Baisse de 3 % des Fed Funds : Acte I de la fin de l’indépendance de la Fed

D. Trump ne relâche pas la pression sur la Fed, en particulier sur son président dont il cherche à se débarrasser par tous les moyens. Incriminé pour les dépenses engagées dans la rénovation des locaux historiques de l’institution qu’il dirige, J. Powell pourrait être limogé ou finir par démissionner avant le terme de son mandat. Quoi qu’il en soit, comme le dit D. Trump, il sera parti sous huit mois. Il fait peu de doute qu’il sera remplacé par une personnalité beaucoup plus proche du président américain, plus susceptible de répondre à ses injonctions ou désidératas sur la conduite de la politique monétaire.
L’indépendance de la FED, il faut s’y résoudre, vit probablement ses derniers temps et avec elle, le système monétaire international en présence. Il s’agit d’une rupture historique aux conséquences incommensurables pour les Etats-Unis et le reste du monde. À ce stade, le déroulé des enchaînements qui pourraient s’ensuivre est, en effet, impossible à prévoir, que ce soit à brève échéance ou à plus long terme. S’il est tentant d’envisager la fin du statut de monnaie de réserve du dollar, nul n’est pour autant en mesure de prédire précisément comment, à quel terme, ni par quoi le billet vert pourrait être remplacé. Chacun a, pourtant, en tête que le départ de J. Powell pourrait en être le premier déclencheur.
L’administration américaine a clairement fait savoir qu’elle souhaitait voir le niveau des taux d’intérêt abaissés très sensiblement. Ces dernières semaines, D. Trump a plaidé avec insistance en faveur d’une baisse de 3 % des Fed Funds, qui les ramènerait à 1,5 %. J. Powell ne se pliera pas à ces exigences et il est très improbable qu’il donne un quelconque signal dans cette direction à l’occasion des derniers FOMC qu’il présidera. Que pourrait-il se passer si son successeur suivait ces consignes à conditions économiques plus ou moins comparables à celles en présence ? Quels pourraient être les rouages de transmission d’un choix de politique monétaire éminemment inapproprié au regard des pratiques des cinquante dernières années ? Il est grand temps de débroussailler le terrain de ce que pourrait venir signifier l’Acte I de la fin de l’indépendance de la première institution monétaire.

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Quelles perspectives pour l’Asie hors Chine dans un monde protectionniste ?

Avant la Chine, les pays d’Asie du Sud-Est ont basé leur modèle de développement économique sur l’ouverture de leur économie à l’exportation. L’histoire a débuté avec les « Dragons » à partir du milieu des années quatre-vingt, rapidement rejoints par les « Tigres », alors que, sous l’impulsion américaine, les politiques d’ouverture et de libéralisation des échanges battaient leur plein. Le modèle consistait à profiter des avantages comparatifs qu’offrait l’abondance d’une main d’œuvre à bas coût pour asseoir l’essor de pays sous-développés et assurer, ainsi, une meilleure distribution des sources de croissance internationale. L’ascension des premiers a été fulgurante. De 5 % environ des exportations du monde émergent au milieu des années soixante, leur part s’est hissée à plus de 20 % dix ans plus tard, avant de culminer à plus de 40 % au milieu des années quatre-vingt-dix, avec, à la clé, les bases d’une élévation proportionnelle des niveaux de vie.
L’ouverture de l’économie chinoise, accélérée par son entrée dans l’OMC en 2001, a mis un coup d’arrêt à cette ascension. Les exportations chinoises se sont progressivement substituées à celles des premiers conquérants pour se tailler la part du lion dans les échanges mondiaux et la croissance économique de ces derniers, ponctuée de crises de surinvestissement, puis de plus en plus fréquemment, de crises politiques, s’est structurellement ralentie, malgré l’influence positive de l’essor de l’économie chinoise sur la région. Les plus précoces, qui étaient parvenus à se hisser à un niveau de développement comparable, voire supérieur aux standards du monde développé, sont progressivement devenus moins tributaires de leur commerce extérieur. De plus en plus tertiarisés, ils ont notamment assis la poursuite de leur essor économique sur des bases plus financières, à l’instar de Singapour ou de Hong-Kong, jusqu’en 2019 pour ce dernier. Les ressources de croissance des autres pays semblaient se tarir inexorablement. À partir de 2018, ces derniers ont, pourtant, profité de l’effet d’aubaine offert par la première guerre commerciale de D. Trump avec la Chine pour récupérer les parts de marché que cette dernière perdait sur le marché américain ; les exportations de l’Asie hors Chine à destination des Etats-Unis se sont, ainsi, singulièrement accélérées. Par ses sanctions à l’égard de l’Empire du Milieu, D. Trump redonnait au reste de l’Asie émergente un nouveau souffle qui lui permit, notamment, de compenser la croissance raréfiée des débouchés chinois. Le 2 avril a subitement confisqué cette bouée de sauvetage, avec des droits de douanes américains particulièrement élevés, à l’égard, non plus seulement de la Chine mais de la plupart des pays d’Asie, vis-à-vis desquels l’économie américaine avait creusé des déficits depuis 2018. Quel avenir envisager, dès lors, pour les pays de la région, coincés entre une Chine de moins en moins distributrice de croissance et un marché américain quasi-inaccessible ?

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Perspectives 2026 : 3 % sauvegardés pour le PIB mondial mais l’essentiel est ailleurs

A 3,1 %, notre prévision de croissance du PIB mondial a été révisée en légère hausse pour 2025 et 2026. Les victoires de D. Trump payeraient donc ! C’est le principal enseignement de ces dernières semaines. Iran, Otan, fiscalité et négociations commerciales : D. Trump est parvenu à ses fins. L’économie américaine en retirera quelques bénéfices à moindre frais et devrait pouvoir afficher une croissance de l’ordre de 2 % l’an prochain, après un second semestre 2025 en berne. La réforme fiscale devrait être en mesure de rattraper ce faux pas à partir du printemps 2026, un coup de pouce non négligeable… avant que la note ne se présente, à plus long terme, côté taux d’intérêt notamment.
L’économie chinoise semble en mesure, de son côté, de résister à des tarifs inférieurs à 30 %-35 %. Il lui sera plus difficile de contourner les tarifs américains que jusqu’alors et le protectionnisme mordra sur l’activité manufacturière. L’Empire du Milieu continue néanmoins à renforcer sa puissance dans les technologies d’avenir et l’énergie et déploie ses exportations en dehors des Etats-Unis à grand pas. Xi-Jinping tisse sa toile et profite du champ libre laissé par le désengagement américain à l’égard du monde émergent et du climat. La croissance devrait y rester inférieure à 5 % mais l’objectif est ailleurs, à la fois stratégique et diplomatique, à long terme.
Pendant ce temps, l’Europe boit la tasse. L’UE recule face à D. Trump, affronte l’agressivité de la compétition chinoise, promet de faire plus de chars mais moins d’environnement, délaisse sa recherche et se tire dans les pattes pour le budget à venir et bien d’autres sujets. Malgré l’offensive sur la défense et les infrastructures, la croissance de la zone euro dépassera de peu 1 % l’an prochain, selon nos estimations, pas mieux que cette année pour laquelle l’envolée irlandaise du premier trimestre sauve la donne. Pour la France et l’Allemagne, ce ne serait pas plus que 0,4 % en 2025 et respectivement 0,8 % et 1,2 % l’an prochain.
Notre scénario mondial se conclut, malgré tout, sur une note plutôt encourageante, également, moins préoccupante s’agissant des perspectives d’inflation. Les négociations commerciales en cours apaisent les risques d’une embardée de l’inflation aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, dans lequel, pour de nombreux pays, la guerre commerciale est synonyme de pressions déflationnistes plutôt que l’inverse.

Les banques centrales devraient, donc, retrouver un peu plus d’agilité. Du moins, là où leurs taux directeurs n’ont pas été déjà fortement abaissés, comme en zone euro où le spectre d’un retour à des taux zéro impose de la retenue, notamment face à l’imprévisibilité de ce qui peut se passer aux Etats-Unis. Les marges devraient être plus conséquentes dans de nombreux pays émergents dans lesquels les politiques monétaires ont conservé, hors Chine, un biais très restrictif.

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Le dollar ne valide pas le regain de confiance des marchés suite au vote du budget

Voilà qui est fait, la méga réforme fiscale de D. Trump est passée. Les bourses américaines n’ont pas attendu sa promulgation pour saluer ce succès et inscrire records sur records ces derniers jours, ni d’ailleurs, bien que dans une moindre mesure, les bourses européennes… Enfin, surtout, les valeurs du luxe, en tête de la performance des indices européens de ces derniers jours. Et pour cause, l’Amérique n’a pas connu de budget plus discrétionnaire que celui de D. Trump dans son histoire ; les valeurs du secteur lui doivent, donc, bien cet accueil, même avec des droits de douane et un dollar déprécié.
Les marchés de taux se sont montrés plus hésitants mais l’amélioration quasiment imparable des perspectives conjoncturelles que suggère cette réforme et les questions de financement qu’elle pose à plus long terme semblent avoir emporté la mise. Le reflux des taux de la dette du Trésor américain s’est interrompu dès le 1er juillet, à l’annonce de son passage au Sénat. Depuis, les rendements à 10 et 30 ans ont repris 10 à 15 points, pas grand-chose mais la direction est donnée, renforcée par une remontée un peu plus nette des taux à deux ans et des anticipations d’inflation.
Manque à ce panorama, néanmoins, le dollar dont l’indice ICE peine à retirer les bénéfices de ces changements. Ce constat interpelle, notamment, parce qu’il renforce l’idée d’une déconnexion du cours du billet vert avec les perspectives conjoncturelles, comme c’est le cas depuis le début avril, malgré le retour de la confiance qu’illustre l’envolée des bourses. Effet transitoire ou durable ? Au-delà des soubresauts de court terme, la réponse est sans doute pour une très large part dans les conséquences économiques de la réforme fiscale, en particulier dans sa capacité à restaurer des gains de productivité structurels, seuls à même de permettre d’en absorber le surcoût budgétaire à terme. La partie n’est pas gagnée.

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L’heure redevient-elle américaine ?

Le vent semble avoir subitement tourné en faveur de D. Trump depuis l’intervention « Midnight Hammer » du 22 juin en Iran. En dépit des critiques que suscitent la rupture de ses promesses de désengagement militaire des Etats-Unis, des coûts de l’opération, ou de l’opacité sur la réalité des destructions des sites nucléaires iraniens, l’action est perçue comme un succès ; en l’occurrence, le premier d’un mandat qui commençait véritablement à tourner en eau de boudin. L’occasion pourrait-elle créer les conditions d’un nouveau départ, tout à la fois plus favorable au président américain et à la confiance des investisseurs internationaux à son égard ?
L’hypothèse n’est pas dénuée de sens.

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Réussite italienne, à quel point ?

C’est bien connu, l’herbe est, toujours, plus verte ailleurs, surtout vu de France. C’est le message que nous renvoient de manière récurrente les analyses sur les performances économiques italiennes ces derniers temps, lesquelles sont souvent l’occasion de passer au pilori celles de sa voisine. Tour à tour, on y apprend :
– Que l’activité à l’exportation est en bien meilleure posture que celle de l’Hexagone.
– Que, notamment dopé par cette vigueur retrouvée sur le front du commerce extérieur, le PIB par tête italien a rejoint celui de la France et le taux de chômage ses plus bas historiques.
– Que l’Italie aurait su faire des prouesses budgétaires que la France est incapable de mener à bien, en témoigne la stabilisation de sa dette publique à 135 % du PIB l’an dernier, son niveau d’avant covid, après une envolée à 154 % en 2020, et l’écrasement persistant des spreads de taux italo-français de ces derniers mois.
Un ensemble dont il découle, forcément, un satisfecit quant à la politique menée par G. Meloni depuis son accession au pouvoir en octobre 2022.
Aucun de ces constats n’est totalement faux. Que la France fasse moins bien que la botte est sans doute un sujet pour la fierté hexagonale, à moins de se réjouir que le pays le plus mal en point des fondateurs de l’Europe depuis la création de la monnaie unique parvienne, enfin, à sortir la tête de l’eau, grâce notamment au changement de cap de la politique européenne à son égard et aux initiatives qui ont suivi. Encore faudrait-il que les faits valident les dires. Or, le diagnostic italien n’a rien d’exceptionnel, certainement pas en comparaison d’autres pays du sud, ni, même, par rapport à son voisin français, si mal en point qu’il soit. Alors, quelle est la part d’exactitude, de réels progrès et d’espoirs que l’Italie s’en sorte mieux dorénavant, voire d’éventuelles leçons que l’Hexagone pourrait retirer de l’expérience italienne ?

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Quand la réussite économique se mesure en nm, plutôt qu’en PIB par tête

Le sujet de la guerre commerciale continue de mobiliser l’espace médiatique et économique mondial, ce qui est bien naturel au vu des déflagrations que pourraient provoquer les décisions finales de D. Trump en matière protectionniste. C’est, pourtant, ailleurs que se joue l’histoire actuelle. En l’occurrence, sur le terrain d’un modèle de développement dans lequel la réussite ne se mesure plus en unité de PIB par habitant ou de progrès social mais en nanomètres de microprocesseurs, en nombre de brevets, réussites spatiales, sous-marines ou de tout autre prouesse technologique.
À ce jeu-là l’Europe n’est pas la mieux lotie et l’enjeu est devenu tellement essentiel que l’on ne peut que déplorer ses retards, notamment accumulés depuis le début de la décennie. Tel n’est pas le cas de la Chine, laquelle semble avoir trouvé dans l’opposition américaine la motivation pour redoubler de prouesses et de progrès tous plus fulgurants les uns que les autres.

Après avoir appris de la vague de transferts technologiques sans précédent des années fastes du début de la décennie écoulée, l’Empire du Milieu a conquis son indépendance et prend, maintenant, son envol. Les Chinois y trouvent la fierté d’un pays dorénavant capable de rivaliser avec les plus grands, non plus en matière de produits à bas coûts que lui autorisait, par le passé, sa pléthorique main d’œuvre peu qualifiée mais en innovations scientifiques et techniques les plus avancées dans chacun des domaines d’avenir les plus emblématiques aujourd’hui recensés.
Malgré tout, la confiance des consommateurs n’a jamais été aussi durablement affaiblie et, quoiqu’il en soit des démonstrations de puissance, les perspectives économiques du pays sont à la peine. Il est vrai qu’en Chine comme ailleurs, les robots ne font ni l’emploi ni les salaires et que les voyages interstellaires s’exportent mal. Cela fait toute la différence en matière de perspectives de croissance du PIB. Mais à l’heure où les avancées économiques sont avant tout perçues à travers le prisme des innovations technologiques, est-ce vraiment la priorité du moment ?

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Les bourses européennes à l’épreuve de la perte du soutien de la BCE et de la Pologne

Le meilleur de la performance des bourses européennes est-il dépassé ? Après un début d’année exceptionnel, simultanément porté par les baisses de taux directeurs de la BCE et des initiatives budgétaires inédites en faveur de la défense et des infrastructures, les investisseurs pourraient se montrer plus exigeants avant de s’engager davantage sur les valeurs européennes. Les valorisations, maintenant normalisées, sont moins attractives et, quand bien même l’effet des programmes de défense est d’ores et déjà palpable dans un certain nombre de secteurs et de pays, les promesses en matière de politiques publiques mettront, au mieux, du temps avant de porter des fruits plus conséquents, dans un contexte international bien peu porteur. L’ambition d’élever les budgets de la défense à 5 % du PIB n’est guère accessible aux Européens, à court de ressources de toutes sortes et, depuis les élections polonaises, également à court de soutien politique.

Le coût des programmes militaires inquiète les consommateurs, qui en payent déjà une partie des frais avec la remontée des taux à long terme.
Dans un tel contexte, la pause dans le processus d’assouplissement monétaire de la BCE pourrait faire toute la différence pour les marchés européens. Si les baisses de taux reprennent éventuellement d’ici la fin de l’année, ce sera, selon toute vraisemblance, pour faire face à un environnement plus adverse, potentiellement menacé par une économie américaine vacillante. Il faudra, dès lors, plus de garanties d’un changement réel de régime de croissance en zone euro pour convaincre les investisseurs du potentiel de hausse additionnelle des bourses régionales.

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