Entreprises américaines, la patience pourrait avoir des limites

Les commandes de biens durables publiées aujourd’hui aux États-Unis constituent un sérieux rappel à l’ordre pour l’administration de D. Trump. Si l’indicateur total est à peu près satisfaisant, en hausse de 0,7 % en mars par rapport à février, la composante la plus pertinente en matière d’investissement qui concerne les commandes de biens d’équipement hors défense et aviation est, elle, quasiment stagnante, en hause de moins de 0,2 % pour le troisième mois consécutif.

Après s’être reprises en toute fin d’année, en bonne partie sous l’effet du rebond de l’activité pétrolière, les commandes de biens d’investissement sont désespérément faibles, très en retrait de ce qu’aurait pu suggérer l’embellie sur le front du climat des affaires. Signe que les entreprises n’ont guère de raisons d’investir ou qu’elle sont en phase d’attentisme avant la grande réforme fiscale, ces déceptions rappellent à quel point l’enjeu des discussions en cours sur la fiscalité des entreprises est important. En l’absence de raffermissement rapide, la croissance annuelle des commandes ne tardera pas en effet à s’essouffler. Ceci d’autant plus que les données récentes, en valeur, ont sans doute été gonflées par des effets prix amenés à s’éroder eux aussi.

Mario Draghi – «p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non»

Après la publication d’un communiqué de politique monétaire sans changement de la part de la BCE, à la suite de laquelle l’euro avait commencé à refluer, l’allocution de Mario Draghi s’est ouverte sous un jour beaucoup plus confiant. Résolument réconforté par les tendances économiques récentes, tant en matière d’activité que de crédit et d’inflation et, en apparence, peu préoccupé par la situation politique en France, la confiance affichée par le président de la BCE a brièvement propulsé l’euro près de 1,093 USD. Le sentiment a subitement changé lors de la séance des questions-réponses avec les journalistes, durant laquelle M. Draghi a émis doutes sur doutes pour finalement donner l’impression d’une extrême prudence persistante.

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Effet d’annonce réchauffé– le flop de D. Trump

La présentation hier des détails du programme fiscal de D. Trump n’a pas eu d’effet visible sur les marchés, pire, les indices américains se sont légèrement repliés après ces annonces qui, pourtant, vont au-delà de ce qui était contenu dans le programme du candidat. Sans doute les investisseurs considèrent-ils que ces changements sont déjà intégrés dans la valorisation actuelle des actifs après une hausse de 11 % de l’indice S&P 500 depuis l’élection du nouveau président américain. Sans doute, également, préfèrent-ils la prudence après les déceptions à répétition, la réalité d’une situation budgétaire qui n’offre guère de marges de manœuvre depuis le rejet du projet de refonte de l’Obamacare et le vaste flou qui entoure la ligne politique de la nouvelle administration américaine, notamment à l’égard de l’étranger. Ce qui ressemble à un recul sur le front de l’Alena, que le président américain ne semble plus vouloir dénoncer mais seulement renégocier, fait partie de ces volte-face susceptibles de transformer une bonne nouvelle en élément additionnel d’incertitude.

Si cette lecture est la bonne, il faudra des certitudes ou, tout au moins, des évidences plus fortes que la seule réédition d’un programme déjà connu dans ses grandes lignes, pour convaincre et faire effectivement réagir les marchés. On suivra de près dans cette perspective l’évolution des débats entre républicains afin d’appréhender la réception par le Congrès de ces propositions choc.

BREXIT : ce n’est que le début…

Faute de soutien suffisant pour mener à bien le processus de sortie de l’UE à sa façon, la première ministre britannique Theresa May vient d’annoncer la tenue d’élections législatives anticipées le 8 juin prochain. Surprenante -T. May avait jusqu’à présent formellement rejeté, en effet, l’hypothèse d’une avancée des législatives de 2020- cette décision pose de nombreuses interrogations sur ses conséquences éventuelles.

Objectif : avoir une légitimité électorale ainsi qu’une équipe plus solide pour mener à bien les négociations du Brexit engagées depuis la fin mars avec l’enclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne. Theresa May a en effet suivi une ligne dure d’une sortie de l’UE (« hard Brexit ») assez largement contestée en dehors des rangs conservateurs, alors que les récents sondages montrent une possibilité de renforcer de 17 à 20 le nombre de sièges des Conservateurs à la chambre des Communes. Un succès à ces élections lui donnerait sans doute les moyens de trancher les cas litigieux et d’accélérer les négociations avec l’UE.

Risques :  L’opportunisme de T. May n’est toutefois pas sans risques. Celui :

1- de ne pas recueillir de soutien suffisant le 8 juin pour maintenir la ligne dure qui était la sienne, ce qui lui imposerait de reculer sur ses intentions premières,

2- celui, d’un affaiblissement beaucoup plus large de son soutien.

Peut-on envisager un échec susceptible de remettre en cause le processus même d’un Brexit ? Ce scénario, bien qu’a priori très faible, ne peut être exclu. Avec l’annonce d’aujourd’hui s’ouvre clairement une nouvelle source d’incertitudes.

La réaction très positive de la livre est de fait assez surprenante, cette dernière ne pouvant s’entendre, selon nous, que dans les deux scenarii de risques évoqués plus haut ; une version soft du Brexit ou… l’idée d’un coup de théâtre que constituerait un retour en arrière. En tout état de cause, à brève échéance, le potentiel d’appréciation supplémentaire de la devise britannique semble réduit, tout comme l’est le potentiel de remontée des taux à terme.

FOMC : hyper prudence de la FED, encore et toujours (podcast)

Vous trouverez ci-dessous les principaux points de notre analyse du FOMC complétés du podcast de l’émission « spécial FED » de BFM business à laquelle je participais en compagnie d’Alain Pitous (Talence Gestion) et de Philippe Waechter par téléphone (Natixis AM).
Comme nous l’avions envisagé, pas d’urgence ni de pari sur l’avenir
La FED a relevé le niveau de ses taux directeurs d’un quart de point, dans une fourchette comprise entre 0,75% et 1%, comme prévu et ne modifie rien de ses projections pour les dix-huit prochains mois.
Bien qu’incontestablement plus confortable sur les développements de la conjoncture américaine, le FOMC n’a donné l’impression d’aucune précipitation et reste circonspect quant aux évolutions à venir. Les inconnues de politique économique de la nouvelle administration expliquent dans une large mesure cette prudence quand, nous l’avons dit ce matin, la FED est indéniablement contrainte par l’environement en présence de très forte valorisation des prix d’actifs.
Le FOMC ne s’est pas prononcé sur le calendrier des deux hausses supplémentaires envisagées cette année, qui seront décidées « en fonction des informations économiques futures ». Pas de précipitation, donc, malgré des anticipations dorénavant très claires de remontée de l’inflation sous-jacente, selon le communiqué de ce soir.
  • Après la spéculation de ces derniers jours, la communication de la FED a rassuré les marchés boursiers américains qui se sont ressaisis  dès l’annonce du maintien de son scénario.
  • Les marchés de taux, qui s’étaient quelque peu tendus ces derniers jours, ont favorablement accueilli la nouvelle, les taux à 10 ans retombant sous le niveau de 2,50 % et les taux à 2 ans, à 1,30 %.
  • Porté par le repli des taux d’intérêt, l’or s’est adjugé un rebond de plus de 1% quand les cours du pétrole regagnaient un peu du terrain perdu récemment, repassant au-dessus de 49 $/b pour le WTI.
  • Enfin, l’indice ICE du dollar qui avait été dopé par les craintes d’un changement de scénario de la FED, a perdu 1,3 % après l’annonce, l’euro repassant au-dessus de 1,07 USD, tandis que le yen qui n’était nettement repli après la réunion de la BCE de jeudi dernier, se réappréciait à 113,5 JPY.
Dans l’ensemble, donc, un scénario conforme à nos attentes, d’une banque centrale d’une extrême prudence, n’ayant même pas osé ajuster ses « dots » avant  2019 ; un soutien indéniable pour les marchés d’actions mais également pour les cours de l’or tant la FED prend du retard sur l’inflation.

PREVIEW FED : Pas d’urgence ni de pari sur l’avenir

Avec des taux directeurs compris entre 0,5 % et 0,75 %, la Fed est sans doute en retard sur le cycle de conjoncture américain. La croissance nominale, dorénavant aux alentours de 4 % devrait en toute logique aller de pair avec des taux longs de même ordre, tandis que, huit ans après le début de ce cycle, les taux d’intérêt réels à court terme n’ont plus guère de raison de rester en territoire négatif comme c’est de plus en plus le cas au fur et à mesure de la remontée de l’inflation.

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M. Draghi : qui s’y frotte s’y pique, ou s’y piquera

Ardent défenseur de la monnaie unique, Mario Draghi est prêt à affronter ses détracteurs et déploiera si nécessaire plus de moyens encore, jusqu’à accroitre, le cas échéant, son programme d’achats d’actifs. Quant aux taux directeurs ils resteront là où ils sont, ou plus bas encore, pour une période prolongée, et « bien au-delà de l’horizon fixé pour les achats nets d’actifs ». Sans directement le mentionner, c’est bien le risque politique -et les attaques contre la monnaie unique- que cible le président de la BCE à la veille d’échéances électorales que beaucoup redoutent, les premières étant les élections législatives néerlandaises du 15 mars, suivies des présidentielles puis législatives en France.

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Les créations d’emplois s’envolent, le dollar, les taux longs devraient suivre

A 298 000, en février les données de l’ADP sont très au-dessus des attentes et surtout nettement supérieures à la moyenne des six derniers mois (185 000). Ces données témoignent d’une claire accélération des créations de postes, largement concentrée dans les activités de services.
Malgré des écarts parfois significatifs au mois le mois, ces données sont traditionnellement très proches des statistiques officielles pour l’emploi privé (NFP attendues pour vendredi), elles devraient donc être prises pour argent comptant par les observateurs.

Une telle accélération des créations d’emplois est à même d’accroître les anticipations, non seulement d’une remontée des taux de la FED dès le 15 mars, mais également de hausses à venir additionnelles. Ces statistiques devraient tirer le dollar à la hausse ainsi que les taux longs.
Pas sûr néanmoins que les indices américains apprécient, risquant de redouter un durcissement plus marqué que prévu de la politique de la FED. Ces statistiques renforcent d’autant plus les enjeux de la communication de la FED la semaine prochaine.