Quand bien même elle devrait remonter ses taux de 25 points de base demain, la probabilité que la BoE adopte un ton plus accommodant pour la suite a gagné du terrain depuis une semaine, et, plus encore, avec la publication des données d’inflation ce matin. En effet, celle-ci a atteint, en août, son plus bas niveau, à 6,7 %, depuis février 2022 et sa composante sous-jacente a perdu 0,7 point, à 6,2 %. A cela s’ajoute une déprime conjoncturelle de plus en plus palpable qui, comme en zone euro, influencera sans doute les décisions de politique monétaire, sur fond de dégradation accélérée du contexte immobilier. Si la rigidité des salaires contrarie quelque peu ce tableau, leurs évolutions mensuelles autorisent une plus grande confiance, dans un contexte de remontée du chômage.
Andrew Bailey avait annoncé il y a quelques semaines que la BoE se rapprochait de la fin des hausses de taux, il semble en mesure de le confirmer dès demain et de provoquer un ajustement des anticipations, jusqu’alors plus réservées que dans le cas de la BCE ou de la FED.

Author Archives: Thomas BAUER
BMG août 2023 – Déprime de rentrée
En août, notre baromètre global stationne en zone négative pour le quatrième mois consécutif, à -0,3. En dépit d’un léger mieux côté production industrielle et climat des affaires, l’indicateur est tiré à la baisse par les momenta de la consommation et des investissements. Lissé sur 3 mois, le momentum britannique chute brutalement. La Chine et la zone euro piétinent en territoire négatif tandis que les Etats-Unis et le Japon remontent en zone neutre. Notre indicateur d’inflation est moins négatif et regagne un peu de terrain, de -0,8 à -0,5.

Après les PIB en trompe l’œil, l’INSEE et l’IFO sonnent le retour à la réalité
Le PIB allemand, conformément à la première estimation publiée fin juillet, est ressorti stable au deuxième trimestre. Officiellement, l’Allemagne est donc sortie de la récession de la fin 2022/début 2023, le premier trimestre étant, par ailleurs, légèrement revu à la hausse, à -0,1 % contre -0,3 %. Maigre satisfécit néanmoins dès lors que la seule contribution positive des stocks explique ce résultat : les autres postes sont stables, voire en baisse pour les exportations. La situation n’est pas sans rappeler celle de la France où, a contrario, les exportations exceptionnelles ont permis une croissance de 0,5 % du PIB tandis que la demande domestique subissait une forte contraction.
Les climats des affaires de l’INSEE publié hier et de l’IFO, ce matin, pour le mois d’août, dressent sans doute un tableau plus fiable de la conjoncture en présence et celle-ci n’est guère rassurrante. Comme les PMI, ils confirment l’imminence d’une récession de plus en plus pesante sur les perspectives d’emploi. Il serait assurément temps que la BCE en prenne acte.

Sauf au Japon, les PMI plongent en août
Décidément ça ne s’arrange pas. Alors que les PMI manufacturiers continuent d’évoluer en zone négative, voire dépressive en Europe, les indicateurs des services rebaissent nettement dans la pluspart des pays à l’exception du Japon. Inflation et hausses de taux semblent commencer à peser davantage sur la demande des ménages et les entreprises rencontrent plus de difficultés à répercuter la hausse de leurs coûts dans leurs prix. Un mauvais mix alors que les tensions renouvelées sur les prix des intrants ne vont pas dans le sens souhaité par les banques centrales.
Les PMI européens se sont, au mieux, maintenus à de très bas niveaux sur fond de nette dégradation du côté des services. La croissance du deuxième trimestre, un peu supérieure aux attentes en zone euro et au Royaume-Uni, n’a donc pas été synonyme d’amélioration durable. Loin des données encourageantes des dernières semaines, les PMI américains renvoient l’image d’une conjoncture en net ralentissement. Finalement seul le Japon résiste. En l’absence de resserrement monétaire, le reflux de l’inflation semble aider le tertiaire à mieux tirer son épingle du jeu.

L’économie américaine à la merci de l’action publique
Au deuxième trimestre, le PIB américain progressé de 2,4 % en rythme annualisé, soit 0,6 % en rythme trimestriel, ce qui constitue une accélération par rapport aux 2% du premier trimestre. Néanmoins, cette accélération est surtout le fait d’une contribution nulle des variations des stocks, après leur franc repli en début d’année. La consommation privée et publique a, quant à elle, ralenti, les investissements résidentiels ont amplifié leur baisse et le commerce extérieur s’est nettement replié, la chute des importations compensant celle des exportations.
Seul l’investissement non résidentiel a donc nettement accéléré, porté, en partie, par les dépenses de structures ; plus précisément, par les investissements effectués par les entreprises manufacturières. Ceux-ci ont contribué à hauteur de 0,3 point à la croissance, soit un huitième de la hausse du PIB. L’IRA semble donc porter ses fruits, ce qui est indiscutablement un avantage pour l’économie américaine… qui risque cependant de ne pas plaire à la FED….

Les mauvais mois se succèdent pour l’IFO allemand, la construction en chute libre
En juillet, l’indicateur IFO de climat des affaires allemand a, encore, perdu un point et demi, à 87,3. Sa composante coïncidente s’est même repliée de presque deux points et demi, à 91,3. Seules les perspectives se sont maintenues à leur bas niveau de juin, soit 83,5. Comme les PMI, hier, ces données sont synonymes d’une poursuite de la récession entamée l’année dernière.
Au-delà de cette constatation générale, certains des chiffres en présence ont atteint des niveaux particulièrement bas, notamment dans l’industrie et, surtout, dans la construction. Les services et le commerce de détail ont été un peu mieux épargnés mais montrent quelques signes de contagion.

Premiers signes de baisse sur l’inflation britannique… Les taux allemands chutent !
Au Royaume-Uni, l’inflation a reculé de 0,8 point, à 7,9 %. Sa composante sous-jacente a quant à elle perdu 2 dixièmes, à 6,9 %, une première baisse depuis janvier. De plus, l’indice des prix « cœur » a, également, ralenti d’un mois sur l’autre. La normalisation des prix à la production et le très léger ralentissement des salaires pointent également vers une inflation un peu moins forte dans les mois à venir.
L’action de la BoE semble donc, timidement, porter ses fruits et cela rassure. Insuffisant au regard des objectifs de politique monétaire, ce ralentissement de l’inflation outre-Manche conforte les anticipations des marchés ailleurs : ce matin, sous l’effet des données britanniques et du discours de K.Knot, président de la Banque des Pays-Bas, les taux à deux ans allemands chutent de plus de six points de base à leur plus bas niveau depuis un mois.

Reflux net et sans bavures de l’inflation américaine, les taux d’intérêt retombent
L’inflation américaine a encore perdu un point en juin et a diminué de moitié depuis février, à 3 %. L’objectif des 2 % se rapproche, d’autant que, cette fois-ci, il n’y a pas vraiment de nuances à apporter à cette publication : l’inflation sous-jacente s’est repliée d’un demi point à 4,8 %, plus encore qu’espéré.
L’indice CPI total n’a augmenté que de 0,2 %, comme sa composante hors énergie et alimentaire, qui n’a plus connu d’évolution aussi faible depuis le début de l’année 2021. En rythme annualisé, cela correspond à une progression, pile, 2 %. Il suffit donc, maintenant, de garder ce rythme dans les prochains mois et l’inflation retournera vers la cible. C’est peut-être plus facile à dire qu’à faire mais amplement suffisant pour ne pas surcharger la barque du côté de la Fed. Conséquence, les taux d’intérêt retombent, perdant 8 points de base pour l’échéance à 10 ans et 14 pour l’échéance à 2 ans.
