Croissance américaine, le cadeau empoisonné de J. Biden à D. Trump

D. Trump, quoiqu’il en dise, aura du mal à faire mieux que son prédécesseur, dont le mandat a été marqué par une croissance du PIB de 13 % en quatre ans, à un rythme moyen de 3,2 %. Ironie du sort, ce succès lui revient en partie, en tout cas pour la première partie du mandat de son successeur qui ne pouvait que marcher dans les traces du plan de relance qu’il avait lui-même précédemment préparé, mais qui s’en souvient ?
J. Biden, s’il est parvenu a maintenir la croissance à flot depuis deux ans et demi commençait, à l’évidence, à manquer de moyens. L’impulsion donnée à l’investissement en 2022, essentiellement consommée, les bases de la croissance commençaient à s’étioler. Si le repli de l’inflation avait permis de stimuler la consommation des ménages, il ne restait plus grand-chose pour alimenter la machine, comme en témoignent les détails du PIB du dernier trimestre de son mandat, publiés aujourd’hui. La stratégie de D. Trump qui consiste pour beaucoup à démolir ce qui a été achevé ces quatre dernières années parviendra-t-elle à recréer les bases de nouvelles sources de croissance ? L’ambition est de taille.

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D. Trump devrait féliciter la Fed dont la prudence fait refluer les taux, non l’inverse !

Le meilleur moyen de faire refluer les taux d’intérêt auxquels se financent les entreprises, les ménages et l’Etat américains n’est pas de baisser les taux directeurs de manière injustifiée mais, souvent, l’inverse. D. Trump gagnerait bien du temps et de l’énergie s’il acceptait cette vérité, on ne peut mieux illustrée par les développements monétaires des derniers mois. Rappel : le 18 septembre, la Fed surprend en versant d’un côté démesurément accommodant. Pour prévenir un risque conjoncturel qu’elle est à peu près la seule à redouter, elle baisse d’un demi-point ses taux directeurs de 5,50% à 5 % et annonce envisager de les ramener à 3,5 % d’ici fin 2025. Perçue comme trop conciliante à l’égard de l’inflation, son action pousse les taux longs en sens inverse de celui des Fed Funds : le rendement des T-Notes à 10 ans grimpe de 3,60 % le 18 septembre à 4,40 % à la veille du FOMC suivant. La Fed a fait un faux pas qui lui à couté sa crédibilité et les primes de terme se tendent d’autant plus que les menaces inflationnistes s’exacerbent à l’approche de la réélection de D. Trump. Son erreur la menace de perdre la main sur la formation des taux d’intérêt à terme, une issue hautement inconfortable qu’il lui faut corriger. C’est ce qu’elle a fait en décembre par un changement de discours complété de perspectives de baisses des Fed Funds drastiquement rabotées et ce qu’elle a réitéré cette semaine en fermant la porte à de nouvelles baisses de ses taux directeurs jusqu’à nouvel ordre, sans exclure la possibilité d’un nouveau resserrement : les taux à deux ans se sont, de fait, légèrement tendus, mais les taux à plus long terme, qui avaient stoppé leur ascension après le FOMC de décembre, se sont, à l’inverse, légèrement détendus, aidés par la dissipation des craintes relatives au protectionnisme de D. Trump depuis le 6 janvier.

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Profil bas pour un président de la Fed sur un siège éjectable…

Le maintien des taux de la Fed à 4,25/4,5 % au terme du FOMC de cette semaine ne fait guère de doute. Dans un contexte de croissance soutenue, de récent raffermissement des créations d’emplois et d’incertitude persistante sur l’inflation future, le mini-cycle de baisses des taux directeurs de la Fed devrait prendre fin, tout au moins marquer une pause jusqu’à nouvel ordre. J. Powell en dira-t-il davantage sur la suite ?

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Mme Lagarde prête à déployer des ailes de colombes jeudi prochain ?

Le cap fixé par les marchés et le consensus sur ce que fera la BCE cette année est relativement clair : quatre baisses d’un quart de point chacune, dont une première ce jeudi, ramèneraient les taux directeurs à 2 % dans le courant de l’année. Sur la décision de cette semaine, peu de doutes après le discours de Mme Lagarde à Davos, lequel soulignait la morosité de la conjoncture en zone euro et une inflation moins menaçante qu’aux Etats-Unis justifiant que la BCE se distancie de la Fed. Reste, néanmoins, la question de la suite qu’elle envisage pour 2025 et des indications que sa présidente sera prête à donner sur ce point lors de sa conférence de presse de jeudi. Mme Lagarde, confortera-t-elle des anticipations de marchés ou sera-t-elle sur la retenue, au point, peut-être, d’instiller le doute sur la justesse de ces dernières ? Les incertitudes sur les conséquences de la politique américaine, les tensions persistantes sur l’inflation en provenance d’Allemagne notamment, la faiblesse de l’euro semblaient jusqu’alors constituer des limites à un discours définitivement accommodant, dans la lignée de celui du 12 décembre. Le contexte a, toutefois, beaucoup évolué depuis deux semaines et les chances semblent nettement plus importantes que Mme Lagarde se montre résolument « colombe », quitte à ne pas avoir, in fine, les moyens de ses ambitions.

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Décrispation du côté des ménages, le taux d’épargne finira-t-il par refluer ?

Après trois mois de repli, l’indice INSEE de confiance des consommateurs a regagné trois points, à 92 en janvier. L’indicateur, toujours très déprimé, a profité des développements récents.
• La baisse de l’inflation française, qui a sans doute permis d’entretenir l’amélioration du pouvoir d’achat en fin d’année.
• La retombée du risque politique, avec le maintien de F. Bayrou au pouvoir en début du mois et la préparation d’un budget nettement moins pénalisant que le précédent pour les ménages.
Si la partie n’est pas gagnée, sur le front budgétaire notamment, les tendances récentes entrouvrent la porte à un début de décrue du taux d’épargne, préalable indispensable à une décrispation conjoncturelle.

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Trump 2.0 : J+4, démonstrations de toute puissance

D.. Trump a été fidèle ses promesses le jour de son investiture. Il a signé une multitude de décrets et tenu des propos dignes de sa posture. C’est, pourtant, par ses absences que cette journée a, un temps, interpellé, en particulier sur le front économique. Si les hausses de tarifs douaniers étaient au rendez-vous, elles ne concernaient que le Canada et le Mexique ; on était loin des menaces jusqu’alors formulées. Absentes également, les références à la politique budgétaire et fiscale. Il est vrai que cette dernière ne se décrète pas mais se négocie au Congrès. On s’étonnait, néanmoins, que les promesses de baisses d’impôts n’aient été évoquées que pour mentionner la proposition de revenir sur la taxation minimum de 15 % des bénéfices des multinationales. Au total, de grandes absences que l’on cherchait à expliquer ou dont on se réjouissait. Sur les marchés, la mise à l’écart du risque inflationniste assorti à la perspective de tarifs douaniers généralisés, accentuait la correction à la baisse des taux d’intérêt des jours précédents, provoquant une chute immédiate du dollar, qui ouvrait la porte à de plus amples marges de détente monétaire au-delà des frontières américaines ; un plus, salué par les bourses.
Il aura néanmoins fallu moins de quarante-huit heures pour que ce calme relatif soit balayé, avec un retour en force des menaces protectionnistes contre la Chine et l’Europe et les premiers couacs au sein de la garde rapprochée du président. E. Musk s’est débarrassé de Vivek Ramaswamy et dirigera seul le DOGE, tandis que le programme Stargate déclenchait une guerre à coup de centaines de milliards de dollars entre les Techbros. Mais cela n’était rien en comparaison de la démonstration de toute puissance livrée par le président américain au sommet de Davos et aux diktats qu’il a adressés aux producteurs de pétrole et aux banques centrales. D. Trump nous avait habitués aux démonstrations tempétueuses, sans grandes conséquences entre 2017 et 2020. Les choses prennent une tout autre tournure aujourd’hui. Au-delà du seul président, les égos démesurés de sa garde rapprochée et la puissance que leur confère leur position de force constituent des menaces systémiques sans précédent.

Pendant ce temps, la Californie brûle toujours, les marchés se bercent de PMI et les banques centrales profitent de la dernière occasion qui leur est donnée d’ajuster leur politique comme elles l’entendent. La BoJ, a pu relever son taux directeur sans redouter de trop sanctionner ses entreprises face à la Chine, la BCE devrait profiter de cet entre-deux pour baisser les siens la semaine prochaine, quant à la Fed, elle pourra se contenter d’un statu quo sans trop d’états d’âme à ce stade, quoi qu’en dise D. Trump. Si ce n’était les signaux envoyés par l’envolée des cours de l’or, la vie des marchés semblerait des plus normales. La diversion semble bien partie pour durer.

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La BoJ n’a pas d’autre choix que de passer à l’acte

Comme un certain nombre d’autres banques centrales, la BoJ avait joué la temporisation en fin d’année dernière, dans un contexte d’incertitudes majeures à quelques semaines de l’investiture de D. Trump. Mal lui en a pris tant les mauvais résultats enregistrés depuis par l’inflation et les salaires nippons l’ont mise en défaut au prix d’une amplification des pressions à la baisse sur le yen particulièrement malvenue face au regain de tensions des prix du pétrole. Le verdict, de fait, aujourd’hui sans appel. Quoi qu’il en soit des menaces de guerre commerciale, la BoJ ne peut guère se contenter d’un statu-quo et a tout lieu de mettre à profit la fenêtre de tir que lui offre l’absence de hausses imminentes des droits de douanes américains à l’égard, notamment, de la Chine. Avec une vraisemblable remontée d’un quart de point, vendredi, les taux directeurs de la BoJ devraient retrouver leur plus haut niveau depuis la crise de 2008.

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Le rattrapage du CAC40 sur sa lancée

Dans la cacophonie budgétaire de ces derniers jours, les marchés semblent avoir trouvé des éléments de satisfaction. Moins de restrictions et moins de coupes sociales ont permis d’éviter la censure et de mettre sous cloche le risque d’un nouvel épisode de crise politique imminente, aux conséquences imprévisibles. Par ailleurs, le projet de budget, bien qu’encore opaque, est revenu sur les mesures les plus sensibles du précédent projet de loi de finances. Les risques de contrecoup conjoncturel qui prévalaient jusqu’alors sont donc contenus et les perspectives de croissance du consensus, relativement encourageantes au vu de la situation en présence, confortées. Pour peu que l’environnement international soit un peu moins pénalisant, comme généralement escompté, l’économie française pourrait même profiter d’une croissance de 0,9 % selon les prévisions gouvernementales annoncées cette semaine, certes, objectif moins favorable que les 1,1 % précédemment envisagés mais, somme toute, décent.
L’ensemble a été bien accueilli par les marchés et autant dire qu’il était temps. Car si le quasi-doublement du spread de taux franco-allemand avait été relativement indolore dans un contexte de repli généralisé des taux d’intérêt mondiaux depuis le début de l’été, tel n’était plus le cas ces derniers temps. Après avoir perdu près d’un demi-point entre le 1er juillet et le 9 décembre, à 2,87 %, le taux de l’OAT à 10 ans était remonté de 60 points, à 3,47 % mardi dernier, un niveau critique, à même de ruiner une bonne partie des efforts budgétaires par ses effets sur le coût de la dette et sur la croissance. Le compromis de ces derniers jours est donc perçu comme une double bonne nouvelle, coupant court au risque d’une nouvelle crise politique mais, plus encore, aux menaces beaucoup plus importantes qu’en décembre dernier de crise financière, en cas d’échec du gouvernement.
Le CAC en a tiré d’autant plus profit, qu’après le secteur pétrolier, dopé par la remontée des cours de l’or noir, et celui des banques, encouragé par la pentification de la courbe des taux et les résultats du secteur aux Etats-Unis, le luxe profite à son tour d’un vif regain d’intérêt des investisseurs …

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