Le Trésor américain multiplie les coups tordus contre le marché de la dette

Nous ne comptons plus les écrits sur la hausse des taux d’intérêt depuis le retour de D. Trump au pouvoir. Force est pourtant de constater que, loin d’être épuisé, le sujet a pris une nouvelle dimension cet été. La veille de la réunion de la BoJ du 31 juillet, l’initiative du Trésor américain pour sauver le yen a donné une idée de la panique qui règne du côté de l’exécutif américain. Le but de ces interventions concertées n’avait, à l’évidence, qu’un objectif : prévenir une dépréciation additionnelle de la devise japonaise, laquelle, sur fond d’envolée des rendements des JGB, risquait de détourner plus encore les investisseurs nippons de la dette américaine (voir notre analyse ici). Résultat imparable : les taux à 10 et 30 ans américains ont perdu 10 points dans la foulée. La correction n’a toutefois guère duré. Très vite repartis à la hausse, les taux longs ont dépassé cette semaine les niveaux de la fin juillet, à respectivement 4,73 % et 5,3 %.

Face à de telles évolutions, S. Bessent a tenté de reprendre la main sur la formation des taux, annonçant ce mercredi le doublement des rachats de Treasuries de maturité longue par le Trésor. Initiés en 2024 par J. Yellen pour gérer la structure et la liquidité et dette, à hauteur maximale de 2 milliards, ces rachats ont été portés à 4 mds, provoquant dès leur annonce des mouvements d’ampleur sur les marchés.
Quantitative easing ? Que nenni. Il ne s’agit pas de la Fed mais du Trésor ! Celui-ci ne pourrait toutefois pas se permettre de telles interventions sans les achats massifs de T-Bills qu’il émet à tour de bras… par la Fed. Alors, pilotage de la courbe des taux ? Scott Bessent, au pied du mur, assure que les rachats pourraient encore augmenter. Autant dire que la situation est des plus critiques. Le Trésor américain parviendra-t-il à faire ce qu’il veut avec la courbe des taux et à comprimer les primes de terme ?

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Nous y voilà. Le FOMC du 10 décembre bientôt derrière nous !

Mercredi prochain se tiendra l’un des FOMC qui aura fait le plus parler de lui, au sujet duquel les anticipations ont rarement autant varié et auquel des enjeux démesurés semblent rattachés. Pourquoi tant de doutes ?

  • D’abord, parce que, au-delà d’être peu lisible, la conjoncture américaine est d’une rare complexité. Entre les activités en pleine effervescence concentrées autour de l’IA et bon nombre de secteurs traditionnels en pleine déconfiture – le terme n’est pas excessif à en juger par l’évolution sectorielle des profits – l’équilibre des forces et faiblesses est hautement incertain.

  • Ensuite, parce que la situation inflationniste n’est pas des plus lisibles, non plus. Si, à court terme, les tendances, tant du côté des prix que de la conjoncture, vont dans le sens espéré par la Fed, les perspectives pour 2026 sont nettement plus incertaines. Les investissements massifs requis pour l’IA et l’entrée en vigueur de la réforme fiscale, à ce stade, toujours d’actualité, constituent une menace que la Fed ne peut ignorer.
  • Également, parce qu’à 4 % depuis septembre, le niveau des Fed Funds est inférieur de plus d’un demi-point à la croissance nominale du PIB du deuxième trimestre, un écart susceptible de s’être creusé davantage, à en juger par les estimations préliminaires du troisième trimestre et pourrait approcher un point après la décision de mercredi. Alors, faudra-t-il aller nettement plus loin dès lors que les conditions financières ne suggèrent pas la nécessité d’un assouplissement monétaire, malgré quelques craquements sur le front des liquidités, que la Fed gère par des interventions ponctuelles ?
  • Plus que la question de ce que fera la Fed mercredi c’est bien celle, effectivement, d’un changement de ses perspectives qui se pose et risque de faire bouger les curseurs de bon nombre d’actifs à travers le monde.

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