Le visage épanoui des premières secondes de sa conférence disait l’essentiel : M. Draghi allait nous apporter de bonnes nouvelles. Il n’a, de fait, pas retardé son plaisir, annonçant dès l’ouverture de son discours une série de mesures dignes d’un Super Mario. Tout y est…
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Draghi, renard, cigale ou tortue ?
Que retiendra l’histoire de l’actuel Président de la BCE : son côté rusé et flatteur, qui jusqu’à présent lui permit de contenter les marchés sans ne rien faire ; son côté cigale, se reposant essentiellement sur le labeur de son amie, la Fed ; ou la force tranquille de la tortue qui, sans la démesure de certains apparemment plus agiles, parvient toutefois à ses fins ? Un début de réponse pourrait venir de ce qui nous sera annoncé aujourd’hui, mais gare à l’usure.
France : les résultats d’enquêtes convergent… pour le pire
Les distorsions de la fin de l’année dernière entre les enquêtes PMI, prémonitoires de récession, et celles de l’INSEE, plutôt réconfortantes, se sont résorbées. Bonne nouvelle dans un premier temps, alors que les PMI rattrapaient leur retard, la convergence actuelle ne l’est plus : les enquêtes, quelles qu’elles soient, sont définitivement mauvaises. À cela deux raisons :
1/ le regain de frilosité des consommateurs,
2/ l’absence de redémarrage des exportations.
L’ensemble est préoccupant. Après une croissance nulle au premier trimestre, le retournement des indicateurs les plus récents accentue le risque de rechute ou de stagnation durable de l’activité. La prévision jusqu’alors relativement consensuelle d’une croissance de 1 % en moyenne cette année s’en trouve caduque : cette dernière aura vraisemblablement du mal à excéder 0,5 % ! Il s’agit d’une bien mauvaise nouvelle pour la France, comme pour le reste de la zone euro.
« Our currency, Your problem »
Les choses sont un peu plus claires depuis la conférence de presse de Mario Draghi : la BCE considère le niveau de l’euro comme un facteur de risque déflationniste. Elle devrait donc agir en conséquence, de manière vraisemblablement très mesurée dès le mois de juin, davantage par la suite, si nécessaire, ce qui sera probablement le cas.
Dans un contexte où la plupart des autres grandes banques centrales pratiquent des politiques de dépréciation de leur monnaie, l’immobilisme de la BCE n’était plus tenable. Il s’agit donc d’une bonne nouvelle. Mais ne nous y trompons pas, en agissant de la sorte M. Draghi tente de se battre à armes égales avec les autres banques centrales, il met donc des bâtons dans les roues de la Fed, la BoJ et la BoC, non l’inverse.
Productivité, la partie n’est pas gagnée, au contraire des anticipations
La faible croissance de la productivité qui caractérise les années récentes finira-t-elle par laisser place à un rebond structurel, à même de prolonger le cycle présent et d’alimenter la croissance des prochaines années ? C’est bel et bien ce que prédit le consensus, à grand renfort des scénarios de moyen-long termes développés par l’OCDE, le FMI ou autres organismes, tous prometteurs d’un essor considérable de la productivité de l’économie mondiale. Les arguments à l’origine de ces prévisions sont bien connus : abondance des profits des sociétés, révolution scientifique et technologique et gisements de croissance des pays émergents en constituent le fer de lance. L’ensemble permet d’entretenir des anticipations de croissance plus qu’honorables pour l’économie mondiale à horizon 2025 et au-delà et alimente les anticipations sur lesquelles se fondent, pour une large part, la valorisation actuelle des marchés d’actions.
Qu’en est-il au juste ?
Quand les Américains privilégient leur santé, la Fed peut-elle vraiment être satisfaite ?
Au premier trimestre, les Américains ont consacré plus de la moitié de la hausse de leurs dépenses de consommation à leur santé, soit une augmentation de 10 % en rythme annualisé par rapport au trimestre précédent. Sans cette accélération, la consommation réelle des ménages n’aurait pas progressé de 3 % comme publié avant-hier, mais de seulement 1,3 %, quant au produit intérieur brut, il n’aurait pas stagné mais se serait, toutes choses égales par ailleurs, contracté de 1,0 %.
L’analyse détaillée de ces chiffres, vient sans nul doute tempérer le regain d’optimisme consécutif à l’annonce d’une hausse de 4,6 % des dépenses de services au premier trimestre et à la publication du rapport encourageant sur l’emploi du mois d’avril. La Fed ne devrait pas y être hermétique.
Schizophrénie obligataire
Monteront, monteront pas ? L’incertitude sur l’évolution à venir des taux d’intérêt à long terme n’en finit pas, et l’impatience grandit, avec, toutefois, ce paradoxe : la crainte d’être surpris par une chute intempestive des marchés obligataires (soit une envolée des taux longs), face au désir contradictoire, de pouvoir, enfin, envisager une remontée de ces mêmes taux, qui viendrait signer une amélioration définitive des perspectives économiques. Alors que ces incertitudes animent le marché américain depuis déjà près d’un an, moment à partir duquel la Fed a laissé entendre une possible fin du QE, voilà que la Banque du Japon s’inquiète de l’absence de prise en considération du changement de contexte inflationniste du pays par le marché obligataire japonais, se disant préoccupée du risque que représenterait un réveil tardif de ce dernier. De tels commentaires ne manquent pas de surprendre…
Économie française, le croche-pied de trop
Huit à neuf pays de la zone euro sont probablement déjà happés par la déflation. Face à une telle situation, l’orientation de la politique économique sera décisive. La BCE ne prendra pas de sitôt les mesures d’envergure nécessaires pour contrer la propagation de ce fléau, c’est donc aux politiques budgétaires et fiscales qu’incombe cette responsabilité. En se pliant aux contraintes de la Commission Européenne, la France, prend le risque de précipiter son économie en déflation et avec elle l’ensemble de la zone euro.