L’approche d’une possible baisse des taux de la BCE réduira-t-elle les distorsions boursières ?

La hausse des indices européens s’est accompagnée de rares dispersions des performances sectorielles et d’écarts souvent exceptionnels entre les valeurs d’un même secteur depuis le début de l’année. Malgré le retour de la confiance des investisseurs, ce contexte a souvent créé un sentiment d’incertitude dans l’exercice des stratégies d’investissement, limitant, de facto, l’appétit pour le risque.

Plusieurs éléments sont susceptibles de justifier cette particularité dans un environnement économique et géopolitique, non seulement, des plus instables mais en profonde mutation. L’incertitude autour des anticipations d’inflation, des politiques monétaires et de taux d’intérêt a, néanmoins, sans conteste, joué un rôle de premier plan dans l’entretien de distorsions hors normes. Le changement de posture de la BCE de cette semaine, la révision en forte baisse de ses prévisions d’inflation et la perspective confortée d’une possible première baisse de ses taux directeurs en juin, sont-ils, dès lors, en mesure de changer cet état de fait et de rendre le marché à la fois plus harmonieux et plus lisible ?
Si l’on est, a priori, tenté de le penser, force est de reconnaître que la seule perspective d’un pivot de la BCE semble à ce stade un contrepoids insuffisant aux facteurs apparemment à l’œuvre derrière les anomalies en présence.

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La BCE pose les bases de possibles baisses de taux en juin : le CAC franchit les 8.000 pts

A ceux qui s’interrogent encore sur le rôle de prévisions économiques des banques centrales, la BCE apporte la réponse : les prévisions servent à donner des indications aux marchés sur leurs intentions. Et ces dernières sont on ne peut plus claires.
• La BCE révise de 0,8 % à 0,6 % sa prévision de croissance 2024 pour la zone euro : un niveau inférieur au scénario de la Commission européenne publié mi-février (0,8 %), inférieur-même à notre propre estimation du mois de décembre (0,8 %) et, du reste, assez largement contrariant par rapport au discours réconfortant qui l’accompagne.
• Surtout, elle confirme son satisfécit à l’égard de la tendance à la baisse de l’inflation et, là encore, privilégie un scénario plus favorable à un assouplissement monétaire que tout autre chose. Sa prévision d’inflation 2024 est, ainsi, abaissée de 2,7 % en décembre à 2,3 %, avec un retour à 2 % envisagé pour 2025. La BCE force clairement le trait sur ce point. Fin février, en effet, l’acquis d’inflation était déjà de 1,6 %, ce qui implique des hausses mensuelles de 0,15 % seulement au cours des dix prochains mois, au lieu de 0,21 % au cours de l’année écoulée. La hausse des prix du pétrole qui aurait, toutes choses égales par ailleurs, pu pousser la BCE à revoir en légère hausse sa prévision, semble être absorbée par une confiance surprenante à l’égard des forces désinflationnistes à l’œuvre, souvent mentionnées par la présidente de l’institution.

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Un petit coup de pouce à Mme Lagarde de la part de J. Powell ?

Le scénario du pire qui aurait été celui d’un J. Powell beaucoup plus réservé sur l’éventualité d’une baisse des Fed Funds cette année n’a pas eu lieu. Le président de la Fed n’a pas changé grand-chose à son discours devant le Congrès par rapport à ce qui était ressorti du dernier FOMC : la croissance économique reste robuste, les progrès sont notables en matière d’inflation mais méritent d’être confirmés avant que la Fed ne puisse baisser ses taux d’intérêt… sans doute plus tard dans le courant de cette année. J. Powell n’a donc pas remis en cause ce qui semble aujourd’hui le plus important pour les marchés, à savoir, la perspective d’une baissse des Fed Funds en 2024 que les récentes données en provenance de l’économie américaine commençaient à sérieusement mettre à mal.
Mme Lagarde aura-t-elle, pour autant, les moyens de saisir la balle au bond et de prendre un pas d’avance sur la Fed en laissant filtrer son intention de baisser ses taux directeurs d’ici l’été à l’issue du comité de politique monétaire de cette semaine ? Elle aurait toutes les bonnes raisons de le faire, dont celle de montrer qu’elle peut s’affranchir de la Fed, comme le recommandent bon nombre d’économistes ainsi que certains des membres du Conseil des gouverneurs, et, surtout, celle de manquer cruellement d’arguments pour maintenir sa rhétorique sur la nécessité de conserver des conditions monétaires durablement restrictives.

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Le grand retour de la Pologne dans l’UE, une nouvelle page européenne.

L’annonce a été plus rapide que prévu. Moins de trois mois après son retour à la tête de la Pologne en décembre dernier, l’ex-président du Conseil européen, Donald Tusk a obtenu l’accord de déblocage des fonds européens à destination de son pays : soit 137 milliards d’euros, équivalents à quasiment 20 % du PIB polonais de 2023. Le pécule est considérable pour une économie déjà sur la lancée d’un rattrapage accéléré depuis son adhésion à l’UE en 2004.

Il se décompose en 76,5 milliards de fonds de cohésion, la plus grosse dotation du budget 2021-2027 de l’UE, jusqu’alors gelée faute d’avancée sur le rétablissement de l’Etat de droit que les réformes du Pis avaient remis en cause ; auxquels s’ajoutent près de 60 milliards du plan de relance post-Covid. L’ensemble étant susceptible d’être mobilisé avant la fin du budget courant jusqu’en 2027, il pourrait s’agir de près de 5 % du PIB national pour chacune des quatre prochaines années, sans aucun doute, la plus forte contribution européenne à un pays membre depuis sa création.
Les conséquences pour la Pologne ont tout lieu d’être considérables. Sixième économie de l’UE, elle pourrait envisager de gravir la cinquième marche du podium à la place des Pays-Bas sous peu, quand bien même celle-ci est encore un peu haute. Avec une population de 38 millions de personnes, la cinquième de l’UE, il s’agirait toutefois d’un juste positionnement, à même de modifier en profondeur le jeu des équilibres en place.
Derrière cette accélération du temps, c’est la géopolitique, jusqu’alors, essentiellement absente du projet européen, qui semble pourtant prendre ses marques. La guerre en Ukraine, les menaces grandissantes de la Russie et la perspective d’une réélection de D. Trump, modifient peu à peu la donne et cette dernière peut difficilement se passer du rôle stratégique de la Pologne. Avec le retour de D. Tusk s’ouvre une nouvelle page européenne dont nul ne sait encore dire comment elle se remplira mais dont on semble en mesure d’affirmer qu’elle n’aura plus grand-chose de commun avec la précédente.

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Les marchés achètent les effets de base sur l’inflation… Quid des banques centrales ?

La réaction des marchés à la publication de l’inflation PCE américaine du mois de janvier est on ne peut plus claire : ces derniers se satisfont des évolutions annuelles des prix. Le reflux de la mesure de l’inflation privilégiée par la Fed de 2,6 % à 2,4 % et de 2,9 % à 2,8 % pour sa partie sous-jacente est, ainsi, saluée. Le détail du rapport est pourtant largement discutable, en particulier sur le front des prix des services dont les hausses mensuelles sont toutes en accélération, égales ou, plus systématiquement supérieures, à la moyenne de ces trois dernières années, à l’exception des transports.

Le constat n’est pas très différent en zone euro, où malgré l’absence de données désaisonnalisées, les évolutions mensuelles des prix de janvier et février restent très supérieures à ce qu’elles sont habituellement en cette période de l’année, en l’occurrence de même ampleur qu’en début d’année dernière.

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La FED parviendra-t-elle à baisser ses taux avant la présidentielle américaine ?

La question se pose avec de moins en moins de détours au vu de la tournure de la conjoncture américaine, quand bien même peu l’abordent, encore, aussi directement ; les marchés s’accrochent irrésistiblement à la perspective d’une détente monétaire et les économistes, dont nous sommes, rechignent dans leur majorité à leur montrer une voie radicalement différente, malgré la multiplication d’éléments contrariants depuis le début de l’année : rapport sur l’emploi, salaires, inflation, bourses…

Sans doute, la brutalité du changement de contexte explique-t-elle, en partie, cette réticence. Il n’est pas si facile d’abandonner ce qui a façonné les esprits depuis plus d’un an, surtout si la Fed elle-même, y semble très attachée et si le seul fait de ne plus pouvoir envisager de pivot pourrait créer une telle onde de choc sur les marchés que les anticipations de baisses des taux pourraient, illico, réapparaître…

L’affaire n’est assurément pas simple. Banques centrales et économistes tâtonnent mais reconnaissons que rien ne justifie plus de considérer qu’un scénario de baisse des Fed Funds s’imposera naturellement, ni au premier semestre ni, si cela se vérifie, probablement, au second. En l’absence de changement radical de la conjoncture et du contexte financier, les chances que la Fed baisse ses taux d’ici à l’élection présidentielle du mois de novembre deviennent, donc, de plus en plus faibles.

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Deutsche qualität, wo bist du ?…

… Ou, le manque stupéfiant de vision stratégique des Européens.

La menace d’une dépendance excessive de l’Allemagne aux exportations d’une industrie trop gourmande en énergie et en main d’œuvre, amenée à être dépassée par ses concurrents en développement, par le progrès technologique et par la démondialisation annoncée, n’a guère été prise au sérieux en Europe. Convaincus que les succès passés de l’industrie allemande indiquaient la voie de la réussite, les Européens ont plus souvent vanté les mérites de l’exemple allemand que l’inverse. Il fallait, pourtant, une bonne dose de naïveté pour penser que le modèle survivrait sur le long terme. Car, si l’industrie allemande a su tirer un grand parti de l’ouverture des frontières, le miracle s’est éteint dès les premiers temps de la raréfaction des échanges mondiaux, avec un coup d’arrêt à la croissance de la productivité industrielle, il y a, déjà, plus de dix ans.

Depuis, quand bien même la croissance du PIB allemand a plutôt mieux résisté que dans les autres pays à la politique de déflation compétitive imposée aux pays de la zone euro pour suivre le bon exemple, l’industrie manufacturière outre-Rhin n’a plus fait grand-chose, en effet. Une fois les déboires de la crise de 2008 épongés, la production n’a que ponctuellement été supportée par le surcroît de demande américain des lendemains de l’ouragan Harvey de 2017, avant de fléchir puis de crouler sous le double choc du covid puis de la crise énergétique de 2022. En décembre 2023, l’indice de production manufacturière était inférieur de 15 % à son record de 2017, de retour sur ses niveaux de 17 ans en arrière. L’heure de gloire du modèle allemand et, avec elle, l’ossature de la stratégie économique européenne, avait, alors, définitivement sonné. Quels sont donc les maux de l’industrie allemande et qu’envisager pour sortir de ce faux pas ?

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Les tribulations des marchés après les banques centrales et le rapport sur l’emploi américain

Malgré l’appel d’air créé par les anticipations de baisses des taux directeurs, quand bien même un peu plus tard qu’escompté, tout ne tourne pas très rond sur les marchés occidentaux ces derniers jours. Les réactions disproportionnées des cours boursiers à des surprises, bonnes ou mauvaises, d’une importance sans commune mesure avec ce qu’elles provoquent, a quelque chose d’éminemment dérangeant. La valse des étiquettes est féroce pour celui qui voudrait profiter d’un alignement supposé des planètes pour instiller un peu plus de risques à sa stratégie d’investissement. Elle l’est d’autant plus quand la chute de 50 % de l’action d’une banque régionale américaine fait figure de principal remède à l’indigestion provoquée par l’éloignement de la perspective d’une baisse des Fed Funds en mars après le FOMC de mercredi, ou, quand, parmi les actifs les plus réactifs aux propos de J. Powell se trouvent plus de métaux précieux que d’industriels et que les indices chinois sont à deux doigts d’enfoncer de nouveaux planchers.
Trouver des points d’ancrage stratégiques devient, décidément, bien difficile, même pour les plus convaincus par l’opportunité que représente l’approche d’un pivot de la politique monétaire. Cerise sur le gâteau, la publication de données sur l’emploi américain bien meilleures qu’escompté vient non seulement verrouiller la porte à une baisse des Fed Funds en mars mais fragiliser, de surcroît, l’hypothèse d’un possible report du pivot au mois de mai. Dès lors, même la position par défaut du spectateur embarqué dans des marchés, en apparence résolument haussiers, pourrait se révéler bien plus instable qu’imaginé.

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