Un rapport sur l’emploi contrariant

Avec 172 K nouveaux postes créés en mai après 179 K en avril, l’économie américaine a retrouvé le chemin des créations d’emploi, conformément à ce qu’avaient déjà signalé les données de l’ADP mercredi. Les créations du seul secteur privé non-agricole ont été révisées en hausse de 123 K à 177 K en avril et progressent moins vigoureusement en mai, 120 K en première lecture, mais sur une base beaucoup mieux répartie qu’au cours des derniers mois. Sauf les services financiers et, dans une moindre mesure, l’information, le commerce et les transports, tous les secteurs économiques ont participé à l’amélioration des résultats du mois de mai, activités de loisirs/restauration et emplois publics, sinon fédéraux, en tête, suivis par la santé, la construction et l’industrie manufacturière.

Fort heureusement pour K. Warsh, le taux de chômage ne baisse pas, à 4,3 %, et le taux de salaire annuel décélère encore de deux dixièmes, à 3,4 %. À y regarder de plus près, néanmoins, il se pourrait bien que ces deux éléments de sauvetage, pour un président de la Fed partisan de baisses des taux directeurs, ne soient plus au RDV d’ici peu. D. Trump pourrait se féliciter de ces bons résultats mais telle n’est pas sa préoccupation première aujourd’hui, qui vise avant tout à contenir le coût d’une dette fédérale incontrôlée et de plus en plus onéreuse.
Manifestement, le nouveau président de la Fed aura du mal à satisfaire à cette urgence. Les taux futurs se sont de nouveau tendus à la publication de ce rapport et, sur les marchés, les anticipations de remontées des taux directeurs risquent décidément de conserver un vent de poupe dans les prochaines semaines.

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L’IA source de fragmentation de plus en plus profonde des marchés

La fulgurance des développements de l’intelligence artificielle prend au dépourvu la plupart des observateurs. Si nul ne peut nier son essor universel dans quasiment toutes les strates économiques, prédire ses conséquences reste un exercice hautement incertain, soumis à de nombreuses questions et débats, tant économiques que sociétaux : jusqu’où ira le phénomène, combien de temps avant qu’il entraine, éventuellement, dans son sillage un sursaut généralisé de la productivité, pour quels bénéfices, à quels coûts ou risques, vit-on une révolution au sens schumpétérien, et sinon ?…
Les interrogations, à juste titre, foisonnent. Les marchés s’encombrent rarement, néanmoins, de ces questions. L’histoire de l’IA est devenue celle des semi-conducteurs dont les ventes mondiales se démultiplient au gré de la propagation de ses applications qu’aucun autre secteur économique ne peut égaler, ce qui en fait un incontournable pour les investisseurs.

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Les banques centrales face à l’envolée des taux longs

Les tensions renouvelées sur les taux de financement de ces dernières semaines ont remis la question au cœur des préoccupations de marché. Après une année 2025 de relatif apaisement, les rendements à dix ans des obligations d’État ont renoué avec la tendance haussière qui était la leur entre 2021 et 2024, comme le laissait pressentir l’ascension sans répit de leurs équivalents à très long terme, à 30 ans notamment. Les taux longs ont, ainsi, retrouvé dans le courant du mois de mai des niveaux qu’ils n’avaient plus connus depuis presque un quart de siècle. Jusqu’où peut aller ce mouvement est incertain mais une chose est sûre, les arguments en faveur de leur renchérissement persistant ne manquent pas, à court terme, ainsi que détaillé dans notre HDV du 8 mai, comme à plus long terme, dans un monde aux ressources saturées, confronté à des ruptures démographiques qui exacerbent les déséquilibres entre capacités et besoins de financement.

Comment les banques centrales appréhendent-elles ce changement d’environnement ?
Ces dernières ne sont pas des plus prolixes sur le sujet mais on peut légitimement penser qu’elles observent de très près ces développements. Or, il existe de nombreuses façons d’appréhender ce nouvel environnement, avec des incidences potentiellement majeures sur la gestion des politiques monétaires et des conséquences concrètes sur les perspectives économiques et financières, qui valent largement qu’on y prête attention.

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L’inflation tourne au rouge vif, la volatilité des changes suit : où sont les risques ?

Dans le sillage des publications récentes, nous reprenons cette semaine le moniteur de l’inflation que nous avions construit en 2020. Laissé pour compte depuis 2023, ce tableau de bord des principaux déterminants de l’inflation aux États-Unis et en zone euro apporte une vision synthétique des tendances en cours qui complète utilement les conclusions de notre Baromètre Macroéconomique Global (BMG). Ce dernier s’est notablement redressé depuis deux mois et préfigure selon toute vraisemblance une accélération de l’inflation des pays de l’OCDE d’ici l’été, à un rythme qui n’a, d’ores et déjà, plus grand-chose à envier à celui connu en 2021.

Centré sur les Etats-Unis et la zone euro, notre moniteur permet d’affiner l’analyse, avec un spectre plus large de données, couvrant tout à la fois les prix constatés et les principaux déterminants de l’inflation. Les résultats de cette mise à jour sont on ne peut plus clairs. Aux Etats-Unis comme en zone euro, les indicateurs sont au rouge, la plupart rouge vif à une exception près : les salaires. Ces derniers ne tarderont vraisemblablement pas à suivre, ne serait-ce que par les mécanismes d’indexation encore existants, relayés par l’effet inflationniste des pénuries d’emplois qualifiés dans de nombreux secteurs et pays. Dit autrement, la mécanique inflationniste est enclenchée et mettra, même dans le meilleur des cas, du temps à s’inverser.

De telles perspectives ont de nombreuses implications, parmi lesquelles des ajustements d’ampleur des politiques monétaires à venir qui s’accompagneront inévitablement de turbulences sur les marchés des changes. Quelles devises sont les plus à risques et réciproquement ?

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Les taux longs peuvent-ils échapper à un renchérissement d’ampleur ?

Le diagnostic a rarement occupé une place aussi importante dans l’élaboration des perspectives, tout à la fois économiques et financières. Les taux de financement à long terme sont-ils promis à remonter ou peuvent-ils encore échapper à une hausse substantielle ? Malgré le regain de tensions de ces derniers jours, le sujet divise, tant parmi les économistes qu’entre ces derniers et les investisseurs, au point de faire vaciller les convictions des plus convaincus.
Notre scénario privilégie de longue date et avant le conflit en Iran une remontée des taux de financements internationaux. Y-a-t-il de bonnes raisons de remettre cette perspective en question ?

Les taux à terme, rappelons-le, se forment à partir de trois principaux déterminants 1- l’anticipation des taux courts, sur lesquels les banques centrales conservent largement la main 2- l’évolution de l’équilibre offre-besoin de financement, ou épargne–investissement, résultat du comportement des agents privés et publics et des capacités de financement extérieur entre l’offre et la demand3de financement (épargne/investissement) 3- la perception des risques par les investisseurs qui mobilisent leur capital sur une période longue : c’est la prime de terme, fonction de la qualité de signature de l’emprunteur, du risque d’inflation, enfin, et surtout, de la confiance dans la capacité des banques centrales à maîtriser cette dernière ou à intervenir sur les marchés pour en influer les prix.

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Illusoire résilience des bourses émergentes face à l’enlisement en Iran

Après avoir trébuché dans le sillage de l’éclatement du conflit iranien, l’indice MSCI émergent a récupéré sans mollir ses pertes du mois de mars, retrouvant en milieu de semaine ses niveaux de la fin février. Cette apparente solidité n’est pourtant pas aussi convaincante qu’elle paraît.

Deux mois après le début des frappes israélo-américaines en Iran, l’environnement financier du monde émergent n’a plus grand-chose à voir, en effet, avec la situation qui prévalait au cours des deux premiers mois de l’année, durant lesquels l’engouement des investisseurs en leur faveur a connu un niveau rarement égalé.
La guerre et ses effets sur la demande et les prix des hydrocarbures ont redistribué les cartes et chamboulé la hiérarchie des performances. Très dépendants de leurs importations énergétiques, les pays d’Asie qui avaient retrouvé un vent de poupe depuis l’automne 2025, payent un lourd tribut à la crise iranienne, tandis qu’à l’inverse, l’Amérique latine, particulièrement bien positionnée pour profiter d’un monde à court de ressources, figure parmi les grands gagnants potentiels de cette rupture.
Les indices synthétiques résument mal ces distorsions, que révèlent des écarts de performances typiques des périodes de crise ou de bouleversements majeurs, aujourd’hui comparables à ce qu’ils étaient fin 2022, à l’occasion du dérapage inflationniste mondial, ou encore en 2020 lors de la première vague de covid.

S’il est probable que ces écarts se réduisent à relativement brève échéance, il se pourrait que ce ne soit pas dans le sens espéré. La crise qui se profile face à l’enlisement de la situation en Iran, n’épargne aucun pays, des consommateurs aux producteurs de matières premières, aux structures économiques souvent fragiles et hautement sensibles au risque d’inflation.

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Retour à la case départ pour les marchés

Voilà qui est fait. Les investisseurs n’ont pas attendu la confirmation d’un accord entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël pour saluer le cessez-le-feu par de nouveaux records boursiers. L’indice phare de la bourse de New-York, le S&P 500, a terminé la séance de mercredi à un niveau supérieur à ses records de janvier-février. Les stratèges nous l’avaient bien dit : « depuis cinquante ans, toute chute des bourses liée aux épisodes de guerre a systématiquement donné lieu à un rattrapage à peu près aussi rapide que la correction ». Dont acte. Les économistes n’ont qu’à manger leur chapeau, guerre ou pas, les actions montent, c’est presque dans l’ordre de choses…

Des cours du baril quasiment deux fois plus élevés qu’avant le conflit n’ont donc aucune importance ? Nous avons tenté de débroussailler cette question, et la réponse est, effectivement, presque affirmative… à quelques détails ou conditions près qui pourraient faire toute la différence, sinon pour l’appétit immédiat des investisseurs pour le risque, du moins pour la formation ou l’amplification des déséquilibres d’un peu plus long terme.

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Guerre d’Iran – les scénarios de l’après

L’élaboration de scénarios au beau milieu d’une situation de crise n’est jamais un exercice aisé ou dépourvu de risques de commettre d’importantes erreurs d’appréciation, surtout quand la principale source d’aléas est humaine. Se plier à cet exercice permet néanmoins de mettre en avant les interactions et conséquences les plus plausibles dans différents cas de figure qu’évoque la situation en présence et de s’y préparer en meilleure connaissance de cause.
Trois semaines après le début des frappes américano-israéliennes en Iran, l’hypothèse d’un conflit éclair, sans conséquences internationales majeures, est déjà dépassée. Les ressources militaires de l’Iran et sa capacité de nuisance sur l’approvisionnement pétrolier mondial annoncent un conflit, potentiellement, beaucoup plus long qu’initialement prévu, aux conséquences plus profondes, que ce soit sur le front économique et financier ou géopolitique.
L’envolée des cours des hydrocarbures des trois dernières semaines modifie déjà les perspectives d’inflation de l’année à venir et, dans leur sillage, celles des taux d’intérêt. Les risques inflationnistes sont d’autant plus importants que les effets du choc de 2022-2023 ne sont pas totalement résorbés et que les chances d’un retour des cours du pétrole sur leur niveau d’avant le 28 février paraissent particulièrement faibles, même en cas d’arrêt rapide des hostilités.
Simultanément, le temps politique est compté. Les élections de mi-mandat américaines en ligne de mire, sont en mesure de faire bouger les lignes et postures de part et d’autre. Le président américain n’a aucun intérêt à voir ce conflit s’éterniser à quelques mois de cette échéance qui se présente déjà très mal pour les républicains. Simultanément, les Iraniens, bien conscients de ce que représente cette échéance pour les Américains, ont bien l’intention d’en profiter pour faire monter les enchères sur leurs exigences.
C’est à partir de l’évolution possible de ces postures respectives que nous avons bâti nos réflexions et scénarios de travail, au nombre de trois.
1- Celui d’une résolution rapide du conflit fruit d’une volonté de D. Trump d’en finir au plus tôt, lequel malgré les incertitudes en présence, nous semble, encore, assorti de la plus forte probabilité, environ 50 %.
2- La probabilité d’un enlisement est, toutefois, loin d’être négligeable. Difficile à développer tant un tel scénario peut prendre différentes tournures, il évoque néanmoins la perspective d’un choc nettement plus important, tant en matière de perspectives d’inflation, que de récession et de bouleversements financiers. La probabilité subjective que nous accordons à cette éventualité est de l’ordre de 30 %.
3- Le dernier scénario repose sur l’hypothèse d’un assouplissement de la position iranienne, conséquence d’une volonté de dialogue, contre un certain nombre de concessions américaines. Affaiblissement militaire et/ou influence en sous-main de la Chine pourraient faire évoluer l’Iran. Il s’agit de l’hypothèse la plus favorable qui pourrait s’accompagner d’un retour du pétrole iranien sur le marché mondial et d’une décrue plus nette des cours du pétrole…

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