Si les banques centrales perdent la main, d’où viendra le coup d’arrêt à la hausse des taux ?

Qui se souvient de ce que provoque l’inflation et à quel point son retour change la donne des rouages économiques et financiers ? Même les pays plus récemment touchés par des crises inflationnistes l’ont été dans un environnement mondial duquel elle avait disparu et n’ont qu’une expérience relative de ce qu’elle signifie. L’inflation de ces derniers mois a bien peu à voir avec celle des épisodes cycliques traversés depuis le milieu des années quatre-vingt, que l’on pouvait dominer à coup de règle de Taylor. Elle provient d’une succession de chocs d’offre inédits qui, ajoutés à la perspective d’une saturation des ressources globales, prennent, à tort ou à raison, une connotation prémonitoire. Les enjeux ne se résument, à l’évidence, pas aux effets escomptés de l’envolée des prix des matières premières consécutive à la guerre russo-ukrainienne, ni à l’empêchement des usines chinoises à approvisionner le monde en produits indispensables. Ils englobent des questions beaucoup plus fondamentales inhérentes au vieillissement démographique, aux menaces climatiques grandissantes et à une géopolitique en mutation fulgurante, dont une des conséquences est d’accélérer la fin d’un cycle de mondialisation dont les excès ont conduit les politiques monétaires dans les retranchements dont on comprend mieux, aujourd’hui, l’hérésie.

Le diagnostic conjoncturel de l’inflation, qui conduit la plupart des économistes, nous y compris, et banques centrales à privilégier le repli de celle-ci, au moins de manière temporaire, à partir du second semestre, s’en trouve de jour en jour plus discrédité. C’est ce que nous renvoie la remontée persistante des taux d’intérêt que les anticipations de politique monétaire ne parviennent plus à expliquer : les annonces de la FED cette semaine ont bien stoppé l’ascension des taux à 3 mois et freiné celle des deux ans mais ont échoué à limiter la casse sur les échéances à plus long terme, au contraire de ce qu’elles auraient dû faire si elles avaient été crédibles. Les banques centrales ne parviennent plus à convaincre de leur capacité à stopper l’inflation et perdent en conséquence la main sur le processus de formation des taux d’intérêt longs. Comment, dès lors, envisager la suite ?

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Quand le dollar progresse contre tous les autres actifs

La guerre en Ukraine, le covid en Chine, l’envolée de l’inflation et l’escalade des taux d’intérêt ont joué de concert en défaveur des actifs en avril, y compris à l’égard de ceux qui, traditionnellement, servent de refuge face à l’aversion au risque, en l’occurrence, l’or et les obligations souveraines, sévèrement impactés par les perspectives de remontée des taux d’intérêt. Avril 2022 fait ainsi partie de ces épisodes, relativement rares, au cours desquels les actifs en progression se comptent, à peine, sur les doigts d’une main. La monnaie américaine a ainsi ce privilège d’être la seule à profiter d’un contexte éminemment négatif pour toutes les autres catégories d’actifs. Miroir, tout à la fois, de son statut de valeur refuge et de la croisade de la FED contre l’inflation, son appréciation n’est pas le moindre des paradoxes pour une économie dont le PIB s’est contracté de 1,4 % au premier trimestre et dont les déséquilibres fondamentaux justifieraient aisément une baisse de 20 % de sa valeur. La FED en a cependant décidé autrement et l’indice ICE a renoué avec un plus haut depuis 2000 ; un signal de bien mauvais augure tandis que sévissent déjà des cours exubérants sur le marché mondial de matières premières.

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Le rattrapage domestique chinois en question

Première à avoir publié ses comptes trimestriels pour ce début d’année, la Chine a plutôt fait bonne figure. À 4,8 %, la croissance annuelle de la deuxième économie mondiale a dépassé les espoirs. Comme dans plusieurs pays, les exportations ont brièvement sauvé la donne avant que n’éclate la guerre en Ukraine. La production manufacturière s’est ressaisie et l’activité minière a fait le reste dans un contexte de remontée fulgurante des prix mondiaux de l’énergie et de progrès vers un nouveau mixte énergétique. Pour autant, Omicron et la stratégie zéro-Covid du gouvernement constituent une menace grandissante. En mars, les ventes de détail sont ressorties en baisse de 3,5 % l’an. Au cours du même mois, la croissance cumulée de la production de services n’était plus que de 2,5 % par rapport à la même période de 2021, au lieu de 13 % en janvier ; des données qui confirment une vraisemblable récession, comme signalé par la plupart des enquêtes.

Manifestement, le consommateur chinois n’est pas à la fête. Sauf que cette situation, qui dure depuis au moins deux ans, finit par questionner. A y regarder de plus près, c’est à se demander si la stratégie de recentrage mise en place par le gouvernement après la crise de 2008 a encore les moyens de porter ses fruits, malgré le retard toujours considérable au regard des standards des pays de son rang.

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L’inflation ne fait plus peur à la BCE ! Une nouvelle partition pour la zone euro

Nouvelle pirouette ! La communication de la BCE du 14 avril ressemble à celle que nous attendions le 10 mars, pas à celle à laquelle nous avait précisément préparé son virage restrictif du mois dernier… Si un rétropédalage était envisageable, il intervient beaucoup plus vite que prévu. On peut, certes, y voir une sage attitude dans un contexte éminemment incertain. Reste, qu’à force de souffler le froid et le chaud, la Banque centrale européenne n’aide pas à y voir plus clair. Les anticipations de hausse des taux directeurs qui s’étaient rapidement développées ces dernières semaines se retrouvent en porte-à-faux et, avec elles, le socle des perspectives de taux d’intérêt et de changes.

Ce retour en arrière s’explique-t-il uniquement par la dégradation des perspectives de croissance ou par la rapidité avec laquelle les taux futurs sont montés ? Sans doute un peu des deux. Toujours est-il que, malgré des risques identifiés à la hausse, l’inflation repasse bel et bien au second plan de la gestion monétaire immédiate en zone euro… Signe de la fragilité allemande mise à nue par la guerre en Ukraine ? Peut-être. Changement de régime, aux conséquences assez largement incertaines ? Certainement.

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Passera, passera pas ? La hausse des taux d’intérêt en question

Le changement, exceptionnellement abrupt, de contexte des taux d’intérêt qui accompagne la perspective d’un durcissement généralisé des conditions monétaires est-il tenable ou prépare-t-il la prochaine crise économique et financière ? Le débat est loin d’être clos et sans doute faut-il se préparer à de nombreux rebondissements sur ce sujet. Il faut dire que la spéculation va bon train et que les communications de ces derniers temps sur, par exemple, ce que devrait faire la FED, ressemblent de plus en plus à un marché d’enchères : 300 points de base de plus d’ici la fin de l’année, nous dit le président de la Fed de St Louis, quand il fallait des tergiversations de plusieurs mois pour bouger l’objectif des Fed funds d’un quart de point il y a si peu… Si le retour d’une inflation plus élevée permet, en théorie, de supporter des taux d’intérêt nominaux proportionnellement plus hauts, dès lors que ceux-ci restent inférieurs au rythme de la hausse des prix -i.e. que les taux réels baissent – l’affaire est, on s’en doute, plus complexe, au point d’opposer bien des spécialistes. Comment débroussailler le sujet pour mieux en comprendre la complexité et les enjeux et tenter d’anticiper l’avenir ?

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Changement de donne sur le marché souverain ; la BCE pourrait-elle se voir pousser des ailes ?

La perspective d’un durcissement des conditions monétaires de la BCE a, le plus souvent, été associée à la probabilité accrue de nouveaux épisodes de tensions souveraines des pays les plus vulnérables de l’union monétaire. L’Italie, même sous l’aile protectrice d’un Mario Draghi, ne semblait guère préparée à ce virage annoncé, pas plus que l’Espagne, où les stigmates de la crise sanitaire menaçaient de peser durablement sur sa croissance structurelle. Quant à la France, nombreux étaient tentés de l’associer aux pays à risque au vu de la dérive de ses comptes publics depuis deux ans.

L’envolée de l’inflation et la survenance du conflit en Ukraine pourraient-ils avoir changé la donne ? La question se pose à voir les évolutions récentes du marché, qui, loin d’illustrer les risques redoutés témoignent d’un certain apaisement des écarts de taux d’intérêt entre les pays traditionnellement les plus vulnérables et le benchmark allemand, réputé sans risque.

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Scénario trimestriel – Covid-inflation-Ukraine: les ruptures s’accélèrent

De la pandémie à la sidération de la guerre, l’économie mondiale est propulsée vers l’inconnue d’un nouvel ordre mondial aux contours incertains ; l’Europe impréparée, de nouveau, aux premières loges d’un conflit dont les enjeux la dépassent. Au-delà de l’incertitude immédiate que provoque le conflit russo-ukrainien, l’accès aux ressources s’érige comme une priorité fondamentale face à laquelle le politique reprend la main sur l’économique. La géopolitique mondiale et, par-delà, l’ordre économique né de l’ouverture des frontières des quatre décennies écoulées, semblent déjà relégués à l’histoire. Même en cas de résolution rapide du conflit, on peut prédire que la mobilité des biens, des personnes et du capital, ne sera plus, demain, celle d’avant le 24 février 2022.

Les conséquences économiques de l’invasion de l’Ukraine vont, en effet, bien au-delà des perspectives conjoncturelles habituelles. Encore assez largement incertaines et difficilement chiffrables, on en perçoit néanmoins les grands axes, qui se déclinent en trois principaux points :

– Après le « quoiqu’il en coûte » des politiques publiques contre la pandémie, les impératifs stratégiques sacrifient les priorités budgétaires, sur fond d’interventionnisme croissant des États dans la vie économique.

– Face à la montée chronique des anticipations d’inflation, les banques centrales perdent leur statut de sauveur en dernier ressort.

– Le risque d’une remontée du coût du capital, à terme, est emblématique des ruptures redoutées de ce conflit.

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Perspectives économiques : l’insoutenable biais de la BCE et les risques associés

Estimer l’impact d’un choc n’est jamais chose aisée et l’exercice est plus compliqué encore au beau milieu d’un conflit susceptible de connaître des développements radicaux d’un jour à l’autre, aux retentissements plus ou moins marqués sur les marchés, la politique ou la psychologie des populations. Bien que rarement confrontés à ce type de situation, les économistes sont, néanmoins, rodés à la gestion de l’incertain. S’ils n’ont pas les moyens d’estimer les différents aspects des impacts du conflit dans le détail, ils savent en hiérarchiser l’importance et centrer leurs estimations sur les éléments les plus influents. Face à l’incertitude des situations extrêmes, les uns et les autres privilégient le plus souvent des hypothèses médianes, lesquelles, construites à partir des mêmes informations, conduisent, assez spontanément, à une convergence de leurs estimations. Ainsi, l’OCDE, qui a publié ses premiers chiffrages de l’impact du conflit russo-ukrainien ce jeudi, estime à un 1,1 points la perte de croissance mondiale consécutive à la guerre ukrainienne en 2022, un résultat identique à notre propre estimation, arrondie à 1 point. Même constat s’agissant de notre scénario pour la zone euro, les Etats-Unis ou l’OCDE dans son ensemble, pour lesquels nos chiffrages ne s’écartent pas de plus de deux dixièmes de ceux de l’institution et dont on peut envisager qu’ils feront sous peu consensus, sous réserve de nouveaux développements sur le front ukrainien.

Comment se fait-il, dès lors, que les estimations de la BCE soient tellement éloignées des autres ? La Banque centrale estime à un demi-point seulement l’impact du conflit ukrainien sur la croissance de l’UEM de cette année et à, à peine, un dixième l’an prochain, un choc presque un tiers inférieur à ce qu’escompte l’OCDE. Quelle recette ou lacune pourraient bien cacher les modèles de la BCE pour justifier de tels écarts et quels types de risques cela suggère-t-il, en matière de politique monétaire notamment.

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