Author Archives: Véronique Riches-Flores
Les PMI lèvent les doutes sur les politiques monétaires, en Europe… pas aux Etats-Unis
Les mauvaises livraisons des PMI du mois de septembre en Europe devraient donner de l’aplomb aux politiques de baisses des taux de la BCE et, peut-être même, de la BoE. En zone euro comme au Royaume-Uni, la contrepartie de la baisse du climat des affaires se retrouve, en effet, de plus en plus nettement dans celle de l’inflation. Tel n’est pas le cas aux Etats-Unis, où, en dépit d’un PMI manufacturier un peu plus bas encore, celui des services tient bon, tout comme les prix, en particulier ceux des inputs. L’enquête de S&P représente, sans conteste, un caillou dans la chaussure de J. Powell. Les marchés boursiers, pour l’instant, se satisfont de la perspective d’une baisse des taux sans risque de récession. Cela ne devrait pas durer éternellement.

Baisse des taux, pour le meilleur ou pour le pire ? Scénario trimestriel du 17/09
Programmer une présentation trimestrielle la veille d’un comité de politique monétaire de la Fed n’est jamais très confortable, certains diront malin. A contrario, à quoi serviraient les économistes s’ils n’étaient pas capables de se forger des convictions suffisamment solides pour affronter, y compris, les banquiers centraux ? En l’occurrence, notre vision n’a pas vraiment changé après les annonces de la Fed, sinon que la confiance de J. Powell dans sa capacité à procéder à un assouplissement monétaire de l’envergure qu’il prévoit renforce nos craintes d’un redémarrage précoce de l’inflation, inscrit en toile de fond de notre scénario pour 2025.
Dans notre exercice trimestriel de cette rentrée, bien peu de digressions sur la situation macro-économique. Cette dernière ne change guère à l’échelle internationale et nos prévisions de croissance et d’inflation sont quasiment inchangées depuis deux trimestres. Peu de développements également sur l’inflation, qui évolue peu ou prou comme prévu : l’inflation reflue bel et bien mais les facteurs de résistance sont encore largement présents, comme anticipé. C’est sur les perspectives de baisses des taux d’intérêt que nous avons mis l’accent, avec, pour le coup, un nécessaire préalable sur le diagnostic conjoncturel américain, autour de la question : vrai risque de récession ou non ? De la réponse à cette question découle, en effet, l’essentiel de nos prévisions de taux d’intérêt et les risques que le meilleur de la baisse des taux puisse se transformer en pire hypothèse, sinon à courte échéance, du moins à plus long terme, pour l’inflation et les marchés financiers du monde développé et émergent. De fait, au-delà du soutien que représente le repli en cours des taux d’intérêt pour les perspectives économiques et marchés financiers, la question de la profondeur de la reprise cyclique est difficilement contournable.

Reculer pour mieux sauter : la BoJ marque une pause
La BoJ a laissé ses taux inchangés, à 0,25 %, à l’issue de son comité de politique monétaire de ces deux derniers jours. Fin juillet, le relèvement de 15 pb de ses taux avait provoqué une envolée du yen à l’origine d’un mouvement de panique sur les marchés mondiaux, occasionnée par un débouclage massif des opérations de carry-trade de la devise japonaise contre le dollar. La plus grande prudence est donc maintenant de mise, et il s’agit, sans doute, de la première raison d’une absence de nouvelle hausse des taux cette semaine. Sans réelle surprise, cette décision a néanmoins été suivie d’un nouvel accès de faiblesse du yen, retombé sur ses plus bas niveaux de ces dernières semaines, à 143 JPY/$, en renfort à une hausse du Nikkei de 1,7 % aujourd’hui.

Les leçons de la BoE en matière de bonnes pratiques monétaires
Aucune des banques centrales n’est à l’abri de faux pas, pas même la Banque d’Angleterre, mais la crédibilité s’acquiert, aussi, par la méthode. En ce sens, la BoE, aujourd’hui, est autrement plus convaincante que ne l’a été la Fed hier. Après une baisse d’un quart de point de son taux directeur le 1er août, elle a décidé de maintenir son taux de base à 5 % aujourd’hui, tout en actant le vote à l’unanimité en faveur d’une réduction de 100 milliards de livres de son stock d’obligations d’État dans les 12 prochains mois. L’inflation, pourtant, a donné des résultats nettement plus convaincants de décrue depuis le début de l’été, y compris en août malgré une légère accélération, en même temps que la croissance des salaires a nettement décéléré et que le PIB mensuel du pays a stagné en juillet/août. A. Bailey serait-il moins « data dependent » que son homologue américain ? Il le paraît, en tout cas.

La BoE évoque, en effet trois scénarii possibles sur l’inflation future…
POSTVIEW FED: L’économie américaine est donc en aussi mauvaise posture ?
Tel n’est pas notre diagnostic et tel ne semble pas être non plus celui des marchés malgré leurs attentes en matière de baisses de taux. Mais ces derniers ont finalement eu gain de cause puisque les projections de la Fed s’y sont rigoureusement collées. Parmi les principaux arguments qui nous faisaient attendre une baisse de 50 points de base cette semaine, celui que la Fed pourrait, ainsi, faire digérer des projections très inférieures aux anticipations de marché, occupait une place importante. Nous nous sommes trompés : les Dot Plots du FOMC sont particulièrement « dovish », au point d’espérer que la Fed se trompe car au rythme de baisse de ses taux escompté, on pourrait bientôt reparler de taux négatifs ou d’assouplissement quantitatif de ce côté-ci de l’Atlantique : à 2,9 % à horizon décembre 2026, les Fed Funds totaliseraient 250 points de base de baisse, en effet, un ajustement qui inciterait la BCE, le cas échéant, à abaisser ses taux dans la région de 1 % ! A moins que la Fed ne fasse fausse route, ce qui justifierait la réaction des cours de l’or ou, encore, des crypto-monnaies à son annonce : la perte de crédibilité des banques centrales ayant ce pouvoir de renforcer l’attrait du premier et des pseudo-monnaies sous toutes leurs formes…Cette dernière lecture est pour le moins tentante pour ceux qui, comme nous, peinent à trouver les justifications au risque de récession dans l’environnement en présence (comme développé dans notre présentation trimestrielle de mardi soir, cf l’extrait ci-dessous) et elle n’offre pas un cadre durablement propice au regain d’appétit pour le risque.

Soutenus par la Fed ou retenus par la Chine, qu’attendre des marchés émergents ?
Le top départ des baisses de taux d’intérêt a été sifflé ces derniers jours et les marchés se mettent en ordre de marche. Parmi les sujets privilégiés par les investisseurs dans la perspective d’un premier ajustement des Fed Funds la semaine prochaine, celui du regain d’intérêt pour les indices émergents ne devrait pas être en reste. La baisse des taux de la BCE de ce jeudi a déjà produit ses effets sur les marchés mondiaux des matières premières, provoquant un rebond quasi-généralisé des cours que la perspective d’un passage à l’acte de la Fed pourrait venir renforcer, avec celle d’un dollar affaibli. Baisse des taux, repentification des courbes de rendement, repli du dollar et hausse des prix des matières premières constituent généralement les principaux soutiens des bourses émergentes, dont l’indice de référence a repris des couleurs depuis le début de l’année, sinon en performance relative par rapport à l’américain, du moins en absolu, en dépit de considérables distorsions régionales.

Guère plus élevé aujourd’hui qu’il y a six, treize ou seize ans, le MSCI émergent pourrait-il trouver dans les développements de la politique monétaire américaine à venir le soutien nécessaire à une sortie par le haut d’une trop longue agonie ? La réponse par l’affirmative serait assurément plus aisée avec une économie chinoise en meilleure santé et, davantage encore, avec la perspective d’un assouplissement prolongé et durable des taux de la Fed, qui reste à ce stade, très discutable. A brève échéance toutefois, bon nombre de pays du monde émergent devraient avoir les moyens de suivre cette dernière et d’offrir, par là-même, un environnement plus porteur à leurs marchés locaux malgré des marges d’assouplissement monétaire bien différentes d’un pays à l’autre.
Récession ou non ? Dans la balance des arguments, le non pèse encore, mais…
Les menaces de récession ne sont pas nouvelles aux États-Unis et les craintes associées souvent justifiées à l’égard d’une économie trop longtemps tenue à bout de bras par une surabondance de liquidités, des dépenses budgétaires inconsidérées et des effets richesse immobiliers et financiers menaçant de s’évaporer. Si les risques sont indéniables, exacerbés par des taux directeurs réels à leur plus haut niveau depuis dix-sept, l’éventualité d’une telle issue reste, pourtant, discutable.
Sauf lorsqu’ils sont provoqués par des chocs externes, typiquement le Covid ou des crises financières, les épisodes récessifs correspondent habituellement à une phase de correction d’excès conjoncturels : trop d’emplois, associés à des pertes de productivité et des baisses de profits, trop d’investissements que les entreprises peinent à rentabiliser, surstockage appelant à un ajustement de la production, surendettement des ménages ou des entreprises… aujourd’hui difficiles à illustrer.
C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les sources de correction. Celles-ci se situent principalement sur trois fronts : l’immobilier aujourd’hui très mal en point, la politique budgétaire, en partie soumise au résultat de l’élection présidentielle, et les bourses. De tous ces éléments, le dernier est certainement le plus menaçant, susceptible tout à la fois de grandement fragiliser la situation financière des ménages et celle, plus encore, des entreprises. C’est ce risque que tentera, selon toute vraisemblance, de prévenir la Fed, sous couvert de protéger le marché de l’emploi, en dépit des données du mois d’août, qui bien que meilleures que prévu pour ce qui est du secteur privé, ne changent pas fondamentalement la donne pour la Fed.
