Les banques centrales en plein doutes

L’année se termine comme elle a commencé et l’on ne compte plus les écrits sur les politiques monétaires, ni la mention d’un pivot… énoncé pour la première fois il y a plus d’un an par J. Powell. Alors, forcément, on ne peut qu’être prudent sur ce qui ressortira des comités de politique monétaire de la FED et de la BCE cette semaine, d’autant que les attentes sont particulièrement élevées et qu’un changement de communication à la marge pourrait fortement décevoir. Après tout, si l’envolée des taux longs de l’été a accéléré la décision de stopper les remontées des taux directeurs, leur chute récente pourrait tout autant convaincre J. Powell et C. Lagarde de ne pas en rajouter, tout au moins de tenter de temporiser ce mouvement par leur discours ou des annonces plus concrètes sur la réduction de leur bilan, par exemple. L’impact aurait des retentissements significatifs sur les marchés à brève échéance, quand bien même il ne modifierait pas forcément les prévisions du consensus pour 2024. Le suspense est donc entier sur ce qui ressortira des réunions de la Fed et de la BCE de cette semaine et tiendra largement les marchés en haleine.
C’est, pourtant, peut-être, ailleurs que pourrait se jouer le plus important en matière de bascule monétaire, en l’occurrence du côté de la Banque du Japon. Non pas parce que cette dernière semble progressivement plus à même de changer son fusil d’épaule mais pour les raisons qui la conduisent à considérer une possible remontée de ses taux directeurs, à savoir, une meilleure rémunération de l’épargne des ménages japonais. La BoJ, pourrait ainsi s’apprêter à mettre les pieds dans le plat des erreurs de politiques monétaires de la dernière décennie qui consistait à considérer que la prospérité ne pouvait passer que par une extension du crédit que les politiques de taux zéro et l’hyper-liquidité étaient supposées soutenir. Elle, qui a initié le QE dont FED et BCE se sont largement inspirées depuis 2008, pourrait, ainsi, être la première à le discréditer. L’affaire, si elle se confirme les 18 et 19 décembre, aura, sans doute, moins de retentissement sur les marchés que les annonces de la Fed et de la BCE de la semaine prochaine mais pourrait être un enseignement bien plus significatif que les gesticulations de ces dernières dans la perspective d’un assouplissement cyclique de leur politique.

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Changement de donne obligataire, difficile de s’emballer

Novembre 2023 restera-t-il le mois d’une exceptionnelle progression des marchés souverains, début d’un reflux durable des taux d’intérêt que peu auront vu venir ? Ou se pourrait-il, à l’inverse, qu’il s’agisse d’une fausse alerte, que les taux des emprunts d’Etat récupèrent d’ici peu l’essentiel du chemin perdu, voire davantage, et pour quelles raisons, au moment où tous les voyants en faveur d’un assouplissement monétaire d’ampleur aux États-Unis et en zone euro sont au vert ? Ce n’est rien de dire que le contexte actuel questionne.
Alors que les banques centrales avaient fini par convaincre du maintien de conditions monétaires durablement restrictives face à un environnement structurellement plus inflationniste, la volte-face de ces dernières semaines a pris de court les investisseurs. Depuis leur point haut du 19 octobre, quand simultanément J. Powell et les ISM ont conforté l’idée d’un arrêt des hausses des Fed Funds, les rendements à 10 ans des T-Notes et des Bund ont respectivement perdu jusqu’à 70 et 50 points de base. Le mouvement est-il trop rapide, et dès lors soumis à correction, ou peut-il signifier l’amorce d’une tendance de fond qui verrait les taux longs effacer davantage du chemin parcouru ces deux dernières années ? Si quelques analystes s’affrontent avec conviction, la grande majorité hésite, face à trois principales incertitudes :
• Le risque de récession et de regain de pressions déflationnistes associées, susceptible de faire effectivement refluer le niveau des taux dans des proportions, encore récemment, non imaginées.
• Celui, au contraire, que l’activité redémarre plus vite que prévu grâce au repli des taux longs, à l’instar de ce qui s’était produit aux lendemains de la crise bancaire du printemps, que les banques centrales pourraient être tentées de prévenir en accélérant la réduction de leur bilan pour contrer la baisse des taux.
• Celui, enfin, que les primes de termes n’aient fait qu’une petite partie du chemin qu’elles devraient accomplir dans le contexte en présence, notamment marqué par un grand dérapage des finances publiques.
Des réponses à ces questions dépendent pour une très large part les perspectives 2024, des bourses et au-delà. Pas sûr que nous puissions les apporter à ce stade. Dit autrement, mieux vaut se garder d’aller trop vite en besogne et de prendre des paris sur un avenir encore très incertain.

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La FED n’a pas besoin d’une récession pour baisser ses taux. Une bonne surprise dans les tuyaux ?

Les interrogations sur la politique à venir de la Fed n’en finissent pas : baissera, baissera pas, à partir de quand, jusqu’où ? Depuis près d’un an, économistes, marchés et la Fed elle-même n’ont cessé d’être pris à rebours, attendant un pivot qui n’est jamais venu et que son instigateur, J. Powell, rechigne de plus en plus à évoquer. L’inflation, pourtant, semble de moins en moins un sujet. Retombée à 3,2 %, les effets de base encore à venir permettraient d’absorber une évolution mensuelle des prix de 0,2 % tout la faisant refluer sous les 3 % d’ici l’été. Par ailleurs, malgré la croissance exubérante de 4,9 % en rythme annualisé au troisième trimestre, les indicateurs avancés ne cessent de se détériorer. Celui du Conference Board, a marqué un nouveau repli de 0,8 % en octobre qui porte à 11,6 % sa baisse depuis son point haut de février 2022. Or, cet indicateur porte à son actif de ne jamais avoir envoyé de faux signal. Enfin, les hausses de salaires sont modérées et la remontée graduelle du taux de chômage est, a priori, en mesure de les maintenir sous pression.
Contrairement à une idée reçue, du reste largement entretenue par J. Powell, la FED n’a jamais agi en fonction du niveau absolu du taux de chômage mais de ses évolutions. Au vu de ses agissements passés, peu importe que ce dernier soit très bas, c’est à sa direction qu’elle donne traditionnellement la primeur. Or, il ne s’est jamais écoulé très longtemps entre le point bas de cet indicateur et la première baisse des Fed Funds, laquelle a atteint en moyenne 250 points de base avant que le taux de chômage n’ait regagné un demi-point… Alors est-on à la veille d’une grande surprise qui verrait les Fed Funds baisser beaucoup plus vite et plus fortement qu’envisagé par le consensus en 2024 et, sinon, quelles pourraient en être les raisons ?

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L’Argentine, de Charybde en Scylla

En pleine récession, avec une inflation proche de 150 % et des taux directeurs de 133 %, l’Argentine est allée aux urnes le 22 octobre et a placé en tête de l’élection présidentielle deux candidats, Sergio Massa et Javier Milei, qui s’affronteront ce dimanche 19 novembre pour le second tour. Le premier est le successeur et ministre de l’économie d’Alberto Fernandez, président sortant, qui n’a pas pu se présenter en raison de la situation économique désastreuse dans laquelle il laisse le pays. A l’opposé, J. Milei, libertarien, souhaite renverser la table : dollarisation et austérité déflationniste au programme, promettent un avenir improbable, après, déjà, l’échec retentissant du currency board des années quatre-vingt-dix. Ses chances de remporter l’élection semblaient s’être évanouies ces dernières semaines mais la probabilité d’une victoire a été regonflée par le soutien apporté par la candidate de centre droit Patricia Bullrich.
S’il suffisait de changer de référence monétaire pour régler ses problèmes, ça se saurait. Le cas argentin souffre manifestement d’autres maux, au premier rang desquels une corruption endémique et un sous-investissement chronique que l’issue malheureuse du currency board a notablement aggravé après, déjà, les années de plomb de la dictature. Pour autant, le projet est là et s’il venait à se concrétiser, l’Argentine pourrait être le premier pays depuis bien longtemps à rejoindre la zone dollar avec laquelle elle a si peu à voir qu’elle vient tout juste de se raccrocher au Club des BRICS élargi et, donc, à son programme de monnaie commune… Après des décennies de déclin et dix années au cours desquelles le PIB par habitant s’est rétréci de 8 %, le pays se cherche et a manifestement du mal à trouver sa voie. Trois ans après avoir renégocié sa dette l’Argentine pourrait être à la veille d’une nouvelle crise majeure en cas de victoire de J. Milei.

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La Fed, incomprise : de la bonne surprise à la mauvaise blague ?

Sans surprise, la magie de la volte-face de la FED de mercredi soir a opéré sur les marchés mondiaux. Les bourses ont salué comme il se doit la nouvelle dans la journée de jeudi, soutenues par l’ascension des indices obligataires, souverains et entreprises, l’ensemble devancé par des cours du pétrole revigorés. En parallèle, le repli du dollar joue comme une courroie de transmission de la politique de la FED et permet, à ce titre, d’atténuer la tension monétaire dans le reste du monde. S’il y a bien quelques perdants, ces derniers comptent assez peu. La bourse de Shanghai, qui s’est d’ailleurs reprise vendredi, devrait également finir par bénéficier d’un environnement conjoncturel plus porteur anticipé par les marchés depuis mercredi soir.

De fait, la logique en place soulève, jusque-là, assez peu de questions. Après un mois d’octobre particulièrement morose, les marchés détricotent presque point par point ce qui a caractérisé les dernières semaines, au prix notamment de rotations sectorielles de rare ampleur, qui témoignent des bouleversements sous-jacents provoqués par le changement, coup sur coup, de posture de la BCE et, plus encore, de la FED.

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Et si l’inflation était sur le point de changer de nature, que ferait la BCE ?

Les phénomènes inflationnistes sont complexes, rarement identiques d’un épisode à l’autre, évolutifs, et tout autant fonction de conditions structurelles, conjoncturelles et politiques que d’une quelconque loi économique systématique. Même les déséquilibres offre-demande, qui constituent la pierre angulaire de tout mécanisme non régulé de formation des prix, sont le plus souvent difficiles à évaluer au niveau macroéconomique et susceptibles d’avoir des conséquences imprévisibles dès lors qu’ils s’accompagnent de réponses des politiques économiques plus ou moins adaptées ou de ruptures de comportement des agents. Les exemples ne manquent pas ces dernières années où se sont empilés chocs d’offre, programmes de soutien à l’activité, boucliers énergétiques et pénuries de différentes natures, aux conséquences rarement évaluées à leur juste valeur.

De même, s’il est à peu près passé dans l’opinion – BCE excepté…- que les rouages économiques de demain seront plus inflationnistes que ceux d’hier, du fait notamment de la raréfaction des ressources primaires, de facto, synonyme d’un monde plus fragmenté, nul ne sait véritablement anticiper de quel type d’inflation il s’agira : chocs exogènes à répétition aux conséquences dépressives sur la demande et les prix d’un certain nombre de produits et services, ou phénomènes endogènes entretenus de hausses des prix et des salaires, potentiellement relayés par la raréfaction de la main d’œuvre ?…

Toujours est-il, qu’à brève échéance, les éléments du diagnostic commencent à évoluer, tout du moins en zone euro, et, contrairement à la situation qui prévalait ces trois dernières années, ceux-ci pourraient laisser de moins en moins de place à l’entretien d’une inflation endogène. La BCE devra en prendre acte et être en mesure de faire le distinguo entre mécanismes purement domestiques et chocs ou contextes externes. Cela nécessitera plus que le seul relevé du taux annuel d’inflation des prix à la consommation, au risque de conduire à des erreurs, potentiellement fatales, de politique monétaire. La mission est, toutefois, loin d’être aisée.

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Ce que font les guerres : remontée des taux nominaux, baisse des taux réels, hausse de l’or.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, les taux d’intérêt à long terme se sont renchéris de 300 points de base en moyenne dans le monde développé, l’inflation s’est envolée de 10 % à la charnière des années 2022-23, avant de revenir entre 3 % et 5 %, et les taux d’intérêt réels ont fait le chemin opposé, s’effondrant à -4,5 % en moyenne depuis le début du conflit, malgré leur remontée tout au long de l’année 2023.
Si la responsabilité des ruptures d’approvisionnement en gaz et pétrole russes dans l’envolée de l’inflation est peu contestée, le lien entre hausse des coûts d’emprunt et situation de guerre a rarement été évoqué durant cette période. Il est vrai que plus de deux années d’épidémie de covid avaient déjà largement préparé le terrain à un possible retour de l’inflation. Par ailleurs, de l’avis du plus grand nombre, la guerre en Ukraine n’était pas censée durer et a rarement menacé d’embraser le reste du monde. La chute des taux d’intérêt réels a donc, majoritairement été considérée comme un effet mécanique de l’envolée des prix, amené à trouver son terme avec la normalisation progressive de l’inflation. C’est bien, d’ailleurs, la manière dont les choses se sont déroulées, que nous soulignions il tout juste trois semaines comme un changement de donne radical de l’environnement économique et financier (cf – La parenthèse de taux réels négatifs se referme à grande vitesse et ça change la donne). C’était néanmoins avant les attaques du Hamas sur Israël et ce qui s’en est suivi, à savoir une envolée du risque de conflit mondial, qui pourrait justifier à elle seule une vigoureuse remontée des tensions à la hausse des taux d’intérêt. Le risque géopolitique est-il en train de devenir une composante prédominante de l’évolution des taux d’intérêt, à même de prendre le pas sur la conjoncture ? La question se pose indiscutablement.

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Où en est l’économie française ?

On s’enorgueillit du succès d’une croissance française très supérieure au zéro pointé d’une Allemagne, en récession, pénalisée par l’importance d’une industrie que nous n’avons plus, et l’on savoure la réaction des Allemands, mêmes, qui disent s’intéresser à la réussite de la France après des années durant lesquelles ils ont flanqué l’économie hexagonale d’un bonnet d’âne. C’est de bonne guerre ! Espérons que les agences de notations Moody’s et Fitch, qui donneront respectivement leur verdict les 20 et 27 octobre sur la note de l’Etat français, auront la même lecture. Car les éléments d’inquiétude s’accumulent dangereusement sur le front de la conjoncture et les promesses d’avenir tardent, manifestement, à porter leurs fruits. Or, le coût budgétaire de ces dernières n’autorise guère l’absence de résultats et encore moins, l’éventualité d’une possible récession, que l’on présent, aujourd’hui, au coin de la rue.

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