Les leçons de la BoE en matière de bonnes pratiques monétaires

Aucune des banques centrales n’est à l’abri de faux pas, pas même la Banque d’Angleterre, mais la crédibilité s’acquiert, aussi, par la méthode. En ce sens, la BoE, aujourd’hui, est autrement plus convaincante que ne l’a été la Fed hier. Après une baisse d’un quart de point de son taux directeur le 1er août, elle a décidé de maintenir son taux de base à 5 % aujourd’hui, tout en actant le vote à l’unanimité en faveur d’une réduction de 100 milliards de livres de son stock d’obligations d’État dans les 12 prochains mois. L’inflation, pourtant, a donné des résultats nettement plus convaincants de décrue depuis le début de l’été, y compris en août malgré une légère accélération, en même temps que la croissance des salaires a nettement décéléré et que le PIB mensuel du pays a stagné en juillet/août. A. Bailey serait-il moins « data dependent » que son homologue américain ? Il le paraît, en tout cas.

La BoE évoque, en effet trois scénarii possibles sur l’inflation future…

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POSTVIEW FED: L’économie américaine est donc en aussi mauvaise posture ?

Tel n’est pas notre diagnostic et tel ne semble pas être non plus celui des marchés malgré leurs attentes en matière de baisses de taux. Mais ces derniers ont finalement eu gain de cause puisque les projections de la Fed s’y sont rigoureusement collées. Parmi les principaux arguments qui nous faisaient attendre une baisse de 50 points de base cette semaine, celui que la Fed pourrait, ainsi, faire digérer des projections très inférieures aux anticipations de marché, occupait une place importante. Nous nous sommes trompés : les Dot Plots du FOMC sont particulièrement « dovish », au point d’espérer que la Fed se trompe car au rythme de baisse de ses taux escompté, on pourrait bientôt reparler de taux négatifs ou d’assouplissement quantitatif de ce côté-ci de l’Atlantique : à 2,9 % à horizon décembre 2026, les Fed Funds totaliseraient 250 points de base de baisse, en effet, un ajustement qui inciterait la BCE, le cas échéant, à abaisser ses taux dans la région de 1 % ! A moins que la Fed ne fasse fausse route, ce qui justifierait la réaction des cours de l’or ou, encore, des crypto-monnaies à son annonce : la perte de crédibilité des banques centrales ayant ce pouvoir de renforcer l’attrait du premier et des pseudo-monnaies sous toutes leurs formes…Cette dernière lecture est pour le moins tentante pour ceux qui, comme nous, peinent à trouver les justifications au risque de récession dans l’environnement en présence (comme développé dans notre présentation trimestrielle de mardi soir, cf l’extrait ci-dessous) et elle n’offre pas un cadre durablement propice au regain d’appétit pour le risque.

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Soutenus par la Fed ou retenus par la Chine, qu’attendre des marchés émergents ?

Le top départ des baisses de taux d’intérêt a été sifflé ces derniers jours et les marchés se mettent en ordre de marche. Parmi les sujets privilégiés par les investisseurs dans la perspective d’un premier ajustement des Fed Funds la semaine prochaine, celui du regain d’intérêt pour les indices émergents ne devrait pas être en reste. La baisse des taux de la BCE de ce jeudi a déjà produit ses effets sur les marchés mondiaux des matières premières, provoquant un rebond quasi-généralisé des cours que la perspective d’un passage à l’acte de la Fed pourrait venir renforcer, avec celle d’un dollar affaibli. Baisse des taux, repentification des courbes de rendement, repli du dollar et hausse des prix des matières premières constituent généralement les principaux soutiens des bourses émergentes, dont l’indice de référence a repris des couleurs depuis le début de l’année, sinon en performance relative par rapport à l’américain, du moins en absolu, en dépit de considérables distorsions régionales.

Guère plus élevé aujourd’hui qu’il y a six, treize ou seize ans, le MSCI émergent pourrait-il trouver dans les développements de la politique monétaire américaine à venir le soutien nécessaire à une sortie par le haut d’une trop longue agonie ? La réponse par l’affirmative serait assurément plus aisée avec une économie chinoise en meilleure santé et, davantage encore, avec la perspective d’un assouplissement prolongé et durable des taux de la Fed, qui reste à ce stade, très discutable. A brève échéance toutefois, bon nombre de pays du monde émergent devraient avoir les moyens de suivre cette dernière et d’offrir, par là-même, un environnement plus porteur à leurs marchés locaux malgré des marges d’assouplissement monétaire bien différentes d’un pays à l’autre.

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Récession ou non ? Dans la balance des arguments, le non pèse encore, mais…

Les menaces de récession ne sont pas nouvelles aux États-Unis et les craintes associées souvent justifiées à l’égard d’une économie trop longtemps tenue à bout de bras par une surabondance de liquidités, des dépenses budgétaires inconsidérées et des effets richesse immobiliers et financiers menaçant de s’évaporer. Si les risques sont indéniables, exacerbés par des taux directeurs réels à leur plus haut niveau depuis dix-sept, l’éventualité d’une telle issue reste, pourtant, discutable.

Sauf lorsqu’ils sont provoqués par des chocs externes, typiquement le Covid ou des crises financières, les épisodes récessifs correspondent habituellement à une phase de correction d’excès conjoncturels : trop d’emplois, associés à des pertes de productivité et des baisses de profits, trop d’investissements que les entreprises peinent à rentabiliser, surstockage appelant à un ajustement de la production, surendettement des ménages ou des entreprises… aujourd’hui difficiles à illustrer.

C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les sources de correction. Celles-ci se situent principalement sur trois fronts : l’immobilier aujourd’hui très mal en point, la politique budgétaire, en partie soumise au résultat de l’élection présidentielle, et les bourses. De tous ces éléments, le dernier est certainement le plus menaçant, susceptible tout à la fois de grandement fragiliser la situation financière des ménages et celle, plus encore, des entreprises. C’est ce risque que tentera, selon toute vraisemblance, de prévenir la Fed, sous couvert de protéger le marché de l’emploi, en dépit des données du mois d’août, qui bien que meilleures que prévu pour ce qui est du secteur privé, ne changent pas fondamentalement la donne pour la Fed.

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Les commandes allemandes semblent avoir touché le fond, sans plus mais c’est déjà ça !

Les commandes à l’industrie allemande ont augmenté de 2,9 % en juillet, après un rebond de 4,6 % en juin, ce qui représente une progression de 7,6 % au cours des deux derniers mois. Dans le détail, le rapport souligne encore bon nombre de questions, parmi lesquelles l’effondrement de 18 % des ordres de biens durables depuis le mois de mai, lui-même anormalement élevé, la nouvelle contraction de 6,9 % de ceux des machines et d’équipement et, a contrario, le grand soutien apporté par des commandes exceptionnelles de l’industrie du transport autre qu’automobile (aérien, maritime, militaire terrestre), en hausse de 85 % en juillet. L’ensemble ne donne clairement pas de signal de reprise cyclique, surtout au moment où l’industrie mondiale vacille à nouveau, mais devient progressivement moins négatif, même si nul ne sait dire combien de temps il faudra pour que les commandes exceptionnelles, qui concernent des biens lourds souvent longs à produire, se retrouvent dans les chiffres effectifs de production. Dans un tel contexte, ces données n’ont qu’un impact très marginal sur les marchés, toujours très largement dominés par ce qui se déroule outre-Atlantique. Les taux à deux ans allemands évoluent peu ce matin, à 2,31 %, ce qui permet au rendement de l’OAT 10 ans de se stabiliser à 2,95 %, malgré la paralysie politique dans l’Hexagone et les mauvaises nouvelles bugétaires de ces derniers jours.

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Regain de volatilité, la BoJ en ligne de mire, le PMI en renfort de l’ISM, mais c’est pas fini

Les sources de crispations se multiplient sur les marchés avant le rapport sur l’emploi de vendredi. Si la publication d’un ISM manufacturier inférieur aux attentes, bien que meilleur que celui de juillet, est souvent mise en avant pour justifier le regain d’inquiétude au sujet de l’économie américaine, les propos du gouverneur de la BoJ, K. Ueda sur l’éventualité de nouvelles hausses des taux directeurs au Japon semblent avoir largement participé au regain de volatilité, sur des marchés déjà malmenés par le secteur technologique. Quoiqu’il en soit, la résultante est là : les indices américains subissent d’importantes secousses, Nasdaq et Russell 2000 en tête, avec des baisses de plus de 3 % chacun. Après s’être nettement tendus ces deux derniers jours, les taux futurs reperdent du terrain, avec un rendement des T-Notes à 10 ans de retour vers les 3,80 %… en attendant le Beige Book de mercredi, l’ISM services et le rapport ADP sur l’emploi privé de jeudi, avant de finir la semaine avec les NFP. La messe n’est pas encore dite et ça swing.

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Une frilosité, somme toute, compréhensible des banques centrales

Les progrès sont là mais la tâche n’est pas terminée… À quelques heures d’intervalle J. Powell, le président de la Fed, et P. Lane, l’économiste en chef de la BCE, ont tenu le même langage la semaine dernière. Les résultats en termes de lutte contre l’inflation sont indéniables mais encore insuffisamment convaincants. Les observateurs en ont déduit que si le temps des baisses de taux était venu, celles-ci seraient, au moins dans un premier temps, graduelles et peut-être moindres que généralement attendu. Alors que les bonnes nouvelles sur le front de l’inflation se sont succédé de part et d’autre de l’Atlantique depuis le printemps et que les effets du resserrement monétaire sont, souvent, de plus en plus palpables sur l’activité, comment comprendre cette retenue : prudence excessive susceptible d’avoir des conséquences néfastes pour la conjoncture ou approche appropriée ? L’analyse qui suit conclut à des situations assez significativement différentes entre les États-Unis et la zone euro mais trouve aussi des raisons en dehors de la sphère économique à ce qui, de prime abord, pourrait sembler s’apparenter à de la frilosité.

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Les détails du PIB allemand et l’IFO ferment la porte aux espoirs de reprise

Le PIB allemand, en seconde lecture, a été confirmé en baisse de 0,1 % au deuxième trimestre, après une hausse de 0,2 % en début d’année. Hors stocks, le recul est plus important encore, de 0,4 %. La fragile reprise post-covid s’est interrompue dans le courant de l’année 2022 et n’a, depuis, retrouvé aucun momentum significatif. Ainsi, le PIB atteint à peine le point haut du troisième trimestre 2019. Mais surtout, les détails délivrés ce jour décrivent un enlisement des plus préoccupants, tant sur le front de la consommation, de l’immobilier et, plus encore, des dépenses d’investissement, qui face à un environnement, pénalisé par la détérioration du contexte international et l’appréciation de l’euro ne laisse guère de place pour la reprise escomptée, comme souligné, d’ailleurs, par la dernière enquête IFO.

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