Le paradoxe de l’or, quels déterminants pour la suite

Souvent associée à la montée du risque géopolitique, l’envolée des cours de l’or s’est, malgré tout, interrompue avec le début du conflit iranien. Depuis le début du mois de mars, le métal jaune a enregistré nettement plus de séances de repli que l’inverse, dont deux baisses journalières de plus de 5 %, le 3 et le 19 mars. La valeur refuge par excellence a finalement perdu 12 % de sa valeur en dollar entre la veille du début des frappes, le 28 février, et le dix-neuvième jour du conflit. Voilà qui rappelle l’adage bien connu des marchés financiers « acheter la rumeur, vendre la nouvelle », qui suggérerait que les cours de l’or aient déjà anticipé un conflit, il est vrai annoncé de longue date, ce qui expliquerait le paradoxe de sa chute au moment de sa survenance.

Cette explication est, toutefois, assez peu convaincante, notamment parce qu’elle supposerait que les risques géopolitiques ne concernent que l’Iran. S’il s’agit incontestablement d’un gros morceau, tel est loin d’être l’unique ferment de ces inquiétudes : le prolongement du conflit russo-ukrainien, les menaces sur Taïwan, la question du Groënland, sont autant de foyers de risques, sans parler de la tournure que peut prendre la guerre commerciale ou des conséquences de l’affaiblissement de l’ONU et de l’Otan. C’est donc sans doute ailleurs qu’il faut chercher les raisons de cet apparent paradoxe.
On se rappelle le coup d’éclat du 30 janvier, jour où les métaux précieux ont enregistré une chute historique, attribuée à la nomination par D. Trump du futur président de la Fed, en la personne de K. Warsh. Ex-gouverneur de l’institution, ce dernier avait la confiance des marchés. Avec ce choix, les craintes d’une politique monétaire partisane, potentiellement très négative au dollar, se sont dissipées. Le billet vert, première monnaie de réserve mondiale, moins menacé, l’appétit pour les actifs de substitution n’avait plus -ou moins- lieu d’être ; la devise américaine pouvait retrouver son statut de monnaie refuge, ce qu’elle fit avec brio dès le premier jour du conflit. C’est dans ce contexte qu’est intervenu, mardi et mercredi, le FOMC de la Fed dont les marchés retiendront deux points-clés : 1- J. Powell ne lâchera pas son poste avant la fin du procès qu’a ouvert D. Trump contre lui, ce qui pourrait le maintenir en place jusqu’au terme de son mandat, en janvier 2028 ! 2- La confiance affichée par J. Powell sur les perspectives américaines laisse bien peu de place aux anticipations de baisses des Fed Funds dans le contexte en présence. Le dollar a donc observé une nouvelle jambe de hausse, qui semble, à bien des égards, avoir précipité la baisse des cours de l’or le lendemain. Nous ne saurons que dans plusieurs semaines si ces mouvements se sont accompagnés de changements de pratique en matière de réserves des banques centrales. Mais c’est sur ce point que porte, in fine, l’analyse. Or, celle-ci est encore loin d’être écrite.

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Le dollar contre l’or, vraiment?

La tournure de la situation en Iran et dans les pays du Golfe persique a eu pour conséquence de sortir le dollar de sa tendance baissière de ces dernières semaines et de propulser l’indice ICE sur des niveaux qu’il n’avait plus revu depuis la mi-janvier. Signe que le billet vert peut encore jouer le rôle de valeur refuge, dès lors que réapparaissent des menaces d’ampleur internationales, la devise américaine a aussi profité de l’envolée des cours du pétrole dont les Etats-Unis sont exportateurs nets, contrairement à de nombreux pays développés et émergents, et de la remontée des taux d’intérêt américains consécutive au report dans le temps des anticipations de baisses des taux directeurs de la Fed.

Quoi qu’il en soit, la réappréciation du billet vert est un puissant « game changer » qui a déjà eu des effets notables sur les marchés mondiaux ces dernières vingt-quatre heures.Une poursuite de ce mouvement aurait des répercussions massives sur les anticipations macroéconomiques et financières mondiales. Tel n’est pas aujourd’hui, cependant, le scénario le plus probable.

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Le juste prix du rattrapage du CAC 40 dépasserait allègrement les 9000 points

2025, année de surperformance quasi-inédite des valeurs européennes par rapport aux américaines, s’est aussi caractérisée par une dispersion hors norme des plus grands indices de la zone euro, de deux à trois fois supérieure à celle observée en moyenne au cours du quart de siècle écoulé.

La surperformance exceptionnelle de l’indice espagnol comparée aux indices français et néerlandais explique en grande partie ce résultat. En 2025, l’IBEX s’est adjugé une envolée de 49 %, deuxième plus forte hausse après le Kospi sud-coréen des principaux indices mondiaux. Le MIB italien a, quant à lui, terminé l’année dernière sur une progression de 32 %, très loin devant les 8 % et 10 % de hausses respectives de l’AEX néerlandais et du CAC 40, voire des 20 % du Dax. La structure très concentrée de l’AEX sur des segments peu porteurs l’an dernier et la crise politique française expliquent dans une très large mesure ces écarts avec les pays du sud de l’Europe portés par l’écrasement des spreads de taux d’intérêt avec l’Allemagne et, dans le cas espagnol, des résultats économiques très supérieurs au reste de l’UEM.

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Victoire à la Pyrrhus de la décision de la Cour suprême américaine

Le dicton dit : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras…. Attendu depuis plusieurs semaines, le verdict de la Cour suprême américaine sur la légalité des droits de douanes réciproques instaurés depuis le mois d’avril 2025 par D. Trump est tombé : ces taxes sont pour la plupart illégales. La décision constitue un revers d’autant plus cinglant pour D. Trump que les juges de la Cour sont en majorité républicains.
Annoncée avant la fermeture des marchés européens, la nouvelle a été largement saluée par les investisseurs, provoquant des rebonds d’ampleur des valeurs les plus sensibles au marché américain, au bénéfice, notamment, d’une hausse de 1,4 % du CAC 40, valeurs du luxe en tête.
Il a néanmoins fallu peu de temps avant que le président américain réplique à cette décision par l’usage d’une procédure d’urgence (article 122 du code commercial) lui permettant d’augmenter les droits de douanes pour une période limitée à 150 jours dans la limite de 15 % en cas de grave déséquilibre de la balance des paiements. D’abord portés à 10 % vendredi soir, un nouveau décret les élevait à 15 % samedi. A l’euphorie initiale succède depuis samedi une nouvelle vague d’extrêmes incertitudes. Qu’attendre maintenant de l’administration ? Que deviennent les accords précédemment conclus ou en voie de l’être ? Quelle valeur politique donner au barrage d’une Cour qui semblait être acquise à l’administration ? Enfin, quelles conséquences économiques de ce nouveau choc en perspective ?

Les réponses ne sont pas connues. Mais une chose semble sûre : les incertitudes commerciales, progressivement passées au second plan des préoccupations ces derniers mois, reviennent avec fracas sur le devant de la scène internationale. Les marchés des précieux l’ont compris plus vite que les bourses, l’or et l’argent profitant de la nouvelle pour conforter leur récupération.
Que dire à ce stade ?

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Marchés émergents : de l’attraction aux risques, selon trois scénarios

L’engouement des investisseurs pour les marchés émergents ne s’est pas démenti ces derniers temps. Depuis le début de l’année, l’indice MSCI de ces pays s’est adjugé une progression de 11 % en dollar, à comparer à une stagnation du S&P500 et une hausse de 6 % du Stoxx 600 (5 % en euro). Après un démarrage en trombe au mois de janvier, au cours duquel l’indice a progressé de plus de 8 %, la performance est plus normée depuis le début février mais conserve un rythme soutenu, d’autant plus remarquable que S&P500 et Nasdaq sont en repli marqué.

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Baisses politiques ou justifiées des taux de la Fed ? L’histoire n’est pas du tout la même

La multiplication de données économiques décevantes sur la conjoncture américaine, le changement de régime inflationniste de ces derniers mois et la mise en concurrence sévère des grandes entreprises technologiques américaines par leurs rivaux chinois, semblent sur le point de changer la donne des marchés mondiaux. Point central de ce revirement : le scénario d’une mise sous tutelle, au moins partielle, de la Fed par rapport à l’exécutif américain, qui ouvrirait la porte à des anticipations de baisses des taux plus politiques que réellement justifiées par la conjoncture économique et financière, perd progressivement en intensité. La nomination de K. Warsh à la tête de la Federal Reserve n’est pas la première cause de ce changement. Ce dernier trouve, en effet, son origine dans l’évolution récente du pouls de la conjoncture américaine, qui, malgré une croissance du PIB toujours estimée aux alentours de 4 % l’an fin 2025, montre de plus en plus de signes de fragilités que reflète, aussi, les derniers chiffres d’inflation. Conséquence : la Fed aurait de bonnes raisons d’envisager une relâche de la contrainte monétaire en procédant à des baisses, justifiées, de ses taux directeurs. Un tel scénario n’a plus grand chose à voir avec celui d’un assouplissement monétaire « gratuit » guidé par des considérations dogmatiques plutôt que conjoncturelles. Sur les marchés financiers, ce scénario de bascule aurait des conséquences majeures, s’il se concrétisait, qu’il s’agisse des marchés des changes, de ceux des matières premières, précieux avant tout, ou des actions, dans un contexte de courbe des taux potentiellement éminemment différent. Est-ce ce qui se joue ces derniers jours ? C’est la réponse que chercheront à trouver les investisseurs à travers les données économiques de toutes prochaines semaines et à partir de celle-ci que se joueront ou non les ruptures des stratégies d’investissement.

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Marchés en folie : l’or, encore refuge et, sinon, les obligations d’Etat, malgré tout ?

Argent, or, JGB, Bitcoin, actions… les phénomènes de volatilité hors norme se multiplient à un rythme inédit ces dernières semaines sans épargner aucune classe d’actif. Si les MAG7 américaines étaient souvent considérées comme la principale source de risque financier pour 2026, ce n’est pas de là que viennent les chocs les plus remarquables ni les plus, potentiellement, bouleversants, mais des victimes collatérales du boom de l’IA sur les acteurs technologiques traditionnels, de celles d’une guerre économique tentaculaire sur un nombre croissant d’entreprises tous secteurs confondus, sur fond de ruptures politiques historiques, en cours ou à venir, telle l’arrivée de Mme Takaichi au Japon, les élections de mi-mandat américaines du mois de novembre, sans parler des scrutins européens bientôt d’actualité.

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Grandeur et démesure des capex – suite

C’était le thème de notre présentation du 11 décembre dernier, au cours de laquelle nous avions tenté de mettre en lumière les effets favorables des perspectives d’investissement sur les prévisions de croissance mondiale et les risques, simultanément assortis, de tensions sur les conditions de financement, les prix des matières premières et l’emploi, liés à un essor par trop rapide des capex dans les nouvelles technologies, IA en tout premier lieu.
Ces questions animent depuis le début de l’année les réflexions des économistes et les tendances de marchés, à juste titre, devenus de plus en plus sensibles à un sujet, bien placé pour dominer les développements économiques et financiers en 2026. Où en sommes-nous ? Que retirer des tendances en cours en matière de perspectives économiques et de stratégie d’investissement ?

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