Au milieu du gué : risques et complexité des perspectives

Signe des temps, les choses vont vite. A peine publié fin mars, notre scénario trimestriel était déjà malmené. Si le temps écoulé depuis permet d’ajuster notre diagnostic sur certains éléments-clés, les perspectives ont néanmoins gagné en complexité, incertitudes et facteurs de risques. Où en est-on ?

Conséquence d’un premier trimestre décevant, de l’envolée des taux d’intérêt, de la paralysie chinoise et d’une guerre prolongée, notre scénario 2022 subit un nouvel ajustement à la baisse : la croissance mondiale que nous avions chiffrée à 3 % ne dépasserait pas 2,5 %, malgré un acquis de 1,7 % à fin 2021. C’est surtout, néanmoins, sur la capacité de rebond en 2023 que se multiplient les questionnements. À ce titre, le scénario de stagnation-récession développé par la Banque d’Angleterre pour le Royaume-Uni ne laisse pas d’interpeller tant il pourrait s’appliquer pour le plus grand nombre…

Sur le front de l’inflation, comme la plupart des économistes, nous courrons après le point haut, sans cesse réévalué et décalé dans le temps. Pour autant et malgré des interrogations persistantes sur le niveau d’atterrissage, la probabilité d’un repli de l’inflation au second semestre reste dominante.

Cette combinaison suffira-t-elle pour stopper le resserrement monétaire en cours ? La détermination affichée par les banques centrales n’incite pas à le penser mais le changement de contexte financier est une variable importante de cette équation. Or, manifestement, ces dernières auront besoin de prétextes pour atténuer le degré de contrainte financière que leur politique engendre. Le plus probable reste que ni la Fed, ni la BoE ou la BCE ne pourront aller jusqu’où elle l’envisagent en matière de normalisation monétaire.

Notre prévision d’un repli des anticipations de hausse des taux reste donc de mise mais soulève bien des questions sur ses conséquences pour la partie longue des courbes de taux. Trois conditions permettraient que les banques centrales ne perdent pas la face en donnant l’impression de capituler face à des perspectives d’inflation durablement supérieures à leur objectif : un risque accru de récession, un profond ajustement des marchés financiers, un effondrement des prix des matières premières, chacun étant en mesure de raviver, à un moment donné, le spectre de la déflation.

Autant dire que la visibilité n’est pas sur le point de s’améliorer et que l’instabilité et les risques de volteface des marchés ont tout lieu de durer.

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En Angleterre la banque centrale remonte ses taux et prévoit une récession

Comme attendu, la Banque d’Angleterre a, une nouvelle fois, relevé ses taux directeurs de 25 points de base, à 1 %, par un vote à 6 voix contre 3, qui privilégiaient une hausse de 50 points de base. La partie était donc serrée quand bien même l’issue est plus raisonnable. Pour l’heure, la BoE estime que l’économie britannique a été relativement robuste : elle estime à 0,9 % la croissance du PIB réel au premier trimestre. Ses projections pour la suite font, en revanche, sacrément grise mine : croissance zéro au deuxième trimestre, hausse du PIB de 0,6 % au troisième et récession de 0,9 % au quatrième trimestre ! L’année 2022, qui ressortirait, acquis oblige, à 3,8 % en moyenne, finirait sur une croissance de 0,7 % l’an, amenée à s’effriter davantage en 2023 que la BoE envisage en récession de 0,2 % en moyenne. Les effets combinés des hausses des tarifs administrés de l’énergie en avril (+54 %) et en octobre (+32 %) et du resserrement monétaire justifient ces prédictions avec des pics d’inflation à 9 % puis 10 % au cours des trimestres suivants chacun de ces ajustements.

L’arbitrage entre la lutte contre l’inflation et la croissance sera pour le moins serré et la Banque d’Angleterre semble en être plus consciente que tout un chacun. Elle envisage néanmoins de remonter le niveau de son taux de base jusqu’à 2,5 % d’ici mi-2023…

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L’IFO allemand regagne une toute petite partie du terrain perdu en mars

Après avoir reculé de 8 points, l’indicateur composite de l’IFO pour l’Allemagne en regagne 1, à 91,8, grâce au léger rebond des perspectives, elles aussi toujours déprimées. Au moins ne poursuit-il pas sa baisse, ce qui était loin d’être gagné au vu du contexte international et de l’exposition allemande à la Russie. Cela confirme également les conclusions de l’INSEE et des PMI : pour l’Europe de l’ouest, avril n’a, a priori, pas été pire que mars en termes de conséquences de la guerre en Ukraine.

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Les industriels allemands finiront-ils par rattraper leur retard sur leurs commandes?

La réponse à cette question conditionne dans une très large mesure les écarts de perspectives sur l’économie allemande depuis plus d’un an et prend, dans le contexte actuel, une plus grande importance encore. La production manufacturière allemande a réussi à se maintenir en février, malgré un recul de 2,2 % des commandes. De tels écarts ne sont, a priori, guère surprenants ; la hausse de quasiment 5 % des commandes des deux mois précédents aurait en l’occurrence justifié une progression de l’activité plutôt qu’une stagnation. Sans doute, les perturbations internationales récentes peuvent-elles, légitimement, être considérées comme responsables de cette déception ; pas de quoi s’émouvoir, donc, l’Allemagne pourra rattraper ce retard une fois la situation  apaisée.  Cette lecture pourrait cependant avoir ses limites. Les écarts atypiques entre les commandes et la production effective de l’industrie allemande ne sont pas récents, en effet. Apparus depuis la fin de la première vague de Covid du printemps 2020, ils n’ont cessé de ses creuser depuis. Nombreux y voient un potentiel de rattrapage considérable de l’activité, une fois les tensions en matière d’approvisionnement dépassées. Pourrait-il en être différemment ?

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Perspectives 2022. Les banques centrales peuvent-elles se réinventer ?

Rattrapages, acquis et effets de base ont fait l’essentiel de la croissance record de 2021 de nombreuses de régions et pays mais dont on ne retire que très peu d’éléments structurants sur les tendances économiques mondiales de plus long terme. En cette fin d’année, le Covid rôde toujours et, si sa dernière variante, Omicron, pourrait être l’ultime, l’hypothèse est encore bien incertaine. Les changements de comportement induits par deux années de crise sanitaire se cristallisent et préfigurent un monde de plus en plus fermé dans lequel la réduction de la mobilité semble devenir la norme, sur fond de contraintes climatiques de plus en plus prégnantes et de crispations géopolitiques toujours plus intenses. Comment ces tendances se traduiront sur l’investissement et l’emploi reste incertain, quand le diagnostic sur la temporalité de l’inflation 2021 ne peut faire abstraction de ces questions et, plus généralement, de nouveaux déséquilibres offre-demande qui dicteront, in fine, les tendances des prix mondiaux.

Si le rattrapage inachevé des pertes liées à l’épidémie permet d’envisager des taux de croissance encore raisonnablement soutenus en 2022, un scénario de reprise auto-alimentée dans lequel les économies pourraient se passer du soutien des politiques publiques et de celui des banques centrales, semble inaccessible. Sauf que le retour de l’inflation, change la donne. Aux Etats-Unis, la règle de Taylor suggère un niveau des Fed Funds approprié à la situation actuelle de 10 %, alors que l’accumulation des dettes et les valorisations excessives des marchés ne permettent pas d’envisager une remontée de 1 % des taux d’intérêt sans risque majeur de crise financière… Les banques centrales, au centre du jeu, ont-elles encore des réserves pour adresser une telle situation ?

 

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La BCE, à deux doigts de mettre les pieds dans le plat.

« L’économie se comporte mieux en 2021 que ce que nous avions prévu et cela se reflétera dans les projections qui seront publiées dans les prochains jours » écrit Luis De Guindos, qui poursuit par « Si l’inflation et l’économie se redressent, il y aura logiquement une normalisation progressive de la politique monétaire, et de la politique budgétaire aussi« . Voilà qui tranche avec la posture affichée par l’institution ces derniers mois. La BCE passera-t-elle le cap en annonçant, dans le sillage de J. Powell, une réduction possible de ses achats de titres d’ici la fin de l’année ? L’inflation du mois d’août, publiée à 3 %, n’est pas pour calmer l’impatience des gouverneurs les plus faucons tandis que la révision à la hausse de la croissance du PIB du deuxième trimestre, et les taux élevés de vaccination les conforteront davantage.  La révision à la hausse du scénario d’inflation pour 2021 et, peut-être plus encore, 2022 n’incitent pas à penser que la BCE puisse conserver sa posture très accommodante du printemps.

Les actions semblent plébisciter un scénario 100 % Biden, les taux un scénario 50 %…

Première journée bien malmenée au lendemain de l’élection présidentielle américaine pour laquelle, comme nous l’avions envisagé, le résultat reste en suspens. Il se pourrait qu’il faille plusieurs jours, voire semaines, avant de connaître le vainqueur de ce scrutin dans un contexte de contestation très vraisemblable des premiers résultats et d’une possible bataille institutionnelle. D’ores et déjà néanmoins ressortent un certain nombre de conclusions de ce premier point d’étape, en matière de perspectives de croissance, de taux d’intérêt et de sensibilité sectorielles. Un diagnostic a priori peu compatible avec l’optimisme des marchés boursiers que la confiance dans un succès confortable de J. Biden suscite depuis le début de la semaine.

 

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Envolée du PIB allemand au troisième trimestre, puis rechute ?

Après un très net rebond du PIB au troisième trimestre, attendu en hausse de 7,3 % en fin de semaine, l’activité allemande semble avoir résisté en octobre. Les résultats de l’enquête IFO sur la situation courante restent très bien orientés en effet, notamment soutenus par une vigoureuse hausse du sentiment industriel et un léger mieux dans le commerce de détail, qui permettent à l’indicateur de retournement conjoncturel de se maintenir en zone d’expansion. Les retours de l’enquête de ce matin sont nettement moins favorables s’agissant des mois à venir, avec, partout, une nette détérioration des perspectives, d’ores et déjà retombées en territoire légèrement négatif dans les services et à nouveau très faibles dans le commerce de détail. Manifestement la situation sanitaire pèse déjà sur le moral des professionnels allemands, lesquels risquent fort d’être confrontés à une nouvelle récession au quatrième trimestre.

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