Pays émergents : la crise en perspective

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Après plusieurs mois d’incertitudes, la situation des pays émergents est devenue critique ces dernières semaines. Les pressions à la baisse des devises se sont amplifiées poussant les banques centrales à des relèvements intempestifs de leurs taux d’intérêt. Malgré les réactions en chaîne de ces derniers jours, les turbulences risquent de durer.

Au-delà des perspectives de changement de politique de la Fed, souvent incriminées, les économies émergentes souffrent, en effet, d’une profonde détérioration de leur situation économique qu’explique en large partie la confiscation de leurs débouchés à l’exportation. A l’origine de ce phénomène, la léthargie de la demande internationale, tout particulièrement chinoise, a considérablement entamé la capacité des uns et des autres à maintenir une croissance équilibrée. Excès de capacités en Asie et sous-capacités dans le reste du monde émergent, risquent d’entretenir une instabilité prolongée.

L’Humeur du Vendredi 24 janvier

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Erreur de casting ? 

La stratégie de sortie de crise semblait bien huilée : les pays émergents auraient de plus en plus de besoins, l’Allemagne continuerait à leur vendre quantités de machines-outils et d’automobiles et servirait de locomotive au reste de la zone euro, le temps nécessaire à la remise à niveau de leur compétitivité. Les perspectives d’une demande abondante promettaient que chacun ait sa part, sous réserve que tous soient plus compétitifs ; la zone euro retrouverait le chemin d’une croissance, à terme, vertueuse ; les excédents courants assureraient le remboursement des dettes du passé et l’euro n’en serait que renforcé.

Le schéma originel semble pourtant bien malmené. Non seulement, la locomotive allemande ne s’est toujours pas mise en marche –l’Allemagne accumule des excédents de mois en mois plus importants alors que ses importations vivotent– mais les chances qu’elle se mette rapidement en branle semblent passablement amoindries, à en juger par la tournure des développements dans le monde émergent.

La banque centrale brésilienne en mode panique

Le rapport de la banque centrale brésilienne publié à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire des 14et 15 janvier ouvre la porte à de nouvelles hausses du SELIC, le principal taux directeur brésilien, malgré déjà sept augmentations consécutives qui l’ont porté depuis le mois d’avril de 7,5 % à 10,5 %.

Sans nul doute destinée à stopper la dépréciation du réal, cette annonce inquiète plus qu’elle ne rassure. Malgré les interventions prolongées de la banque centrale sur le marché des changes (200 millions de dollars par semaine depuis le mois de novembre) et les fortes hausses de taux d’intérêt, la devise brésilienne a retrouvé ces derniers jours les plus bas niveaux enregistrés face au dollar durant le mois d’août tandis que le spread de taux longs avec les Etats-Unis n’a cessé de s’écarter. Les tendances respectives sur le front de la devise et des taux d’intérêt ont pris l’allure d’une crise, probablement amenée à durer.

Erreur de casting ?

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La stratégie de sortie de crise semblait bien huilée : les pays émergents auraient de plus en plus de besoins, l’Allemagne continuerait à leur vendre quantités de machines-outils et d’automobiles et servirait de locomotive au reste de la zone euro, le temps nécessaire à la remise à niveau de leur compétitivité. Les perspectives d’une demande abondante promettaient que chacun ait sa part, sous réserve que tous soient plus compétitifs ; la zone euro retrouverait le chemin d’une croissance, à terme, vertueuse ; les excédents courants assureraient le remboursement des dettes du passé et l’euro n’en serait que renforcé.

Le schéma originel semble pourtant bien malmené. Non seulement, la locomotive allemande ne s’est toujours pas mise en marche –l’Allemagne accumule des excédents de mois en mois plus importants alors que ses importations vivotent– mais les chances qu’elle se mette rapidement en branle semblent passablement amoindries, à en juger par la tournure des développements dans le monde émergent.

Scenario 2014–2015 : The Roller Coaster Economy

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2014 is off to a positive start: U.S. growth is trending upward, the euro area is pulling out of recession, Japan is reaping the benefits of its competitive strategy, and world trade is picking up. All these bright spots should be enough to end two years of global deceleration and bring about a return to growth of over 3 percent this year. But while this is certainly good news, it doesn’t tell us much about the key challenges ahead. To understand them, we need to address the much more complex question of whether 2014 will usher in a second leg of the global recovery—one that is sufficiently sturdy to ensure a lasting upswing and leave five years of convalescence well behind us. As things now stand, we feel we still have two good reasons for assuming it won’t:

  1. The deleveraging process is still producing dysfunctional effects around the world.
  2. Five years of crisis have seriously eroded the global economy’s growth potential and its ability to handle the higher interest rates the current upturn will inevitably entail.

This suggests that we are in for a period of economic instability. We are therefore forecasting that after 3.5 percent growth in 2014, global GDP will increase by only 3 percent in 2015.

The upturn, then, is likely to be short-lived, yet it’s still a reality—meaning it will necessarily affect market expectations.

We are sharply raising our long-term interest-rate forecast for the first half of 2014, but we predict backsliding before the year is out. Needless to say, there will be timid attempts at returning to normal monetary policy in the first few months of the year, but because they are unlikely to get very far, our outlook up to mid-2015 does not involve increases in key rates by the leading central banks—the Federal Reserve, the ECB, the BoJ.

Although initially encouraged by the improved economic climate to press ahead with tapering, the Fed may soon find itself overwhelmed by largely uncontrollable jumps in long-term Treasury yields.

All in all, this should be a highly volatile year.

Scénario 2014-2015 : Montagnes russes…

L’année 2014 commence sur une note positive : la croissance américaine se raffermit, la zone euro en termine avec la récession, le Japon engrange les fruits de sa stratégie compétitive et le commerce mondial se ressaisit. L’ensemble devrait être suffisant pour mettre un coup d’arrêt à deux ans de décélération de l’activité mondiale et assurer le retour d’une croissance nettement supérieure à 3 % cette année. Bonne nouvelle s’il en est, ce n’est toutefois pas sur cette conclusion que reposent les enjeux présents mais sur la réponse beaucoup plus complexe à la question de savoir si 2014 amorcera une deuxième jambe du cycle de reprise mondiale susceptible d’autoriser une embellie durable des conditions économiques et de permettre de tourner la page de cinq années de convalescence. Or, à cette question nous sommes toujours tentés de répondre par la négative, ceci pour deux raisons essentielles :

  1. Les effets du deleveraging continuent à exercer d’importants dysfonctionnements sur les rouages économiques internationaux,
  2.  Cinq années de crise ont considérablement érodé le potentiel de croissance de l’économie mondiale et sa capacité à faire face à la remontée des taux d’intérêt que l’accélération en cours entraînera forcément.

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L’Humeur du Vendredi 10 janvier

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Non, la France ne retombe pas en récession !

+ 1,3 %, la hausse de la production industrielle française au mois de novembre. Voilà une bonne surprise. Certes, ce chiffre est à considérer à sa juste valeur : à savoir, une progression en large partie expliquée par les variations erratiques des activités minière et énergétique. Les données sur le seul secteur manufacturier sont moins flatteuses, avec une croissance de 0,2 % seulement de la production, après une augmentation de 0,3 % en octobre. Il n’en reste pas moins que nous sommes loin du message d’une économie sur le point de retomber en récession délivré par les enquêtes PMI.

Fed : le dilemme du taux de participation et du taux de chômage

Chute de trois dixièmes du taux de chômage, nouveau repli de deux dixièmes du taux de participation, repli de la durée hebdomadaire du travail, créations d’emplois de 74 000, les plus faibles depuis janvier 2011… La Fed pouvait-elle imaginer pire configuration pour son premier mois de tapering ?

World Trade: Recovering Without the Emerging Markets

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World trade has bounced back a bit since the end of summer. The improving European economy is one big reason. For its part, US demand has been trending more favorably since mid-year. And lastly, Japanese imports are ramping up, posting year-on-year volume growth of 5% in recent months despite significant yen weakening. So the improvement is broadly based and starting to have an impact on activity, at least in the developed countries.

Which means that, yes, this rosy picture leaves out the emerging countries, which continue to grapple with unusually soft growth in demand for imports. The reason for the anomaly? China is buying less, which is hurting export activity in the other emerging countries; Japan has reasserted itself; and demand for capital goods is sluggish. As a result, the driving force behind intra-regional Asian trade – and trade among emerging countries in general – has slackened considerably.

These trends take some of the luster off of the enthusiasm sparked by the encouraging signs coming from the developed world.

Commerce mondial : une reprise sans les émergents

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Les échanges mondiaux ont retrouvé un peu de vigueur depuis la fin de l’été. L’amélioration de la conjoncture européenne explique une bonne part de cette embellie. De son côté, la demande américaine se réoriente plus favorablement depuis le milieu d’année. Enfin, les importations japonaises accélèrent, affichant une croissance de 5 % l’an en volume au cours des derniers mois malgré la forte dépréciation du yen. L’amélioration est donc générale et commence à porter ses fruits en matière d’activité, tout au moins du côté des pays développés.

Manquent, en effet, à ce tableau réconfortant les pays émergents pour lesquels la situation témoigne toujours d’une anémie atypique de croissance de la demande en importations. À l’origine de cette anomalie : la faiblesse des achats chinois et ses effets de diffusion sur l’activité exportatrice des autres pays émergents, le nouveau rôle joué par le Japon et l’inertie de la demande de biens d’investissement. La locomotive du commerce intra régional asiatique et, plus largement, celle de l’ensemble des pays émergents s’en trouvent très ralenties.

Ces tendances pondèrent l’enthousiasme suscité par les signaux encourageants en provenance du monde développé.