Grandeur et démesure des capex – suite

C’était le thème de notre présentation du 11 décembre dernier, au cours de laquelle nous avions tenté de mettre en lumière les effets favorables des perspectives d’investissement sur les prévisions de croissance mondiale et les risques, simultanément assortis, de tensions sur les conditions de financement, les prix des matières premières et l’emploi, liés à un essor par trop rapide des capex dans les nouvelles technologies, IA en tout premier lieu.
Ces questions animent depuis le début de l’année les réflexions des économistes et les tendances de marchés, à juste titre, devenus de plus en plus sensibles à un sujet, bien placé pour dominer les développements économiques et financiers en 2026. Où en sommes-nous ? Que retirer des tendances en cours en matière de perspectives économiques et de stratégie d’investissement ?

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La Banque d’Angleterre parviendra-t-elle, vraiment, à baisser davantage ses taux ?

La Banque d’Angleterre a maintenu ses taux directeurs inchangés au terme de son comité des deux derniers jours, à 3,75 %. Aucune surprise dans cette décision après la baisse d’un quart de point décidée en décembre, au regard du rythme graduel qu’elle suit, à raison d’un ajustement tous les deux comités jusqu’en septembre, étendu à trois comités entre septembre et décembre. D’autant que ni les données d’inflation ni celles de la croissance n’incitent à penser que la BoE ait beaucoup de marges de manœuvre. Sauf sa prévision d’un retour de l’inflation à 2 % en avril, du fait des effets de base énergétiques d’un an sur l’autre, les tendances de prix ne sont pas des plus conformes à un retour durable de l’inflation dans la région de 2 %. Les hausses de salaires, bien que progressivement plus contenues, évoluaient encore entre 4,2 %, hors bonus et 4,8 % ces derniers compris au mois de novembre.

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Aux Etats-Unis, les pertes d’emplois s’accélèrent dans les services professionnels

Le rapport ADP sur l’emploi du secteur privé aux Etats-Unis est ressorti nettement plus faible qu’attendu en janvier, avec seulement 22 K créations de postes contre 43 K attendus par le consensus. Par ailleurs, les données de décembre ont été révisées en baisse, à 37 K au lieu de 41K en première lecture. Ces chiffres restent très en retrait de ce que laisserait envisager une croissance économique du rythme de celui de ces derniers mois. Le rapport du mois de janvier met particulièrement l’accent sur les destructions d’emplois dans les services professionnels, lesquels auraient perdu 57 K postes au cours du seul mois de janvier. Effet IA ou reflet des distorsions sectorielles exceptionnelles ? La réponse n’est pas formelle à ce stade, d’autant que la région Atlantique Sud (Floride, Géorgie, Carolines…) apparaît comme la principale responsable de ces mauvais chiffres avec 76 K destructions de postes. Les tendances de l’emploi dans les services professionnels sont, néanmoins, parmi les plus mauvaises depuis l’introduction de ChatGPT, en novembre 2022 et le lien de cause à effet est fortement suggéré. Avec 22,2 millions de salariés, ce secteur, le troisième plus important aux Etats-Unis, a déjà vu ses effectifs réduits de 500 K en un peu plus de deux ans.

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N’attendons rien de la BCE!

« We are in a good place » ! Les mots de décembre de Madame Lagarde ont eu le mérite d’être clairs et efficaces pour stopper la spéculation autour des possibles décisions à venir de la BCE. Les taux directeurs resteraient donc à 2 %, un niveau pleinement intégré par les marchés comme celui qu’ils conserveront jusqu’à la fin de l’année. De fait, rien ne laisse envisager de changement à l’occasion du prochain comité de politique monétaire de la BCE de jeudi prochain et, si allusion, il y a à une possible évolution de l’appréciation de ses membres, elle sera, selon toute vraisemblance, des plus subtiles, n’engageant aucunement l’institution pour le mois de mars. Les occasions ne manquent, pourtant, pas de s’interroger sur cette perspective. 2 % est-il aussi approprié que ne le laisse entendre la BCE au vu de la situation et des risques en présence, en particulier celui d’une appréciation de l’euro que laissent planer les développements de l’autre côté de l’Atlantique ?

La réponse varie grandement selon l’approche privilégiée, mais renvoie invariablement au statut de la BCE et aux limites d’une politique monétaire unique qui ne peut, par définition, être considérée comme optimale que pour l’ensemble des pays qu’elle gouverne et non pour chacune des économies prise individuellement. Ce compromis implique, par nature, des perdants et des gagnants et ne peut être tenable dans le temps qu’à deux conditions : 1- que les premiers et les seconds ne soient pas systématiquement les mêmes 2- que les avantages apportés par les mécanismes de l’union monétaire excèdent leurs coûts. C’est aujourd’hui le cas…

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J. Powell ne voit pas pourquoi la Fed devrait baisser ses taux davantage cette année

Le communiqué le suggérait, J. Powell l’a clarifié et n’argumente pas en faveur de baisses supplémentaires des taux directeurs cette année, compte-tenu : 1- des résultats en amélioration en matière de la croissance économique et de perspectives, 2- de la stabilisation du marché de l’emploi, 3- d’un niveau d’inflation toujours relativement élevé. A la question d’un journaliste sur le fait que la Fed recule le moment de la baisse de ses taux prévue en décembre, la réponse de J. Powell est donc on ne peut plus claire, quand bien même le président de la Fed s’est abstenu d’y répondre formellement, avant la publication des nouvelles projections du FOMC du mois de mars. Il fait peu de doutes, néanmoins, qu’à conditions inchangées d’ici là, ces dernières devraient, tout à la fois, gommer le quart de point supplémentaire de baisse des Fed Funds intégré aux Dots du mois de décembre et publier un scénario de croissance rehaussé.
Les anticipations de marchés, qui intègrent encore deux baisses des taux d’ici la fin de l’année, n’ont donc plus lieu d’être, du moins, dans les conditions en présence et avec les membres actuels du FOMC.

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Qu’il le veuille ou non, J. Powell sera dans la cour politique mercredi

Ni changement du niveau des taux des Fed Funds, ni mise à jour des projections ; on serait presque tenté de sauter à pieds joints au-dessus du FOMC de ce mois-ci, tant l’attention est ailleurs, en particulier sur ce qui se déroule sur les marchés des métaux précieux, qui ont volé la vedette à la plupart des autres actifs ces derniers temps. Sauf qu’il s’agit bel et bien des deux faces d’une même médaille, indissociables des développements en cours sur les marchés des changes et de la crise monétaire en couveuse, que la perte d’indépendance de la première banque centrale au monde menace de provoquer.

Alors que les perspectives de baisse des taux pour cette année semblent ne plus tenir qu’à l’éventualité de la nomination d’un président fantoche à la tête de la Fed et que les économistes sont de plus en plus nombreux à envisager, « toutes choses égales par ailleurs », l’amorce d’une remontée des Fed Funds d’ici la fin de l’année, D. Trump, n’accueillera pas avec satisfaction le statu quo monétaire probable du FOMC et encore moins un communiqué, éventuellement, un brin plus réservé sur les perspectives de possibles baisses des Fed Funds cette année. De là à provoquer l’ire dont le président américain a le secret, il n’y a qu’un pas, un de plus dans la fuite en avant éperdue dans laquelle il s’est lancé pour tenter de sauver ce qui semble inexorablement en voie de lui échapper, une possible victoire aux élections de mi-mandat.

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Un pays vieux, comme le Japon, peut-il prétendre à des politiques de relance ?

C’est, entre autres interrogations, la question que posent les développements récents au pays du Soleil Levant, bien avant, d’ailleurs, l’arrivée de Mme Sanae Takaichi à sa tête à l’automne dernier. La crise démographique de ces vingt dernières années a fait sombrer le pays dans un état de déflation chronique et de surendettement vertigineux qui semblaient avoir tracé son sort vers un rétrécissement inéluctable de sa puissance et de son influence économique. La BoJ, acteur essentiel du maintien de l’équilibre financier face à ces difficultés, finirait par ravaler l’énorme stock d’actifs accumulé à son bilan sans que le reste du monde ait à s’en préoccuper, voire, y trouve, à terme, de quoi s’en inspirer, comme ce fut le cas des pratiques quantitatives qu’elle était la première à avoir initiées avant 2008.
Sauf, qu’aucun dirigeant ne peut se résoudre à un tel état de fait, surtout quand le PIB de son pays a occupé jusqu’en 2010 le deuxième rang mondial, derrière les Etats-Unis, avant d’être doublé par la Chine la même année, de se voir rattrapé par l’Allemagne en 2022 et, finalement, par l’Inde en 2024. En 2012, le premier ministre Abe avait déjà tenté d’inverser cette trajectoire toute tracée, sans succès. Perçue comme la dernière chance de redresser la barre, son échec a paralysé l’initiative politique, les Japonais se contentant de ce qu’il leur restait : un PIB par tête encore très honorable, au troisième rang mondial, contrepartie de la perte de cinq millions de ses habitants depuis 2010, lorsque sa population culminait à 128 millions de personnes.
Entretemps, le covid, l’inflation qui s’en est suivie et les développements géopolitiques ont, néanmoins, réveillé la classe politique japonaise, à la faveur d’un redéploiement d’ampleur de la défense nationale et d’un regain d’ambition qu’incarne l’élection de Mme Sanae Takaichi à la tête du pays, laquelle sur le modèle de D. Trump et des recettes de la même veine, promet de redonner au Pays du Soleil Levant son rang passé. La nouvelle première ministre a-t-elle des chances de réussir, à quel coût pour le Japon et le reste du monde ?

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La BoJ, à son rythme

Dans un monde où 24 heures suffisent à faire ou défaire les grands équilibres mondiaux, l’extrême gradualisme de la BoJ ne cesse de surprendre. Après une troisième remontée de ses taux directeurs, à 0,75 %, en décembre, le statu quo n’a surpris personne cette semaine. M. Ueda finira sans doute par évoluer, du moins est-ce le message que renvoie la révision à la hausse des prévisions de croissance et d’inflation sous-jacente mais rien ne se passera de fait avant, au mieux, son prochain meeting, c’est-à-dire avant les élections convoquées par la première ministre, S. Takaichi, pour le 8 février. Les résultats de ce scrutin repousseront-ils une nouvelle fois sa décision ? Le cas de figure n’est pas totalement impossible. En attendant, le yen s’effrite davantage et les taux de financement campent sur leurs records dans un contexte d’extrême nervosité face aux promesses de Mme Sanae Takaichi de renverser la table avec une politique expansionniste au coût exorbitant pour les finances publiques. Les chefs d’entreprises trouvent leur compte dans ces développements, à en juger par l’envolée des PMI, manufacturier avant tout, en progression de 2,8 points entre novembre et janvier, à 51,5 ce mois-ci, de quoi permettre au Nikkei de se maintenir à deux doigts de ses records de la semaine dernière malgré la dissolution du Parlement depuis ce matin, en vue de la préparation, au pas de course, des élections du 8 février. Entre Ueda et Takaichi, c’est un peu le lièvre et la tortue…