Malgré des indicateurs de climats de affaires encore relativement satisfaisants, les retours en provenance de l’industrie européenne restent moroses. En France, la production a reculé de 0,1 % en avril et de 0,4 % pour sa composante manufacturière, après déjà des baisses de respectivement 0,4 % et 0,2 %. L’Espagne s’en est sortie un peu mieux, avec une progression de 2,1 % de son activité en avril, après toutefois une baisse d’ampleur similaire en mars. En Allemagne, enfin, la production industrielle a augmenté de 0,7 % mais de seulement 0,4 % pour sa composante manufacturière, après une chute de 4 % : l’acquis pour le deuxième trimestre s’établit ainsi à -2,6 % Outre-Rhin ; un bien mauvais point de départ pour la croissance de ce printemps quand bien même le rattrapage dans les services pourrait en atténuer les conséquences sur le PIB. 
Author Archives: Thomas BAUER
L’ADP confirme le coup de frein du marché de l’emploi dans les services américains
Sans grande surprise au regard des retours récents en provenance de l’économie américaine, le rapport de l’ADP sur les créations d’emplois privés est en nette détérioration, avec 128K emplois créés au lieu après 202K en avril (initialement 247K) et 390K en moyenne au cours des quatre premiers mois de l’année. Comme déjà suggéré par le rapport JOLTS d’hier, c’est dans les services que le ralentissement est le plus marqué, avec une division par plus de trois du rythme d’augmentation des postes par rapport aux mois précédents, notamment du fait d’une nouvelle détérioration dans les PME, lesquelles auraient détruit 91K postes, après déjà 120K en avril.

BMG mai 2022 – Lancinante érosion
Notre baromètre macroéconomique global ressort à -0,1 en mai, inchangé par rapport à avril (initialement estimé à -0,2). Les indicateurs les plus avancés, climat des affaires et consommation, perdent encore un peu de terrain, en zone négative. Les autres, investissement et exportations, retrouvent le territoire neutre. Par pays, seul le Royaume-Uni se détache en zone positive, tandis que la Chine et l’UEM restent les moins bien lotis. Notre indicateur global d’inflation stagne à 0,6.

ISM américain, beaucoup de bruit pour bien peu de chose
Dans un contexte où les marchés sont à l’affût de n’importe quelle nouvelle pour tenter de trouver la bonne direction, une simple hausse de 0,7 point de l’ISM manufacturier suffit à faire décoller de près de dix points de base les taux américains à 10 ans et à faire décoller le dollar. Rien, pourtant, de ce rapport ne justifie un tel tumulte.
- Commandes et production sont effectivement en hausse, de respectivement de 1,6 point et 0,6 point, à des niveaux, toutefois, encore faibles, de 55,1 et 54,2.
- L’indicateur d’emploi passe sous les 50, à 49,6, pour la première fois depuis décembre 2020.
- Seule l’opinion sur les stocks remonte nettement, de 51,6 à 55,9, ce qui peut être lu comme un bon signe si la demande est au rendez-vous ou, au contraire, son inverse, s’il s’agit de stocks subis.
- Quant au haut niveau de l’indicateur synthétique, à 56,1, il continue de s’expliquer à raison de 2,5 points ce mois-ci par les délais de livraison toujours tendus, malgré leur léger repli, à 65,7, ce qui tendrait plutôt à signaler un petit tassement des tensions.

L’inflation en zone euro : à ce rythme on va dans le mur !
Sans surprise, au vu des données de ces derniers jours, l’inflation a continué à gagner du terrain en zone euro pour ressortir à 8,1 % en mai, un nouveau record. La hausse des prix à la consommation s’est accélérée dans la totalité des pays de la région à l’unique exception des Pays-Bas. Les pays baltes, les plus exposés à la guerre russo-ukrainienne, sont aussi les plus touchés, puisque l’Estonie franchit la barre des 20 % et que la Lettonie enregistre la plus forte progression : +3,3 points, à 16,4 %.

La conjoncture française franchement mal en point
Déjà peu brillante, la situation française entre la fin du premier trimestre et le début du deuxième paraît maintenant clairement inquiétante au vu de la vague de données de ce matin:
- Le PIB du premier trimestre a été révisé à la baisse, avec, au lieu d’une croissance nulle, un reflux de 0,2 %, certes surtout dû à un changement dans le calcul des variations de stocks, dont la contribution passe de 0,4 à 0,2. L’acquis de croissance pour 2022 perd donc, lui aussi, quelques dixièmes, à 1,9 % contre 2,2 % auparavant.
- La consommation des ménages en biens, attendue en hausse par le consensus, déçoit très franchement, à tous les niveaux, avec une baisse globale de 0,4 % …

Après les premières données d’inflation de mai, la BCE risque-t-elle la crise de nerfs ?
Les premières données d’inflation en zone euro confirment les craintes de tensions persistantes, avec une accélération de la hausse annuelle des prix à la consommation de 0,4 point à 8,7 % en Espagne, de 0,7 point en Belgique, à 9 %, et d’un demi-point en Allemagne, à 7,9 %. Si la remontée des prix de l’énergie courant mai explique dans une grande partie ces résultats, les composantes sous-jacentes échappent de moins en moins à la diffusion des hausses de tarifs.
Dans un tel contexte, la relative bonne tenue des climats des affaires de la Commission devrait plutôt encourager la BCE à agir vite et, peut-être, fort… plus fort que généralement escompté ? La question se pose et a de quoi attiser les tensions sur les taux d’intérêt futurs, au contraire du mouvement de repli entamé ces dernières semaines aux Etats-Unis, ainsi que l’euro, déjà quasiment revenu à 1,08$.

Bonnes surprises en UEM vs déceptions anglo-saxonnes : l’euro s’envole
Après les bonnes nouvelles de ce matin en zone euro, lesquelles semblent en mesure de conforter la BCE dans sa stratégie de resserrement monétaire, les données britanniques et américaines, où les banques centrales ont plus d’avance sur le durcissement de leur politique, ne sont pas du même tonneau. Outre-Manche, le PMI a trébuché ce mois-ci et lâché plus de six points, à 51,8. Aux Etats-Unis, le même indice ressort en baisse de plus de 2 points, à 53,8, dont trois pour les seules activités de services.

Mais c’est d’ailleurs que nous viennent dans ce dernier cas, les plus mauvaises nouvelles, en l’occurrence du marché immobilier sur lequel les ventes de maisons neuves se sont écroulées de 16,6 % en avril après déjà 10,5 % en mars. Et c’est là que la stratégie monétaire est mise à l’épreuve.