir dans ces annonces l’assurance d’une sortie de crise, les marchés feraient mieux de se demander où nous en serions sans ces actions astronomiques pour jauger des dégâts de la pandémie.

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Des Eurobonds pour faire passer la pilule d’un demi plan de relance

France et Allemagne avaient jeté la semaine dernière les premières bases d’un front commun européen face au coronavirus avec le financement d’un plan de relance de 500 milliards d’euros, via l’émission d’eurobonds par l’Union Européenne elle-même. Difficile de faire moins pour la Commission, qui n’a pas, non plus, souhaité faire beaucoup plus. L’enveloppe des subventions proposées par le couple franco-allemand sera donc complétée par 250 milliards de prêts pour atteindre un total de 750 mds d’euros. Ursula von der Leyen, qui avait annoncé « des milliers de milliards » de relance a donc dû en rabattre pour espérer faire passer ses propositions auprès des européens les plus réticents, « les frugaux » du nord. Reste à savoir si cela sera suffisant pour qu’ils avalisent ce plan sans contreparties inacceptables pour les plus nécessiteux, en l’occurrence, l’Italie et l’Espagne, principaux bénéficiaires du dispositif proposé aujourd’hui.

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Green New Deal européen

Tandis que la crise économique et financière en présence conduit déjà certains à échafauder les conditions des prochaines actions de sauvetage des banques centrales dont nul ne peut anticiper les conséquences, effets d’addiction et implications de la confiscation du pouvoir politique au bénéfice des seules des banquiers centraux, on peut à juste titre s’interroger sur les moyens plus efficaces d’utiliser ces potentielles ressources. La cause climatique, dont on ne peut plus négliger l’urgence s’impose alors plus que toute autre, y compris pour renouveler les sources de croissance de nos économies, aujourd’hui, exsangues.

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