L’honneur perdu de Theresa May

Le pari d’élections anticipées dont le résultat était censé permettre de renforcer le positionnement de l’équipe au pouvoir et de lui offrir plus de marges de manœuvre dans les négociations avec l’UE sur le Brexit, était risqué dès ses début (Voir à ce sujet BREXIT, ce n’est que le début du 18 avril). Il semble aujourd’hui quasiment perdu et de facto de plus en plus périlleux pour Theresa May. Si les sondages permettent encore d’envisager que la première ministre britannique conserve la majorité au Parlement, la capacité des Conservateurs de se renforcer est loin d’être acquise quand l’hypothèse d’une perte pure et simple de majorité absolue ne peut, désormais, plus être exclue.

En d’autres termes, l’incertitude à l’égard des résultats des élections de jeudi est extrême. Or, de ceux-ci dépend l’avenir du pays, en particulier à l’égard de l’Europe.

Partisane d’un « hard Brexit » que l’on est tenté de définir par les propres mots de Mme May, à savoir : « préférer un Brexit sans accord avec les autres pays de l’UE, à un Brexit assorti d’un mauvais accord », la première ministre avait vraisemblablement en tête de profiter d’une majorité renforcée pour soutenir une stratégie relativement rapide de sortie du Royaume-Uni de l’UE en évitant des débats à rallonge, tant sur le front domestique qu’européen, sur les multiples sujets épineux des négociations à venir. Cette stratégie, qui ne disait rien sur l’impact économique du processus enclenché, offrait néanmoins la possibilité d’éviter l’enlisement et de réduire la période d’incertitude.

L’absence de majorité renforcée ou, pire, la perte de majorité absolue des Conservateurs, risque, au contraire, de compliquer les négociations, de fragiliser le positionnement des Britanniques, éventuellement désunis, face aux européens et de prolonger la période d’incertitude, donc l’exposition de l’économie britannique aux conséquences néfastes de la transition vers un Brexit. Elle peut accroitre, a contrario, les chances d’un Brexit moins radical. En effet, bien que Jeremy Corbyn, leader des Travaillistes, se dise soucieux de respecter l’expression des Britanniques à l’occasion du référendum de l’an dernier, son positionnement à l’égard de l’Europe est nettement moins catégorique que celui de T. May, visant en particulier, à conserver l’accès au marché commun européen. Si l’on voit mal quel compromis pourrait permettre d’aboutir à un tel accord avec l’UE, une montée des Travaillistes pourrait accroître l’éventualité d’un « soft Brexit », à terme moins pénalisant pour l’économie britannique.

Dans un cas comme dans l’autre, sauf surprise d’un élargissement effectif de la majorité Conservatrice, ces élections ne devraient guère soutenir la livre Sterling, en particulier contre l’euro, à un moment où ce dernier reprend des couleurs. Le risque d’une chute de la livre en deçà de ses plus bas de l’automne dernier, soit sous 1,10 GBP/EUR serait dans le cas d’une perte de majorité absolue relativement élevé, ce mouvement ayant tout lieu de se produire en même temps qu’un reflux significatif des taux longs britanniques, en particulier des taux à 10 ans. Pas sûr que les indices boursiers apprécient.

En guise de preview sur l’emploi américain…

La publication hier des chiffres de l’ADP, d’une croissance de 253 000 créations de postes privés au mois de mai a constitué une surprise aux conséquences très positives sur les marchés d’actions, l’indice Dow Jones trouvant là un nouveau prétexte pour poursuivre son ascension à un rythme effréné, à 21 144 points.
Après une nette décélération des créations d’emplois depuis le début de l’année, les données de l’ADP sont effectivement les bienvenues, susceptibles de redonner confiance dans l’économie américaine et sa capacité à tenir le cap d’une croissance décente malgré l’absence d’avancées sur le front des promesses budgétaires de l’Administration.
En somme, il y aurait dans cette confirmation de quoi court-circuiter les inquiétudes qui se sont fait jour depuis le début de l’année et inverser la tendance à la baisse des taux à long terme, devenue ces derniers temps éminemment contrariante par rapport à l’optimisme des marchés boursiers.
Reste, que les statistiques officielles du rapport mensuel sur l’emploi américain se sont singulièrement écartées de celle de l’ADP ces derniers mois. Selon les premières, le rythme des créations de postes se serait établi à 164 000 en moyenne au cours des trois derniers mois, un niveau inférieur de quasiment 63 000 postes par mois à ceux de l’ADP. Jamais de tels écarts n’ont été observés entre ces deux séries et les expliquer est, à ce stade du domaine de l’impossible. Il n’en reste pas moins que ce constat soulève bien des interrogations sur la réalité des tendances du marché de l’emploi américain depuis le début de l’année : est-il en décélération notable, à seulement 1,7% l’an ou, au contraire en accélération à 2,1%? Difficile à dire tant les tendances se révèlent éloignées.
A supposer que l’écart observé ces derniers mois entre ces deux séries persiste en mai, les données d’hier pourraient résulter en des chiffres NFP de seulement 190 000 emplois privés cet après-midi, soit des chiffres à peu près identiques à celles du mois dernier, de 194 000.

Le Beige book plombe les espoirs d’un deuxième trimestre revigoré et accroît le risque d’un statut quo de la FED en juin

Croissance modeste ou en ralentissement, inflation absente et faibles créations d’emplois malgré des goulots d’étranglement certains sur le marché du travail, le Beige book du mois de mai est en phase avec ce que relatent les indicateurs récents : malgré un ressaisissement des dépenses de consommation ces deux derniers mois, l’économie américaine s’enlise. En dépit de toutes les bonnes raisons de ne pas reculer, la probabilité que la FED préfère marquer une pause dans ses hausses de taux est bien réelle, un scénario à ce stade ignoré par les marchés qui intègrent à plus de 90% un nouveau relèvement de 25 pb le 14 juin…

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La FED garde la main sans rien annoncer

Conformément à nos attentes la FED a fait montre de confiance sur la situation et les perspectives économiques américaines dans son communiqué, minimisant la détérioration récente des indicateurs et de la croissance à des phénomènes transitoires.

Bien que ne s’engageant aucunement à ce stade sur le calendrier du prochain mouvement de hausse de ses taux, cette confiance a suffi à produire ses effets : les anticipations de hausse de taux en juin ont augmenté de 10 points après ce communiqué, à 73,8 %, permettant simultanément un léger redressement des taux à 10 ans et du cours du dollar.

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Entreprises américaines, la patience pourrait avoir des limites

Les commandes de biens durables publiées aujourd’hui aux États-Unis constituent un sérieux rappel à l’ordre pour l’administration de D. Trump. Si l’indicateur total est à peu près satisfaisant, en hausse de 0,7 % en mars par rapport à février, la composante la plus pertinente en matière d’investissement qui concerne les commandes de biens d’équipement hors défense et aviation est, elle, quasiment stagnante, en hause de moins de 0,2 % pour le troisième mois consécutif.

Après s’être reprises en toute fin d’année, en bonne partie sous l’effet du rebond de l’activité pétrolière, les commandes de biens d’investissement sont désespérément faibles, très en retrait de ce qu’aurait pu suggérer l’embellie sur le front du climat des affaires. Signe que les entreprises n’ont guère de raisons d’investir ou qu’elle sont en phase d’attentisme avant la grande réforme fiscale, ces déceptions rappellent à quel point l’enjeu des discussions en cours sur la fiscalité des entreprises est important. En l’absence de raffermissement rapide, la croissance annuelle des commandes ne tardera pas en effet à s’essouffler. Ceci d’autant plus que les données récentes, en valeur, ont sans doute été gonflées par des effets prix amenés à s’éroder eux aussi.

Mario Draghi – «p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non»

Après la publication d’un communiqué de politique monétaire sans changement de la part de la BCE, à la suite de laquelle l’euro avait commencé à refluer, l’allocution de Mario Draghi s’est ouverte sous un jour beaucoup plus confiant. Résolument réconforté par les tendances économiques récentes, tant en matière d’activité que de crédit et d’inflation et, en apparence, peu préoccupé par la situation politique en France, la confiance affichée par le président de la BCE a brièvement propulsé l’euro près de 1,093 USD. Le sentiment a subitement changé lors de la séance des questions-réponses avec les journalistes, durant laquelle M. Draghi a émis doutes sur doutes pour finalement donner l’impression d’une extrême prudence persistante.

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Effet d’annonce réchauffé– le flop de D. Trump

La présentation hier des détails du programme fiscal de D. Trump n’a pas eu d’effet visible sur les marchés, pire, les indices américains se sont légèrement repliés après ces annonces qui, pourtant, vont au-delà de ce qui était contenu dans le programme du candidat. Sans doute les investisseurs considèrent-ils que ces changements sont déjà intégrés dans la valorisation actuelle des actifs après une hausse de 11 % de l’indice S&P 500 depuis l’élection du nouveau président américain. Sans doute, également, préfèrent-ils la prudence après les déceptions à répétition, la réalité d’une situation budgétaire qui n’offre guère de marges de manœuvre depuis le rejet du projet de refonte de l’Obamacare et le vaste flou qui entoure la ligne politique de la nouvelle administration américaine, notamment à l’égard de l’étranger. Ce qui ressemble à un recul sur le front de l’Alena, que le président américain ne semble plus vouloir dénoncer mais seulement renégocier, fait partie de ces volte-face susceptibles de transformer une bonne nouvelle en élément additionnel d’incertitude.

Si cette lecture est la bonne, il faudra des certitudes ou, tout au moins, des évidences plus fortes que la seule réédition d’un programme déjà connu dans ses grandes lignes, pour convaincre et faire effectivement réagir les marchés. On suivra de près dans cette perspective l’évolution des débats entre républicains afin d’appréhender la réception par le Congrès de ces propositions choc.