Dans le tourbillon de la réélection de D. Trump : un tombereau de questionnements

Le monde a perdu pied depuis le 5 novembre, face à la déferlante de questions que suscite la victoire de D. Trump à la présidentielle américaine. À quoi s’attendre ? Les principaux points de son programme, bien qu’a priori connus, ne disent pas grand-chose sur la rapidité et la profondeur des changements qui découleront de leur application aux États-Unis ou dans le reste du monde.
La résonance du choc de la présidentielle américaine ne se résume pas à un programme, fonction du calendrier des réformes mais, tout autant, de la forme de gouvernance plus ou moins brutale qui lui sera associée, de la propagation ou, au contraire, de la résistance à la doctrine libertarienne prônée par D. Trump et ceux qui l’entourent, aux États-Unis et par-delà les frontières américaines. Quelle signification donner, dès lors, aux promesses fiscales, budgétaires, énergétiques, protectionnistes ou encore à la feuille de route du binôme Musk-Ramaswamy au futur « ministère de l’efficacité gouvernementale » dont les pourtours sont tellement éloignés de l’Amérique que nous connaissons ? Jusqu’où iront l’Europe et la Chine dans leur opposition et la défense de leurs intérêts respectifs et avec quels moyens ? La Fed parviendra-t-elle à conserver son indépendance ? etc…
Encore très largement inconnues, les réponses à ces questions, essentielles, n’en façonnent pas moins le contexte des marchés de ces deux dernières semaines, leurs hésitations et leurs contradictions.
– Le spectre d’un retour de l’inflation qui s’était imposé à la lecture des grandes lignes du programme républicain semble, aujourd’hui, relativisé par les promesses d’une baisse de moitié de prix de l’énergie.
– Les tensions sur les échéances les plus longues de la dette fédérale et les primes de termes issues de la perspective d’une nouvelle dérive de la dette publique que suggéraient les promesses fiscales du programme républicain se sont apaisées avec la promesse d’un régime budgétaire draconien, aux mains de Musk et acolytes.
– L’assurance que le reste du monde ne sortirait pas indemne des quatre années à venir a fini par prendre le pas sur les bourses du reste du monde et par porter le dollar au firmament, enrayant par là-même l’envolée du BTC qui a marqué les premiers jours suivant l’élection.
– La Fed, pour ne pas perdre davantage en crédibilité face à la solidité de la croissance et à la montée des anticipations d’inflation, a fini par rectifier son tir. Mais un programme budgétaire draconien et l’envolée du dollar ne finiront-ils pas par lui redonner plus de marges de manœuvre en 2025 ?

En somme rien n’est fait et sur chacun de ces points, majeurs, tout reste encore à écrire avec, selon les récits, des aboutissements radicalement différents que nous tentons d’élucider dans ce qui suit.

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Le mieux que la Fed puisse faire serait de s’abstenir, l’osera-t-elle ?

 La Fed n’a cessé d’être prise à défaut depuis le FOMC du 18 septembre au cours duquel elle s’était montrée particulièrement confiante sur les perspectives d’inflation et sa capacité à baisser ses taux directeurs. Dans le sillage de données économiques bien meilleures qu’attendu en octobre, les anticipations d’inflation se sont envolées et celles de baisse des Fed Funds ont été sensiblement réduites. La victoire de D. Trump à la présidentielle a fini d’enfoncer le clou avec un net regain de tensions des taux à terme, à 4,27 % pour les T-Notes à 2 ans et 4,44 % pour les échéances à 10 ans.

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Élections américaines, toutes les hypothèses sont ouvertes

C’est une cause entendue, la course à la Maison Blanche est serrée et aucun des principaux prévisionnistes -sérieux- n’a jamais donné à l’un ou à l’autre des candidats beaucoup plus que 60 % de chances de l’emporter, pour finalement s’accorder sur un 50/50 quasi-parfait. A titre de comparaison, les chances d’Hillary Clinton en 2016 étaient, au pire, supérieures à 70 %, voire dépassaient allègrement les 90 %, pour le résultat final que l’on sait. Bref, on ne peut faire plus incertain et une telle situation devrait inciter, de toutes façons, à la retenue.
Tel n’est guère ce qui caractérise, néanmoins, les marchés financiers. Sans surprise, ces derniers ont misé sur une victoire de D. Trump, sans vraiment, d’ailleurs, s’intéresser aux implications économiques et, encore moins, socio-politiques, de son programme (cf D. Trump : 2016-2024, ou l’inquiétante anesthésie d’un monde en perdition) et de son éventuelle réélection. Au fur et à mesure de sondages un peu plus favorables au candidat républicain, le mouvement s’est amplifié, entrainant dans son sillage de profonds ajustements sur les marchés, notamment marqués par l’envolée des anticipations d’inflation, des taux d’intérêt et des cryptomonnaies (+18 % pour le Bitcoin en un trimestre).

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Marchés obligataires, le scénario idyllique a du plomb dans l’aile. A quoi s’attendre ?

Le schéma était bien huilé : l’inflation, apparemment, maîtrisée, les banques centrales progresseraient dorénavant vers une normalisation graduelle de leur politique monétaire. La Fed, avec un point de départ plus élevé, bénéficierait de marges accrues de baisses de ses taux par rapport à la BCE, laquelle pourrait, néanmoins, s’appuyer sur la fragilité de la conjoncture européenne pour avancer à un rythme à peine moins cadencé.
J. Powell et C. Lagarde n’ont, d’ailleurs, pas contrarié le consensus, confortant, plus que l’inverse, les espoirs en place. Fin septembre, encouragés par les Dot Plots particulièrement conciliants du FOMC, les marchés anticipaient des taux à 2 ans à 3 % aux Etats-Unis et 2,2 % en Allemagne, d’ici septembre 2025 ; ni trop élevés, grâce au retour d’une inflation là où le souhaitent les banques centrales, ni trop bas, conformément au scénario d’atterrissage en douceur de l’économie américaine, qui avait supplanté les craintes de récession de l’été, et à celui d’une petite mais reprise quand même en zone euro.
En somme, le meilleur des cas de figure ; favorable à une repentification des courbes des taux, accueillie comme il se doit par les marchés, avec en sus, un vigoureux appel d’air pour les actifs du monde émergent, doublement soutenus par la perspective de baisses des taux et du dollar américains.
Seulement voilà, le scénario idyllique a du plomb dans l’aile. Non seulement, l’économie américaine se porte beaucoup mieux qu’envisagé par la Fed en septembre, triplement soutenue par le repli de l’inflation, la baisse des taux et une politique budgétaire toujours très active à la veille de la présidentielle, mais les sondages sur l’issue du scrutin ont viré de bord, pointant vers une probabilité élevée d’un retour de D. Trump aux commandes, avec dans sa hotte, un programme éminemment inflationniste.

Simultanément, le boulevard dont semblait pouvoir bénéficier la BCE après la chute de l’inflation du mois de septembre en zone euro, s’est réduit en un sentier escarpé avec la publication d’octobre, nettement moins favorable. Par ailleurs, là aussi, la conjoncture retrouve quelques couleurs, avec des consommateurs plus prompts à la dépense que jusqu’alors, notamment en Allemagne. L’urgence à baisser les taux se réduit, donc, de facto et le degré de liberté dont semblait pouvoir bénéficier la BCE par rapport à la Fed n’est plus que peau de chagrin, à la réappréciation près de l’euro, dont le regain de vigueur permettra, peut-être, à l’institution d’aller un cran plus loin, sur la pointe des pieds et sous réserve que les anticipations d’inflation ne suivent pas la direction empruntée ces dernières semaines du côté américain.
Le contexte, c’est peu de le dire, se complexifie avec, en prime, les mauvais chiffres d’emploi du mois d’octobre. Que peut-il, dès lors, se passer ?

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D. Trump : 2016-2024, ou l’inquiétante anesthésie d’un monde en perdition

Hypothèse peu vraisemblable il y a trois ans, Donald Trump semble avoir de bonnes chances de redevenir président des Etats-Unis à l’issue du scrutin du 5 novembre. Si en 2016, la perspective de son arrivée à la tête de la première puissance mondiale effrayait, l’éventualité d’une nouvelle victoire semble, aujourd’hui, globalement acceptée, que ce soit sous la forme d’une certaine bienveillance ou de la fatalité. On ne cherche plus, d’ailleurs, auprès de « l’Américain moyen » les explications de ce qui apparaissait il y a huit ans, comme d’incompréhensibles motivations à l’élection d’un candidat que tout semblait désigner comme l’anti-modèle. L’emprise de D. Trump sur le monde économique et sur celui de la finance en a fait un personnage quasiment respectable et c’est assez largement auprès d’une population avertie que le candidat trouve son soutien, national et souvent, aussi, international.
D. Trump, c’est un fait, est adoubé par les marchés financiers et c’est là sans aucun doute sa principale réussite, capable de faire oublier ses provocations à l’égard de la plus grande démocratie au monde et de lui rouvrir les portes de la Maison Blanche. Inutile de s’embarrasser des analyses critiques sur les inepties ou dangers de son programme économique, sociétal, ou géopolitique : celui-ci sera forcément pro-business américain et cette seule certitude semble suffire à légitimer son soutien.
Que s’est-il donc passé au cours des huit années qui nous séparent de 2016 pour aboutir à un tel degré d’anesthésie de la démocratie ?

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Le PLF 2025 évite les écueils d’un exercice risqué mais ce n’est qu’un début

Le couperet est tombé, presque sans prévenir. Si la dérive des comptes publics n’était un secret pour personne, nul n’avait prédit une dégradation de telle ampleur. Sauf annulation de 6 à 7 milliards de crédits, après déjà 16,5 mds gelés, encore en suspens, le déficit dépasserait 7 % du PIB cette année, au lieu des 4,4 % initialement prévus dans le PLF 2024. Comment, par quels faits ? Les réponses manquent et cette absence rend la situation plus critique encore.

Dans un tel contexte, la nouvelle équipe au pouvoir n’avait guère le choix que celui d’agir avec détermination, au risque de fragiliser des situations politique et économique déjà précaires. L’exercice était, à l’évidence, à haut risque, tout comme le seront les 70 jours de débats parlementaires d’ici au vote final du budget. À ce stade, néanmoins, le projet de loi de finances 2025 est, plutôt, un moindre mal, évitant les écueils redoutés d’un ajustement budgétaire de 2 % du PIB sur la seule année 2025, en matière sociale notamment, mais pas seulement. La concentration des hausses d’impôts sur les 0,3 % des contribuables les plus aisés et les plus grandes entreprises, de même que l’indexation des tranches d’imposition sur l’inflation, sont en mesure de réduire l’impact économique de la hausse programmée de 19,4 mds de recettes fiscales. Les efforts en matière de dépenses menacent davantage les perspectives de croissance et les impératifs environnementaux. La réduction des fonds « verts », des aides à la rénovation énergétique et l’impact du gel des budgets des collectivités territoriales sur l’investissement public ont tout lieu, en effet, d’être plus coûteux pour l’activité que la hausse de la fiscalité. Mais la ventilation des coupes, après une année 2024 de forte augmentation des dépenses, devrait amortir le choc… Sous réserve, toutefois, que ce dernier soit temporaire.
C’est là toute la question. Car les hypothèses sur lesquelles sont assis les chiffrages gouvernementaux, à savoir, une croissance économique de 1,1 % et une inflation de 1,8 % en moyenne l’an prochain, facilitent incontestablement l’aboutissement d’un projet de budget dont les résultats pourraient, une nouvelle fois, être mis à rude épreuve. Or, à 5 %, contre 6,1 % cette année, l’objectif de déficit pour 2025 reste très supérieur à celui de 3 % programmé pour 2029. En limitant l’effort à 2 % du PIB pour 2025, la France a fait le bon choix d’éviter de tomber dans la trappe d’une austérité dont les résultats passés ont montré les dangers et l’inefficacité. Rater l’objectif de 5 % de déficit cette année, augmenterait néanmoins d’autant les ajustements encore à réaliser dans les années à venir et les risques de réponses, in fine, plus coûteuses pour les perspectives françaises. En l’état, les arguments en faveur d’un resserrement des spreads à leur niveau d’avant les élections du printemps ne semblent, donc, pas réunis.

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Sur les marchés, c’est pas le Pérou… même quand la Chine vient en renfort de la Fed

Les autorités chinoises semblent avoir fait ce qu’il fallait pour pouvoir s’assurer une « Golden Week » sans tracas, extirpant leurs indices boursiers des zones de risques dans lesquelles ils étaient embourbés ces derniers mois pour les propulser au premier rang de la performance mondiale, avant de fermer boutique jusqu’à mardi prochain. Sans parvenir à ravir la première place que J. Milei assure à l’Argentine, l’indice MSCI chinois a réussi à se hisser au n°2 du palmarès des principaux indices mondiaux depuis janvier, grâce aux mesures de soutien monétaire annoncées par la PBOC le 24 septembre : en dollar, sa progression ressort, ainsi, à 31 %, au lieu de 2,8 % la semaine précédente ! L’effet chinois n’a cependant guère essaimé. Après un accueil des plus enjoués, notamment en Europe, valeurs du luxe et cycliques allemandes avant

toutes autres, les Chinois semblent avoir emporté dans leurs bagages les bénéfices de leur audace, laissant place à une déconvenue globale, Asie en tête. Il faut dire que les données en provenance de l’Empire du Milieu ont, depuis, rappelé à quel point la situation chinoise est encore des plus critiques, quand, ailleurs, les développements n’ont pas aidé : montées des tensions au Proche Orient, inquiétudes européennes et doutes croissants sur l’évolution à venir des taux d’intérêt ont ramené les esprits à la raison.
Au total, les espoirs nés, sur les marchés, du changement de braquet de la Fed sont loin de produire les effets escomptés. Les indices du monde développé se cherchent et ceux du monde émergent battent en retraite, après une tentative laborieuse de rattrapage. Manquerait plus que J. Powell, contrarié par les évidences d’une économie plus résiliente que prévu, que viennent de couronner les statistiques d’emploi, soit contraint de rétropédaler après s’être déjà ravisé, sur la pointe de pieds, mardi.

 

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Production française : du doliprane, en attendant des voitures ou des rafales…

Surprise ce matin avec la publication de l’INSEE d’une hausse de 1,4 % de la production industrielle hexagonale en août, par rapport au mois de juillet, et de 1,6 % de sa seule composante manufacturière. Rattrapage d’une activité perturbée par les JO, effet bénéfique de ces derniers sur la demande ou nouvelle donne quelque part ailleurs ? Rien de tout cela. Sur ces 1,6 % de croissance, 1,2 point proviennent de la production pharmaceutique, en hausse mensuelle de 22 %. Si les résultats en provenance de l’automobile et de l’aéronautique ne sont pas mauvais, ils ne changent pas grand-chose à l’image d’ensemble du secteur industriel français, toujours en perte de 3 % par rapport à la période d’avant covid et de respectivement 15 % et 23 % pour ces deux derniers secteurs dominants de l’activité en France.

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