Après le modèle allemand, un nouvel équilibre pourrait se dessiner en Europe

Perdante sur tous les fronts, tétanisée par les menaces de D. Trump, de la Russie et de la Chine, incapable de prendre son destin technologique en main et en proie à ses crises politiques nationales et à ses différends de plus en plus profonds, l’Europe peine à inspirer d’autre sentiment que celui de la désolation ces derniers temps. Les dés bougent, pourtant.

Loin de nous l’idée de nous contenter de ressasser que l’UE s’est régulièrement renforcée face à l’adversité ou de refuser de prendre la mesure des défis et des risques auxquels le Vieux continent, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, fait face aujourd’hui. Il s’agit de prendre acte des nouvelles perspectives que pourrait offrir le rééquilibrage que les circonstances de ces dernières années accélèrent. La chute du modèle allemand, jusqu’alors perçu comme le plus efficient et la seule voie à suivre, est pour beaucoup dans ces changements. Doublé de la montée en puissance des pays du groupe de Visegrad, des impératifs énergétiques, militaires et technologiques qui s’imposent aux Européens aujourd’hui, l’évanescence de l’industrie allemande du passé ouvre la voie à une redistribution des cartes à la faveur d’un meilleur équilibre possible des spécialisations et des enjeux de pouvoir ou d’influence. Nous n’y sommes pas, à l’évidence, et la concurrence destructrice que se livrent les grandes Nations européennes peut encore savonner la planche, mais l’issue, à ce jour la seule susceptible de renforcer l’ambition d’une Europe souveraine et pérenne, n’a jamais semblé autant à portée de main.

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Europe du nord-sud, le fossé se creuse, l’Espagne en pole position… mais fragile

Les comptes nationaux publiés cette semaine offrent des enseignements souvent passés inaperçus en première lecture. Parmi ceux-ci, le creusement des distorsions entre les pays du nord et du sud de l’Europe interpelle. Si la croissance de l’ensemble des vingt pays de la zone euro a pu ressortir un cran au-dessus de celle de 2023, à 0,7 % après 0,4 %, ce n’est pas, en effet, grâce à ses principaux pays dont les résultats sont, au mieux, restés inchangés (-0,2 % après -0,1 % en Allemagne, 1,1 % inchangé en France, 0,5 % après 0,8 % en Italie) mais grâce aux plus petits, parmi lesquels l’Espagne, le Portugal, la Grèce ou encore nombre de plus petites économies du sud européen.

Habituels, les écarts de croissance intra-zone euro ont néanmoins pris une dimension particulière l’an dernier, dont tout laisse penser qu’ils ont plus de chance de perdurer que l’inverse, ne serait-ce que par l’avantage que procure aux pays les plus dynamiques leur performance passée. Fin 2024, les acquis de croissance pour 2025 sont déjà de 1,3 % au Portugal et en Lituanie et de plus de 1 % en Espagne. Sans doute sera-ce le cas de la plupart des économies pour lesquelles les comptes de la fin 2024 ne sont pas encore disponibles mais qui se situent dans le haut du classement européen.
De tels écarts persistants sont loin d’être anodins. Si la performance du sud de l’Europe rassure, les conséquences de distorsions durables entre les pays d’un même bloc monétaire peuvent rapidement devenir déstabilisantes, à bien des titres. Après être remonté à 50 % du PIB régional en début de décennie, le poids de l’Allemagne et de la France réunies s’est effrité à 47,7 % l’an dernier. Inhérent au processus d’élargissement, ce phénomène n’est pas un sujet en soi mais pourrait le devenir s’il s’accompagne de déséquilibres croissants que des politiques unifiées amplifient plutôt que l’inverse, créant d’un côté des effets dépressifs additionnels et de l’autre des effets d’aubaine qui ne s’accompagnent pas forcément de progrès structurels proportionnels. C’est en particulier le défi de l’Espagne, quatrième économie de la zone euro qui, bien qu’ayant une nouvelle fois épaté par ses performances en fin d’année dernière pour clore une année de croissance de 3,2 %, peine à transformer ses succès conjoncturels en atouts de plus long terme.
Le risque dans un tel cas de figure est, non seulement, la formation de déséquilibres, à terme, très coûteux, mais que les écarts de croissance finissent par rendre caduque la politique monétaire de la BCE, comme déjà vécu pendant les années qui ont précédé la crise de 2008. Lointaine problématique ? Pas si sûr, si, comme l’a martelé Mme Lagarde cette semaine, la croissance revient en force en zone euro cette année.

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Trump 2.0 : J+4, démonstrations de toute puissance

D.. Trump a été fidèle ses promesses le jour de son investiture. Il a signé une multitude de décrets et tenu des propos dignes de sa posture. C’est, pourtant, par ses absences que cette journée a, un temps, interpellé, en particulier sur le front économique. Si les hausses de tarifs douaniers étaient au rendez-vous, elles ne concernaient que le Canada et le Mexique ; on était loin des menaces jusqu’alors formulées. Absentes également, les références à la politique budgétaire et fiscale. Il est vrai que cette dernière ne se décrète pas mais se négocie au Congrès. On s’étonnait, néanmoins, que les promesses de baisses d’impôts n’aient été évoquées que pour mentionner la proposition de revenir sur la taxation minimum de 15 % des bénéfices des multinationales. Au total, de grandes absences que l’on cherchait à expliquer ou dont on se réjouissait. Sur les marchés, la mise à l’écart du risque inflationniste assorti à la perspective de tarifs douaniers généralisés, accentuait la correction à la baisse des taux d’intérêt des jours précédents, provoquant une chute immédiate du dollar, qui ouvrait la porte à de plus amples marges de détente monétaire au-delà des frontières américaines ; un plus, salué par les bourses.
Il aura néanmoins fallu moins de quarante-huit heures pour que ce calme relatif soit balayé, avec un retour en force des menaces protectionnistes contre la Chine et l’Europe et les premiers couacs au sein de la garde rapprochée du président. E. Musk s’est débarrassé de Vivek Ramaswamy et dirigera seul le DOGE, tandis que le programme Stargate déclenchait une guerre à coup de centaines de milliards de dollars entre les Techbros. Mais cela n’était rien en comparaison de la démonstration de toute puissance livrée par le président américain au sommet de Davos et aux diktats qu’il a adressés aux producteurs de pétrole et aux banques centrales. D. Trump nous avait habitués aux démonstrations tempétueuses, sans grandes conséquences entre 2017 et 2020. Les choses prennent une tout autre tournure aujourd’hui. Au-delà du seul président, les égos démesurés de sa garde rapprochée et la puissance que leur confère leur position de force constituent des menaces systémiques sans précédent.

Pendant ce temps, la Californie brûle toujours, les marchés se bercent de PMI et les banques centrales profitent de la dernière occasion qui leur est donnée d’ajuster leur politique comme elles l’entendent. La BoJ, a pu relever son taux directeur sans redouter de trop sanctionner ses entreprises face à la Chine, la BCE devrait profiter de cet entre-deux pour baisser les siens la semaine prochaine, quant à la Fed, elle pourra se contenter d’un statu quo sans trop d’états d’âme à ce stade, quoi qu’en dise D. Trump. Si ce n’était les signaux envoyés par l’envolée des cours de l’or, la vie des marchés semblerait des plus normales. La diversion semble bien partie pour durer.

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Le rattrapage du CAC40 sur sa lancée

Dans la cacophonie budgétaire de ces derniers jours, les marchés semblent avoir trouvé des éléments de satisfaction. Moins de restrictions et moins de coupes sociales ont permis d’éviter la censure et de mettre sous cloche le risque d’un nouvel épisode de crise politique imminente, aux conséquences imprévisibles. Par ailleurs, le projet de budget, bien qu’encore opaque, est revenu sur les mesures les plus sensibles du précédent projet de loi de finances. Les risques de contrecoup conjoncturel qui prévalaient jusqu’alors sont donc contenus et les perspectives de croissance du consensus, relativement encourageantes au vu de la situation en présence, confortées. Pour peu que l’environnement international soit un peu moins pénalisant, comme généralement escompté, l’économie française pourrait même profiter d’une croissance de 0,9 % selon les prévisions gouvernementales annoncées cette semaine, certes, objectif moins favorable que les 1,1 % précédemment envisagés mais, somme toute, décent.
L’ensemble a été bien accueilli par les marchés et autant dire qu’il était temps. Car si le quasi-doublement du spread de taux franco-allemand avait été relativement indolore dans un contexte de repli généralisé des taux d’intérêt mondiaux depuis le début de l’été, tel n’était plus le cas ces derniers temps. Après avoir perdu près d’un demi-point entre le 1er juillet et le 9 décembre, à 2,87 %, le taux de l’OAT à 10 ans était remonté de 60 points, à 3,47 % mardi dernier, un niveau critique, à même de ruiner une bonne partie des efforts budgétaires par ses effets sur le coût de la dette et sur la croissance. Le compromis de ces derniers jours est donc perçu comme une double bonne nouvelle, coupant court au risque d’une nouvelle crise politique mais, plus encore, aux menaces beaucoup plus importantes qu’en décembre dernier de crise financière, en cas d’échec du gouvernement.
Le CAC en a tiré d’autant plus profit, qu’après le secteur pétrolier, dopé par la remontée des cours de l’or noir, et celui des banques, encouragé par la pentification de la courbe des taux et les résultats du secteur aux Etats-Unis, le luxe profite à son tour d’un vif regain d’intérêt des investisseurs …

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Tensions sur les matières premières : l’inflation à nouveau en ligne de mire

Ça bouge ces derniers temps sur les marchés des matières premières mais, ni dans le sens escompté, ni dans la meilleure direction. Après la relative accalmie de ces deux dernières années, les tensions refont surface peu à peu et s’accentuent à quelques jours de l’investiture de D. Trump. Le consensus qui anticipait, plutôt, une baisse des cours, conformément à la promesse de baisse des prix de l’énergie du futur président américain et à son effet dépressif induit sur la grande majorité des matières premières industrielles et agricoles, est pris de cours.
L’environnement est manifestement plus compliqué que prévu.
• Toujours tendu, l’environnement au Moyen Orient entretient des tensions récurrentes sur le pétrole, tandis que les développements sur le front russo-ukrainien ont ranimé celles des cours du gaz, en hausse de 25 % depuis trois mois et de quasiment 100 % par rapport au point bas de février 2024.
• La perspective de conflits commerciaux que pourrait déclencher D. Trump n’est pas des plus propices à une fluidité des marchés des matières premières, qui semblent commencer à se préoccuper des potentiels effets en cascade de sa prise de fonction sur les rouages des échanges mondiaux.
• Le consensus économique, plutôt rassurant sur la croissance 2025, suggère une reprise de la demande, plus favorable à des hausses de prix que l’inverse.
• Enfin, les menaces climatiques font rage. En trame de fond des perspectives et bien difficiles à anticiper, elles entretiennent en sous-main un environnement propice aux tensions, en particulier, dans le domaine agricole.
Le contexte pourrait, de fait, redevenir plus critique et nourrir, sans délai, un les craintes d’un scénario de remontée de l’inflation et des taux d’intérêt.
Parmi les scénarios assortis aux perspectives 2025 que nous avons présentées ce jeudi, cette hypothèse occupe une place de choix que les tendances récentes incitent plutôt à considérer comme un risque imminent.

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Ceinture et bretelles pour 2025 : une lecture critique du « consensus » de marché

À en juger par le consensus des analystes des grandes banques internationales, 2025 serait une année des plus prometteuses au cours de laquelle les éléments les plus favorables aux bourses mondiales, américaines en premier lieu, seraient de nouveau au rendez-vous. Sans doute le sentiment des consommateurs américains n’est-il pas totalement étranger à cette vague d’optimisme. Ces derniers n’ont jamais été aussi confiants qu’aujourd’hui sur les perspectives boursières. Selon le Conference Board, plus de 57 % d’entre eux s’attendaient à une hausse des indices pour l’année à venir en novembre, mois de la réélection de D. Trump, soit vingt points de plus que la moyenne de 36 % observée depuis près de 40 ans. Ils étaient encore plus de 52 % à le penser en décembre.

De là à entretenir le discours ambiant, il n’y a qu’un pas que nombreux franchissent sans mollir, quitte, parfois, à tirer les scénarios par les cheveux. Selon le FT, les analystes « sell side » sont très majoritairement « bearish » au sujet des cours du pétrole, donc « bullish » s’agissant des perspectives de taux d’intérêt et, performance de l’an passé oblige, sur celles l’or. Ils sont, par voie de conséquence, plutôt confiants sur les bourses européennes et quasi-unanimement « bullish » sur les actions américaines.
Si le calendrier avance, rien ne semble changer du côté du consensus. Malgré le lapin posé par le rallye de Noël, la confiance est résolument au RDV et, avec elle, un degré d’aveuglement qui laisse pantois. Il y a bien des raisons de penser, en effet, que les choses ne se dérouleront pas comme anticipé et que dans les conditions en présence, mieux vaudra être bien harnaché pour aborder cette nouvelle année.
Si, parmi les nombreuses occasions d’instabilité, de mauvaises surprises ou de coups durs, les chances qu’aucune ne vienne entraver le scénario escompté ne peuvent être considérées comme nulles, reconnaissons que tel n’est pas, a priori, le plus probable. Face à l’excès d’optimisme en présence, le contrecoup pourrait être d’autant plus dur. Sur quels points se tenir sur ses gardes ?

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Oublions la Fed, regardons plutôt du côté de la BoJ

« Noël au balcon, Pâques au tison… ». Comment ne pas être tenté de rappeler le titre de notre réaction au FOMC du 13 décembre 2023, un an plus tard, jour pour jour, dans le contexte en présence ? Si la politique monétaire américaine n’a cessé de faire l’actualité de l’année écoulée sur les marchés financiers, reconnaissons que les choses n’ont guère avancé depuis. L’enthousiasme de la Fed (voir ici) avait alors permis de clore l’année avec des taux à 10 ans à moins de 3,80 %, niveau qu’ils n’ont que brièvement enfoncé neuf mois plus tard… après un pic à 4,70 % au printemps et avant de repartir en direction des 4,40 % à la perspective puis la confirmation d’une réélection de D. Trump.
Décidément l’environnement de taux d’intérêt et de politiques monétaires est incertain et les chances sont manifestement importantes qu’il le reste. Mieux vaudra, dès lors, garder la tête froide à l’occasion du prochain FOMC car la probabilité que la Fed fasse une nouvelle fois fausse route ou soit, sous peu, rattrapée par une réalité contrariante sont indiscutablement, élevées.
En ce sens, l’élection de D. Trump ne facilite pas sa tâche. Les incertitudes autour de ce que seront les effets de ses premières décisions de politique économique sur l’activité et l’inflation, non seulement, ajoutent aux risques concernant la politique monétaire américaine mais complexifient grandement les perspectives sur l’attitude des autres grandes banques centrales.
En l’occurrence, la décision de la BoJ de jeudi ne manquera pas d’intérêt. Cette dernière a tous les éléments en place, en effet, pour avancer d’un cran supplémentaire la normalisation de sa politique monétaire amorcée en mars, avec une nouvelle hausse de ses taux : activité robuste, inflation soutenue et yen grandement menacé de retomber sur ses points bas du début de l’été, voire en-deçà. Un statu quo sur ses taux et sur sa communication serait, dès lors, difficilement défendable, sauf à y voir un changement de cap dont l’explication la plus plausible serait à chercher du côté des menaces protectionnistes américaines. Prémices d’une guerre de changes que les dirigeants chinois n’ont de cesse de brandir face aux menaces de D. Trump, ce signal serait potentiellement bien plus important pour le reste du monde, l’Europe en particulier, que celui que tentera de véhiculer la Fed, surtout s’il venait à être complété par un changement de posture de la Banque d’Angleterre ou un nouvel assouplissement côté PBoC vendredi…

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Les bonnes surprises du changement des anticipations sur la politique de la Fed

Rares ont été les années marquées d’autant d’instabilité en matière de perspectives monétaires, aux Etats-Unis et, de facto, à l’échelle quasi-mondiale. Les hésitations sur la profondeur du mouvement de désinflation et les tendances de la conjoncture américaine, doublées de la posture « data dépendent » de la Fed ont fait virevolter les anticipations sur la politique monétaire de 2024 d’un extrême à l’autre, presque sans discontinuer, depuis janvier. Après avoir envisagé la possibilité d’une baisse des Fed Funds jusqu’à 3,75 % en début d’année puis de quasiment renoncer à la possibilité d’une quelconque détente monétaire au printemps, les marchés sont brutalement revenus en arrière à la fin de l’été… avant d’être, une nouvelle fois, rattrapés par le regain des anticipations d’inflation attaché à la réélection de D. Trump.

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