Tensions sur les matières premières : l’inflation à nouveau en ligne de mire

Ça bouge ces derniers temps sur les marchés des matières premières mais, ni dans le sens escompté, ni dans la meilleure direction. Après la relative accalmie de ces deux dernières années, les tensions refont surface peu à peu et s’accentuent à quelques jours de l’investiture de D. Trump. Le consensus qui anticipait, plutôt, une baisse des cours, conformément à la promesse de baisse des prix de l’énergie du futur président américain et à son effet dépressif induit sur la grande majorité des matières premières industrielles et agricoles, est pris de cours.
L’environnement est manifestement plus compliqué que prévu.
• Toujours tendu, l’environnement au Moyen Orient entretient des tensions récurrentes sur le pétrole, tandis que les développements sur le front russo-ukrainien ont ranimé celles des cours du gaz, en hausse de 25 % depuis trois mois et de quasiment 100 % par rapport au point bas de février 2024.
• La perspective de conflits commerciaux que pourrait déclencher D. Trump n’est pas des plus propices à une fluidité des marchés des matières premières, qui semblent commencer à se préoccuper des potentiels effets en cascade de sa prise de fonction sur les rouages des échanges mondiaux.
• Le consensus économique, plutôt rassurant sur la croissance 2025, suggère une reprise de la demande, plus favorable à des hausses de prix que l’inverse.
• Enfin, les menaces climatiques font rage. En trame de fond des perspectives et bien difficiles à anticiper, elles entretiennent en sous-main un environnement propice aux tensions, en particulier, dans le domaine agricole.
Le contexte pourrait, de fait, redevenir plus critique et nourrir, sans délai, un les craintes d’un scénario de remontée de l’inflation et des taux d’intérêt.
Parmi les scénarios assortis aux perspectives 2025 que nous avons présentées ce jeudi, cette hypothèse occupe une place de choix que les tendances récentes incitent plutôt à considérer comme un risque imminent.

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Ceinture et bretelles pour 2025 : une lecture critique du « consensus » de marché

À en juger par le consensus des analystes des grandes banques internationales, 2025 serait une année des plus prometteuses au cours de laquelle les éléments les plus favorables aux bourses mondiales, américaines en premier lieu, seraient de nouveau au rendez-vous. Sans doute le sentiment des consommateurs américains n’est-il pas totalement étranger à cette vague d’optimisme. Ces derniers n’ont jamais été aussi confiants qu’aujourd’hui sur les perspectives boursières. Selon le Conference Board, plus de 57 % d’entre eux s’attendaient à une hausse des indices pour l’année à venir en novembre, mois de la réélection de D. Trump, soit vingt points de plus que la moyenne de 36 % observée depuis près de 40 ans. Ils étaient encore plus de 52 % à le penser en décembre.

De là à entretenir le discours ambiant, il n’y a qu’un pas que nombreux franchissent sans mollir, quitte, parfois, à tirer les scénarios par les cheveux. Selon le FT, les analystes « sell side » sont très majoritairement « bearish » au sujet des cours du pétrole, donc « bullish » s’agissant des perspectives de taux d’intérêt et, performance de l’an passé oblige, sur celles l’or. Ils sont, par voie de conséquence, plutôt confiants sur les bourses européennes et quasi-unanimement « bullish » sur les actions américaines.
Si le calendrier avance, rien ne semble changer du côté du consensus. Malgré le lapin posé par le rallye de Noël, la confiance est résolument au RDV et, avec elle, un degré d’aveuglement qui laisse pantois. Il y a bien des raisons de penser, en effet, que les choses ne se dérouleront pas comme anticipé et que dans les conditions en présence, mieux vaudra être bien harnaché pour aborder cette nouvelle année.
Si, parmi les nombreuses occasions d’instabilité, de mauvaises surprises ou de coups durs, les chances qu’aucune ne vienne entraver le scénario escompté ne peuvent être considérées comme nulles, reconnaissons que tel n’est pas, a priori, le plus probable. Face à l’excès d’optimisme en présence, le contrecoup pourrait être d’autant plus dur. Sur quels points se tenir sur ses gardes ?

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Oublions la Fed, regardons plutôt du côté de la BoJ

« Noël au balcon, Pâques au tison… ». Comment ne pas être tenté de rappeler le titre de notre réaction au FOMC du 13 décembre 2023, un an plus tard, jour pour jour, dans le contexte en présence ? Si la politique monétaire américaine n’a cessé de faire l’actualité de l’année écoulée sur les marchés financiers, reconnaissons que les choses n’ont guère avancé depuis. L’enthousiasme de la Fed (voir ici) avait alors permis de clore l’année avec des taux à 10 ans à moins de 3,80 %, niveau qu’ils n’ont que brièvement enfoncé neuf mois plus tard… après un pic à 4,70 % au printemps et avant de repartir en direction des 4,40 % à la perspective puis la confirmation d’une réélection de D. Trump.
Décidément l’environnement de taux d’intérêt et de politiques monétaires est incertain et les chances sont manifestement importantes qu’il le reste. Mieux vaudra, dès lors, garder la tête froide à l’occasion du prochain FOMC car la probabilité que la Fed fasse une nouvelle fois fausse route ou soit, sous peu, rattrapée par une réalité contrariante sont indiscutablement, élevées.
En ce sens, l’élection de D. Trump ne facilite pas sa tâche. Les incertitudes autour de ce que seront les effets de ses premières décisions de politique économique sur l’activité et l’inflation, non seulement, ajoutent aux risques concernant la politique monétaire américaine mais complexifient grandement les perspectives sur l’attitude des autres grandes banques centrales.
En l’occurrence, la décision de la BoJ de jeudi ne manquera pas d’intérêt. Cette dernière a tous les éléments en place, en effet, pour avancer d’un cran supplémentaire la normalisation de sa politique monétaire amorcée en mars, avec une nouvelle hausse de ses taux : activité robuste, inflation soutenue et yen grandement menacé de retomber sur ses points bas du début de l’été, voire en-deçà. Un statu quo sur ses taux et sur sa communication serait, dès lors, difficilement défendable, sauf à y voir un changement de cap dont l’explication la plus plausible serait à chercher du côté des menaces protectionnistes américaines. Prémices d’une guerre de changes que les dirigeants chinois n’ont de cesse de brandir face aux menaces de D. Trump, ce signal serait potentiellement bien plus important pour le reste du monde, l’Europe en particulier, que celui que tentera de véhiculer la Fed, surtout s’il venait à être complété par un changement de posture de la Banque d’Angleterre ou un nouvel assouplissement côté PBoC vendredi…

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Les bonnes surprises du changement des anticipations sur la politique de la Fed

Rares ont été les années marquées d’autant d’instabilité en matière de perspectives monétaires, aux Etats-Unis et, de facto, à l’échelle quasi-mondiale. Les hésitations sur la profondeur du mouvement de désinflation et les tendances de la conjoncture américaine, doublées de la posture « data dépendent » de la Fed ont fait virevolter les anticipations sur la politique monétaire de 2024 d’un extrême à l’autre, presque sans discontinuer, depuis janvier. Après avoir envisagé la possibilité d’une baisse des Fed Funds jusqu’à 3,75 % en début d’année puis de quasiment renoncer à la possibilité d’une quelconque détente monétaire au printemps, les marchés sont brutalement revenus en arrière à la fin de l’été… avant d’être, une nouvelle fois, rattrapés par le regain des anticipations d’inflation attaché à la réélection de D. Trump.

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Face au risque d’hégémonie, la guerre des changes sera-t-elle la réponse ?

Le protectionnisme n’est pas dissociable de la menace hégémonique qui se profile depuis la réélection de D. Trump et tétanise un monde éminemment dépendant de la puissance américaine, aujourd’hui, principale source de croissance et d’influence à l’échelle mondiale. Après des années de regards rivés sur la Chine, les rouages de l’économie mondiale ont radicalement changé depuis le premier mandat du président américain réélu. Concours de circonstances, aidé par les erreurs de gouvernance d’un empire chinois trop gourmand qui a grillé ses cartouches par ses excès de dettes ; accélérations malencontreuses liées au covid et aux effets ravageurs de la guerre russo-ukrainienne en Europe ; révolution technologique, aux mains américaines et offensive keynésienne de l’administration Biden ces quatre dernières années, forment un tout qui assure, en effet, une domination incontestable de l’économie américaine sur le reste du monde qui cherche à s’en protéger.
Depuis le début du siècle, le déficit courant cumulé des Etats-Unis a dépassé 11 000 milliards de dollars et a alimenté d’autant la croissance mondiale. Sans ces excès, l’évolution du PIB du reste du monde aurait été amputée du quart et son taux de croissance annuel moyen de près d’un sixième, de 5,6 % à 4,7 % en dollars courants, et de quasiment 20 % sur la seule période 2010 à 2023. Il s’agit, a minima, c’est à dire sans les effets de second tour potentiellement plus importants, de ce que confisquerait à terme la stratégie protectionniste de D. Trump si elle parvenait à ses fins. Ces chiffres donnent forcément le vertige aux pays les plus exposés au marché américain, lesquels ont bien peu d’armes économiques en dehors de leur taux de change pour tenter de se protéger contre les augmentations promises des tarifs douaniers.
Les dépréciations des monnaies ne sont, pourtant, pas si faciles à déployer et représentent des risques, souvent, contraires à ceux, par ailleurs, recherchés.

Ainsi, l’Europe ne décrétera pas une guerre des changes, elle n’en a pas les moyens, quand bien même la monnaie européenne pourrait subir un sérieux contrecoup du changement d’environnement en présence. De son côté, une chute du yuan chinois sauverait peut-être la donne industrielle à brève échéance mais aurait pour effet mécanique de réduire d’autant la valeur du PIB de l’Empire du Milieu comparativement à l’américain. Combien d’années faudrait-il, dès lors, pour récupérer les pertes de cette concession faite dans la paniqué ? La réponse est aléatoire mais pourrait retenir les autorités chinoises de s’engouffrer dans la brèche ouverte par D. Trump. La BoJ, enfin, renoncera-t-elle à sa stratégie de stabilisation du yen initiée cet été ?…
Rien n’est simple, décidément, depuis l’élection du 5 novembre et l’hypothèse d’une guerre des changes qui émerge spontanément de l’observation de la situation n’échappe pas à la complexité du moment.

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2024, annus horribilis et point de rupture pour l’Hexagone

2024 devait être une année faste, socialement, économiquement et, même, politiquement pour la France, couronnée par la tenue des jeux olympiques. Elle se termine comme l’une des pires de ces dernières décennies, sinon en matière de croissance, du moins en termes de confiance et de perspectives.
La préparation des JO, le déploiement de programmes d’infrastructures et les mesures de soutien des années de covid et de crise énergétique, ont maintenu l’économie à flot plus longtemps que nombreux ne l’envisageaient il y a deux ans. Le retournement n’en est que plus brutal. Si la croissance a pu se hisser à 0,4 % au troisième trimestre grâce aux jeux, les sous-jacents ne font guère illusion. Les indicateurs avancés se détériorent à une vitesse rarement égalée, à l’instar de la flambée des faillites d’entreprises de ces derniers mois et de ce qu’elle suggère comme direction pour l’emploi et le chômage futurs.

Plus inquiétant, encore, est ce constat dans le contexte de crise politique que traverse l’Hexagone depuis la dissolution de l’Assemblée le 7 juillet, de loin la plus importante de la cinquième république. La victoire du rassemblement national au premier tour des élections législatives, puis celle de la gauche unie au second, ont, finalement, débouché sur un gouvernement de centre-droit très minoritaire qui a pour impossible mission de faire adopter un budget drastique, après une dérive incontrôlée des finances publiques. Au terme d’une épopée budgétaire sans pareille, la censure du gouvernement Barnier dans les jours à venir plongerait la France dans une situation de crise tout à la fois politique, économique et possiblement financière, susceptible de s’éterniser jusqu’à la tenue de prochaines élections législatives, au plus tôt dans le courant de l’été 2025.
Alors même que la voix de la France commençait à porter un peu plus en Europe, face, notamment, à une Allemagne en grandes difficultés tentée de s’inspirer de résultats apparus, un temps, des réussites, la crise politique et les graves manquements budgétaires mis au jour cet automne ont isolé l’Hexagone et rendu ses représentants inaudibles. L’Allemagne, qui devrait élire un nouveau parlement en février, semble en mesure de sortir plus forte des élections anticipées après trois années d’une coalition paralysante. Elle ne fera pas de cadeau à son voisin dans la bataille qui l’oppose aux Etats-Unis tandis que d’ici là, la ratification possible de l’accord UE-Mercosur serait un cinglant désaveu pour la France. Plus les mois passent, plus l’état des lieux s’aggrave et plus on peine à trouver les branches auxquelles se raccrocher. Même l’avantage démographique hexagonal, l’un des rares dont pouvait encore s’enorgueillir la France il y a peu, menace aujourd’hui de disparaître. La France s’isole et se rabougrit, ce n’est pas bon signe

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Dans le tourbillon de la réélection de D. Trump : un tombereau de questionnements

Le monde a perdu pied depuis le 5 novembre, face à la déferlante de questions que suscite la victoire de D. Trump à la présidentielle américaine. À quoi s’attendre ? Les principaux points de son programme, bien qu’a priori connus, ne disent pas grand-chose sur la rapidité et la profondeur des changements qui découleront de leur application aux États-Unis ou dans le reste du monde.
La résonance du choc de la présidentielle américaine ne se résume pas à un programme, fonction du calendrier des réformes mais, tout autant, de la forme de gouvernance plus ou moins brutale qui lui sera associée, de la propagation ou, au contraire, de la résistance à la doctrine libertarienne prônée par D. Trump et ceux qui l’entourent, aux États-Unis et par-delà les frontières américaines. Quelle signification donner, dès lors, aux promesses fiscales, budgétaires, énergétiques, protectionnistes ou encore à la feuille de route du binôme Musk-Ramaswamy au futur « ministère de l’efficacité gouvernementale » dont les pourtours sont tellement éloignés de l’Amérique que nous connaissons ? Jusqu’où iront l’Europe et la Chine dans leur opposition et la défense de leurs intérêts respectifs et avec quels moyens ? La Fed parviendra-t-elle à conserver son indépendance ? etc…
Encore très largement inconnues, les réponses à ces questions, essentielles, n’en façonnent pas moins le contexte des marchés de ces deux dernières semaines, leurs hésitations et leurs contradictions.
– Le spectre d’un retour de l’inflation qui s’était imposé à la lecture des grandes lignes du programme républicain semble, aujourd’hui, relativisé par les promesses d’une baisse de moitié de prix de l’énergie.
– Les tensions sur les échéances les plus longues de la dette fédérale et les primes de termes issues de la perspective d’une nouvelle dérive de la dette publique que suggéraient les promesses fiscales du programme républicain se sont apaisées avec la promesse d’un régime budgétaire draconien, aux mains de Musk et acolytes.
– L’assurance que le reste du monde ne sortirait pas indemne des quatre années à venir a fini par prendre le pas sur les bourses du reste du monde et par porter le dollar au firmament, enrayant par là-même l’envolée du BTC qui a marqué les premiers jours suivant l’élection.
– La Fed, pour ne pas perdre davantage en crédibilité face à la solidité de la croissance et à la montée des anticipations d’inflation, a fini par rectifier son tir. Mais un programme budgétaire draconien et l’envolée du dollar ne finiront-ils pas par lui redonner plus de marges de manœuvre en 2025 ?

En somme rien n’est fait et sur chacun de ces points, majeurs, tout reste encore à écrire avec, selon les récits, des aboutissements radicalement différents que nous tentons d’élucider dans ce qui suit.

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L’étonnant pari d’une Allemagne gagnante de la victoire de D. Trump

Curieuse combinaison en Allemagne où la situation économique donne, enfin, quelques signes patents d’amélioration, tandis que l’éclatement de la coalition au pouvoir ouvre la voie à la plus grave crise politique depuis des décennies et que le Dax, dont les entreprises sont a priori les premières exposées au protectionnisme promis par D. Trump, donne l’impression de surfer sans mollir sur la vague de confiance qu’a créé sa réélection…. aux Etats-Unis !En forçant quelque peu le raisonnement, il y a bien un moyen de réconcilier ces éléments de prime abord contradictoires :
1- Le pire de la conjoncture allemande est vraisemblablement derrière nous, en effet. Il s’agit d’un premier point positif dont on peut légitimement escompter un soutien pour les valeurs allemandes, après deux années de quasi-paralysie de l’activité.
2- La réélection de D. Trump, par les risques qu’elle constitue pour les entreprises allemandes, est sans doute la plus efficace des motivations pour sortir les politiques allemands de la léthargie dans laquelle ils se sont enferrés ces dernières années et rivaliser de propositions pour bichonner leurs entreprises qui menacent de fuir de l’autre côté de l’Atlantique pour profiter des avantages fiscaux promis par les républicains. L’accélération de la crise politique en Allemagne serait, ainsi, un électrochoc bienvenu pour une issue potentiellement meilleure et deviendrait, dès lors, moins inquiétante.
3- Enfin, la dynamique de croissance américaine, soutenue par la politique promise par D. Trump, pourrait rapporter davantage aux exportateurs allemands que ne leur coûteront les droits de douanes de 10 %, qu’une dépréciation de l’eurodollar viendrait, éventuellement, combler en partie …
L’ensemble tient a priori la route, tout du moins à brève échéance. Alors, les marchés voient-ils juste ?

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