La zone euro, dorénavant, face à elle-même, devra redoubler d’efforts

Alors que la fin de la récession en zone euro est aujourd’hui quasiment actée, la normalisation de la situation économique est, elle, loin de l’être. En l’absence de politique de croissance structurelle, les perspectives de la zone euro restent désespérément affaiblies et la capacité des pays de la région à tenir leurs engagements budgétaires, toujours très réduite. Dans de telles conditions, de deux choses, l’une : soit l’austérité fait son retour et la reprise flanchera pour déboucher sur une nouvelle crise aux effets largement imprévisibles, soit la BCE modifie plus radicalement sa politique. La tournure récente de l’environnement international accroît la probabilité de cette dernière option.  Lire la suite…

Scénario 2013-14 : pas d’effet ketchup

Si l’amélioration des perspectives en zone euro est bien venue, les freins structurels à la croissance mondiale sont trop nombreux pour envisager une véritable embellie des conditions économiques internationales à horizon 2014. A respectivement 3,1% et 3,3%, nos prévisions de  croissance pour cette année et l’an prochain sont dans la lignée de 2012 et ne laissent aucune place pour un retour de l’inflation ou un crash obligataire. 

Du côté des bonnes nouvelles : les inquiétudes majeures du début d’année sont écartées

  • En zone euro : le climat de confiance des ménages s’améliore au fur et à mesure de l’atténuation des politiques d’austérité ; les échanges intra régionaux devraient prendre le relai, sous peu ; la zone euro sort de récession avant la fin de l’été.
  • L’économie américaine surmonte les effets du fiscal cliff : la reprise immobilière n’est plus contestable, richesse des ménages et profits des entreprises culminent sur des records historiques, le chômage reflue.

Du côté des moins bonnes : les freins structurels à la croissance se multiplient  

  • L’Europe se stabilise mais ne redémarre pas. Le changement de cap de la politique économique est beaucoup trop tardif et trop timoré, les questions clés sur l’avenir de la zone euro restent entières.
  • Les perspectives américaines sont pénalisées par les faibles gains de productivité et le bas niveau du taux d’épargne. Le haut niveau des profits des sociétés ne suffit pas à envisager d’accélération suffisante des créations d’emplois, les effets richesse sont contraints par le bas niveau du taux d’épargne des ménages. Nos prévisions sont revues à la baisse à 2,2 % pour 2014.
  • L’impulsion de politique économique dont aurait besoin l’économie mondiale n’aura pas lieu. Les actions désordonnées ont réduit leur portée des initiatives monétaires. La force de frappe est dorénavant très limitée.
  • Les insuffisances structurelles des pays émergents sont de plus en plus handicapantes. La transition chinoise est compliquée par la perte trop rapide du soutien à l’exportation ; l’inflation endémique refait surface dans les autres grands pays émergents.

Un scénario mondial en demi-teinte : l’horizon se dégage trop peu pour évacuer les risques 

  • Peu de changements à notre scénario 2013 mais une nette révision à la baisse pour 2014
  • La croissance mondiale revue à 2,9 % pour 2013 et 3,3 % pour 2014, contre respectivement 3,1 % et 4,1 % en janvier
  • Nettes révisions à la baisse de nos prévisions  2014 sur la Chine et le Brésil, à respectivement 7 % et 3 % au lieu de 7,5 % et 4 % en janvier
  • Crash obligataire ? Pas pour tout de suite
  • Le coup de mou de la croissance américaine au second semestre prévient un retrait trop rapide du soutien monétaire de la Fed
  • Les taux longs américains se stabilisent sous les 2,5% jusqu’à la fin de l’année. L’instabilité s’accroît l’an prochain alors que le taux de chômage américain reflue vers 6,5 %
  • Devises : l’euro reste ferme, à 1,35 USD d’ici la fin de l’année. Notre prévision est revue à la hausse pour 2014
  • Des marchés d’actions plus vulnérables à la faible croissance structurelle

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Scénario 2013-2014 : situation sous contrôle

  • PIB Mondial : +3,1 %, +4,1 %. Tirée à la baisse par un premier semestre encore difficile, la croissance mondiale de 2013 n’excèdera pas celle de 2012 (3,2 %). Il faudra attendre 2014 pour retrouver un taux de croissance supérieur à 4 % à l’échelle mondiale, le plus soutenu depuis 2010.
  • 50-50. Au cours des deux années à venir, le PIB des pays émergents augmenterait de 4 trillions de dollars à prix et taux de change constants de 2010, soit une contribution à la croissance mondiale quatre fois plus élevée que celle des pays développés. À horizon 2014, la répartition du PIB mondial entre pays avancés et pays émergents devrait ainsi parfaitement s’équilibrer.
  • Inflation : calme plat en 2013, retour des contraintes en 2014. Anémie de croissance et repli des prix de matières premières début 2013 permettent de conserver de bas niveaux d’inflation. La reprise plus soutenue de l’activité en 2014 élève les cours des matières premières (le pétrole remonte à 130$) et accélère l’inflation dans le monde émergent.
  • Situation souveraine. Baisse marginale des déficits publics en 2013 et augmentation encore substantielle des dettes publiques en 2013 et 2014. Les pays structurellement affaiblis et dont les efforts tardent à produire leurs effets restent à risque : l’Italie est au premier rang de ceux-ci, l’Espagne au second, la France est sur le fil du rasoir ; l’avenir du Japon est suspendu au pari de relance du nouveau Premier Ministre, M. Abe.
  • 6,5 % : le taux de chômage américain au premier semestre 2014. La politique quantitative de la Fed prend fin. Les anticipations d’un début de normalisation du niveau des taux d’intérêt marquent la fin du bas niveau des taux longs dans le monde occidental.
  • 3,5 %, le taux à 10 ans des emprunts d’État américains fin 2014. Graduelle au second semestre 2013, la remontée des taux longs américains s’accélère en 2014. L’Europe suit le mouvement avec un écartement modéré du spread TBonds/Bunds.
  • 1,35$, le cours de l’euro contre le billet vert en 2013. L’hyper expansion du bilan de la Fed et la mise à l’écart du risque extrême en zone euro continuent à affaiblir le cours du dollar contre l’euro en 2013. Le mouvement s’inverse en 2014 avec l’arrêt de la politique non-conventionnelle de la Fed.

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Economie américaine : le compte n’y est, toujours, pas

  • Dans un environnement marqué depuis des mois par une montée des inquiétudes les plus graves, la tendance à faire la part belle aux bonnes surprises est assez légitime. Reste aux économistes la tâche ingrate de rappeler à la juste raison. L’économie américaine a délivré des signes encourageants ces derniers mois : reprise immobilière, remontée de la confiance des ménages et, enfin, de bonnes nouvelles sur le front du chômage ces derniers jours. Elle n’en est pas, pour autant, sortie du bois :
  • Le taux de chômage est revenu sur ses plus bas niveaux depuis 2008. Plus préoccupant est toutefois le constat que l’emploi privé n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2001. À ce titre, l’économie américaine n’a donc pas fait mieux que l’économie française depuis onze ans !
  • La reprise immobilière est en marche, c’est incontestable et tout laisse penser que cette amélioration se prolongera. Les ressorts de la demande restent toutefois très endommagés par la détérioration du contexte économique de ces dernières années et la capacité du secteur à entraîner le reste de l’économie est sérieusement érodée.
  • Les profits des sociétés américaines se situent à un niveau historiquement élevé. La décélération des gains de productivité a néanmoins sensiblement ralenti la croissance des bénéfices ces derniers trimestres de sorte que les développements sur le front de l’investissement productif sont, en tout état de cause, très décevants. 
  • Enfin, s’il est entendu que le pragmatisme américain devrait permettre de repousser les échéances en matière de rééquilibrage budgétaire, limitant de la sorte le risque conjoncturel associé au « fiscal cliff », il n’en reste pas moins que l’état des finances publiques américaines est alarmant et que les négociations à venir viendront mettre l’accent sur un des points les plus préoccupants de la situation du pays.

L’ensemble n’incite guère à la confiance aveugle qui semble à nouveau tenter de nombreux esprits. Les ressorts structurels de la croissance américaine ont été largement entamés par la crise. Il faudra assurément du temps avant que la première économie mondiale retrouve le chemin d’une croissance suffisamment solide pour évacuer les risques de nouvelles ruptures conjoncturelles et, davantage encore, pour qu’elle puisse jouer le rôle de locomotive susceptible de tracter le reste de l’économie mondiale. À 1,3 %, notre prévision de croissance pour l’année 2013, bien que nettement en-deçà du consensus (2 % en octobre), n’a pas de raison d’être modifiée.  Lire la suite…

Budget français : « 3 % en 2013, un objectif intangible” ?

A répéter à l’envi que l’objectif de 3 % de déficit public pour 2013 est intangible, le gouvernement français ne rassure pas tout le monde. Que les investisseurs apprécient, au point de payer pour détenir des titres de la dette française, est sans doute en partie le signe du succès de sa communication et l’on ne saurait que s’en féliciter en ces temps où de plus en plus de nos voisins n’ont accès au financement qu’à des conditions exorbitantes. Mais ne soyons pas dupes, la France n’y parviendra pas ! L’exercice déjà ambitieux au vu des perspectives de croissance officielles, respectivement 0,3 % et 1,2 % pour 2012 et 2013, deviendra impossible dès lors que l’économie évoluera en territoire négatif.

Or, après trois trimestres de stagnation, c’est bien par une récession que se soldera la détérioration persistante de l’activité depuis le début de l’été. Selon nos estimations, le taux de croissance du PIB s’établirait autour de zéro cette année et enregistrerait une baisse d’au moins 0,7 % en moyenne l’an prochain. La différence est de taille avec les prévisions actuelles du gouvernement à partir desquelles se basent aujourd’hui les hypothèses budgétaires pour 2012 et 2013 : avec un manque à gagner de respectivement 0,4 et 1,9 point de PIB, soit 2,3 points au total, l’effort nécessaire pour ramener le déficit à 3 % en 2013, initialement prévu à 2,6 % de PIB sur deux ans, s’élèverait ainsi à 3,6 points ! En d’autres termes, un effort inédit, au deux-tiers concentré sur l’année à venir, qui s’il venait à être réalisé, ferait de la France la championne de l’ajustement fiscal au sein de la zone euro… Le calcul laisse dubitatif. Le gouvernement s’apprête-t-il vraiment à tenter le diable ? Lire la suite…

Gare au consensus, l’euro peut encore surprendre !

Le caractère inéluctable d’une baisse de l’euro est un des rares points sur lesquels les économistes semblent largement s’accorder aujourd’hui. L’idée, à l’évidence assez légitime au regard de la situation de crise extrême que traverse l’union monétaire, est pourtant loin de couler de source. La résistance du cours de l’euro pourrait prendre bon nombre d’observateurs à contre pieds.

L’intensification de la crise souveraine a fini par convaincre la grande majorité des économistes que le taux de change de l’euro était voué à une forte baisse dans les mois à venir. Un certain nombre prédisent un retour du cours de l’euro sous les 1.20 dollar et quelques uns proposent une chute jusqu’à la parité contre le billet vert dans les douze ou dix-huit prochains mois. Une telle perspective, si elle venait à se vérifier, serait assurément bien venue tant elle soulagerait la région. Cette prédiction est malheureusement assez peu probable. Les seules perspectives d’une croissance durablement anémique et d’une aggravation de la crise souveraine sont loin d’être suffisantes pour justifier le consensus actuel sur la chute de l’euro. En alimentant les craintes de déflation, ces mêmes raisons pourraient, tout au contraire, se révéler un des meilleurs remparts contre une dépréciation un tant soit peu significative de la monnaie unique ! Lire la suite…