La BCE, à deux doigts de mettre les pieds dans le plat.

« L’économie se comporte mieux en 2021 que ce que nous avions prévu et cela se reflétera dans les projections qui seront publiées dans les prochains jours » écrit Luis De Guindos, qui poursuit par « Si l’inflation et l’économie se redressent, il y aura logiquement une normalisation progressive de la politique monétaire, et de la politique budgétaire aussi« . Voilà qui tranche avec la posture affichée par l’institution ces derniers mois. La BCE passera-t-elle le cap en annonçant, dans le sillage de J. Powell, une réduction possible de ses achats de titres d’ici la fin de l’année ? L’inflation du mois d’août, publiée à 3 %, n’est pas pour calmer l’impatience des gouverneurs les plus faucons tandis que la révision à la hausse de la croissance du PIB du deuxième trimestre, et les taux élevés de vaccination les conforteront davantage.  La révision à la hausse du scénario d’inflation pour 2021 et, peut-être plus encore, 2022 n’incitent pas à penser que la BCE puisse conserver sa posture très accommodante du printemps.

La BCE n’est pas encore prise en étau

La BCE ne publie pas de « Dots », ces prévisions de moyen terme des membres de la FED. Elle a, à ce titre, un gros avantage sur cette dernière face à l’envolée des perspectives d’inflation des marchés dont on peut envisager qu’elle finisse par contaminer l’opinion d’un nombre suffisant de gouverneurs pour interférer sur l’orientation de la politique monétaire américaine d’ici peu, notamment en cas d’adoption du plan Biden. Le passif en matière de déflation est, par ailleurs, autrement plus important en zone euro qu’il ne l’a été aux Etats-Unis et le plan de relance européen, bien que largement porté aux nues, n’a pas grand-chose à voir avec l’impulsion promise par les démocrates outre-Atlantique. Enfin, le risque systémique que représente le durcissement des conditions de financement des États européens les plus endettés est également une réalité très spécifique à la zone euro. Toutes ces raisons confondues offrent à la BCE de quoi répondre à la hausse des taux des marchés avec une relative aisance, ceci d’autant plus que la FED a jusqu’à présent défendu une posture très accommodante. Madame Lagarde ira-t-elle pour autant au-delà des mots ?

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Un comité de politique monétaire de la BCE peu ordinaire

Mario Draghi, c’est acquis, ne quittera pas son poste dans les conditions souhaitées, en l’occurrence, celles qui lui auraient permis de mettre la politique monétaire européenne sur la voie de la normalisation, après les expériences non-conventionnelles tant décriées qui ont marqué son mandat. À quelques six mois de la date supposée de la  première remontée des taux directeurs à laquelle il avait préparé les esprits depuis l’été dernier, l’hypothèse a bien du plomb dans l’aile, en effet. Ni les prévisions actualisées de croissance et d’inflation qu’il devra présenter cette semaine, ni les conditions internationales d’une FED en mode de statu quo durable, ou celles des marchés de taux ne supportent plus une telle éventualité. Le président de la BCE est-il en mesure de se rendre à cette évidence à quelques mois de son départ ? La réponse est incertaine.

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