« Lagged effects » et bugs du scénario de la BCE 

Après l’annonce de la Fed hier sur de probables nouvelles hausses de ses taux au deuxième semestre, Mme Lagarde a enfoncé le clou aujourd’hui. Non seulement, sans surprise, les taux directeurs de la BCE ont été relevés de 25 points de base, à 4 %, mais la présidente de la BCE a annoncé une nouvelle augmentation en juillet et écarté toute idée de pause. Manifestement, nous nous sommes trompés en envisageant qu’un discours plus « colombe » pourrait accompagner sa décision. A moins que tout ceci ne soit qu’un grand exercice de bluff, principalement destiné à ne surtout pas laisser penser que la BCE pourrait suivre la FED et à satisfaire, par là-même, les plus faucons du Conseil des gouverneurs. Avouons que les ajustements apportés aux perspectives macroéconomiques sont, un brin, risibles et que personne n’y voit autre chose qu’un exercice de communication subliminale. Or, ce nouveau scénario pose un certain nombre de questions.

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L’appauvrissement du Royaume-Uni depuis le Brexit entretient une inflation chronique

En avril, la croissance annuelle du taux de salaires britannique a atteint 7,5 %, sa plus forte augmentation depuis le début du millénaire, en dehors des effets de base de début 2021. Parmi les grands pays industrialisés, le Royaume-Uni est celui dans lequel la croissance des salaires, de loin, la plus soutenue et toujours en accélération, évoque des phénomènes de boucles prix-salaires spécifiques, qui empêchent, notamment, d’envisager une quelconque pause dans le processus de durcissement monétaire de la Banque d’Angleterre, malgré l’anémie de la croissance économique. En l’occurrence, c’est de sa faible performance de ces dernières années que semble provenir la première source d’inflation aujourd’hui. Depuis 2016, l’investissement productif britannique a littéralement stagné, en effet, ce qui n’a pas aidé à réaliser la substitution capital-travail dont aurait eu besoin le pays pour compenser les effets de sa politique migratoire. Dans de telles circonstances, les issues ne sont pas multiples : Soit le pays devra accepter une inflation structurelle plus élevée, résultat des pénuries chroniques de main d’œuvre qualifiée et moins qualifiée.  Soit il devra subir une baisse de son PIB, en adéquation avec la raréfaction de ses propres ressources démographique Soit il lui faudra rouvrir ses frontières en espérant provoquer ainsi un double choc positif d’afflux de main d’œuvre et d’investissement.

En attendant, la Banque d’Angleterre a tout lieu de continuer à se débattre face à une situation assez largement inextricable.

 

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Commandes allemandes… Encore raté !

Après leur chute, quasi-historique, de 10,7 % en mars, les commandes allemandes étaient particulièrement attendues, accompagnées de l’espoir d’un rebond, au moins technique, comme c’est le plus souvent le cas à la suite d’accrocs majeurs. C’est raté. En avril le volume des commandes adressées à l’industrie allemande s’est de nouveau replié, quoique marginalement, de 0,4 %. Si quelques secteurs se sont repris, véhicules à moteur, électronique et biens intermédiaires notamment, de nombreux autres ont poursuivi leur déclin, ce qui dresse un tableau toujours particulièrement morose de la situation. Au cours des douze derniers mois, la contraction des commandes est encore de 10 %, après 11,2 % en mars.

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L’ISM non-manufacturier trébuche, les NFP sont en porte-à-faux, les taux rebaissent

L’ISM non manufacturier, attendu en progression après la hausse du PMI S&P des services et, plus encore, après le rapport sur l’emploi de vendredi, n’est pas au rendez-vous. L’indice ressort à peine en zone de croissance, à 50,3 points, après 51,9 points en avril, sous l’effet d’un repli généralisé de ses composantes : les nouvelles commandes, en chute de plus de trois points, et l’emploi retombé en zone de contraction, à 49,2, au lieu 50,8 et des 51 attendus.

Manifestement, la situation du côté des services n’est pas aussi bien orientée que ne l’ont suggéré les créations de postes et la conséquence commence peut-être à se lire sur l’inflation. La composante prix de l’ISM non manufacturier s’est, en effet, repliée, de plus de 3,5 points, à 56,2, un plus bas depuis la première moitié 2020.

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Les NFP laissent un certain degré de liberté à J. Powell pour un statu quo, s’il le souhaite

Le rapport sur l’emploi américain de cet après-midi était censé donner le ton sur la conduite à venir de la Fed. La conclusion est loin d’être claire. Si les créations d’emploi ont à nouveau accéléré en mai, à 339 K contre 294 K en avril et 217 K en mars, le taux de chômage, lui, est ressorti au plus haut depuis novembre dernier, à 3,7 %, au lieu de 3,4 % en avril et les hausses de salaires sont restées plutôt contenues.J.Powell pourrait donc être relativement satisfait : après tout son combat n’est pas contre l’emploi mais contre un taux de chômage trop bas, susceptible d’entretenir des tensions salariales. Dans cette version optimiste des choses, il aurait, à son actif, plusieurs éléments pour justifier de lever le pied : la FED en a déjà fait beaucoup, les tensions salariales semblent maîtrisées, comme déjà suggéré par la baisse du taux de démission du rapport Jolts d’hier, et, en dépit des bonnes surprises du mois d’avril, nombre d’indicateurs suggèrent un tassement de la demande. La chute du nombre d’heures travaillées est, à ce titre, un signal important, tout comme le reflux des ventes automobiles en mai tout juste publié, qui corrobore, notamment, celui de l’ISM manufacturier. J. Powell pourrait donc se satisfaire de ce rapport et assumer un « stand-by » dès lors que, par ailleurs, les anticipations de baisse de ses taux directeurs au second semestre ont disparu. A l’inverse, aucune donnée conjoncturelle n’est suffisamment mauvaise, notamment du côté des créations d’emploi, pour le retenir de procéder à une nouvelle hausse des Fed Funds. Le suspense est donc entier et le restera vraisemblablement d’ici au 14 juin, date du prochain FOMC. A ce titre, l’envolée des taux futurs semble plus épidermique qu’autre chose.

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Dans le marc de café de la conjoncture américaine

Dans la foulée des PMI S&P, en baisse de 50,2 à 48,4, et de l’indicateur de la Fed de Chicago publié hier, l’ISM manufacturier américain s’est légèrement replié, de 47,1 le mois dernier à 46,9. La note accompagnant la publication précise qu’un tel niveau « correspond à une contraction de 0,6 % du PIB réel sur en base annualisée ». Néanmoins les ISM manufacturiers sont sous le seuil des 50 points depuis la fin d’année dernière, sans conséquence visible sur la croissance et le risque de contraction du PIB reste assez minime tant que les services tiennent, comme le suggèrent les PMI de S&P.

En l’occurrence, qu’il s’agisse de l’ISM manufacturier, comme du rapport de l’ADP, l’emploi semble résister. Sauf l’effondrement des commandes, retombées à leur niveau de janvier de 42,6, les signes d’inquiétude sont donc encore ténus. Pour autant, l’opacité de la situation conjoncturelle est presque de jour en jour plus importante ce qui n’est pas le meilleur pour prendre des décisions de politique monétaire.

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L’inflation confirmée à la baisse en UEM, toujours insuffisant pour Mme Lagarde…

En mai, l’inflation en zone euro est passée de 7 % à 6,1 %, conformément aux statistiques publiées ces deux derniers jours dans un certain nombre de pays européens. Au-delà d’effets de base énergétiques particulièrement favorables, quand bien même différents selon les cas, les autres composantes ont, également, décéléré. L’inflation sous-jacente a ainsi reflué à 5,3 %, après 5,6 %, son plus bas niveau depuis janvier.

Plus susceptible de faire bouger les lignes de la politique monétaire, ces résultats suffiront-ils à garantir une pause de la BCE ? Un tel changement de cap serait incontestablement bienvenu au vu de la détérioration rapide de la conjoncture en zone euro. Mme Lagarde se garde, néanmoins, d’aller dans ce sens et confirme ce matin à Hanovre que la BCE ne lâchera pas de lest pour l’instant. Faudra-t-il attendre juillet ?

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Les taux reflanchent, le scénario de reflation aussi

Si l’on s’interrogeait ces derniers jours sur l’éventualité d’avoir raté quelque chose, en l’occurrence, un élément susceptible de faire durablement remonter le niveau des taux d’intérêt, les données de ces dernières vingt-quatre heures ont le mérite de clarifier les choses en mettant un net coup d’arrêt aux tendances observées depuis trois semaines. Les dernières nouvelles asiatiques ont donné un peu plus de conviction baissière aux marchés des matières premières industrielles : réaction aux PMI chinois, dont l’indice manufacturier s’est enfoncé en territoire un peu plus négatif et aux indicateurs du reste de l’Asie, toujours plombés par les difficultés de l’Empire du Milieu. Sont venues, ensuite, les nouvelles de la zone euro : les bonnes, avec une inflation, partout, en net repli et les moins bonnes, avec la publication d’une nouvelle forte baisse des achats des ménages français qui rappelle à quel point la situation est tendue… Peut-être suffisamment pour nous rapprocher du point haut des taux directeurs de la BCE.Puis, la lourde chute de plus de huit points du baromètre des affaires de la région de Chicago, suivie de l’enquête Jolts dont les résultats contrastés n’ont pas suffi à contrer la baisse des taux américains provoquée par la première statistique, malgré l’issue toujours incertaine du vote du Congrès sur le plafond de la dette américaine. Résultat, les taux à 2 ans américains et allemands ont abandonné plus de 20 points de base ces dernières vingt-quatre heures, effaçant une bonne partie de leur hausse de ces trois dernières semaines et les craintes de durcissement proportionnel des taux directeurs de la FED et de la BCE, à nouveau sur la sellette.

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