En pièce jointe, le support de présentation du 10 janvier,
2026 : Face à la Chine 2.0, résignation ou confrontation?

Analyse de la conjoncture internationale au fil de l’eau.
En pièce jointe, le support de présentation du 10 janvier,
2026 : Face à la Chine 2.0, résignation ou confrontation?

L’économie américaine a créé 147 K emplois en juin, c’est a priori mieux que les mauvaises données de l’ADP publiées hier. A ceci près que la moitié de cette hausse provient des Etats et collectivités et que l’emploi privé, lui, n’a progressé que de 74 K, son rythme le plus faible depuis octobre dernier. Si l’on retranche à cela les 51 K de l’éducation et de la santé, bien plus résistants que ne le disaient les données ADP, il ne reste quasiment plus rien, voire même une légère baisse en ce qui concerne le secteur minier, l’industrie manufacturière ou les services professionnels.

Les derniers PMI le confirment, l’Asie résiste aux pressions commerciales. Et pour cause, la pause de 90 jours des hausses de tarifs annoncées le 2 avril en a, jusqu’à présent, différé l’essentiel des effets de la guerre commerciale. En Chine, les différentes mesures du climat des affaires se sont améliorées en juin, tout comme les enquêtes manufacturières de la plupart des pays d’Asie : Corée, Inde, Japon, Philippines, Malaysie ou Thailande.
Ce n’est pas le cas au Vietnam, où le PMI manufacturier a reculé d’un point, à 48,9. Le pays, en ligne de mire de l’administration américaine, est parvenu à conclure un accord commercial avec les Etats-Unis pour échapper aux droits de 46 % annoncés le 2 avril. Il s’en tire néanmoins avec une surtaxe de 20 % sur ses ventes à destination des Etats-Unis. La pillule est amère pour une économie dont 30 % des exportations ont pour destination la première économie mondiale et représentent presque autant de son PIB. Elle risque de passer d’autant plus mal que les Américains ont instauré une surtaxe de 20 % additionnelle aux ventes de produits d’origine étrangère par le Vietnam. La mesure, qui vise directement les tentatives de contournement des taxes américaines par les entreprises chinoises, devrait finir par impacter ces dernières et par peser d’autant plus sur l’économie vietnamienne.

En juin, notre Baromètre Macroéconomique Global est retombé à 0, après 0,2 en mai, révisé en baisse d’un dixième. Etats-unis et Chine s’améliorent mais la zone euro et le Royaume-Uni retombent. Malgré la hausse de l’indicateur le plus avancé, celui des climats des affaires, les autres composantes de notre BMG sont neutre s’agissant des exportations, ou négatives pour la consommation et l’investissement. Dopé par sa composante américaine, notre indicateur d’inflation regagne un peu plus de terrain, à 0,2, après 0,1 en mai.

La bonne nouvelle chasse la mauvaise. Le projet de loi budgétaire « One Big Beautiful Bill Act » a été adopté par le Sénat. Il prévoit des baisses historiques d’impôts avec, à la clé, un surcroît de dette fédérale de 3000 milliards de dollars d’ici 10 ans, soit environ 10 % du PIB actuel. La victoire des républicains a été gagnée de justesse, grace au vote du vice-président JD Vance, à 51 voix contre 50, après la défection de trois républicains. Le texte amendé et adopté par le Sénat est maintenant discuté de nouveau à la chambre des représentants. Pour D.Trump, qui engrange les succès depuis deux semaines, il s’agit d’une victoire majeure, peu importe la méthode, les oppositions internes et les conséquences de cette réforme pour les finances publiques ou les Américains les moins fortunés, qui verront surtout de ces changements les effets négatifs des coupes promises des budgets sociaux.

Insensible aux tergiversations sur les droits de douanes, l’indicateur des prix payés de l’ISM manufacturier campe pour le quatrième mois consécutif sur de très hauts niveaux, entre 69 et 70 (69,7 en juin). Les moratoires, accords, délais sur la mise en place des droits de douane ne changent donc pas fondamentalement la perception du contexte inflationniste des directeurs d’achats. L’équivalent S&P des PMI ne dit d’ailleurs rien d’autre, pire, il suggère une forte accélération des prix facturés au cours du mois écoulé. Le risque est, dès lors, limpide : même en cas de nouvelle reculade de D.Trump, les prix à la consommation risquent de fortement accélérer au second semestre, malgré leur surprenante inertie des derniers mois.

Après le ZEW mardi dernier, les PMI allemands de juin sont ressortis en nette amélioration. L’indicateur composite a retrouvé la zone d’expansion, à 50,4, soit deux points de plus qu’en mai. A contrario, l’indicateur français est retombé de près d’un point, à 48,5, en zone de contraction plus marquée. Malgré un léger redressement des enquêtes INSEE, l’économie hexagonale a donc bien du mal à retrouver le chemin d’une croissance plus robuste, un objectif que l’Allemagne semble sur le point d’accomplir, grâce à un tournant budgétaire inédit mené par son nouveau chancelier. Après deux années de récession, l’économie allemande sort de bois et redonne de la voix à ses dirigeants en Europe.

C’est bien connu, l’herbe est, toujours, plus verte ailleurs, surtout vu de France. C’est le message que nous renvoient de manière récurrente les analyses sur les performances économiques italiennes ces derniers temps, lesquelles sont souvent l’occasion de passer au pilori celles de sa voisine. Tour à tour, on y apprend :
– Que l’activité à l’exportation est en bien meilleure posture que celle de l’Hexagone.
– Que, notamment dopé par cette vigueur retrouvée sur le front du commerce extérieur, le PIB par tête italien a rejoint celui de la France et le taux de chômage ses plus bas historiques.
– Que l’Italie aurait su faire des prouesses budgétaires que la France est incapable de mener à bien, en témoigne la stabilisation de sa dette publique à 135 % du PIB l’an dernier, son niveau d’avant covid, après une envolée à 154 % en 2020, et l’écrasement persistant des spreads de taux italo-français de ces derniers mois.
Un ensemble dont il découle, forcément, un satisfecit quant à la politique menée par G. Meloni depuis son accession au pouvoir en octobre 2022.
Aucun de ces constats n’est totalement faux. Que la France fasse moins bien que la botte est sans doute un sujet pour la fierté hexagonale, à moins de se réjouir que le pays le plus mal en point des fondateurs de l’Europe depuis la création de la monnaie unique parvienne, enfin, à sortir la tête de l’eau, grâce notamment au changement de cap de la politique européenne à son égard et aux initiatives qui ont suivi. Encore faudrait-il que les faits valident les dires. Or, le diagnostic italien n’a rien d’exceptionnel, certainement pas en comparaison d’autres pays du sud, ni, même, par rapport à son voisin français, si mal en point qu’il soit. Alors, quelle est la part d’exactitude, de réels progrès et d’espoirs que l’Italie s’en sorte mieux dorénavant, voire d’éventuelles leçons que l’Hexagone pourrait retirer de l’expérience italienne ?
