
Author Archives: Véronique Riches-Flores
Un PMI chinois, et ça repart !
Après s’être effondrés le mois dernier, les PMI chinois se sont nettement repris en mai, avec un retour de l’indice manufacturier à 49,6 et une remontée plus spectaculaire de l’indice des services, de plus de 7 points, à 47,1 points. L’assouplissement des mesures sanitaires aurait donc porté ses fruits, vraisemblablement aidé par les mesures de relance gouvernementales. L’économie chinoise serait donc en moins mauvaise posture qu’envisagé ces derniers temps. Dans les starting-blocks ces derniers jours, les marchés sont repartis au quart de tour à la connaissance de ces chiffres. Les prix du pétrole, s’envolent à quasiment 120 $ le baril, comme la plupart des matières premières industrielles, les anticipations d’inflation se retendent et les taux d’intérêt futurs remontent aux Etats-Unis et en Europe.

50 %, 75 %… Les enchères sur le potentiel de baisse des marchés sont ouvertes
Nombreux de ceux qui nous promettaient le ciel pour les actifs les plus à risque se révèlent les pires cassandres ces derniers jours. Est-ce la bérézina des valeurs technologiques et des cryptomonnaies ou une stratégie d’épouvantail à destination des politiques monétaires ? Toujours est-il que les enchères vont bon train. 50 % de baisse des indices actions nous promet-on, au mieux. L’estimation n’a, en réalité, rien d’extravagant. Elle correspond au retour des indices mondiaux dans leur tendance de long terme, pas en haut de cette borne, mais en bas. Elle est, de même, cohérente avec ce que suggèrerait une normalisation de la plupart des indicateurs de valorisation fondamentaux, Q de Tobin, ou autre Hussman ou Buffet, dans un environnement monétaire moins porteur…

Bonnes nouvelles économiques : regain de tensions sur les taux
Après avoir marqué une pause la semaine passée, les anticipations de hausses de taux repartent de plus belle dans la foulée des données successivement publiées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis aujourd’hui. Ce matin, la nouvelle baisse du taux de chômage britannique et l’accélération des salaires ont déjà fait leur effet, quand bien même ces chiffres ne concernent que le mois de mars. Les taux à 2 ans du Gilt se sont envolés de plus de 18 points. Aux Etats-Unis les hausses de 0,9% des ventes de détail et celle de 1,1 % de la production industrielle sont venues en renfort. Les taux à 2 ans américains se reprennent de 10 points de base et ne sont plus qu’à une grosse dizaine de points de leur plus haut de début mai (2,80 %). En zone euro, les tendances suivent ; il est de plus en plus évident que la BCE ne pourra faire bande à part très longtemps si FED et BoE ne sont pas freinées dans leur élan… L’euro en profite pour regagner un peu de terrain. Si les points hauts récents sur les taux d’intérêt futurs ne sont pas encore dépassés, les chances de les revoir sont accrues.

La saturation de l’offre chinoise pourrait-elle finir par faire refluer les taux d’intérêt ?
Les données chinoises de ce matin ne sont pas en mesure d’apaiser les craintes de tensions sur l’offre. Généralement inférieurs aux attentes, les indicateurs d’activité reflètent les effets de la situation sanitaire sur l’activité industrielle avec leur lot d’implications sur la chaîne d’approvisionnement mondial. Les seules statistiques moins impactées par les mesures de confinement sont relatives à l’investissement. Résultat des efforts du gouvernement pour contrer les effets dépressifs de la paralysie d’une large partie du pays, cette bonne nouvelle risque cependant d’exacerber les tensions alors que l’activité industrielle est, elle, en fort repli.
Les restrictions sur l’offre ont jusqu’alors fait s’envoler les perspectives d’inflation mondiale et, dans leur sillage, le niveau des taux d’intérêt dans des proportions difficilement soutenables dans nombre pays. La tendance s’est néanmoins interrompue la semaine dernière face à l’extrême détérioration des conditions de marché au fur et à mesure de la montée des risques de récession. Il y a un point où l’envolée des prix finit effectivement par peser sur la demande. Nous n’en sommes, à l’évidence, pas loin.

Au milieu du gué : risques et complexité des perspectives
Signe des temps, les choses vont vite. A peine publié fin mars, notre scénario trimestriel était déjà malmené. Si le temps écoulé depuis permet d’ajuster notre diagnostic sur certains éléments-clés, les perspectives ont néanmoins gagné en complexité, incertitudes et facteurs de risques. Où en est-on ?
Conséquence d’un premier trimestre décevant, de l’envolée des taux d’intérêt, de la paralysie chinoise et d’une guerre prolongée, notre scénario 2022 subit un nouvel ajustement à la baisse : la croissance mondiale que nous avions chiffrée à 3 % ne dépasserait pas 2,5 %, malgré un acquis de 1,7 % à fin 2021. C’est surtout, néanmoins, sur la capacité de rebond en 2023 que se multiplient les questionnements. À ce titre, le scénario de stagnation-récession développé par la Banque d’Angleterre pour le Royaume-Uni ne laisse pas d’interpeller tant il pourrait s’appliquer pour le plus grand nombre…
Sur le front de l’inflation, comme la plupart des économistes, nous courrons après le point haut, sans cesse réévalué et décalé dans le temps. Pour autant et malgré des interrogations persistantes sur le niveau d’atterrissage, la probabilité d’un repli de l’inflation au second semestre reste dominante.
Cette combinaison suffira-t-elle pour stopper le resserrement monétaire en cours ? La détermination affichée par les banques centrales n’incite pas à le penser mais le changement de contexte financier est une variable importante de cette équation. Or, manifestement, ces dernières auront besoin de prétextes pour atténuer le degré de contrainte financière que leur politique engendre. Le plus probable reste que ni la Fed, ni la BoE ou la BCE ne pourront aller jusqu’où elle l’envisagent en matière de normalisation monétaire.
Notre prévision d’un repli des anticipations de hausse des taux reste donc de mise mais soulève bien des questions sur ses conséquences pour la partie longue des courbes de taux. Trois conditions permettraient que les banques centrales ne perdent pas la face en donnant l’impression de capituler face à des perspectives d’inflation durablement supérieures à leur objectif : un risque accru de récession, un profond ajustement des marchés financiers, un effondrement des prix des matières premières, chacun étant en mesure de raviver, à un moment donné, le spectre de la déflation.
Autant dire que la visibilité n’est pas sur le point de s’améliorer et que l’instabilité et les risques de volteface des marchés ont tout lieu de durer.

Si les banques centrales perdent la main, d’où viendra le coup d’arrêt à la hausse des taux ?
Qui se souvient de ce que provoque l’inflation et à quel point son retour change la donne des rouages économiques et financiers ? Même les pays plus récemment touchés par des crises inflationnistes l’ont été dans un environnement mondial duquel elle avait disparu et n’ont qu’une expérience relative de ce qu’elle signifie. L’inflation de ces derniers mois a bien peu à voir avec celle des épisodes cycliques traversés depuis le milieu des années quatre-vingt, que l’on pouvait dominer à coup de règle de Taylor. Elle provient d’une succession de chocs d’offre inédits qui, ajoutés à la perspective d’une saturation des ressources globales, prennent, à tort ou à raison, une connotation prémonitoire. Les enjeux ne se résument, à l’évidence, pas aux effets escomptés de l’envolée des prix des matières premières consécutive à la guerre russo-ukrainienne, ni à l’empêchement des usines chinoises à approvisionner le monde en produits indispensables. Ils englobent des questions beaucoup plus fondamentales inhérentes au vieillissement démographique, aux menaces climatiques grandissantes et à une géopolitique en mutation fulgurante, dont une des conséquences est d’accélérer la fin d’un cycle de mondialisation dont les excès ont conduit les politiques monétaires dans les retranchements dont on comprend mieux, aujourd’hui, l’hérésie.
Le diagnostic conjoncturel de l’inflation, qui conduit la plupart des économistes, nous y compris, et banques centrales à privilégier le repli de celle-ci, au moins de manière temporaire, à partir du second semestre, s’en trouve de jour en jour plus discrédité. C’est ce que nous renvoie la remontée persistante des taux d’intérêt que les anticipations de politique monétaire ne parviennent plus à expliquer : les annonces de la FED cette semaine ont bien stoppé l’ascension des taux à 3 mois et freiné celle des deux ans mais ont échoué à limiter la casse sur les échéances à plus long terme, au contraire de ce qu’elles auraient dû faire si elles avaient été crédibles. Les banques centrales ne parviennent plus à convaincre de leur capacité à stopper l’inflation et perdent en conséquence la main sur le processus de formation des taux d’intérêt longs. Comment, dès lors, envisager la suite ?

La FED n’en fait pas trop ; les taux et le dollar fléchissent, les bourses et les MP respirent
Fait inhabituel, J. Powell a débuté sa conférence de presse en s’adressant aux Américains pour les rassurer sur le fait que la FED a les moyens de lutter contre l’inflation et de restaurer la stabilité des prix. Elle justifie ainsi la remontée de son l’objectif des Fed funds d’un demi-point, pour la première fois en 22 ans, et envisage de faire de même à l’occasion des deux prochaines réunions. Pour autant, la FED ne considère pas devoir aller plus vite ; il n’en fallait pas davantage pour rassurer sur le fait qu’elle ne partait pas bille en tête dans une stratégie trop agressive ainsi que certains propos ou indicateurs récents avaient pu le laisser craindre.
La réduction de son bilan, est, par ailleurs, confirmée et débutera en juin, selon les termes déjà précisés dans les minutes du dernier comité, à raison de 95 milliards de dollars par mois, pour une durée envisagée de 3 ans, soit une baisse de 3 000 milliards de dollars qui abaisserait son stock d’actifs d’un tiers, si elle parvient à son terme.
