Le miracle de l’emploi européen approche-t-il sa fin ?

S’il est un domaine de l’économie qui a donné satisfaction ces deux dernières années, c’est bien celui du marché de l’emploi. Qu’il s’agisse du nombre de postes ou de celui des heures travaillées, le constat est le même : dans l’ensemble de la zone euro, l’emploi s’est accru au moins aussi vite que le PIB et sa dynamique s’est, même, accélérée depuis la fin de l’année dernière, malgré le léger repli de ce dernier. Au premier trimestre 2023, la croissance des heures travaillées a été de 1,9 %, ce qui correspond à une hausse annuelle de 3,4 %, voire 3,7 % pour le seul secteur privé, à comparer à une évolution du PIB de moins de 1 %.

Le taux de chômage a évolué en conséquence et, malgré une croissance exceptionnellement soutenue de la population active pour la région, la proportion des sans-emplois est tombée à un plus bas historique de 6,5 % en mars, à raison de 2,9 % en Allemagne, 7 % en France, 7,9 % en Italie ou encore 12,7 % en Espagne, au lieu de 13,7 % fin 2019.

Bien qu’avec des configurations très différentes d’un pays à l’autre – le secteur public allemand a créé 579 K emplois, quand le privé en a détruit 59K, alors que l’inverse est observé en France, avec 1,2 million créations de postes privés, contre 62,7 K publics – ces résultats tranchent avec le passé.

La cadence pourra-t-elle être maintenue alors que la capacité des Etats à soutenir l’activité commence à se heurter au retour des agences de notations, que la hausse des taux d’intérêt mord de plus en plus sur l’activité, que le rattrapage post-covid des services s’essouffle et que les entreprises risquent de buter sur des pertes de productivité beaucoup plus difficiles à absorber dès lors qu’une moindre inflation réduira le pricing power dont elles ont profité ces derniers temps ?

Tenter de répondre à cette question est plus complexe qu’il n’y paraît et a été l’occasion d’une plongée dans les méandres de marchés de l’emploi bouleversés par la succession de chocs dans les principaux pays de l’UEM depuis trois ans, dont il ressort des résultats assez inattendus.

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Commandes allemandes… Encore raté !

Après leur chute, quasi-historique, de 10,7 % en mars, les commandes allemandes étaient particulièrement attendues, accompagnées de l’espoir d’un rebond, au moins technique, comme c’est le plus souvent le cas à la suite d’accrocs majeurs. C’est raté. En avril le volume des commandes adressées à l’industrie allemande s’est de nouveau replié, quoique marginalement, de 0,4 %. Si quelques secteurs se sont repris, véhicules à moteur, électronique et biens intermédiaires notamment, de nombreux autres ont poursuivi leur déclin, ce qui dresse un tableau toujours particulièrement morose de la situation. Au cours des douze derniers mois, la contraction des commandes est encore de 10 %, après 11,2 % en mars.

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BMG mai 2023 –  En mai, ça dévisse

En mai, notre baromètre global est retombé à -0,5, un plus bas depuis deux ans, après -0,1 (-0,2 en première lecture) en avril. La dégradation est générale, particulièrement notable sur le front des climats des affaires et de la production, qui s’enfoncent en territoire négatif, mais également du côté des exportations.  La consommation et l’investissement persistent en zone neutre mais retombent dans de nombreux cas. Notre baromètre d’inflation recule encore, à -0,7, son plus bas niveau depuis janvier 2020.
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L’ISM non-manufacturier trébuche, les NFP sont en porte-à-faux, les taux rebaissent

L’ISM non manufacturier, attendu en progression après la hausse du PMI S&P des services et, plus encore, après le rapport sur l’emploi de vendredi, n’est pas au rendez-vous. L’indice ressort à peine en zone de croissance, à 50,3 points, après 51,9 points en avril, sous l’effet d’un repli généralisé de ses composantes : les nouvelles commandes, en chute de plus de trois points, et l’emploi retombé en zone de contraction, à 49,2, au lieu 50,8 et des 51 attendus.

Manifestement, la situation du côté des services n’est pas aussi bien orientée que ne l’ont suggéré les créations de postes et la conséquence commence peut-être à se lire sur l’inflation. La composante prix de l’ISM non manufacturier s’est, en effet, repliée, de plus de 3,5 points, à 56,2, un plus bas depuis la première moitié 2020.

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Après l’Italie, l’Espagne ? Les scrutins se suivent et se ressemblent ; l’Europe se fissure.

Au lendemain de la déroute du parti socialiste aux élections locales de la semaine dernière, le chef du gouvernement espagnol, P. Sanchez, a convoqué des élections législatives anticipées pour le 23 juillet, cinq mois avant l’échéance prévue. Après cinq ans de réformes économiques et sociales dans un contexte des plus tendus, de covid et de crise énergétique, le leader socialiste espagnol est menacé de perdre sa place, face au parti de droite, le PP, potentiellement allié à l’extrême droite de Vox.

Le bilan économique du gouvernement Sanchez n’est que peu remis en cause. Malgré un retard de croissance, le pays a plutôt mieux préservé ses fondamentaux que bien d’autres de ses partenaires, en particulier sur le front budgétaire. Les raisons de l’échec de P. Sanchez sont plus politiques qu’économiques, impactant de fait, assez peu les perspectives financières du pays, en particulier, sa situation souveraine. L’issue de ces élections pose néanmoins une question plus que toute autre, celle du devenir du projet européen en cas d’arrivée du PP, vraisemblablement, allié à Vox, à la tête de l’Espagne, après celle de G. Meloni en Italie l’an dernier, et les postures de plus en plus hostiles de la Pologne, la Hongrie et d’autres.

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Les NFP laissent un certain degré de liberté à J. Powell pour un statu quo, s’il le souhaite

Le rapport sur l’emploi américain de cet après-midi était censé donner le ton sur la conduite à venir de la Fed. La conclusion est loin d’être claire. Si les créations d’emploi ont à nouveau accéléré en mai, à 339 K contre 294 K en avril et 217 K en mars, le taux de chômage, lui, est ressorti au plus haut depuis novembre dernier, à 3,7 %, au lieu de 3,4 % en avril et les hausses de salaires sont restées plutôt contenues.J.Powell pourrait donc être relativement satisfait : après tout son combat n’est pas contre l’emploi mais contre un taux de chômage trop bas, susceptible d’entretenir des tensions salariales. Dans cette version optimiste des choses, il aurait, à son actif, plusieurs éléments pour justifier de lever le pied : la FED en a déjà fait beaucoup, les tensions salariales semblent maîtrisées, comme déjà suggéré par la baisse du taux de démission du rapport Jolts d’hier, et, en dépit des bonnes surprises du mois d’avril, nombre d’indicateurs suggèrent un tassement de la demande. La chute du nombre d’heures travaillées est, à ce titre, un signal important, tout comme le reflux des ventes automobiles en mai tout juste publié, qui corrobore, notamment, celui de l’ISM manufacturier. J. Powell pourrait donc se satisfaire de ce rapport et assumer un « stand-by » dès lors que, par ailleurs, les anticipations de baisse de ses taux directeurs au second semestre ont disparu. A l’inverse, aucune donnée conjoncturelle n’est suffisamment mauvaise, notamment du côté des créations d’emploi, pour le retenir de procéder à une nouvelle hausse des Fed Funds. Le suspense est donc entier et le restera vraisemblablement d’ici au 14 juin, date du prochain FOMC. A ce titre, l’envolée des taux futurs semble plus épidermique qu’autre chose.

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Dans le marc de café de la conjoncture américaine

Dans la foulée des PMI S&P, en baisse de 50,2 à 48,4, et de l’indicateur de la Fed de Chicago publié hier, l’ISM manufacturier américain s’est légèrement replié, de 47,1 le mois dernier à 46,9. La note accompagnant la publication précise qu’un tel niveau « correspond à une contraction de 0,6 % du PIB réel sur en base annualisée ». Néanmoins les ISM manufacturiers sont sous le seuil des 50 points depuis la fin d’année dernière, sans conséquence visible sur la croissance et le risque de contraction du PIB reste assez minime tant que les services tiennent, comme le suggèrent les PMI de S&P.

En l’occurrence, qu’il s’agisse de l’ISM manufacturier, comme du rapport de l’ADP, l’emploi semble résister. Sauf l’effondrement des commandes, retombées à leur niveau de janvier de 42,6, les signes d’inquiétude sont donc encore ténus. Pour autant, l’opacité de la situation conjoncturelle est presque de jour en jour plus importante ce qui n’est pas le meilleur pour prendre des décisions de politique monétaire.

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Les taux reflanchent, le scénario de reflation aussi

Si l’on s’interrogeait ces derniers jours sur l’éventualité d’avoir raté quelque chose, en l’occurrence, un élément susceptible de faire durablement remonter le niveau des taux d’intérêt, les données de ces dernières vingt-quatre heures ont le mérite de clarifier les choses en mettant un net coup d’arrêt aux tendances observées depuis trois semaines. Les dernières nouvelles asiatiques ont donné un peu plus de conviction baissière aux marchés des matières premières industrielles : réaction aux PMI chinois, dont l’indice manufacturier s’est enfoncé en territoire un peu plus négatif et aux indicateurs du reste de l’Asie, toujours plombés par les difficultés de l’Empire du Milieu. Sont venues, ensuite, les nouvelles de la zone euro : les bonnes, avec une inflation, partout, en net repli et les moins bonnes, avec la publication d’une nouvelle forte baisse des achats des ménages français qui rappelle à quel point la situation est tendue… Peut-être suffisamment pour nous rapprocher du point haut des taux directeurs de la BCE.Puis, la lourde chute de plus de huit points du baromètre des affaires de la région de Chicago, suivie de l’enquête Jolts dont les résultats contrastés n’ont pas suffi à contrer la baisse des taux américains provoquée par la première statistique, malgré l’issue toujours incertaine du vote du Congrès sur le plafond de la dette américaine. Résultat, les taux à 2 ans américains et allemands ont abandonné plus de 20 points de base ces dernières vingt-quatre heures, effaçant une bonne partie de leur hausse de ces trois dernières semaines et les craintes de durcissement proportionnel des taux directeurs de la FED et de la BCE, à nouveau sur la sellette.

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