La déflagration : suite…

Dans le contexte particulier que nous traversons, ce numéro de notre Humeur du Vendredi aborde trois sujets du moment.
1- Un contexte de marché, toujours, des plus critiques en pleine escalade de la guerre commerciale déclenchée le 2 avril et maintenant, crise de défiance accélérée à l’égard des Etats-Unis que révèle en particulier l’effondrement du dollar et l’envolée simultanée des taux d’intérêt à long terme américains.
2- Notre preview BCE, autant que faire se peut, dans un contexte éminemment incertain dans lequel les anticipations, les nôtres et celles des marchés, sont ballotées comme jamais.
3- Un point sur le programme de la coalition du futur gouvernement allemand, lequel fait la part belle à l’Europe.

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

2-avril : la déflagration

Si au lendemain du 2 avril, toutes les hypothèses ou presque sont sur la table, en particulier sur les réponses qu’apporteront les uns et les autres aux annonces du président américain, un certain nombre d’évidences s’imposent d’ores et déjà, parmi celles-ci :
1- La perspective d’une récession mondiale imminente, américaine, mais certainement asiatique et européenne également.
2- Celle d’une envolée de l’inflation américaine, selon toute vraisemblance au-dessus de 5 % d’ici l’été.
3- D’une Fed sous contrainte, dans l’impossibilité de jouer son rôle de bouclier avant d’avoir passé cette phase critique, sauf à être confrontée à un risque financier majeur, bancaire ?
4- D’un approfondissement plus probable que l’inverse de la crise financière internationale en cours.
5- L’ensemble ayant pour effet potentiel de raboter les marges de baisses d’impôts que l’administration américaine espère retirer de sa politique tarifaire, au risque d’être à court de moyens pour stopper l’hémorragie provoquée par le double choc économique et financier des annonces du 2 avril.
Il s’agit, en l’état, d’un ensemble des plus nocifs pour les perspectives mondiales, susceptible de provoquer des réactions imprévisibles tant sur le plan politique que géopolitique, et de l’assurance d’une volatilité durable sur les marchés financiers, qui n’épargnera vraisemblablement ni les actions, ni les obligations, les taux de changes et les matières premières d’ici l’été.
Selon nos premières estimations, le produit intérieur brut des pays industrialisés baisserait à minima de 0,5 % en moyenne cette année et celui du monde en développement n’augmenterait pas de plus de 2,5 %. Le choc réduirait, au total, de plus de moitié la croissance mondiale escomptée pour 2025, dans la région de 1 % à 1,5 %, au prix de distorsions d’inflation inhabituelles, malgré un total mondial revu en légère hausse en 2025, à 4,2 %, puis en baisse en 2026.

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

Perspectives trimestrielles : de l’enthousiasme compréhensif au principe de réalité

Le début d’année 2025 a été l’un des plus chargés sur le plan politique, géopolitique et économique depuis, au moins, la crise du Covid et, avant elle, celle de 2008 ou la chute du mur de Berlin. L’hostilité de l’administration américaine à l’égard des pays européens et son abandon militaire ont poussé les pays de l’Union européenne à revoir leur stratégie à la faveur de mécanismes de défense et d’investissements communs, impliquant, de facto, une intégration plus poussée des pays membres. Dans le même temps, en Allemagne, F. Merz, est parvenu à faire adopter en un temps record des dispositifs de soutien au rattrapage des infrastructures et un ajustement du bouclier à l’endettement susceptible d’autoriser jusqu’à 1,0 % de dépenses supplémentaires en faveur de la défense au cours des dix prochaines années. L’ensemble constitue une rupture de politique économique historique, avec un effort plus de deux fois supérieur à celui réalisé à l’occasion de la réunification allemande au début des années quatre-vingt-dix.


L’impact économique potentiel des dispositifs adoptés de part et d’autre est inédit. Toutes choses égales par ailleurs, les gains de croissance pour l’Europe dans son ensemble pourraient, en effet, dépasser 1 % au bout d’un an et avoisiner 2 % par an au cours des quatre prochaines années, offrant au continent européen des perspectives depuis longtemps inespérées auxquelles les marchés financiers ont répondu par un enthousiasme exceptionnel.
Les obstacles susceptibles de faire barrage à ces initiatives restent, malgré tout, nombreux. Le premier plan de relance de 2020, face au Covid, avait, déjà, été présenté comme une révolution pour l’Europe. Cinq ans après, ses effets concrets sont difficilement perceptibles. La guerre en Ukraine et, plus encore, l’absence de stratégie politique cohérente et suffisamment tracée en ont avalé les effets positifs escomptés. La capacité de faire d’initiatives contraintes et forcées une stratégie durable et efficace est, aujourd’hui, rendue plus incertaine encore dans un contexte international particulièrement hostile.
Les menaces de récession en provenance des Etats-Unis, celles du protectionnisme et les risques d’inflation ou de dépression qui y sont liés, les déficits de ressources de base et démographiques auxquels sont confrontés les pays européens, sont autant d’entraves qui obligeraient ces derniers à soulever des montagnes d’initiatives, de financement et de combats idéologiques supplémentaires pour rattraper vingt ans de sommeil profond. À quoi pourraient, dès lors, ressembler les perspectives 2025 et 2026 ?

Lire la suite…

ReArm Europe : what a call !

Le temps viendra, peut-être sans tarder, de possibles désillusions, erreurs, ou issues regrettables, mais les occasions sont suffisamment rares pour ne pas s’autoriser, pour l’instant, un certain satisfécit à l’égard des initiatives européennes. Jamais, exception faite de l’été 2012, l’idée que l’Europe se construit dans l’adversité n’aura été mieux vérifiée qu’en ce mois de mars 2025. Le pari n’était pas gagné, ne serait-ce qu’il y a quelques semaines, avant que nul n’imagine la tournure extrême que prendrait la politique américaine à partir du 20 janvier et, encore moins, que l’Europe en serait une des premières cibles. F. Merz, déjà dans les livres d’histoire avant d’être à la chancellerie, n’avait pas, non plus, dévoilé son nouveau visage.
La brutalité américaine a provoqué un effet boomerang. Sous le choc, les Européens sont parvenus à se souder pour apporter une réponse collective aux attaques en provenance de la nouvelle administration américaine et aux menaces de la Russie, au point, même, de renouer les liens avec les Britanniques, qui avaient quitté le navire de l’UE en 2020. Au-delà des moyens mobilisés – non le moindre des sujets…-, cette capacité retrouvée des membres de l’UE à reparler d’une même voix, moins une, de facto désuète, et à se fixer des objectifs communs et les moyens d’y parvenir, ont déclenché un regain d’espoir comme l’UE n’en avait pas connu depuis, sans doute, l’ouverture du marché unique.
Face à une population en perte de repères, trop souvent convaincue d’être dans le clan des perdants immobiles, plus occupés à multiplier les réglementations qu’à offrir une vision d’avenir, ces changements sont primordiaux pour redonner du sens à l’Union européenne, rassurer sur la réalité de son existence et sur sa puissance et tenter de rebâtir la confiance nécessaire pour déployer des moyens inédits dont elle a aujourd’hui besoin.
Les retombées économiques potentielles de ce qui est en cours sont inédites et, sur les marchés financiers, les changements sont déjà en train de s’opérer : surperformance sans précédent des bourses européennes par rapport aux américaines et du marché du crédit, réévaluation de la monnaie unique, que nombreux ne pouvaient qu’envisager ruinée au lendemain de la réélection de D. Trump ; remontée du niveau d’équilibre des taux d’intérêt, en phase avec l’amélioration du potentiel de croissance qui pourrait découler du bon déroulé de ces initiatives.

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

Le fol engrenage protectionniste s’emballe

Depuis le 20 janvier, les semaines s’enchaînent à un rythme effréné dans une course folle vers l’abîme, sans que l’on puisse prédire la forme que prendra ce dernier, ni ses conséquences, surmontables ou… cataclysmiques.
Les provocations de l’administration américaine ont fini par déboucher sur ce que l’on redoutait : la loi du Talion. C’est, donc, « œil pour œil, dent pour dent ». L’issue ne pouvait pas être différente face aux agressions unilatérales répétées qui ne laissent aucune porte ouverte au dialogue. Le jeu risque néanmoins d’embarquer les uns et les autres vers des terrains extrêmes qu’aucun, ni même son principal protagoniste, n’avait imaginés. A la logique du « je remonte mes droits de douanes, tu répliques, je frappe encore plus fort », les choses vont vite et la montée du mercure s’affole en territoires de moins en moins prévisibles.
L’engrenage protectionniste enclenché débouchera, c’est quasiment acquis, sur plus d’inflation. De quelle ampleur et avec quelles conséquences ? La réponse est encore inconnue, entre les mains des décisions politiques, à bien des égards imprévisibles, et, sans doute dans une moindre mesure, des banques centrales. A la seconde question : « Le choc de demande qui en résultera, suffira-t-il à éteindre le feu ? », nul ne peut, davantage, répondre, notamment parce qu’on ne sait prédire si une récession américaine permettrait de retrouver un cadre de gouvernance plus serein, ou l’inverse.
L’ensemble crée un environnement de rare imprévisibilité. Les chocs à venir de l’empilement des droits de douane et des changements tectoniques de la géopolitique mondiale, impliquent une remise à plat de la plupart des logiques productives et commerciales issues de trois décennies de mondialisation « heureuse », durant lesquelles l’accès aux marchés mondiaux des biens, des services, des matières premières et du capital n’a connu que les entraves ponctuelles de frictions passagères. Les ruptures en cours, on l’a bien compris, ne sont pas seulement tarifaires, elles vont bien au-delà, sans indiquer précisément dans quelle direction et jusqu’où.

Alors, les risques financiers montent en puissance. Comment pourrait-il en être autrement ? Au cours du mois écoulé, les indices américains ont enchainé les corrections avec à leur passif, une perte de plus de 7 % du Dow Jones et de 11 % du Nasdaq. Si les espoirs suscités par les initiatives européennes inespérées de ce début de mois ont efficacement mis à l’abri les valeurs européennes, on aurait tort de penser que les choses seront faciles. Les bouleversements à venir sont incommensurables. Il va falloir parvenir à se projeter dans un monde nouveau, au sujet duquel nous ne savons rien ou presque.

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

Face au changement de braquet des marchés américains, les atouts européens

Parmi les interventions les plus remarquées du nouveau secrétaire d’État américain au Trésor, celle du 6 février a marqué les esprits. Les taux d’intérêt à long terme américains pourraient-ils être durablement influencés par l’ambition de Scott Bissent d’en faire baisser le niveau, au détriment des facteurs qui président normalement à leur formation ? C’était peu crédible. C’est, pourtant, ce qu’a réussi l’administration américaine dont les réformes en cours commencent à instiller de sérieux doutes sur leurs effets sur la santé de l’économie américaine !
Conséquence, la réception par les marchés des annonces de l’équipe au pouvoir a changé de nature. Les menaces de droits de douanes, perçues comme inflationnistes tant que dominait le consensus d’une croissance infaillible, ont l’effet inverse dès lors que ce dernier vacille. Sans matelas de protection d’une croissance robuste, pas de place, en effet, pour des chocs de prix sans impact négatif immédiat sur la demande, ni, de facto, pour une préservation des marges des entreprises, qui se verront contraintes d’absorber une proportion plus importante des hausses de taxes à l’importation. Les enchaînements n’ont, ainsi, plus grand-chose à voir avec ceux qui prévalaient en tout début d’année : les taux d’intérêt refluent plutôt qu’ils ne remontent à l’annonce de hausses imminentes des droits de douanes et les actions trébuchent.
Après être nettement retombé depuis l’été, le risque de récession pourrait-il réapparaître ? C’est l’éventualité contre laquelle les investisseurs commencent à se couvrir, avec pour conséquence des ruptures de tendances de la plupart des classes d’actifs : repli du dollar, aplatissement de la courbe des taux, surperformance des valeurs défensives, regain de volatilité…
L’Europe a plutôt tiré son parti de cette configuration ces dernières semaines. De ce côté-ci de l’Atlantique, l’humeur des marchés est apparue -presque- au beau fixe en dépit des menaces en présence. Pour la première fois depuis longtemps les indicateurs de surprise économique y étaient mieux orientés qu’aux Etats-Unis. Les anticipations d’inflation se repliaient et les courbes de taux se repentifiaient.Les valeurs cycliques européennes ont de fait mieux résisté que les américaines, notamment portées par le déploiement d’un effort militaire sans précédent et les résultats de législatives allemandes qui augmentent les chances que le futur chancelier puisse former une coalition agileDans un tel contexte, les annonces de D. Trump sont tombées comme un couperet. La mise à exécution de droits de douanes à 25 % sur les importations européennes à partir du 1er avril est une nouvelle déclaration de guerre économique face à laquelle le Vieux continent est mal loti. Si la BCE peut parvenir à temporiser les effets en cascade de ces annonces, c’est du côté politique que se jouera la partie dans les toutes prochaines semaines.
You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

F. Merz, prochain Chancelier allemand, sera-t-il à la hauteur des enjeux en présence?

Selon tous les sondages, la CDU arrivera en tête de l’élection allemande de ce dimanche 23 février, au terme de laquelle Friedrich Merz devrait donc devenir le prochain chancelier. L’issue fait jusque-là peu débat. La véritable question est celle de l’ampleur de la poussée de l’AfD et de l’éventualité qu’elle apparaisse comme une force, sinon incontournable, du moins suffisante pour envenimer le climat politique et contraindre à une coalition trop large pour adresser les difficultés d’un pays, passé de locomotive à wagon de queue européen. Alors que son PIB peine à conserver son niveau d’il y a cinq ans, référence d’avant covid souvent mise en avant, le décrochage de l’économie allemande est plus ancien, marqué dès 2017 par le point haut de son industrie automobile, période depuis laquelle son déficit de croissance est de plus de 8 % relativement au reste de l’UEM, de 5,5 % par rapport à la France et de quasiment 4 % par rapport à l’Italie.

L’Allemagne, première économie de l’UE, fait ainsi figure d’homme malade dont l’avenir dictera sans aucun doute celui de la monnaie unique et de l’union européenne dans son ensemble.
Les enjeux du scrutin de dimanche vont bien au-delà des problématiques habituelles, en effet, dans un contexte international requérant une Europe plus forte que jamais qui ne peut être envisagée sans l’engagement plein et entier de la future coalition allemande. Les marchés jusqu’alors bien confiants dans sa capacité à faire le job voient-ils juste ?

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre

Les perspectives du monde émergent, sous le joug de la politique américaine

Après quatre années de chahut et de déconvenues récurrentes, à quelle sauce les pays émergents pourraient-ils être mangés par la nouvelle administration américaine : victimes attitrées ou, possiblement, rescapés ?
Plusieurs cas de figure aux conséquences très différentes, en même temps que très disparates selon les pays, se présentent, auxquels s’ajoutent depuis peu la perspective possible d’un terme à la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine depuis 2022. De quoi changer la donne ?

You need to be logged in to view the rest of the content. Veuillez . Not a Member? Nous Rejoindre