Un petit pas de côté de la BCE par rapport à la FED, guère plus

La BCE, cela ne fait presque plus de doute, procèdera jeudi prochain à une première baisse de ses taux directeurs d’un quart de point. Le taux repo devrait, ainsi, être ramené à 4,25 %, après avoir été porté à 4,50 % en septembre 2023, au terme de dix hausses successives en quelques quatorze mois. Attendu de longue date, ce premier geste mettra un terme à l’épisode de resserrement monétaire le plus important depuis la création de l’euro et marquera, dans le même temps, une des rares initiatives d’assouplissement « autonome » de la BCE par rapport à la Fed, à l’exception de celle de mars 2016, dans un tout autre contexte de lutte contre la déflation. Bienvenu, cet affranchissement de la Fed grandit l’institution européenne et, contrairement à ce que bon nombre envisageaient, il n’affaiblit pas la devise européenne mais presque le contraire. Pourra-t-il néanmoins aller bien loin ? C’est peu probable, pour une multitude de raisons, tant domestiques que globales qui n’incitent guère à envisager que la BCE sera en mesure de faire longtemps cavalier seul.
Sauf le pas de côté de jeudi, qui serait peut-être déjà remis en question si elle ne l’avait pas, déjà, quasiment annoncé, l’action de la BCE a toutes les chances, en effet, de revenir sans tarder sous la coupe de la Fed. C’est donc, de ce côté-là qu’il faudra de nouveau regarder pour jauger des initiatives à venir de la banque centrale européenne après le 6 juin.

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Après le 9 juin, l’intégration plus poussée de l’UE vraisemblablement terminée

La législature 2019/2024 du parlement européen a été marquée par des progrès sans précédent en termes d’intégration. Plus solidaire, plus fédérale et par là-même plus utile aux populations, l’Europe n’a jamais gagné autant en popularité qu’entre 2020 et 2022, quand une succession de crises inédites lui ont donné l’occasion d’être tout à la fois actrice, protectrice et ambitieuse.
L’Union européenne achève, pourtant, ce quinquennat dans des conditions de défiance et de désarroi extrêmes. Aux grandes initiatives des grandes crises ont succédé des déboires qu’elle n’avait jamais connus, suivis d’un désenchantement d’autant plus grand que le projet européen commençait à susciter une plus large adhésion. Incapable de trouver ses marques et de s’adapter au nouvel ordre mondial que cache un désordre aux antipodes de l’idéologie sur laquelle elle a cru pouvoir bâtir son avenir, l’UE n’est jamais apparue aussi défaillante qu’aujourd’hui. A deux doigts d’être lâchée par son allié historique américain, menacée d’être engloutie par ses concurrents chinois et de devoir affronter son voisin russe, l’Europe semble tétanisée. Incapable de poursuivre sur les voies que ses initiatives prometteuses semblaient avoir ouvertes, elle court après les lièvres d’un monde qui la dépasse, face auquel, bien qu’encorseté dans une législation de plus en plus réductrice d’autonomie, chacun tente son vatout, au grand dam de l’ambition commune.
Du scrutin du 9 juin ressortira sans doute une Europe plus divisée que jamais, plus prompte à défaire les quelques avancées de ces dernières années qu’à consolider les débuts d’une plus grande intégration solidaire. C’est la perspective d’une Europe hors-jeu, face à l’adversité déployée par ses rivaux, laquelle paraît, dorénavant, le seul maillon auquel se rattachent les pays membres pour ne pas abandonner le paquebot en perdition. D’où pourrait venir le sursaut ?

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En attendant les ISM, les PMI américains enterrent les baisses de taux en 2024

Fort heureusement, les résultats de Nvidia jouent comme un puissant anesthésiant sur les marchés, permettant tout à la fois de digérer les minutes pas très market friendly du dernier FOMC et des PMI encore moins. Il est vrai que les analystes ont, également, appris à se méfier des résultats, souvent fantaisistes de ces enquêtes depuis le début de la décennie. Toujours est-il que le fort rebond du PMI des services, que ne peuvent a priori expliquer que des effets volume et/ou prix, ne va pas du tout dans le sens de possibles baisses des taux de la FED. Point de consolation, les détails de cette enquête ne donnent pas d’éléments probants susceptibles d’en justifier le résultat, lequel tient principalement aux commandes…

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Bourses européennes : les raisons de la confiance et les éléments de surveillance

Fin mars, la mise à jour de notre scénario macroéconomique et financier trimestriel conduisait à des conclusions optimistes sur les bourses européennes, tout du moins à brève échéance. Mal nous en a pris : après cinq mois de hausse, l’indice Eurostoxx 50 a perdu 2,5 % en avril ! Quand bien même, chat échaudé craint l’eau froide, bon nombre de raisons plaident toujours en faveur des indices européens.
La perspective renforcée d’une baisse imminente des taux de la BCE n’est naturellement pas étrangère à ce diagnostic. Ce n’est toutefois pas le seul argument : évacuation des risques majeurs sur les perspectives conjoncturelles régionales, accumulation d’épargne, effets richesse, moindre mobilité des capitaux, voire crise immobilière, sont autant de soutiens potentiels à une hausse persistante des marchés de la zone euro, dans un contexte de désinflation confirmée. Sauf la retenue qu’imposent les valorisations américaines et la dégradation de la conjoncture aux États-Unis, sans doute, la confiance serait-elle d’ores et déjà plus palpable sur les indices. Alors ?

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Ça tangue du côté de la conjoncture… et, donc, sur les perspectives monétaires

Les indicateurs conjoncturels publiés aujourd’hui ajoutent aux mauvaises nouvelles de ces dernières semaines sur la conjoncture américaine mais, également, nippone.
– Au Japon, le PIB s’est contracté de 0,5 % en moyenne au cours des trois premiers mois de l’année, ce qui constitue la deuxième baisse sur les trois derniers trimestres après, déjà, celle de 0,9 % de l’automne dernier. Les effets de la chute du yen sur l’activité industrielle manquent au rendez-vous avec une baisse de 5 % des exportations de biens et services, quand bien même fermetures d’usines et tremblements de terre expliquent une partie de ces déceptions. Voilà néanmoins un ensemble bien décevant pour ceux qui avaient espéré une normalisation de la situation du pays et une poursuite des hausses de taux de la BoJ.
– Aux Etats-Unis, de nouveau, l’industrie manufacturière a perdu du terrain alors que l’environnement immobilier se dégrade davantage. Cela commence à faire beaucoup après, déjà, des ventes de détail médiocres dévoilées hier, les faibles ISM précédents et le ralentissement des créations d’emplois d’avril. Il ne faudrait pas beaucoup de déceptions additionnelles pour que J. Powell, qui a révisé sa copie le 1er mai, soit rattrapé sous peu par un effet « porte de saloon »…

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Les taux à 10 ans américains enfoncent le plancher des 4,40 %

Inflation, ventes de détail et Empire State accélèrent le mouvement de baisse des taux américains sur fond, par ailleurs, de repli persistant des cours du brut. A 4,38%, le rendement des T-Notes à 10 ans continue à céder du terrain depuis son point haut de 4,70 % de fin avril.
De fait, après avoir largement été remises en question, les anticipations de baisses des taux de la FED à partir de septembre regagnent du terrain, au grand bénéfice :
– des marchés souverains, américains mais également européens sur lesquels les taux à 10 ans allemands chutent de 10 points de base cet après-midi,
– de l’euro, franchement au-dessus de 1,08 $,
– des bourses, bien que de manière plus erratique, la tech en tête,
– de l’or et des crypto-monnaies.
A en juger par les données d’inflation du mois d’avril, de respectivement 3,4 % pour le total et à 3,6 % pour le sous-jacent, il reste encore du chemin à faire. De même, pour l’heure, les variations mensuelles restent incompatibles avec un retour de l’inflation annuelle à 2 %. Pour autant, le ralentissement conjoncturel, de plus en plus patent au vu des dernières données en date, ventes de détail et enquête Empire State, pourrait bien achever le travail.

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Rien à sauver du rapport NFP, sauf les perspectives de baisses de taux

Avec 175K emplois crées en avril, soit presque moitié moins qu’en mars, le rapport NFP affiche une franche baisse de régime, la plus nette depuis octobre dernier. D’autant que l’éducation et la santé se sont, encore, taillées la part du lion, avec 95K créations de postes, et ne laissent pas grand-chose aux autres secteurs , à l’exception, peut-être, des transports et du commerce hors détail.

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L’aubaine pétrolière, le meilleur cap à la hausse des taux… avec l’emploi américain, bien sûr !

La perspective d’une baisse trop précoce des taux directeurs américains nous faisait redouter il y a peu une embardée des prix du pétrole et des matières premières à même de ranimer sans délai les tensions inflationnistes. La volte-face finalement imposée à J. Powell, contraint d’admettre le caractère inapproprié d’éventuelles baisses des taux directeurs en l’absence de meilleures garanties sur la trajectoire de l’inflation future, n’a pas tardé à faire son travail et à interrompre le mouvement de hausses des cours qui s’était enclenché entre février et mars sur la plupart des segments du marché mondial des matières premières.
C’est néanmoins du côté pétrolier que les ajustements ont été les plus importants avec un reflux des cours mondiaux de 8 % à 9 % en à peine un mois, à l’origine d’un retour de ceux du Brent de Mer du Nord aux environs de 83$-84$ début mai. Il s’agit d’une bonne chose, en l’occurrence l’une des meilleures nouvelles pour rassurer les marchés et banquiers centraux sur les tendances de l’inflation, susceptible d’imposer, par là-même, une limite à la hausse des taux futurs qui commençait à sérieusement questionner.
Bien qu’en apparence dangereusement simpliste, la relation entre l’évolution des cours du brut et celle des taux d’intérêt américains n’en reste pas moins très solide. Dès lors, de deux choses l’une :
– soit les cours du pétrole retrouvent sans tarder leurs niveaux, voire leur tendance ascendante du mois de mars, et les taux d’intérêt américains resteront tendus, voire monteront davantage ;
– soit les prix du baril s’installent durablement sur leurs niveaux présents, voire inférieurs, et le point haut des taux pourra, dans ce cas, être considéré comme dépassé.

Dans un contexte aussi incertain que l’actuel sur l’évolution à venir des taux d’intérêt, le défrichage de ce qui se passe sur le marché du pétrole semble, quoi qu’il en soit, incontournable.

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