Quand la réussite économique se mesure en nm, plutôt qu’en PIB par tête

Le sujet de la guerre commerciale continue de mobiliser l’espace médiatique et économique mondial, ce qui est bien naturel au vu des déflagrations que pourraient provoquer les décisions finales de D. Trump en matière protectionniste. C’est, pourtant, ailleurs que se joue l’histoire actuelle. En l’occurrence, sur le terrain d’un modèle de développement dans lequel la réussite ne se mesure plus en unité de PIB par habitant ou de progrès social mais en nanomètres de microprocesseurs, en nombre de brevets, réussites spatiales, sous-marines ou de tout autre prouesse technologique.
À ce jeu-là l’Europe n’est pas la mieux lotie et l’enjeu est devenu tellement essentiel que l’on ne peut que déplorer ses retards, notamment accumulés depuis le début de la décennie. Tel n’est pas le cas de la Chine, laquelle semble avoir trouvé dans l’opposition américaine la motivation pour redoubler de prouesses et de progrès tous plus fulgurants les uns que les autres.

Après avoir appris de la vague de transferts technologiques sans précédent des années fastes du début de la décennie écoulée, l’Empire du Milieu a conquis son indépendance et prend, maintenant, son envol. Les Chinois y trouvent la fierté d’un pays dorénavant capable de rivaliser avec les plus grands, non plus en matière de produits à bas coûts que lui autorisait, par le passé, sa pléthorique main d’œuvre peu qualifiée mais en innovations scientifiques et techniques les plus avancées dans chacun des domaines d’avenir les plus emblématiques aujourd’hui recensés.
Malgré tout, la confiance des consommateurs n’a jamais été aussi durablement affaiblie et, quoiqu’il en soit des démonstrations de puissance, les perspectives économiques du pays sont à la peine. Il est vrai qu’en Chine comme ailleurs, les robots ne font ni l’emploi ni les salaires et que les voyages interstellaires s’exportent mal. Cela fait toute la différence en matière de perspectives de croissance du PIB. Mais à l’heure où les avancées économiques sont avant tout perçues à travers le prisme des innovations technologiques, est-ce vraiment la priorité du moment ?

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Les bourses européennes à l’épreuve de la perte du soutien de la BCE et de la Pologne

Le meilleur de la performance des bourses européennes est-il dépassé ? Après un début d’année exceptionnel, simultanément porté par les baisses de taux directeurs de la BCE et des initiatives budgétaires inédites en faveur de la défense et des infrastructures, les investisseurs pourraient se montrer plus exigeants avant de s’engager davantage sur les valeurs européennes. Les valorisations, maintenant normalisées, sont moins attractives et, quand bien même l’effet des programmes de défense est d’ores et déjà palpable dans un certain nombre de secteurs et de pays, les promesses en matière de politiques publiques mettront, au mieux, du temps avant de porter des fruits plus conséquents, dans un contexte international bien peu porteur. L’ambition d’élever les budgets de la défense à 5 % du PIB n’est guère accessible aux Européens, à court de ressources de toutes sortes et, depuis les élections polonaises, également à court de soutien politique.

Le coût des programmes militaires inquiète les consommateurs, qui en payent déjà une partie des frais avec la remontée des taux à long terme.
Dans un tel contexte, la pause dans le processus d’assouplissement monétaire de la BCE pourrait faire toute la différence pour les marchés européens. Si les baisses de taux reprennent éventuellement d’ici la fin de l’année, ce sera, selon toute vraisemblance, pour faire face à un environnement plus adverse, potentiellement menacé par une économie américaine vacillante. Il faudra, dès lors, plus de garanties d’un changement réel de régime de croissance en zone euro pour convaincre les investisseurs du potentiel de hausse additionnelle des bourses régionales.

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Quelle attitude attendre des banques centrales face aux tensions sur les taux longs ?

La situation sur le marché de la dette américaine s’est envenimée après la baisse de la notation de l’agence Moody’s de vendredi dernier et les taux à 30 ans ont franchi le Rubicon en milieu de semaine, pour s’établir temporairement près de 5,15 % jeudi. Si le vote, de justesse, du méga programme de baisses d’impôts républicain par la Chambre des représentants a fini par emporter la confiance des investisseurs, le contexte n’en reste pas moins tendu et la menace d’un regain de volatilité des marchés de taux et d’actions toujours présente.
L’intensification des tensions obligataires sur le marché américain s’est répandue comme une traînée de poudre dans le reste du monde développé ces derniers jours, avec pour résultat une montée généralisée des taux à long ou très longs termes, en Europe, mais également en Asie, Japon en tête de gondole, où la situation déjà tendue depuis le début de l’année a pris un tour critique. Les rendements des JGB à très long terme se sont envolés depuis le début de l’année, à quasiment 3 % pour les 30 ans, un record.
La poudrière ouverte aux Etats-Unis essaime, donc, et, s’il est une leçon à retenir de ces derniers jours, c’est que les choses vont vite.
Signe de défiance généralisée face aux dérives budgétaires imposées tant par les politiques de défense que par les réponses aux menaces protectionnistes américaines, dans un contexte d’incertitudes persistantes sur les perspectives d’inflation, les explications, outre les facteurs fondamentaux, ne marquent pas pour justifier la multiplication des foyers de tensions obligataires à travers le monde.

Les banques centrales ne peuvent, à l’évidence, ignorer ce changement de contexte. Dans quelle mesure celui-ci interfèrera sur leur choix de politique monétaire est, toutefois, encore très incertain et, probablement, variable selon les cas.

Une chose semble pourtant sûre : les tensions sur les taux à long terme aujourd’hui observées ne sont pas le reflet d’une amélioration des perspectives de croissance économique mais traduisent une double perte de confiance : 1) dans la maîtrise des comptes publics par les gouvernements 2) dans la capacité des banques centrales à contrôler l’inflation à terme. Des conditions qui devraient conduire ces dernières à réagir par plus de vigilance, tant du moins qu’elles en ont la latitude. C’est précisément l’enjeu de la préservation de leur indépendance. Une question qui pourrait ne pas toucher seulement la Fed aujourd’hui.

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C’est du côté des Treasuries que l’histoire se joue

Conforté par l’accord du 12 mai entre Pékin et Washington, l’apaisement des relations commerciales entre les Etats-Unis et le reste du monde a réduit, comme on pouvait s’y attendre, les inquiétudes majeures sur les perspectives économiques internationales. Plus inattendue a été la réaction des marchés sur les anticipations d’inflation. En dépit de la réduction drastique des tarifs douaniers sur les importations américaines de biens chinois et des bons chiffres d’inflation américaine du mois d’avril de cette semaine, les anticipations à terme d’inflation des marchés se sont tendues. Dans leur sillage, les taux d’intérêt sont remontés et les perspectives d’une première baisse des taux directeurs de la Fed ont été repoussées à l’horizon septembre ou octobre, ne laissant plus beaucoup d’espace pour un assouplissement d’envergure de la politique monétaire cette année. S’il n’y a rien de fondamentalement surprenant dans ces évolutions, l’évacuation des risques conjoncturels majeurs et, avec eux, financiers, justifiant, en effet, d’avoir des perspectives de taux d’intérêt moins pressurisées, la question est dans l’ampleur des mouvements observés. C’est bien là que le bât blesse, avec des taux d’intérêt très supérieurs à ce que suggèrerait le retour à une situation d’équilibre.
Les taux d’intérêt à long terme américains, ceux auxquels se finance l’État fédéral sont, en l’occurrence, à deux doigts des niveaux connus en 2023, quand régnait encore un très fort degré d’inquiétudes sur les perspectives d’inflation. Or, ces dernières se sont considérablement atténuées depuis. C’est donc une remontée de taux d’intérêt réels qu’expriment les tensions sur les conditions de financement de l’État fédéral américain, en particulier sur ses engagements à très long terme, avec des taux d’intérêt implicites réels à 30 ans sur des niveaux records ces derniers jours.

Une telle situation est, naturellement, loin d’être anodine. Elle nous renvoie tout à la fois à la montée de la défiance des investisseurs à l’égard des actifs américains, aux inquiétudes en présence sur l’évolution à venir du dollar, dont D. Trump dit vouloir se débarrasser de son rôle de monnaie de réserve internationale, mais, également, aux conséquences d’une telle situation pour l’économie et les marchés américains et mondiaux. Enfin et, peut-être surtout, elle nous renvoie au précédent de la période Reagan.

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Alibis et vieilles ficelles sur les marchés

La politique spectacle du président américain à laquelle on attribue la météo des marchés continue à monopoliser les devants de la scène internationale. L’accord commercial conclu ce jeudi entre D. Trump et K. Starmer serait donc à l’origine de la bonne humeur retrouvée des investisseurs en cette fin de semaine. Non pas que celui-ci concerne un partenaire de première importance, ni que le défi soit de taille, le Royaume-Uni étant l’un des rares pays à l’égard duquel les Etats-Unis dégagent un excédent commercial, mais parce que cet accord apporterait la preuve de la bonne volonté américaine et de l’issue favorable des négociations dès lors que ces dernières seraient engagées. Il y aurait, donc, de quoi rassurer sur les développements à venir, avant les rencontres suisses de ce week-end entre D. Trump et Xi-Jinping et alors que l’Europe dévoile -en toute discrétion- son plan de représailles aux annonces du « Liberation Day » en cas d’échec des négociations.

Les investisseurs en auraient ravalé sans sourciller, la mauvaise nouvelle d’une Fed plus cabrée que jamais sur sa posture de statu quo dont les propos de son président ont chassé l’éventualité d’une possible baisse de ses taux en juin, sur laquelle les marchés semblaient, pourtant, avoir bâti tous leurs espoirs ces dernières semaines.

L’ensemble, convenons-en, peine à convaincre et incite à aller chercher plus loin les raisons de leur apparente résilience.

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La Fed peut-elle répondre aux sirènes des marchés sans se déjuger ?

Probablement pas dès mercredi prochain, malgré la mauvaise tournure de la conjoncture économique américaine. Quel que soit le son de cloche officiel qui tente de faire passer la contraction du PIB du premier trimestre pour une bonne nouvelle, celle d’une économie d’une rare vigueur, qui justifierait l’envolée des importations…, les données du mois d’avril sont, elles, sans ambiguïté. Le choc des tarifs est bel et bien en train de ruiner les consommateurs et bon nombre d’entreprises, comme en témoignent nombre d’informations récentes, en dépit d’un rapport sur l’emploi encore respectable en avril. La Fed aurait, sur ce front, de bonnes raisons d’envisager de baisser la contrainte monétaire. Malgré tout, les menaces autour des perspectives d’inflation sont de taille. Non seulement, les prix du PIB du premier trimestre n’étaient pas du tout conformes aux attentes de la Fed mais les pénuries de biens chinois dans les rayons des distributeurs et détaillants et les répliques de l’Empire du Milieu sur les terres rares ou autres exportations sensibles, sont largement en mesure de créer des tensions sur l’offre productive. Les consommateurs américains ne s’y trompent pas, qui envisagent à 7 % l’inflation d’ici un an selon le Conference Board.
En baissant ses taux dans de telles conditions, la Fed risquerait, à l’évidence, de se déjuger, ce qui aurait pour conséquence probable d’entrainer le dollar à la baisse et d’accroître la défiance à son égard, avec pour effet probable de tendre les conditions de financement à long terme du Trésor. À ce titre, les membres du FOMC ont sans doute en mémoire les conséquences de leur erreur de casting du mois de septembre et son impact assez malvenu sur la partie longue de la courbe des taux. Jamais auparavant, en effet, l’amorce d’un cycle de baisse des Fed Funds n’avait induit de telles remontées des taux à 10 ans… En cherchant le cas échéant à satisfaire les attentes de D. Trump, J. Powell risquerait, précisément, de provoquer l’inverse, dans un contexte d’ores et déjà très sensible.
Il est, de fait, assez peu vraisemblable que la Fed crée la surprise mercredi prochain. La probabilité implicite qu’elle baisse ses taux recueille, d’ailleurs, moins de 10 % sur les marchés. Ces derniers anticipent, malgré tout, à 60 % une baisse des taux directeurs à l’occasion du FOMC du mois de juin. C’est sur ce dernier point que la communication de J. Powell sera appréciée lors de sa conférence de presse. Dans quelle mesure pourra-t-il s’engager ?

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Des valeurs bancaires aux cycliques européennes, un chemin sinueux

D. Trump recule, la BCE conserve un cap accommodant, l’Europe se mobilise pour sa défense et ses infrastructures et, malgré les menaces, la conjoncture mondiale semble résister. Que faut-il de plus pour remettre les bourses européennes sur les rails sur lesquels elles évoluaient avant le 2 avril ? Malgré le désordre provoqué par la guerre commerciale, les indices européens ont continué à surperformer les bourses mondiales, valeurs cycliques toujours privilégiées bien que malmenées, et la pause de 90 jours dans les tarifs douaniers annoncée le 9 avril produit ses effets. Après un rebond unanime au son du canon, les investisseurs ont retrouvé de l’appétit pour les valeurs cycliques au cours de la semaine écoulée. La voie ouverte par les valeurs bancaires finira-t-elle par embarquer les autres secteurs traditionnellement les plus cycliques de la cote ? C’est la principale question qui s’adresse aujourd’hui aux investisseurs, dans un contexte tout à la fois chamboulé par D. Trump et disloqué par une trop longue période d’anémie de croissance.

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L’or à l’aveugle : l’impossible valorisation de l’actif, aujourd’hui, le plus sollicité

Que les arguments mis en avant pour justifier l’envolée des cours de l’or et envisager que le mouvement se poursuive ne manquent pas, ne suffit pas à appréhender ce marché en toute limpidité. Si nous avons régulièrement mis en avant les qualités du métal précieux depuis la crise de 2008 et, plus encore, avec la généralisation des pratiques quantitatives des banques centrales, les déconvenues n’ont pas manqué. Les relations, à première vue les plus solides, sur lesquelles s’appuyaient ces analyses ont, en effet, souvent été mises en défaut. Parmi celles-ci, la corrélation entre le métal précieux et l’inverse des taux d’intérêt réels américains a, notamment, volé en éclat et, avec elle, la capacité de justifier les évolutions du cours de l’once observées depuis 2022. Cette faille n’a pas découragé les stratégies convaincues du potentiel de hausse des cours, du reste, largement validées depuis. Elle n’en reste pas moins un sujet que l’analyste ne peut passer sous silence au moment où le métal jaune bât records sur records. Avec une envolée de 27 % depuis le début de l’année, l’once d’or est de très loin l’actif le plus performant jusqu’à présent cette année. Jusqu’où peut encore aller ce mouvement et quels messages en retirer ? Les réponses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le penser.
L’once d’or à prix constants, corrigée des prix PCE américains, a battu en mars son précédent sommet historique de janvier 1980 et semble bien partie pour établir un nouveau record absolu en avril. Tel n’est pas encore le cas, toutefois, pour ce qui concerne son prix réel exprimé en dollars de 1980-1982, base de l’indice CPI des prix à la consommation aux Etats-Unis et seule information disponible sur très longue période. Quand bien même la Reserve Fédérale américaine privilégie le PCE au CPI parmi les critères d’inflation, sans doute faudra-t-il attendre la validation du franchissement du précédent record des prix réels sur la base du CPI avant de pouvoir confirmer le caractère inédit de la situation actuelle. À partir de là, se posera avec plus d’acuité la question de ce que représente ce nouveau paradigme en termes de potentiel de hausse additionnelle des cours de l’or et des critères d’appréciation sur lesquels s’appuyer.

Le point d’arrivée pourrait-il, par exemple, être celui de la normalisation des cours de l’or relativement à l’indice S&P500, auquel il est souvent comparé, vers sa moyenne de long terme, soit potentiellement deux fois son niveau présent ? Force est de reconnaître que nous n’avons pas la réponse et que l’absence de repère inhérente à une situation inédite actuelle nuit, en retour, à la crédibilité de l’hypothèse et à l’importance à donner aux conclusions, à certains égards, par trop subjectives.

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