Quelles perspectives pour l’industrie mondiale ?

La reprise post-covid des services, maintenant, derrière nous, c’est en large partie des développements industriels que dépendent les perspectives 2024. Or, c’est peu de dire que le sujet divise les économistes. Les plus optimistes voient dans la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt les éléments porteurs d’une reprise de la demande de biens de consommation et d’investissement, à même de réveiller une dynamique mondiale en souffrance depuis deux ans. Ceux-là ont eu gain de cause au cours de dernières semaines de l’année dernière qui ont vu la performance des valeurs industrielles largement surperformer les indices boursiers, en même temps que revenait l’appétit pour les cycliques et, plus généralement, pour le risque.

Le vent a néanmoins tourné en début d’année, offrant aux plus négatifs l’occasion d’une revanche, simultanément portée par les doutes sur l’ampleur de la désinflation, les médiocres PMI et indicateurs d’activité industrielle, lesquels ne portent cependant que sur la fin de l’année dernière. Quelle école est dans le vrai ? Nous tentons d’y voir plus clair.

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BMG décembre 2023: Quelques frémissements du côté de la consommation

Légère progression de notre BMG, à 0,2 en décembre contre -0,1 en novembre, révisé en hausse d’un dixième. Quoiqu’en zone neutre, il atteint son plus haut niveau depuis avril 2021. Toutes ses composantes ont regagné du terrain, en zone neutre pour l’activité, l’investissement et les exportations et positive pour la consommation. Néanmoins, seuls les USA affichent un momentum positif; les autres régions se situent en territoire neutre, voire négatif dans le cas chinois. Le mometum de l’inflation remonte à -0,7 mais reste négatif partout, sauf au Japon.

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Les vœux (pieux ?) des marchés pour 2024

Le millésime 2023 aura été de rare qualité pour les marchés financiers, sur lesquels les plus grandes classes d’actifs ont enregistré des gains très conséquents, en dépit d’un contexte général particulièrement chahuté et, pour tout dire, bien peu encourageant. Les indicateurs Sentix du climat de confiance des investisseurs ont rarement connu période aussi longue et généralisée de déprime qu’en 2023, en effet.

A quoi pourrait ressembler 2024 ? Le feu d’artifice du mois de décembre s’est éteint début janvier. Après avoir salué, comme il se doit, les espoirs confortés par la Fed d’un assouplissement des conditions monétaires cette année, les investisseurs ne pourront se contenter des seules attentes de repli des taux d’intérêt pour prendre davantage de risques. Les perspectives de croissance et d’inflation, l’évolution du contexte chinois ou celui de l’immobilier mondial, les retombées de l’IA sur la productivité, sans parler des développements sur le front politique ou géopolitique sont autant de critères qui s’imposeront aux décisions d’investissement de ce début d’année. Quel serait le scénario idéal et que dire sur chacun de ces points aujourd’hui ?

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2024, les perspectives désordonnées d’un monde polarisé

2023, année de tous les risques, se termine presque sans heurts : en dépit de hausses des taux d’intérêt très supérieures aux anticipations, la croissance a souvent été meilleure qu’attendu, sur fond de détente rapide de l’inflation. Finalement, la croissance du PIB mondial approchera 3,5 % cette année, celle des Etats-Unis dépassera 2,5 % et celle de la zone euro avoisinera 0,5 %. La récession redoutée il y a un an n’a pas eu lieu ; les bourses ont préservé l’essentiel de leurs gains du premier trimestre ; le crédit aux entreprises a profité de liquidités abondantes et de rendements plus attractifs que ceux des obligations d’Etat, l’euro a évité la chute. Fin 2023, alors que les banques centrales lèvent le pied, les marchés voient la vie en rose.
Que nous réserve 2024 ?
– Eclipse ou changement de donne inflationniste ?
– Perspectives américaines : La Fed pourrait créer la surprise et sauver la donne.
– Enlisement de la zone euro où le défi de la réindustrialisation se heurte à ceux de la productivité et de la déflation chinoise.
– Géopolitique – Xi Jinping, aux abois, finira-t-il par préférer l’apaisement ?
– Les marchés, entre espoirs de baisse des taux et manque de perspectives cycliques.

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C. Lagarde, muselée par les « hawks » du conseil de la BCE, peine à convaincre

Madame Lagarde a été fidèle à la tradition de la BCE, un brin plus austère, même, que ce que nous avions envisagé. Les plus faucons du conseil des gouverneurs ont-ils été agacés par le changement de posture de la Fed, trop précoce à leurs yeux ? Ce n’est pas impossible. Toujours est-il qu’il que la communication de C. Lagarde a clairement pris le contrepied de celle de J. Powell, précisant notamment que le sujet de possibles baisses des taux n’avait même pas été évoqué lors le conseil de ce mois-ci et omettant de mentionner la chute des anticipations d’inflation des marchés, indicateur pourtant regardé de très près habituellement. On avait envisagé que la BCE ne voie pas d’un bon œil l’accélération du changement des anticipations de politique monétaire de ces dernières semaines et qu’elle cherche, de ce fait, à en temporiser le mouvement. C’est bien ce qui ressort de ce rendez-vous de fin d’année, à une nuance près : la BCE n’a guère convaincu. Si les taux à deux ans allemands ont, effectivement, regagné un peu du terrain perdu après la réunion de la Fed, ils terminent la journée en repli de quasiment 10 points de base, à 2,54 %, signalant avec plus de conviction encore les perspectives d’un net repli à venir des taux directeurs de la part des marchés. Sauf sur les marchés des changes sur lequel l’euro s’est envolé à quasiment 1,10$ (de 1,2 %), la communication officielle de la BCE ne semble guère prise en considération.

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Les étrennes avant l’heure de J. Powell : Noël au balcon Pâques au tison ?

C’est une chose de considérer que la Fed retrouvera d’importantes marges de manœuvre pour baisser ses taux en 2024, comme l’illustrent, sans surprise, les changements apportés par ses membres à leurs prévisions. C’en est une autre que de s’engager dès aujourd’hui sur le terrain de futures baisses des Fed Funds, après, d’ores et déjà, une chute des taux longs de l’ampleur de celle de ces dernières semaines. La Fed aurait, en effet, pu être tentée de temporiser la chute des anticipations de taux, le temps, au moins, de pouvoir en apprécier les conséquences sur l’économie américaine. Tel n’a pas été son choix.

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Un mois pour rien pour l’inflation américaine… et sans doute pour la Fed

Pas vraiment de changement sur l’inflation américaine, en baisse d’un dixième, à 3,1 % en novembre, tandis que sa composante sous-jacente est restée stable à 4 %. Pas non plus de bouleversement parmi les principaux secteurs : la baisse mensuelle des prix de l’énergie et les faibles hausses dans l’alimentaire font reculer l’inflation totale, les biens restent à la limite de la déflation et les évolutions des prix des services demeurent contenues, sauf pour les services de transport.
Rien qui ne puisse inciter la Fed à remonter ses taux, mais, surtout, rien qui ne justifierait qu’elle avance son éventuel calendrier de baisse.

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Les banques centrales en plein doutes

L’année se termine comme elle a commencé et l’on ne compte plus les écrits sur les politiques monétaires, ni la mention d’un pivot… énoncé pour la première fois il y a plus d’un an par J. Powell. Alors, forcément, on ne peut qu’être prudent sur ce qui ressortira des comités de politique monétaire de la FED et de la BCE cette semaine, d’autant que les attentes sont particulièrement élevées et qu’un changement de communication à la marge pourrait fortement décevoir. Après tout, si l’envolée des taux longs de l’été a accéléré la décision de stopper les remontées des taux directeurs, leur chute récente pourrait tout autant convaincre J. Powell et C. Lagarde de ne pas en rajouter, tout au moins de tenter de temporiser ce mouvement par leur discours ou des annonces plus concrètes sur la réduction de leur bilan, par exemple. L’impact aurait des retentissements significatifs sur les marchés à brève échéance, quand bien même il ne modifierait pas forcément les prévisions du consensus pour 2024. Le suspense est donc entier sur ce qui ressortira des réunions de la Fed et de la BCE de cette semaine et tiendra largement les marchés en haleine.
C’est, pourtant, peut-être, ailleurs que pourrait se jouer le plus important en matière de bascule monétaire, en l’occurrence du côté de la Banque du Japon. Non pas parce que cette dernière semble progressivement plus à même de changer son fusil d’épaule mais pour les raisons qui la conduisent à considérer une possible remontée de ses taux directeurs, à savoir, une meilleure rémunération de l’épargne des ménages japonais. La BoJ, pourrait ainsi s’apprêter à mettre les pieds dans le plat des erreurs de politiques monétaires de la dernière décennie qui consistait à considérer que la prospérité ne pouvait passer que par une extension du crédit que les politiques de taux zéro et l’hyper-liquidité étaient supposées soutenir. Elle, qui a initié le QE dont FED et BCE se sont largement inspirées depuis 2008, pourrait, ainsi, être la première à le discréditer. L’affaire, si elle se confirme les 18 et 19 décembre, aura, sans doute, moins de retentissement sur les marchés que les annonces de la Fed et de la BCE de la semaine prochaine mais pourrait être un enseignement bien plus significatif que les gesticulations de ces dernières dans la perspective d’un assouplissement cyclique de leur politique.

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