La fin du QE pourrait-elle faire contrepoids à la guerre sur les marchés de matières premières ?

Au-delà de ses conséquences humaines et géopolitiques, c’est par les menaces sur l’approvisionnement en produits de base que le conflit russo-ukrainien concentre les risques économiques les plus tangibles. De fait, les marchés ont instantanément réagi au risque de pénurie que représentait l’invasion de l’Ukraine par une envolée généralisée des prix. Difficile, pour autant, de faire la part des choses entre les tensions légitimes des cours de certains produits, la diffusion à certains autres et les effets purement spéculatifs inhérents à un tel contexte.

Nous avons longtemps considéré que l’envolée des prix de l’an dernier était largement spéculative et qu’une normalisation des pratiques monétaires y mettrait probablement fin. Alors que FED et BCE accélèrent le pas dans cette direction, se pourrait-t-il que ce changement de stratégie monétaire aille à l’encontre des tensions liées au conflit en cours ? La réaction au durcissement surprise de la stratégie de la BCE de ce jeudi, incite à se poser la question. Contrairement à notre réaction à chaud, il s’agirait, alors, d’un bon point de l’action du resserrement monétaire annoncé… en même temps qu’un sacré revers par rapport à la montée en puissance du scénario d’inflation.

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La BCE pourrait ouvrir toutes les portes sans en franchir aucune, à ce stade

Pas de fuite, quasiment pas de prise de parole, les membres de la BCE veulent conserver toute leur latitude avant leur Comité de politique monétaire de jeudi, une priorité aisément compréhensible dans un contexte éminemment incertain où tout peut basculer en moins de 24 heures. On peut légitimement envisager que ce soit également le principal objectif de la communication que livrera sa présidente, Mme Lagarde, jeudi, à savoir : la BCE déploiera les moyens nécessaires pour faire face aux conséquences de la crise tout en veillant à ne pas relâcher ses efforts face aux risques d’inflation de moyen-long terme. Une fois ces bases posées, c’est dans les nuances qu’elle marquera le terrain : le chiffrage de ses prévisions, tout d’abord, et l’appréciation des risques en présence, sur lesquels elle appuiera plus ou moins et face auxquels elle se montrera plus ou moins disposée à déroger à la stratégie qui était la sienne à l’occasion de sa dernière conférence de presse début février. Parmi les points les plus influents, outre sa lecture de l’inflation, celle de la situation bancaire et les risques de liquidités assortis au contexte en présence feront sans doute toute la différence sur la posture du Conseil des gouverneurs et les réponses des marchés.

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Ukraine, suite ; pas fin… Le point après dix jours de conflit

Dix jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la perspective d’une issue rapide du conflit s’éloigne. La spirale belliqueuse dans laquelle le président russe s’est enferré constitue une menace grandissante d’extension du conflit et des développements qui pourraient suivre. La stratégie de contrôle des sites nucléaires ukrainiens par l’armée russe et l’incendie de la plus grande centrale européenne située dans le sud du pays sont des développements des plus préoccupants qui signent l’insuffisance de la stratégie des sanctions jusqu’alors privilégiée par l’occident à l’égard de la Russie.

Nul ne peut dire aujourd’hui comment peuvent évoluer les choses mais chacun peut redouter qu’elles ne tournent plus mal. Compte-tenu de ces circonstances exceptionnelles nous consacrons ce numéro à une mise à jour des conséquences, à ce stade, envisageables de la situation :

  • Sur les perspectives de croissance et d’inflation
  • Sur les perspectives monétaires
  • Sur les risques que ferait encourir une guerre durable sur les taux d’intérêt et les marchés.

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ISM manufacturier vs PIB d’Atlanta, deux versions de la conjoncture américaine

L’ISM manufacturier américain a regagné un point en février, à 58,8 ; une bonne nouvelle a priori si ce n’est que le haut niveau de l’indicateur n’a guère fait preuve de fiabilité en matière de croissance effective de l’économie américaine ces derniers temps. Entre novembre et janvier, la production manufacturière n’a quasiment pas évolué malgré des ISM plus élevés qu’aujourd’hui. Une fois encore, ces enquêtes semblent être victimes d’effets de base trompeurs : en février 2021 la production manufacturière avait, en effet, chuté de plus de 3 %…

L’estimation de la FED d’Atlanta pour la croissance du premier trimestre donne un autre son de cloche. Son dernier chiffrage dévisse un peu plus pour ne ressortir qu’à 0,04 %, une bien médiocre performance par rapport aux attentes du consensus qui, bien que modestes, oscillent encore entre 1 % et 3 % r.a., en dépit des effets supposés positifs de l’amélioration de la situation sanitaire et tandis que les effets du conflit avec la Russie sont encore à venir. A la fin de la semaine dernière, le prix du gallon d’essence avait déjà rejoint ses quasi-records historiques de 2014. Le WTI n’était alors qu’aux environs de 95 $ le baril, il est aujourd’hui à plus de 106 $… Au contraire du message des ISM, c’est le risque d’une récession qui pointe à l’horizon.

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Morne plaine de la conjoncture chinoise malgré un léger mieux du côté des PMI

Jeux olympiques et Nouvel An chinois faisaient attendre de médiocres PMI ce mois-ci ; ceux-ci sont légèrement meilleurs que prévu par le consensus. Pour autant, la situation évolue peu. Sauf le rebond du sentiment des professionnels de la construction, fruit sans doute des mesures de soutien monétaire, l’amélioration du climat des affaires dans l’industrie et les services est microscopique, à respectivement 50,2 points et 50,5.

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Accélérations de l’histoire et failles européennes

Pandémie, crise climatique, résurgence de l’inflation, guerre russo-ukrainienne… Les crises d’ampleur inédite s’enchaînent depuis deux ans et préfigurent les pourtours d’un monde de plus en plus instable face auquel on ne peut que constater le désarroi de populations tellement peu préparées à ces bouleversements que les consciences peinent à en accepter la réalité.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie propulse l’Europe dans une situation de crise qui met au grand jour les failles de sa construction, que nombreux observateurs se sont lassés de rappeler : dépendance énergétique, inexistence diplomatique et militaire, souveraineté défaillante… Si nul ne sait dire, à ce stade, quelle sera l’issue de la crise russo-ukrainienne, on peut sans grand risque de se tromper avancer qu’il s’agit d’une nouvelle et complexe épreuve pour l’Europe, en première ligne d’un conflit qu’elle ne maîtrise pas et dont on ne peut que redouter qu’elle ressorte très affaiblie

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Ce que l’on sait de l’inflation, ce que l’on pense pouvoir avancer et tout ce que l’on ignore

L’inflation, qui semblait avoir disparu de la planète économique au cours des dernières années d’avant la crise sanitaire, a effectué un retour tout aussi inattendu que fulgurant depuis le printemps 2021. Dans un premier temps considéré comme transitoire, le phénomène se prolonge et préoccupe de plus en plus. Et s’il s’agissait d’un changement durable, témoin des modifications structurelles qui accompagnent la sortie de crise sanitaire ? Les contraintes climatiques et les règlementations qu’elles imposent ont toutes les chances d’accroître le coût de la vie sur le long terme, en particulier celui de l’énergie. Par ailleurs, les politiques monétaires, partout très accommodantes, encore aujourd’hui, ne sont-elles pas de nature à réveiller l’inflation des biens et services, dès lors qu’elles sont jumelées de soutiens budgétaires exceptionnels ? Se pourrait-il, enfin, qu’après avoir ouvert si grands les robinets monétaires et budgétaires depuis deux ans, l’acceptation par les salariés des contraintes qui prévalaient ces dernières années sur leur pouvoir d’achat ait fini par voler en éclat, faute, également, de pouvoir encore compter sur le substitut qu’a représenté le crédit par le passé ? Les questions fusent et vont assurément plus vite que les réponses. Après avoir fait valoir la patience, les banques centrales s’emballent face à l’inflation qu’elles craignent voir se propager. Et si elles allaient trop vite en besogne, au risque de casser une reprise encore balbutiante ? Le débat est vif et les arguments ne manquent pas. Que sait-on au sujet de l’inflation et quels sont les points d’incertitude qui pourraient nous conduire vers tel scénario plutôt que tel autre ?

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Il souffle comme un vent de récession outre Atlantique…

Poser la question de savoir si le choc de la crise sanitaire constituait l’équivalent d’une récession classique qui serait forcément suivie d’un nouveau cycle de croissance est souvent paru incongru ces derniers temps. Comment imaginer qu’une telle chute d’activité en 2020 ne crée pas les conditions d’un rattrapage digne de ceux qui ont suivi les récessions passées ? Effet élastique oblige, l’idée dominante était plutôt que, plus la crise serait profonde plus le rebond se devait d’être important, d’autant plus que les politiques économiques n’avaient pas lésiné pour parer aux dégâts majeurs.

Et pourtant, le doute s’instille. Comment se fait-il que les marchés de taux d’intérêt nous renvoient des signaux aussi persistants de fin de cycle alors que la FED n’a pas encore entamé le début de la remontée de ses taux et que même la promesse de réduction de son bilan ne provoque qu’un ajustement mineur, de 30 points de base sur les taux à 10 ans depuis octobre ? Que font les ménages du stock d’épargne qu’ils ont accumulé durant les privations imposées par le contexte sanitaire et pourquoi leur moral est aussi bas alors que leur richesse n’a jamais autant progressé depuis deux ans, ou comment expliquer que leurs perspectives d’achat automobiles ne retrouvent pas les couleurs qu’elles devraient avoir après trois années de vaches maigres ?

Et si il y avait erreur de casting ? Qu’au lieu d’une reprise cyclique, l’économie américaine, et les autres, aient tout simplement, après une année blanche, renoué avec la position qui était la leur à la fin 2019 ; celle d’un cycle déjà trop avancé pour supporter des chocs en cascade et un relèvement, même mineur, des taux d’intérêt ? La question devient moins incongrue au fur et à mesure des développements récents et de la perspective d’un durcissement accéléré de la politique monétaire américaine, surtout si les chiffres d’emplois, meilleurs que prévu en janvier, venaient à donner des ailes à J. Powell…

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